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Full text of "Oeuvres de Montesquieu"

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■t'ilf. 






1 



/ 



(E U V RES 



D E 



MO NTESQUIEU 



TOME QUATRIfiME. 



CE VOLUME CONTIENT: 

Quelques rifiexions sur U$ Ltttres , page i 

Lcuns Pcrsanis ^ 4 

Ti^U des Afaiiires ^ 415 

Le TempU dc Gnide^ 436 

Ciphise ft t Amour ^ ^ ' , 487 

Ponraii dt madamt la dudusst dc Mirepoix ^ 493 

Adieux d GSneSf tn iyz8 , 494 



(E U V R E S 

D E 

MONTESQUIEU. 

NOUVELLE £DITION, 

Plus correcte et plus complite que touus Us 

pricidentes, 

TOME QUATRIfiME. 




A PARIS, 
Chez JEAN-FRANCOIS BASTIEN. 



. DCC. LXZZVIII. 






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QUELQUES REFLEXIONS 

S Vn LE S 

LETTRES PERSANES, 



JXiBH n*a plu davantage dans les lettres 
persanes, que d'y trouver , sans y penser , une 
cspice de roman. On en volt le commence- 
nent, lepn^r^, la fin:.les divers person- 
nages sont plac& dans une chaine qui les He. 
A mesure qu'ils font un plus long s^jour en 
Europe , les moeurs de cette partie du mpnde 
pcennetit, dans leur t^e, un air moins mer- 
veilleux et moins bizarre : et ils sont plus ou 
moins frapp^s de ce bizarre el de ce merveil- 
leux, suivant la dlffiirence de leurs caractires. 
D'tm iatre c6t£ , le disordr is le 

serrail d'Aste , k proportion d ir df 

Tabseijce dlJsbek ; c'est-i-dtr i que 

la fureur augmente , et <ptt T nue. 

D*ailieurs , ces sortes de romans r^ussissent 
prdinairement t parce que Ton rend compte 
soi-mSme de sa situation actuelle ; ce qui fait 
plus sentir les passions , que tpus les r^cit$ 
qu*oo en pourroit &ire, Et c'est une des causes 
du succis de quelques ouvrages ctsffmans qui 
ont paru depuis les lettres persanes. 

Enfia , dans les romans ordinalres , les Ji* - 
gresstons ne peuvent £tre permises que Iqts- 

TomlF, A ' 



2 QUELQUES RiFLEXlONS 

qu'elles forment elles-mdmes un nouveau ro* 
man. On tCy saurpit m^er 4e raisonnement , 
parce qu'aucuns des personnages n*y ayant iti 
assembles pour raisonner ^ cela choqueroit le 
dessein et la nature de I'ouvrage. Mais , dans 
la forme de lettres , oil les acteurs ne sont pas 
choisis 9 et bti les sujets qu'on traite ne sont 
. dependans d'aucun dessein pu d/aucun {^lyn 
* deja forme , rauteur s'est donne Vavanftge* de 
pouvoir joindre d^ la philosophie , de la. po- 
Ltique et de la morale , i un roman ; et de 
lier le tout par une chaine seqrite et , en quel- 
que fa^on^ inconnue. ' . . ' '■ ' 

Les lettres persane's eiirent d'abord un d^bh 
SI prodigieux , que Icfs libf aires mirent tout eti 
usage pour en avoir des suites, lis alK)ient tiret 
par la manche tous ceux qu'ils rencontroient : 
Monsieur^ disoient - ils ^ faitesrmoi dts lenrcs 
persancs. 

Mais ce que je viens^ de dir^ ^uf^it^prTur faire 
voir qu'elles he sont Susceptibles d*aucune suite, 
encore moins d^aucuft rtfilange aved dcfs lettres 
ecrites d'line autre ithain/quelque ingdnieuses 
qu'elles puissent . fitre. 

. II y a quelques traits que bien des gens ont 
trouyes tro|) hardis^. Mais ils sont pn6s de faire 
attention k' la nature de cet ouvrage. Les Per- 
sans , qui devoient y- joiier un si grand role ; 
se troiivoient toiit-^i-coup transplaht^s en Eii^ 
rope 9 .c'est-i-dire , dans un autre univers. II y 
avoit un temps oil il falloit n^cessairement les 
repf^seiiter pleins id'ignorance et de prd|juge$k 



. SUA LES LeTTJIES PfiRSANES. * 3 
Ppi n'etoit . attentif qu-i finire ato^f la- g^n£- 
rattoa etle progr^ ^ lciu:$ idees; Leurs j>re- 
nii^res peosees deToieift 6tf e singuli^res' t U 
semblok.qu'on n'avbic riesi k faire -qu*^ dOnnef 
I'esp^ce de singularity qui peut compatir av^c 
de L'esprit. On n'avoit h peindre que le senti* 
ment qu*ils avoient eu k chaque chose qui leur 
avoit paru extraordinaire. Bien loin qu'oa 
pensdt k int^resser quelque principe de notre 
religion , on ne se soup(onnoit pas mSme 
d'iroprudence. Ces traits se trouvent toujours 
li6s avec le sentiment de surprise et d'^ton- 
nement , et point avec Tid^e d'examen , et 
encore moins avec celle de critique. En parlant 
de notre religion , ces Persans ne devoient pas 
paroitre plus instruits que lorsqu'ils parloient 
de nos coutumes et de nos usages. Et s'ils 
trouvent quelquefois nos dogmes singuliers , 
cette singularity est toujours marquee au coin 
de la parfaite ignorance des liaisons qu'il y a 
entre ces dogmes et nos autres v^rit^s. 

On fait cette justification par amour pour 
ces grandes v^rit^s ^ ind^pendamment du res- 
pect pour le genre humain , que Ton n'a cer- 
tainement pas voulu frapper par Tendroit le 
plus tendre. On prie done le lecteur de ne pas 
cesser un moment de regarder les traits dont 
|e parle comme des effets de la surprise de 
gens qui devoient en avoir » ou comme des 
paradoxes faits par des hommes qui n'etoient 
pas m6me en ^tat d'en faire. II est prie de faire 
attention que tout Tagr^ment consistoit dans 

A X 



» *0^i. 



4 QUELQUES Ri FLEXIONS^ &C. 

le contfaste ^ternel entre Its choses r^elles i 
et la maniere singuli^re^ naive , ou bizarre , 
dont elles ^toient apper^ues. Certainement la 
nature et le dessein des lettres persanes sont 
si k d^couvert , qu*elles ne tromperont jamais 
que ceicf^ui voudront se tromper eux*m£ines. 



# 



• 



A ^ i 



L E T T R E S 



PERSANES. 



INTRODUCTION. 

% 

J E ne fais point ici d^epitre dedicatoire f et 
je ne demande point de protection pour ce 
livre : onle lira^ s'il est bon ; et ^ s'il est mau* 
vais \ je ne me soucie pas qu*on le Use. 

• ' ■ * # 

Tai d^tach^ ces pr emii&res lettres i pour 
essayer le gout du public : j'en ai un grand 
nombre d'autres dans mon porte*feuille ^ que 
je pourtaii lui donner dans la ipue. ; . . 

• . . 1 . 

Mais f ^o'est it condition que je ne serai pat 
conmi t car , si Ton vient k savoir mcxi nom^ 
dhd ce moment je me tais. Je connois unefemme 
qui marche assezbien^ maisquiboite.d^ qu'on 
la regarde. Cest assez des d^fauts de Touvrage , 
sans que fe pn6sente encore k la dritiqiie ceux 
de ma. persohne. Si Ton savoit qui. je^suis*, oil 
diroit : son Uvre jure avec son caractire ; il 
devroit employer son temps k quelque choiM 



6 ' I N T RO DU C Tl ff. 

de mieux ; eel a n'est pas digne d'un homme 
grave. Les critiques ne manquent jamais ces 
sortes de .reflexions , parce qu'on les peut faire 
sans essayer beaucoup son esprit. 

Les Persans qui ecrivent ici ^toient log^s 
avec moi ; nous pas^ons notre vie ensemble. 
Comme iis me regardoient comme un homme 
d'un autre monde , ils ne me cachoient rieik 
£n efFet , des gens transplaiit^s de si loin ne 
pouvoient plus avoir de secrets. Ils me com* 
muniquoient la plupart de leurs lettres y ]t les 
copiai. Ten surpris m8me quelt}ues-unes , dont 
ils se seroient bien gardes de me faire confi- 
d^hce ^ tant elles ^toiefnt mdrtifiantes pour la 
vanit^ et la jalousie persanes. 

Je ne fais done que^ Toffice de traducteMr ; 
toute ma peine a ^t^ de mettre Touvrage i nos 
ncettrs.J'ai so'ulag^ lelecteur du langage asia- 
tique 9 autant que je Taipu, et Tai aauv^ d'une 
infinite d'expressions sublimes ^ qui Tauroient 
ennuy^ jusques dans les nues. , 



/ Mais ce n'est pas tout ce que j'at £ut pour 
lui. PaiTetrabch^ les longs complimens ,■ dont 
les Orientaux ne sont pasmoins prodigues que 
nous } et Y^\ pass^ un nombre infini de ces 



;inmiiiiie5 » qui eat ttot de peine k soi^enir 
ie^graiid joui > et qui doiveot toujottrs mourtr 
*eiitre deux ' anils. - 

Si la plupart de ceux qui noui oni,donni 
des recueils de lettres avoient fait de mSine , 
lis auroient vu ieurs ouvrages s'evaaouir. 

n y a une chose qui m'a souvent 6tonn6 ; 
c^est de voir ces Persans quelquefois aussi 
instruits que moi-mSl^ des moeurs et des ma- 
ni^res de la nation , )usqu'^ en connoitre les 
plus fines circonstances ^ et <^ remarquer des 
choses qui y je suis sHr , ont ^chapp^ k bien 
des AUemands qui ont voyagS en France* 
J*attribue cela au long s^jour qu'ils y ont fait: 
sans compter qu*il est plus facile k un Asia- 
tique de s'instruire des moeurs des Frangois 
dans un an , qu'il ne Test k un Francois de 
sUnstruire des moeurs des .Asiatiques dans 
quatre ; parce que les uns se livrent autant 
que les autres se communiquent peu. 

L'usage a permis k tout traducteur, et mdme 
au plus barbare commentateur , d'orner la tdte 
de sa version , ou de sa glose » du pan^gyrique 
de I'original » et d'en rele ver Tutilit^ , le nit- 
rite et Texcellence. Je ne I'ai point fait : on 






en devinera facilement les raisons* Une dct 
meilleures esc que ce seroit une chose tA$m 
ennuyeuse, plac^e dans un lieu d^ja tris^ 
tnmjyeux de luirmSmc^ je veux dire une 
pr^£i€Ct ' 



m 



LETTRE 



Lettres Persanes. 9 



LETT.RE PREMIERE. 






Us B^K k son am Rust AN. 

A Ispahan. 

^ous n'avons s^journ^ qii*i|Q jour.lCo'nl.'' 
Lorsque nous etimes fait nos deVotions sur le 
tOQdbeau de la yierge ^i a mis aii monde douze' 
prophetes , nous nous remimes en chemin ;. 
et hier , vingt-cinqui&me jour de notre depart 
dlspahan , nous aniv&mes \ Tauris* 

Rica et moi sommes peut-8tre les premiers ^ 
parmi les Persans , que Penvie de savolr ait 
fait sortir deleur pays, et qui aient tenoned 
aux douceurs d'une vie tranquille, pour alter 
chercher laborieusement la sagesse; 

Nous sommes n6s dans un royaume floris* 
sant : mais nous n'aivons pas cm que ^es bornes 
fussent celles de nos tonnoissances , et que la 
lumi^re orientale d&t seule nous ^clairen 

Mande-moi c$ que i'on dit de notre voyage ; 
lie me flatte point : je ne compte pas sur un* 
;rand nombre d'approbateiirs. Adresse ta lettre 

Erzeron , oil je s^journerai quelque tems. 
Adieu; mon cher Rustan. Sois assur^ qu'en 
quelque lieu du monde oil |e sois » tu as nil 
ami fiddle. 

DefTamtSf k If dtta 
bun d€ Saphar^ ifi§m 

Tom Jy. ' ' B 



lo LetTR£S 

L E TT RE M. 

VsBtK au P^RSMiiJi tVirVQpE itdiiu 
A son seiTMi iTspahaa, 

X U'es le gatcUen 6d^e des plu; belles fcQiaut 

de Porsa ; je t'ai ?ojifi^ ce ^ j'avpis dans 

le monde d? plus ch^r t (ttii?iis,en tes main* 

lies clel^ de ces portes fatales , qui ne s'ouvrent^ 

que pour moi. Tandis quf tu veilles sur ce 

depdt pr^cieux de moa fo^r y il se. repose 

et jouit d'uoe sicujrice entiere. Tu fai^ la gfirde 

dans le sileqce de Ijt nuit,!c9mme' d^Ietut 

mutte du jour. T« isoms' infati^ables sou- 

tiennent la y?rtu', lorsqu'elle ijhanceUe. Si le* 

|ue tu gardes vouloient sortir de leur 

tu leur en ferois pri^dce Tesp^rance, 

fl^au du vice, et .I4 i:olo[iii,e de I4 

ir (;amman(fes', f;t leur oWis ; tH 
aveuglemeot; touies U.urs vplont^s ^ 
et leur fais ex^uter de mSme les loix du ser- 
rail : tu trouves de la glpire ^ l^ur reodre les 
services les plus.viU ' m te SQiunecs, avee 
respect et avec crainte j i leurs ordres Ugi- 
times ; tu les sers comme Tesdave de leurs 
eaclaves'. Mais;, par un retour d'empire , tu 
comiQandes en nattre comme moi - mSme , 



P E R S A M E S. II 

quand tu trains le rel&chement des loix de 
la pudeur et de la modestiet 

Souviens-toi toujours du n6ant d'oii je t*3i 
hit sortir', Ibrsque tu ^ois le dermer de mes 
esclaves, pour te mettre en cette place, et 
te confier les d^Uces de mon coeur : tiens-toi 
dans un profond abaisstment aupr^ de celles 
qui pariagent mon amour; mats fais-leur, en 



quelquefois de mdi. Jd voudrois Ie$ revoir 
^ns ce lieii channant quVltes eoibeilissent. 
Adieu. 

Vt T<ftrltt u l8 dt l* 
Itttu dt Safhar^ tjti. 



# 



~ ■ »..--—. #-1 



L E T T R E S 

L E T T R E I I L 

Z AC H I a V S B B K, 

A Tturis, 



Comment aurois-je pu vivre » cherUsbek,' 
dans ton serrail d*Ispahan } dans ces lieux 
qui, me rappellant sans cesse mes plabirs 
passes, irritoient tous les jours mes desirs 
avec une nouvelle violence } rerrois d'appar- 
temens en appartemens , te cherchant tou- 
jours y et ne te trouvant jamais ; mais ren- 
contrant par-tout un cruel souvenir de ma 
f^Uciti pass^e. Tantdt je me voyois en ce 
lieu oil, pour la premiere fois de ma vie, 
je te ref us dans mes bras ; tanidi dans celui 
oil tu d^cidas cette fameuse querelle entre 
tes femmes : chacune de nous se pr^tendoit 
sup^iieure aux autres en beaut^ : nous nous 
pr^sentimes devant toi , apres avoir ^p'uise 



P ,E iR S A :N E.5. I J 

Ipft Cirque Timiigtfi^tion^ f ^utfouriur; de p^r> 
|pqfes et' d'oriieii^ras : tu vis avec plaiw les^ 
nir^desi ^ nptre art;.tu admiras jusqu'oit 
CK>us avoit e9»por^es Tardeur de t^ f laur&i 
lAsii^ tjj, fis bientot ;jc^d^ ^jces^ charm^ emf{ 
pfttnt49! ^ de^ ^raiie* ftJtW; nater^Uo?: ; , lu .44,, 
tluisis.tpMt ii0tre;OHvwge:^.il faUut :no«$,d^ 
IK>MUi<r d$t ceS'Orpeaii^fi^{»:qMi fetoieAt dfev 
yenus incommodes ; U fallut paroitre k ta vue 
daos la simplicity de la nature. Je comptai 
pour rien \a, pudeur; je ne pensai^qu'l^fOitf 
gloire^ HeXireUK Usbek ! quede charmes fureol 
ital^ ik tes y eox ! i^o^s te vimes long-ttmp^ 
errer d'^nchanteoi^s en eflcbaqtem^ns* ; m«i 
9me. mtertaiiie demeura long « temps sans se 
fixer : chaque grace nouvelle te demandoit 
im.tribut : nous fum^s ea un moment toutes 
couTeites de tes bai^er^'; tu portas tes curieuz 
regards dans les li^vK Us plus secrets 7 tii 
nous fis passer y en an instant, dans mille 
sitaationS'diff&rentes : toujours de nouveaux 
commandemens , et une ob^issance toujours 
nouvelle. Je te Tavoue , Usbek ; une passion 
encore plus vi ve que rambition, me fit souhaiter 
de te plaire. Je me vis insensiblement devenir 
la maitresse de ton cceur : tu me pris , tu me 
quittas ; tu revins k moi, et je sus te retenir: 
le triomphe fiit tout pour moi » et le d^ses- 
poir pour mes rivales : il nous sembia que 
nous fussions seuls dans le monde ; tout ce 
qui nous entouroit ne fut plus digne de nous 
occupen Pliic au ciel que mes rivales eussent 



f4 ^ E t'T R E S 

eu U CoutBgedtrt^tet t^oitl9 dd^Wiifts!^ 
marque^ d'amour qde jert^ dt totliSi^llM 
avoient bien vu mes transpoHs 5 elles auroient 
stinA la diffiirence qu'il y a de ikion- aitiour du 
leur ; ^lleii'auroieiit tu que^ $i leUes ^ouvoknt 
dispifCir avec iilioi de chirihte , elites ne poiit 
vdient pas disput^r de sf6h^bilit6 • . • . Mtti^ 
oii suis^]e? Oil m^einih^fie ci^'vain t^it } 'C^ 
un malheur de n'dtre ^<Ant zimie ; mais c'esC 
un ai&ont de ne TStreplus. Tu nous quittes^ 
Vsbek, pour aller erii^r dbtis dbs clitnats btfr-f 
bares- Quoi 1 tu co^pUs poUr rien I'^vamagft 
d'etre $)m($ ? H^lasl tu ne s^is pas Ineme 4t 
que tu pei'dSA Je pous^e de^ soupirs qui ne 
sont,poiM eiitendus; m^s lartoies d^ulent, cft 
tu n'en jouis pas ; it setoible que I'amour te%* 
pire dans le serrail , et toil Insensibility tteit 
d^loigne nsans cesi^e t ^li I mon: cher Usbek^ 
» ta sEvois dtre heufeuk T < 

D« w^tf <b ^4«f«,' A *♦ * i« 



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?;Z A S.A.N :E.5. ff 



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L E T T H ff 1 Y. 

t^hpre Zdide, 26iidr i^ui:i9m;.^frt A^M t^af 

par'toiitlfS'QrbctttM M k( :1|r94«^'.U'J)!^^iu4 
wffiir paa ^ cetle s^JSiroiioa soit dquJw^ 
teiise i il yeut isMore q0':9llf.^Qi|t;4if$49<¥H 
lanife; Lc traatm.^ut:f^Qd«r.CQIMfteiaisi|^ 

$*ehmiie doriiife to4^«ri;ft; o&oieJferir««P» 

mi ilesr dK»es tjae: je hjb^ sms p^s 



irir fna verm 41 m • stocoi^kit me oif ttn > : Ks^mi 
^: ses ]scH^9ons ndtravagaos. :t uo. vU q$i^)!^ 
vient m'attaqoer JMaques <^ 
il faut que je m'y defende. Non , j'ai trop de 
i^s^^f pbuf m^^tfidme y pour descendre jus- 
ques' k' d^t ]usrification$ : je ne yeux d'autre 
garant de ma conduite « que toi-mSme » que 
too amour , que le mien ; et , s*il faut te le 
dire > cher Usbek , que mes larmes. 

Du serrail dt Fatmij le zy de la 
lune de Mahanam^ lyiu 



l6 L £ T T R E S 



Mk 



L E TTR E V,: 

Jt u s r jiir a M SB^£ K^ 

J. U es le 611 jet ^e tomes: ler ooiurersatiojhs 
d'Ispaha*; on ne psrle quie 4e ton depart** 
Les yns rattribuent ^ tine \k%ht^ .d'esprir^ 
fes autfes & quelque chagrin : tes.amis seuls. 
fe defefident) <et its ne persnadent pbrsoone*' 
On ae pent comprendreque tu puisses quitter 
tes females , tes parens , tes adiis ^ ta patrie^ 
pour bller dans' des clii^t^ inconnus adxPet* 
sansl La^ m^ri de Rica esr iiiconsblable \ elle 
te deniandb son fik^ ^qilje tb lus as^ dit-elle, 
enlev^. Pour moi^> tnon cj^ Usbek » je me 
sefis naturelleme^t poiti ^ approuver tout ce 
que tu-^Cus : mais )e ne saurois te.pardonner 
itih' absence j-etyqiietques raison^ que tu m'ea 
pijtsses l[ionnei< ^ mcin ccter ^ ne . les go(ite» 
l^atawb* Adijnu Aime-ffloi toiijourf. ; 

J' t,: r^ . . '..' ' fy \ ..: • • J ^ 

Ji .1" . P'J^dAadf U z8 dela biot 



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LETTRE 



Pehsames. 17 



LETTRE VI. 

USBEK k son ami Hessik. 

A Ispahan. 

jTY vne joumie d'Erivany nous quittftmes 
la Perse 9 pour entrer dans les terres de I'o- 
b^issance des Turcs. Douze jours apr^s , nous 
^rriv&mes \ Erzeron , oil nous s^journerons 
trois ou quatre mois. 

II faut que je te Tayoue 9 Nessir : j'^ senti 
une douleur secr&te i quand |^ai perdu la Perse 
derue, et que je me s^is trpuv^ .au milieu 
des perfides Osmanlins. A mesure que j'entrois 
dans les pays de ces profanes , il me sembloit 
que )e devenois profane moi-mSme. 

Ma patrie » ma famille ^ mes amis ^ se son( 
pr^sent^s \ mon esprit : ma tendresse s'est 
r^veill^e : une certaine inquietude a achev6 
de me troubler^ et m'a fait connoitre que» 
pour mon repos , j'avois trop entrepris. 

Mais ce qui afflige le plus mon coeur ^ ce 
sont mes femmes. Je ne puis penser \ elles^ 
que ]e ne sois d^vo^ ^ de chagrins. 

Ce n'est pas » Nessir , que je les aime : je 
me trouve » i cet ^gard , dans une insensibility 
qui ne me laisse point de desirs. Dans le 
hombrenx serrail oil j'ai y^u 9 j'ai pr^venu 
ramour, et.raiddtruitparjui-intol^ •.OWS^I 
Tomt IV. C 



i8 L i r t A t $ 

de la froideur m8ine , 11 sort une jalousie se- 
crete qui me devore. Je vois une troupe de 
femtnes lais^^es p^es^el i etfes-mSmes , je n'ai 
que des ames laches qui m'en r^pondent. J'au« 
rois peine a 6tke to surety , fi mes csclaves 
^toient fidMes : que sera - ce s'ils ne le sont 
pas ? Quelles tristea npuv^Ues peuvent m'en 
venir dans les pays doign^s que je vais par- 
courir ! Vtit ttnr noA oil mei amii ne peuvent 
portef de feihM^ } c'est vn lieu done ils doiVeilt 
igtiorer lei tfi^tei itcreu : et qu'y pourroient' 
ils faire } N'aimffois^je pas mille foia toieiis 
une obscure impunit^ , cpi'une correction ^cli^ 
tante ? Je d<i[k>^ en ton cosur tons mcs cha- 
grins f mon Cher Ntmr ; r'est la seule consor 
lation ipi mt tissttf 4tos i'^tat od je suis* 

tyKrjeivn ^ U iq dc ta but9 
di kibidh^ ^^tftt^^ 

LETT R EVIL 

T ji T M i Jt V t m B K. 

IL y a dcnk v^tM que fa et parti ^ mon cher 
Vsbek ; et dans Fabatttoent oil je suis 9 je ne 
puis pas me le persuader encore. Je cours tou( 
le serrail , comme si tu y £tois ; )e ne suis 
f oim dl&saibuste* Que ?eux * tu que devieimt 



P S R S A N E S. If 

1IM femme qui i^aime ; qui itoit accoututnit 
k te tenir dans ses bras ; qui a'^toit occup^t 
que du soin de te donher des f»reuves de st 
feadre$se ; libre par I'ayanf age de sa ^aUsance » 
esclave par la violence de son amour ? 

Quand ]e c'ipousai, «es yeux n*ayoienl 
point encore vu le visage d^un homme : ta ei 
le seul encore dont la vue M^ait 6t£ permit 
ie (*) : car )t ne cnets pas au rang de% hommes 
ces €iin«quf$ afireux f dont la moindre imper^ 
fection est de n*€ire point hommes. Quand }t 
ceaapare la beaut^ de tpn visage nvec la di^ 
fonnit^ dn leur , je ne puis m'cmpMier df 
ttt^estimer heureuse. Mon imaginatiot ne am 
fMnM point d'id^ plus ravissante p que lea 
eharaes enchanieurs de ta personne. ^ te le 
|«re , Usbek ; ^and fl ma seroit permis de 
lortir de ce lien » ob je suis enferm^e par la 
ft^cessic^ de ma condition ; quand |e pouriois 
nie d^pber k la gsfde qui ni^environne; quand 
11 me seroit peraiis de 4iaisir parmi tons les ' 
lioaimes qui vixrent dans cette capitale des 
nations ; Usbek » jete le \att 9 fe ne cboisiroit 
que toi. II ne pent j avoir que toi dans 1^ 
anonde qui m^rite d'toe aimi, 

Ne pense pas qu^ ton absence m'ait fait 
ni^iger wne beant^ qui t'est cherc^ Quoique -: 
ft ne doive 4tre vne de personne, et que lei 

i I . ... 

' ^ IiCs fcmmes persanes sont beancopp plu^ trroi- 
teiiicot gsrdtes qoe les fisjiiines turijiies ct Ics lenunds 



20 L E T T R B S 

omemens dont je me pare soient inutiles'i toa 
t)onhe^r , je cherche.cependant k m'entretenir 
dans I'habitude de plaire : je tie me couche 
point que je ne me sois parfiimee des essences 
ies plus delicieuses. Je me^rappelle ce temps 
heureux^ oh tu venois dans mes bras; un 
songe flatteur qui me s^duit , me montre ce 
cher objet demon amour; mon imagmation 
$e perd dans ses desirs , comme elle se flatte 
dans ses esperances. Je pense quelquefpis que^ 
d^gout^ d'un penible voyage 9 tu vas revenic 
k nous : la nuit se passe, dans des songes , 
qui n'appartiennent ni k la veille ni au som* 
meil : je te cberche k tn.es cot^s ;,et il me 
semble que tu me fuis : enfin , le feu qui me 
d^yore dissipe luirtnime ces enchantemens 
ft rappelle .mes esprits. Je me ttoave pout 
lors si anim^e... Tu ne le croirois.pas , Usbek; 
il est impossible de vivre dans cet ^tat ; le 
feucople dan^ m^^s veide^ Que ne puis-jq 
t'exprimer ce que je sens^si bictn 1 et. comment 
sens-je si bien ce que je ne puis, t'exprimer | 
Dansces moniens, Usbek 9. je donrterois Teqh 
pire du monde pour ua seul de tes baisers* 
Qu'une femme est malheureuse d'aypir des 
desirs si, violens, lorsqu'elle est priv4e de 
icelui qui peut seul l$s satisfaire ; que livr^ 
^ .elle-mSme, n*ayant rieo qui, puisne la di^ 
traire 9 il faut qu'elle vive dans Thabitude des 
soupirs et dans la fureur d*une passion irxitde ; 
que 9 bxen loin d'etre heureuse ^ elle n'a pas 
IDdme I'ayaatage de servir k la feliciti^ d'uo 



Per S.A.N E s. It 

autre ! ornement inutile d'un serrail , gard^e 
pour llionneur , et non pas pour le bonhettr 

de son ^poux ! 

Vous'Stes bien cruels , vous autres hommes ! 
Vous 6tes charm^ que nous ayons des passions 
que nous ne puissions pas satisfaire : vous 
nous.traitez comme si nous ^tions insensibles; 
ct vous seriez bien fSch^s que nous le fussions : 



Du ttTTaU fjtpakan, h t» dt li 
■ hatdiMUttiylTh. < 1 



# 



11 Lettres 



LETTRE VIIL 

VS S £ K i son ami Ita ST AW. 

A Ispahan. 

• •• .... 

T A Irttf e mV iii rtndue i Brrrnm i oh je 
$uis. Je fti^^tois bien dotit6 que moti ^paii 
ferbit du bruit ; * j e ne in>n stris ' point tm% eii 
peine. Que veux-tu que ]t suxvc > h pnidente 
de mes ennemis , ou la ifiiemie ? 
' Je pdriis i la cpur dts ma p(tr$ tendre fto« 



rpmpit p6int i)fi' /orftiai mime ti^gran^des* 
iein ; j*bsai y 4tre veitiiftUY, 1>^ que je comnii 
le vice » je m*en ^oi'gtiai ^ maxs je ni^ ap* 
pro^hai ensuite ^ pour le d^masquer. Je portai 
la v^tit^ jusgui^ aux. pu;4s du trone ; j'y parlai 
un langage jusqu'alors inconnu : je d^concer- 
tai la flatterie , et j'^tonnai en mSme temps 
les adorateurs et I'idole. 

Mais 9 qiiand je vis que ma sinc^rit^ m'avoit 
fait des ennemis ; que.fe m'^tois attir^ la ja- 
lousie des ministres , sans avoir la fiiveur du' 
prince ; que , dans une cour corrompue 9 je 
ne me soutenois plus que par une foible ver« 
tuy je r^solus de la quitter. Je feignis un 
grand attachement pour les sciences; tt^ k 
force de le feindre » il me vint r^ellement. 
Je ne me m81ai plus d'aucunes affaires i et je 



F E R S A N E-S. ,2,3 

me retirai dans une maison de campagne. Mais 
depart! m^me avoit ses iBCORv^nieDS : j« 
restois toujours expos6 k la malice de mes 
ennemis ^et je m'^cois p^esque 6te les moyens 
de m'en garantir. Quelques avis secrets^ me 
firent penser k moi s^ieusement : je resolus 
de m'exiler de ma patrie ; et ma retraite m3me 
de la cour m'en fourait un' pretexte plausible* 
JTallai au roi; je lui marquai Ten vie que j'avois 
de m'instruire dans les sciences de Toccident ; 
je lui insinuai qu'il pourroit tirer de Tutiliti 
.de mes voyages : je trouvai grace devant 5es 
yeux ; je partis , et je derobai une victime k 
mes ennemis. . . 

Voil^ y Rustan » le tcritabte motif de mon 
voyage. Laisse parler Ispahan ; ne me defends 
que devaat ceux qui m'aiment. Laisse k mes 
ennemis leurs interpretations malignes : je 
suis trop heureux |^e ce soit le seul mal qu*ils 
me puissent falre« 

^ . On parte de mo\ k present ; {ieut-Stre ne 
serai - je que trop oublii6 ^ et que me? amis.;. 
Hon p Rustan ^ je ne veux point me livrer k 
cette triste pens^e : je leur serai toujours cher ; 
|e compte sur leur fidelit^^ comme sur Ik 
^eone. 

; ^ J>*'J^r^fon., k :u> d€ la Imc 



24 L E T T R E 



L E T T R E IX. 

Lr premier EuyuQus i Ismi. 

ji Erifron. 

X U suis ton ancien maitre dans ses voyages ; 
tu parcours les provinces et les royaumes: 
les chagrins ne sauroient faire dUmpression sur 
toi ; chaque instant te mbntre des choses 
nbuvelles ; tout ce que tu vois te r^cr^e ^ et 
te fait passer le temps sans le sentir, 

U n'eii e$t pas de mSme de moi , qui , en- 
ferrn^ dans une affreuse prison , suis toujours 
environn^ des mSmes objets, et d^vore des 
mS'mes chagrins. . )e gemis , accabl^ sous le 
poids des soins et des inquietudes de cinquante 
^unndes ; et, dans le cours d*une longue vie, 
|e ne puis pas dire avoir eu un jour serein , 
et un moment tranquille. 

Lorsque mon premier maitre eut formd le 
cruel projet de me confier ses femmes , et 
m'eut oblige , par des seductions soutenues 
de miUe menaces » de me s^parer pour jamais 
de moi-m3me ; las de servir dans les emplois 
les plus penibles, je comptai sacrifier mes 
passions k mon repos et k ma fortune. Mai* 
heureux que j'^tois ! mon esprit pr^occup^ 
me faisoit voir le d^dommagement , et noa 
pa$ la perte i j'esperois que je serois deiivre 

des 



P E R S A K B S. &5 

des atteifites de Tamour , par Pimpuisstace de 
le $aiisfaire« H^las ! on 6teignit en moi retfeC 
des passions, sans eh ^teindre^la cause; nt, 
bien loin d'en 8tre soulag^ , je me trotlvai 
environn^ d'objets qui Its irritoient sans cesse. 
Tentrai dans le serrail, oil tout m'inspiroit 
le regret de ce que favois perdu : jeme s^n- 
tois anim^ k chaque instant : mille graces na-. 
turelles sembloient ne*se d^couvrir k tba vtfe^ 
que pour me d^soler : pour comble de mal« 
heurs, j'avois toujours devant les yeux un 
faomme heureux. Dans ce temps de trouble^ 
|e n'ai jainiais conduit une femAie dans le lit 
de mon maitre, je ueTai jamais diishabill^^ 
cpie jene sois rentr6 cbez moi ta rage dans 
le cceur, et un affreux d&espoir dans Tame. 

Voili comme j'ai pass£ ma miserable jeu- 
nesse. le n'avois de confident quemoi*mime« 
Charg^ d'ennuis et de chagrins 9 il me Jas 
fiilloit d^vorer : et ce$ mSmes femntfes 9 qu^ 
|*^ois tent£ de tegarder avec des yeux si^ten* 
dres 9- le ne les envisageois qu'^vec des regards 
sdrires : )*6tois perdu si elles m'avoient p^-* 
Bdtr^ : quel avantage n*en auroient-elles pas 
prisi 

' le me souYiens qu'un jbiir que je mettois 
une iemme dans le bain , je me sentis d 
iransport^^ que je per<fis entieremeht la rai- 
son 9 et que j'osai porter ma main dain^ utt 
lieu redoutable. Je crus , i la premiire r^exion, 
que ce jour 6toit le dernier de mes jours s 
|e fiis pourtant aswz llmireits -pOur ^cba^ce 

Tom jr. D 



i^ L-5 X T I| E s. 

i milk mojrts t inaU la beaut^^ que f^vok 
$Mle confidente de ma fqih\e$%e y me veodic 
^ien ^h^r son. silence i je perdis. entiercn^eni 
tIPQ a^orit^ sur.elle ; 9t eUe m'a oblige depuia 
^ des condesc^ndaoces quri m'ont expos^ milU 
£ois ik per4r€i la vk. 

* Enfin , Ie$ feme de U jeunesse cm passd; 
}e suis vi^ut ; et )e m« trouve^ .^ cat egard| 
^aqs' nn dtat traajq^illa. Je ^egarde les fcmmef 
avee iAdiflie^reace^ et.je Uw xeads hiea toua 
leurs mopris , et tous .las tourmeos (ju^ellei 
ip'orit fait souffrir. Je me souviens toujourf 
f Ue j'etois ne pour 1^ ^commander ; et il m^ 
^i^ble qufi ]e.redevjien$rb9fii?ve i d^s le^ o^ 
cask>iis ojU je; l^r. copuoande encore. Je le^ 
bai^s d^puis q^e je le$ eavisage de sang-^oid^ 
et <}ue ma ra^soa me laisse voir toutes lours 
fotblesses* ^upique }f las ga^de poor un autre, 
le^ip^fird^ fB6 fs^ire obeifm^ daane uoejoxf 
tecr^jQ ; !qvan4 : je, l^s . priye : de tout, il mf 
seiaUe:qMe;«'e^t;p9iirmoay ^t il m'ea reviqil 
tanjauf s un^ si^siaptioA ^irc^tie : ; je mi^ 
tro^yj9 dans le serrail comma dans xm petk 
empire i et moa agibition , la. seule, pas^ioi^ 
qui me reste , se satisfait un peu. Je Vois;ave9 
plaisir que to^t raule. sjuc ^lox,^ qu'i ipus 
|es Jn?tans je 5uis i^ecessaif^.: je.^p^e diugi? 
volp9<iers de la Jiaipe 4? toutesxes %aQ^&^ 
%ui f^Wt^rmit dansle poste oil je suis« Au^i 
fi'oAi-^Ues^ pa^.affair^ k, uo ingrat : elles m 
tr^v^nt a.M-dfivant. de tQus Iqir^ plaisi^s le^ 
pii^; ipoOQf^QSr : je .m^ f i:4^^e:tQujoHrs i eile$ 



P E R S A N E S. Vf 

Mmtne tinit Jnrri^e indbranlabCe : atlesifbtu 
iA«it dej projets , et }e les' air&is soudain^'y 
je m'antte de i-rfiis ; j* ine Wrisse<de iOru-' 
pnles; fe'n'fli^JaiAais ilans la bouc^« que ^leJ 
mots de dev'oir , de vemi , d« pudeur , df 
modekle : je les d^sesp^re , en leur pbrlaitf 



les jours <es' femme^ vifl£licativ«s^ tie cfitrcheiit 
a-Wnihirtt silr'rtOx'^que:j«ile*tt|d(wne.«les 
hfX ■An ^eveftJ' t^ribk^j U f k-, MtPeiiOus j 
fcomWe- un Sux «t tin mAur '^esifltrc: tt id« 
fouffliKion : dies foiit loujpurs topiber 4ur 
tHoi tes ^plolfi^ed pbiJE JiuuiiHaM ; 4^ 
afiectttt-^il ««^Hs^qn'«*aipoifit til*«xtfitip(e( 
k ,- 'tarts' dgatd poUt'^mn 'nefltesst j ettw ihe 
ft^^tfver la mtit-ife^ fefe pour ka Mcd^i 
ba^tic^ : je stiis atiiOM lanii te^se^d^ofdrai?, 
fle c^mimand^mens ^ d'emplow, >de capric«8> 
il' ienftle '^*ell«s scKlaient: pew Mi'cKercw, 
ef que leurs fahtaiiicJs $e stitcedent : Muvcm 
t\\i» se piaistnt % tHe ' fiftirt-f edbtfbler- de«oins ; 
enes'nte -ibiit' faire -de''&uBSi»' confidence^ 
tant&t oh vient ine di*e-qtf'ii%i {»Bni Hnjemtt 
liomme ^utour de Ms inurs ; imk $utre fdis , 
qu'oa a entti»dtt du bniit « ou Men qu'oo -doit 
D z 



ifr L E T T a E s 

rendre une lettre : totit oeci mt trouUe : el 
files rient de ce trouble ; elles soot cbanii^ 
de me voir atnsi me tourmeoter moi-mdme. 
Uoe autre fois , elles m'attachent derriire leur 
porte 9 et my enchainent nuit et |our« Elles 
•aveot bien feindre des maladies , des d^fiul- 
lances , des frayeurs : files ne manquem pas 
de pretext e pour me ipener au point oil dies 
yeulent 11 faut » dans ces occasions ^ unc( ob^« 
saoce aveugle et une complaisant sans bomes s 
tuk refiis » dans la boache d'un bomme comme 
moi y seroit une cbose inouie ; et , si je bsH 
lan^ois i leiir ob^ir , elles scroient en droit.da 
me chfttif r. faimerois autant perdre la;vie, moa 
f her Ibbi f que de descendre j^cette buoiiliation^ 
. Ce o'est pas. tout : je. ne suis jamais sfir 
d'etre un instant daiis U.taveur, de mon fnaitre : 
|*ai jautant d*ennemies dans son coeur^quine 
songent qa*k me perdre : elks ont des quarts-^ 
d'heur^ oil je ne suis point <icouti» des quarts* 
dlieure oil Ton ne rejtuse: : rien , d^^qpautir 
4'heuiif oil j'ai. toujoiirs tort. Je m^ne^ d^ns. le 
lit de mon maitre des f^opmpes irrit^es^ :; ]CfQJ^ 
tu que ron y travaille pour moi 9 et quemoii 
parti soit le plus fort ? J'ai tout 4 craindre 
de leurs lannes » de leurs soupirs , de leurs 
embrassemens 9 , et de leurs plaisirs m£me: 
.ell6s sont dans le lieude leurs triomphes : leurs 
.chymes me devienqent terribles ; les services 
pr^sens eflfacent , dans un moment , tons mes 
services passes; rien ne pent me r^pondre 
d*un. maitre qui n*est plus i lui^m£me. 



P E R S A N E S. Ipl 

Combien de fois m'est-il arrive de me cou- 
dier dans la faveur , et de me lever dans la 
disgrace! Le jour que je/us foi^ett^ si in- 
dignement autour du serrail , qu*aVois-]e fait I 
Je laisse une femme dans les bras de mon 
maitret des qu'elle le vit enflamm^, elle 
Tersa un torrent de larmes ; elle se plaignit f 
et m^nagea si bien sts plaintes , qu'elles aug- 
mentoient k mesure de Tamour qu*elle faisoit 
naitre. Comment aurois-]e pu me soutenir dans 
un moment si critique ! )e fiis perdu lorsque 
je m'y attendois le moins ; je (as la victime 
d*une n^gociation amoureuse , et d'un traitd 
que les soupirs avoient fait. Voi\k , cher Ibbi^ 
Titdt cruel dans lequel j'ai toujours v^cu* 

Que tu es heureux ! tes soins se bornent 
uniquement k la pcrsonne d'Usbek. II t*cst 
facile de lui plaire , et de te maintenir dans 
sa £iyeur jusqu'au dernier de tes jours. 

Du serrail iTIspahan, U dtrritr 
de la luae de Saphar^ i^iu 



# 



f 



r ) 



39 Lettres 



mmma 



L E T T R E X. 

MiRZA a son ami U S B B K. 

A En^cron. 

1 U itois le seul qui put me d^doxnmager 
de Tabsence de Rica ; et il n'y avoit que Rica 
qui put me consoler de la tienne. Tu nous 
manques , Usbek ; tu £tois Tame de notre so^ 
ci^& Qu'il faut de violence pour rompre 
les engagemens que le coeur et Tesprit otk 
formes 1 

Nous disputons ici beaucoup 4 nos disputes 
roulent ordinairement sur la morale. Uier , ok 
mil en question , si les homraes ^toient heu« 
reux par le^ plaisirs et les satisfactions des 
nenSvy cu par la pratique ie la vertu. Je t*ai sou- 
vent QUI dire que les iiommes ^toient nis pour 
£tre vertueux ; et que la justice est une qua« 
lit6 qui leur est aussi propre que I'existence. 
Explique - moi ^ je te prie , ce que tu veux 
dire. 

fai parle k des moUaks 9 qui me d^sespirent 
avec leurs passages de I'alcoran : car je ne 
leur parle pas comme vrai croyant , mais 
comme homme , comme citoyen^ comme p^re 
de famiile. Adieu. 

U Isfahan , U dernier de la 
huu de Saphar, lyiu 



P E R S A N E S. 



3» 



«MMH«MM^ 



LETTRE XL 



U S B E K 



M I K Z A. 



A Ispahan^ 

X U renonces \ ta raison pour e$$ayer la 
jxiienne : tu descends jusqu'i me consulter; 
tu me crois capable de t'instruire* Mon cher 
JMirza , il y a une chose qui me flatte encore 
plus que la bonne opinion que tu as con^ue 
de moi 9 c'est ton amiti6 qui me la procure. 
Pour remplir ce que tu me prescris , je n'ai 
pas cm devoir employer des raisonnemiens 
fort abstraits. II y a de certaiaes v^rit^s , qu'il 
ne suffit pas de persuader » mais qu*il faut 
encore £iire sentir ; telles sont les v^rites de 
morale, Peut-Stre que ce morceau d*histoire 
te touchera plus qu*une philosophie subtile. 
^ U y: avoit , Nen Arabic , un petit peuple , 
jippell^ Troglodyte » qui descendoit de ce& 
anciens Troglodytes qui , si nous en croyon$ 
les historiens , ressembloient plus i des betes 
(|u*i des honuoes. , Ceux-c> n'^toient point si 
(:bntrefaits ^ ils n'^toient point velus comme 
des ours'9 3s ne siifioient pointy ils avoient 
ideux yeux ; mais ils ^toient si m^chans et si 
feroces , qu'il n'y ayoit parmi eux aucun prin- 
cipe d'^quite; ni de justice. 






1 



31 L E T T RES 

lis avoient un roi d'une origine ^trangire f 
qui 9 voulant corriger la m^chancet^ de leur 
naturel » les traitoit s^v^rement : mais ils con- 
{ur^rent contre lux » le tu^rent , et extermi- 
n^rent toute la famille royale. 

Le coup ^tant fait , ils s'assetnblirent pour 
choisir un gouvernement ; et ^ apris bien des 
dissensions , ils cr^irent des magistrats. Mais , 
a peine les eurent-ils ^lus, qu'ils leur de- 
vinrent insupportables ; et ils les massacr^rent 
encore. 

Ce peuple > libre de ce nouveau joug , ne 
consulta plus que son naturel sauvage. Tous 
les particuliers convinrent qu'ils n'ob^iroient 
plus k persbnne ; que chacun veilleroit uni« 
quement k ses intuits, sans consulter ceu^ 
des autres. 

Cette resolution unanime flattoit extrfime- 
ment tous les particuliers. Hs disoient : qu'ai« 
je k faire d*aller me tuer k travailler pour des 
gens dont je ne me soucie point ? Je penserai 
uniquement k mox ; je vivrai heureux : que 
m^mporte que les autres le soient ? Je me pro« 
curerai tous mes besoins ; et 9 pouryu que je 
les aye , je ne me soucie point que tous le9 
autres Troglodytes soient mis^rables. 

On ^toit dans le mo}s pii Ton ensemence 
les terres ; chacun dit, je ne labpurerai moa 
champ que pour qu'il me fournisse le bled qu'il 
me faut pour me nourrir; une plus grandc 
quantity me seroit inutile : je ne prendrai point 
de la peine pour rien^ 

Lei 



P E R S A N E S. ' 3 J 

* Les terres de ce petit royaume n*^toient pas 
de mSrne nature : il y en avoit d'arides et de 
mont^gneuses ; et d'autres qui , dans un terrein 
bas , ^toient arros^es de plusieurs ruisseaux. 
Cette ann^e » la secheresse fut tres - grande f 
de maniere que les terres qui etoient dans les 
lieux 61ev^s manqu^rent absolumerit , tandis 
.que celles qui purent 6tre arros^es furent tres- 
fertiles : ainsi les peuples des montagnes p^« 
rirent presque tous de feim » par la duret^ des 
autres qui leur refus^rent de partager la r^colte. 

L'ann^ d'ensuite fut tr^s - pluvieuse : les 
lieux ^ley^s se trouv^rent tfune fertility ex** 
traordinaire , et les terras basses furent sub- 
merg^es. La moitid du peuple cria une seconde 
fois famine ; mais ces mis^rables trouv^rent 
des gens aussi durs qu'ils Tavoient ^te eux- 
monies. ^ 

Uh des princxpaux habitans avoit une femfne 
fort belle ; son voisin en devint ' amoureux ^ 
kt Tenleva : il s'emut une grande querelLs i 
et 9 apr^s bien des injures et des coups , ib 
convinrent de s*en remettre k la decision d'uit 
Troglodyte qui, pendant que la r^publique sub- 
sistoit , avoit eu quelque credit. Us ailment k lur, 
et voulurent lui dire leurs raisons. Que m'im- 
porte > dit cet'homme, que cette ftmme sok 
k vous , ou k vous ? J'ai mon champ k lft»- 
bourer , |e n'irai peut-Stre pas employer moa 
temps k terminer vos difF<6rends , et k travaillei* 
k vos affaires , tandis que je n^gligerai le$ 
miennes. Je vous prie de melaisslef eo^epos^ 

Tome IV. E 



■-f*,* 



J4 L E T T R E S 

ct de ne mlmportuner piu9 de tos querelles. . 
U^-dcssus , il les quitta » ef s*en alia travaillef 
^ sa tore. Le ravis&eur , qui ^oit le plus fort p. 
|ura cpi'il mourrok pliit6t que de rendre cette 
fetmne ; et Tautre , jfinitri de Tanjustice de 
son ToistQ et de la durei^ du juge , s'en re- 
louraoit desesp^ ^ lorsqu'il trouva dans, son 
chemin tufie femme )eune et belle , qui reve- 
nok de la fontaine. 11 n'avoit plus de femme ;' 
celie-li lui plut : elle lui plut bien davantage » ' 
lorsqu'il appiit que c'^toit la fenune de celui 
^'il avoit voulu prendre pour juge , et qui 
avoit iti si peu sensible k son malheur. II 
Fenleva , et Teounena dans sa maison. 

II Y avoit un homme qui possddoit un cbamp 
assez fertile 9 qu'il cultivoit avec grand soin : 
deux de ses voisins s'unirent ensemble ^ le 
chass&rent de sa maison , occupireot son 
champ : ils firent entre'eu;x une unioa pour 
se d^endre* coQtre tous ceufc qui youdfoien^ 
Tttsuqier ; et effectivemeiit t ils; se soutiiprent 
par-li peodam plusieurs rnois* M^is xm de$ 
deux » ennuye^ de jNu-tag^r ce 91'U pouvoit 
avoir tout seuL 9 tua Tautre % et deviot seul 
^naitre.du champ. Son empire na fot pas long: 
deux autres Tro^ody tes vinrent I'attaquer ; 
il;se trouva ^op foible pour se defeudre^ 
-et iV fnt massacr4. 

Un Troelody te presque tout oud vk de la 
laine qui etpit k vendre ; il en demanda le 
|MDX : le hiai^chand dit ea li^-m£me , na^iiuret 
Icmem je ne dieyrois esp^r^r de ma laine qjgi'aiir 



^ ■ 



P E k S A N E S. 31 

fiat (Targent qu'U en faut pour ^cheter deuai 
nesures de bled ; laais je la V9is yendr^ qwti^ 
fois davantag^ 9 afin d'livoir knit me^ures. U 
feUut en passer par-l& , et payer le pxix. 4^ 
mand^ Je suis bien aise , dit le marchand ; 
j'aurai duMedipt^sent. Que dites-vous ? reprit 
I'acheteur : vous avez besoin de bled ? ]*en 
91 a venule Til n yti (jue ie priz tpxi tous cton* 
nera peut-Stre ; car vous saurez que le bled 
est eiftrSoiemeAt cHer 9. et iquela famine regne 
presque par-tout : mais rendez-moi mon ar* 
gent 9 et ]e vous domierai hm «nesure de bled ; 
car je ne veux pas m'en defaire autrement 9 
dussiez-vous crever de faim. 

Cependant une maladie cruelle ravageok la 
eontrde. Un m^cui kibife 7 a^nra du pays 
aroisk f • ^et doaha sc5 Ttmhie$ si A ^opos^ 
ipt'd g4i6r]t tons oeoK qua se orirent dans ses 
mains* Quand la anala^ cut cessd, il aila^ 
diez tons ccuz qu'ii avoit trait^ ^ demander 
ion salaire ;; xaais :il ne trouva que des refus : 
H retourna. dans son pays , «c ii y -arriva ac« 
cabl^ des iatigues ^n si long voyage. Mai^^ 
bient^t aprefs » ii apptJS que la mimt maladie 
se faisoit sentir de nouveau » et irfKgeoit plus 
que jamais cette terre ingrate. Us ^U&rent k 
iui cette fots , et n'attendirent pas qu*il vint 
diez eux. AUez , leur dit-il , hommes anjustes^ 
vous avez dans Tame im poison plus mortel 
que celui dont vous voulez guerir ; vous ne 
m^ritez pas d'occuper one place sur la terre » 
parce que vous ii*avec poiac •d'humaait^ ; et 

E X 



3$ Lettres 

que les regies de Tequite vous sont inconnoes : 
|e croirois offenser les dieux qui yoits ptt« 
nissent f $i je m'opposois k la justice de leur 
colire. - 

D'ErifroH, U ^de la bate 
de Gemmadi, a^ lyiu 



LETTRE XI I. • 

UsBEK au minu. 
A Ispahan. . 

1 U as Tu 9 moh cher Mirza » cdmrnent les 
Troglodytes pirirent par leur m^cbanceti 
meme ^ et furent les victimes de leurs propres 
injustices. De tant de families, il n'en resta 
que deux qui ^chapperent aux malheurs de 
la nation* II y avoit, dans ce pays, deux 
hommes bien singuliers : ils avoi^it de Thu- 
pianite; ils connoissoient la justice; ils ai- 
moient la vertu : autant li^s par la droiture 
de leiir cceur , que par la corruption de celui 
des autres , ils voyoient la desolation g^n^- 
rale> et n^ la ressentoient que. par la piti^: 
p'etoit.Le motif d'une union nouvelle. lis tra« 
vailloient , ave^^ une soUicitude commune , 
pour I'interSt commun ; ils n'avoient de dif-* 
ferends , que ceux qu'une doUce et tendre 
amitie faisoit naitre : et , dans Tendroit du 



Persanes. 37 

pays le plus ecart^ , s^par^s de leurs compa- 
triotes indignes de leur presence , ils menoieht 
Une vie heureuse et tranquille : la terre sem* 
bloit produire d'elle-m€me , cultiv^e par ces 
Vettueuses mains. 

lis aimoient leurs femmes ^ et iis en 6toient 
tendrement ch^ris. Toute« leur attention ^toit 
d*^lever leurs enfans k la vertu. lis leur re« 
pr^sentoient sans cesse les mallieurs de leurs 
compatriotes , et leur mettoient devant les 
yeux cet exemple si triste : ils leur faisoient 
sur - tout sentir que TintcrSt d^s particuliers 
se trouve toujours dans Tint^rSt conimun ; 
que vouloir s'tn separer, c'est vouloir se 
perdre ; que la vertu n'est point une chose 
qui doive nous coiiter ; qu'il ne faut point la 
regarder comme un exercice penible , que la 
justice pour autrui est une charit^ pour nous. 

Ils eurent bient6t la consolation des peres 
vertueux , qui est d'avoir des enfans qui leur 
ressemblent. Le jeune peuple qui s'deva sous 
leurs yeux s'accrut par d'heureux manages : 
le nombre augmenta , I'union fut toujours la 
fliSme ; et la vertu , bien loin de s'affoiblir dans 
la multitude 9 fut fortifiee , au contraire , par 
UA plus grand nombre d'exempies. 

Qui pourroit repr^senter ici le bonheur de 
ces Troglodytes ? Un peuple si juste devoit 
&tre cberi des dieux. D^ qu'il ouvrit les yeui 
.pour les connoitre , il apprit a ies craindre ; 
«t la religion vint adoucir dans les moeurs ce 
<[ue la nature y avoit laiss6 de trop rude. 



38 L E T T R E S 

lis iflststufereot des f&tes €n llionneur des 
dieux. Les jeuoes filles orn^s de fleurs, ec les 
feunes gardens , les c^l^broient par leurs 
danses^ et par les accords d'une musique 
champStre : on faisoit ensuite des festins^ oil 
la joie ne regooit pas moins que la frugalite. 
Cetoit dans ces assemblies que parloit la na- 
ture naive ; jc*est-4^ qu*on apprenoit k dooner 
le coeur et k le recevoir ; c*est-U que la pudeur 
virginale faisoit » en rougissant , un aveu sur- 
pris » mais bientoi confirm^ par le consente- 
nent des p^es ; et c*est - Ik que les tendres 
snares se plaisoient k pr^voir de loin une unioft 
liouce et fidelle. 

On alloit au temple pour demander les fa- 
veurs' des dieux : ce n*^oit pas les rieheases et 
one ondreuse abondance ; de pareils souhaits 
^oient indignes des heureux Troglodytes : iU 
ne savoient les desirer que pour leurs com- 
patriotes. lis n'etoient aux pieds des autek 
que pour demander la sante de leurs pires« 
Tunion de leurs hhtes , la tendresse de leuis 
femmes » I'amour et Tob^issance de leurs en- 
fans. Les filles y venoient apporter le tendre 
sacrifice de leur coeur ; et ne leur demandoient 
d*autre grace , que celle de pouvoir rendre un 
Troglodyte heureux* 

Le soir, lorsque les troupeaux quittoient 
les prairies 9 et que les boeufis £atigu^ avoienc 
ramen^ la charrue » ils $*assembloient ; et, 
dans un repas frugal 9 ils chantoient les injus- 
tices des premiers Troglodytes , et leuis mal- 



Peilsanes. }9 

heurs ^ la vertu renaissante avec un nouveau 
people 9 et la (i^ltcke : ils c^lebroient les gr^n- 
deurs des dieux ^ leurs faveurs toujours pr6- 
sentes aux homines qui les xmplorent , et leur 
colere inevitable k ceux qui ne les craignent pas : 
ils d^crivoient ensuite les d^lices de la vie . 
champStre, et le bpnheur d'une condition tou- 
jours par^e de Hnnocence. Bientot ils s*aban- 
donnoient k un sommeil^ que les soins et 
tes chagrins n*interrompoient jamais. 

La nature ne fournissoit pas moins k leurs 
di^sirs qu'i^ leurs besoins. Dans ce pays heu- 
ireux^ la cupidit^ ^toit ^trang^re : ils se fai- 
soient des pr^sens^ oiiceluiquidonnoitcroyoit 
toujours avoir Tavantage. Le peuple Troglo* 
dyte se (egardoit comme une seule famille : 
les troupeaux ^toient presque toujours con- 
fondus ; la seule peine qu^on s'^pargnoit or- 
dinairement ^ c'^toit de les partagen 

ItEr^enmy k 6 de la htm 
it Gemmai&f 2, 1711. 



# 




4d L E T T R E S 



'k 



. • I 



LETTRE XIII. 

USBEK au mime. 

J E ne saurois assez te parler. de la vertu 4es 
Troglodytes, Un d'eux disoit un jour : Mon 
pere doit demain labourer son champ : je me 
leverai deux heures avant lui ; et quand il ira 
h son champ , il le trouvera tout laboure. 

Un autre disoit en lui-m8me : II me semble 
que ma soeur a du gout pour un jeune Tro- 
jglodyte de nos parens ; il faut que je parle 
h. mon p^re , et que je le determine 4 faire ce 
manage. 

On vint dire k un autre que des voleurs 
avoient enleve son troupeau : Ten suis bien 
fSch^ 9 dit-il ; car il y avoit une g^nisse toute 
blanche ^ que je voulois of&ir aux dieux. 

On entendoit dire ^ un autre : II fiiut 
que j'aille au temple remercier les dieux ; car 
mon fr&re » que mon p^re aime tant 9 et que 
je ch^ris si fort , a recouvr^ la sant& 

Ou bien ^ il y a un champ quitouche celui de 
mon p^re , et ceux qui le cultivent sont tous 
les jours exposes aux ardeurs du soleil : il 
faut que j'aille y planter deux arbres , afin que 
ces pauvres gens puissent aller quelquefois se 
reposer sous leur ombre, 

Un jour que plusieurs Troglodytes etoient 
assembles > un vieillard parla^'un jeune homme 

qu^l 



P B R S A N E S« 41 

quHl soupfonnoit d*avoir commls une mau- 
vaise action , et lui en fit des reproches. Nous 
ne croyons pas qu*il ait commis ce crime » 
dirent les jeunes Troglodytes : rnais^ s*il Ta 
fait 9 puisse-t-il mourir le dernier de sa fa- 
mille ! 

On vint dire h un Troglodyte que des ^tran* 
gers avoient pill^ sa maison , et avoient tout 
emport^. S'ils n'^toient pas injustes , r^pon* 
dit-il f je souhaiterois que les dieux leur en 
donnassent un plus long usage qu'^ moi. 

Tant de prosp^rit^ ne furent pas regard^es 
sans envi6 : les peuples voisins s*assembl^rent; 
et 9 sous un vain pr^texte , ils r^olurent d*en« 
lever leurs troupeaux. Dh que cette resolution 
fiit connue , les Troglodytes envoyerent au- 
devant d*eux des ambassadeurs » qui leur par- 
Urent ainsi: 

Que vous ont fait les Troglodytes ? Ont« 
ils enlev^ yos femoies , d^rob^ vos bestiaux ^ 
ravag^ vos campagnes ? non : nous sommes 
justes f et nous cftugnons les dieux. Que de- 
mandez-vous done de nous ? Voulez-vous de 
la laine pour vous faire des habits ? Voulez- 
vous dtt lait de nos troupeaux ^ ou des fruits 
de nos terres ? Mettez bas les armes , venez 
au milieu de nous » et nous vous donnerons 
de tout cela. Mais nous jurons ^ par ce qu'il y 
a de plus sacr^^ que si vous entrez dans nos 
terres comme ennemis » nous vous regarderons 
comme un peuple injuste, et que nous vous 
traiterons comme des bStes farouches. 

Tom ir. F 



42 Lettres 

Ces paroles ftireot renvoyees avec m^ris. 

Ces peuples sauvages encr^rent arm^s dans 
la terre des Troglodytes , qu'ils ue croyoienc 
d^fendus que par leur inoocence. 

Mais ils Potent biea disposes k la defense ; 
lis avoient mis leurs femmes et leurs en&ns 
au milieu d*eux. Ils furent ^tomi^s de Tuijus- 
tice de leurs ennemis » et non pas de leur 
nomhre. Une ardeur nouvelle s*4toit empar^ 
de leur (ceur : Tun vouloit mourir pour son 
p^re 9 un autre pour sa femme ec ses eu^ns^ 
celui-ci pour ses freres 9 celui-l& pour ses amis, 
|ous pour le peuple Troglodyte : la place de 
celui qui expiroit etott d*abord prise par un 
jiutre f qui 9 outre la cause commune 9 avoit 
encore une mort particuU^re k venger. 

Tel fut le combat de rinjustice et de la 
vertu. Ces peuples liches , qui ne cherchoient 
que le butin , n*eurent pas honte de fuir ; et 
|ls c4d^rent i la vertu des Troglodytes 9 m£me 
$ans en £tre touches. 

D*Er[iron, U p de la lunt 
it Gtmmadi^ 2, %y\u 



# 



Persanes. 



43 



L E T T R E XIV. 

V S B E K au meme. 

v^ o M ME le peuple erossissoit tous les jours , 
les Troglodytes crurent qu*il ^toit k propos 
de se choisir un roi ; ils convinrent qu'il falloit 
defSrer la couronne k celui qui ^tbit le plus 
fuste ; et ils jetterent tous les yeux sur un vieil* 
lard venerable par son dge et par une longue 
vertu. II n'avoit pas voulu se trouver k cette 
assemblee ; il s'etoit retir^ dans sa maison , le 
coeur serr^ de tristesse. 

Lorsqu'on lui envoya des dipuc^ pour lui 
apprendre le choix qu'on avoit fait de lui ; 
A dieu ne plaise , dit-il , que je fesse ce tort 
aux Troglodytes , que Ton puisse croirc qu'il 
n'y a personne parmi eux de plus juste que 
moi I Vous me d^££rez la couronne ; et , si 
yous le voulez absolument , il faudra bien que 
je la prenne : mais comptez que je mourrai 
dedouleiir, d'avoir vu, en naissant, les Tro- 
glodytes libres , et de les. voir aujourd'hui 
assujettis. A ces mots , il se mit k r^pandre 
un torrent de larmes. Malheureux jour ! disoit- 
il ; et pourquoi ai-je tant v^cu ? Puis il s'^cria 
d'une voix sivtre : Je vois bien ce que c'est, 
6 Troglodytes ; votre vertu commence k vous 
peser. Dans T^tat oil vous Stes , n'ayant point 
de chef 9 il faut que vous soyez vertueux 

F X 



44 L E T T R £ S 

malgr^ vous : sans cela , vous ne sauriez sub- 
sister , et vous tomberiez dans le malheur de 
vos premiers p^res. Mais ce joug vous paroit 
trop dur : vous aimez mieux etre soumis i 
un prince » et ob^ir k ses loiz moins rigides 
que vos mceurs. Vous savez que , pour lors ^ 
vous pourrez contenter votre ambition, ac- 
qu^rir des ricbesses , et languir dans une liche 
volupte ; et que , pourvu que vous evitiez 
de tombet' dans les grands crimes, vous n'au- 
rez pas besoin de la vertu. II ?arr6ta un mo- 
ment , et ses larmes coul^rent plus que jamais, 
Et que pretendez-vous que je fasse ? Comment 
se peut-il que ]e commande quelqne chose k 
un Troglodyte ? Voulez*vous qu*il fasse une 
action vertueuse , parce que je la lui com- 
mande 9 lui qui la feroit tout de mSme sans 
moi , et par le seul penchant de la nature } 
O Troglodytes , je suis k la fin de mes jours, 
mon sang est glac6 dans mes veines , je vais 
bientot revoir vos sacr^s aieux; pourquoi 
voulez-vous que je les afflige , et que je sois 
oblige de leur dire que je vous ai laisses sous 
un autre joug que celui de la vertu? 

d'Er^eron^ U lo de la lunt 
di Gemmadiy 2^1711. 



Persanes* 4$ 



, L E T T R E XV. 

■ 

LE premier EUNV que a JAROIf\ 

tun^quc noir. 

A Ei\eron» 

J E prie le ciel qu'il te famine dans ces lieux ; 
et te d^robe k tous les dangers. Quoique je 
ji'aie guere jamais connu cet engagement* qu'on 
appelle amiti^ ^ et que )e me sois envelopp6 
tout entier dans moi-m8me » tu m'as cependant 
fait sentir que j'avois encore un cqeur ; et » 
pendant que j'etois de bronze pour tous ces 
^sclaves qui vivoient sous mes loix ^ je voyois 
croitre ton enfance avec plaisir. 

Le temps vint oh mon maitre jetta sur toi 
les yeux. U s'en falloit bien que la nature eut 
encore parl^ , lorsque le fer te separa de la 
oature. Je ne te dirai point s\ je te plaignis , ou 
si je sentis du plakir k te voir, ^lev^ jusqu'ib 
moi. JTappaisai tes pleurs et tes oris. Je crus 
te voir prendre une seconde naissance^ etsortir 
d'une servitude oil tu devois toujours obeir, 
pour entrer dans une fervitude oil tu devois com- 
mander. Je pris soin de ton Education. La s^ve- 
rit^ 9 toujours inseparable des instructions y te 
fit long -temps ignorer que tu m'dtois cher. 
Tu me r^tois pourtant ; et je te dirat que je 
t'aimois comme un pcre aime son fils ^ si ces 



46 L E T T R E S 

noms de p^re et de fils pouvoient convenir 
k notre destin^e. 

Tu vas courir les pays habitus par les chr^ 
tiens, qui n'ont jamais cru. 11 est impossible 
que tu n*y contractes bien des souillures. Comt 
ment le proph^te pourroit-il te regarder au 
milieu de tant de millions de ses ennemis ? 
Je voudrois que mon maitre (it^ k son retour ^ 
le p^lerinage de la Mecque : vous vous puri* 
fieriez tous dans la terre des anges. 

Du serraU £ Ispahan^ le lo di la 
bun di Gcmmadij i^iu 



LETTRE XV I. 

VsBEK du Motlak Mbhehet Ali^ 
garJien dis trois iomtuatx. 

ji Com* 

PouRQUOi yis-tu dans les tombeaux; 
divin Mollak ? Tu es bien plus fait pour le 
s^jour des ^toiles. Tu te caches , sans doute ^ 
de peur d'obscurcir le soleii : tu n'as point 
de taches comme cet astre ; mais , comme lui , 
tu te couvres de nuages. 

Ta science est un abyme plus profondque 
I'oc^an : ton esprit est plus perfant que Zu- 
fagar , cette ^p^e d'Hali , qui avoit deux 
pointes : tu sais ce qui se passe dans les neuf 
chceurs des puissances celestes ; tu lis Talconui 



P £ R A A N E S. 47 

5ur la poitrine de notre divin prophke; et, 
lorsque tu trouves quelque passage obscur, 
un ange , par son ' ordre , diploic ses ailes 
rapides * et descend du tr6ne , pour t'en r^ 
viler le secret. 

Je pourrbis , par ton moyen , avoir avec 
les siraphins une intime correspondance : car 
enfin , treizi^tne Inian , D'es-tu pas le centre o{i 
le ciel et la terre aboutissent , et le point de 
communication entre I'abynie et Tempirie? 

Je suis au milieu d'un peuple profane : per- 
mets que )e me purifie avec toi : so " 
je tourne mon visage vers les lieux Si 
tu habites : distingue-moi des michans 
en distingue, au lever de I'aurore 
blanc d'avec le filet noir : aide - mc 
. conseits : prends soin de mon ame : 
la de Vesprit des proph^tes : nourris-Ia de la 
science du paradis ; et permets que je mette 
ses plaies i tes pleds. Adrewe tes lettres sacries 
k Erzeron , oit je resterai quelques tnois. 

D'Er^siron, It n dt la lunt 
dt Genunadi, t, nit. 



r 



48 L E T T R E S 



LETTRE XVII. 

U s B EK au mimt. 

Je ne puis , divin Mollak , calmer mon im- 
patience : je ne saurois attendre ta sublime 
reponse. J'ai des domes , il faut les fixer : je 
sens que ma raison s'^gare ; ramine-la dans 
le droit chemin : viens m'^clairer , source de 
lumiire; foudroie, avecta plume divine , le$ 
difficuWs que je vais te proposer ; fais-moi 
avoir piti^ de moi - mSnie , et rougir de U 
question que je vais te faire. 

D'oh vient que notre l^gislateur nous pnve 
de la chair de pourceau , et de toutes les 
viandes qu^l appelle immondes ? D'oh vient 
qu'il nous dtfend de toucher un corps mortf 
et que , pour purifier notre ame , i\ nous or- 
donne de nous laver sans cesse le corps ? 11 me 
semble que les choses ne sont en elles-memes 
ni pures , ni impures : je ne puis concevoir 
aucune quality inhirente au sujet, qui puisse 
les rendre telles. La boue ne nous paroit sale 
que parce qu'elle blesse notre vue , ou quel- 
au'autre de nos sens : mais, en elle-meme, 
elle ne I'est pas plus que I'or et les diamans. 
Lld^e de souiUure , contract^e par 1 attouche- 
ment d'un cadavre , ne nous est venue que d une 
certaine repugnance naturelle que nous en 
avons.Sile$ corps de ceuxquiaeselaventpomt. 



Persanes. 49 

ne blessoient ni Todorat , ni la vue , com* 
ment auroit-on pu s'imaginer qu'ils fussent 
ioipurs ? 

Les sens ^ divln Mollak , doivent done £tre 
Us seuls juges de la puret^ , ou de Timpuret^ 
des choses ? Mais, comme les objets n*afiectent 
point les hommes de la mSme maniere ; que 
ce qui donne une sensation agreable aux uns , 
en produit une degoutante chez les autres; 
il suit que le t^moignage des sens ne pent servir 
id de r^gle : k moins qu*on ne dise que chacun 
pent 9 ^ sa fantaisie ^ decider de ce point , et 
distinguer , pour ce qui le concerne ^ les choses 
pures d'avec celles qui ne le sont pas. 

Mais cela mdme , sacr^ Mollak , ne ren ver- 
seroit*il pas les distinctions ^tablies par notre 
divin prqph^te » et les points fondamentau^ 
de la loi qui a i^t^ ccfite de la main des 
angesi 

D'Er{cron^ k 20 de la litm 
dcGcmmadi^Zp $711% 



# 



Tom IF, 



fQ L E T T R E.S 



LETTRE XVIII. 

Men EM £T A LI J servueur des prophiies, 

a UsBEK. 

-A Er^tron. 

V o u s nous faites toujours des questions 
qu'on a faites mille fois \ notre saint proph^e* 
Que ne lisez-vous les traditions des docteurs ? 
Que n*alIe2-vous k cette source pure de route 
intelligence ? yous trouveriez tons vos domes 
r^solus. 

MaHieureux ! qui ^ toujours embarrass^ des 
choses de la terre , n'avez jamais regard^ d'un 
oeil fixe celles du ciel , et qui r^rez la con- 
dition des mollaks , sans oser ni Tembrasser 
m \n sulvrel 

Profiihes ! qui n'entrez jamais dans les secrets 
de r^ternel , vos lumi^res ressemblent aux t^- 
n^bres de Tabyme ; et les raisonnemens de 
votre esprit sont comme la poussi^re que vos 
pieds font Clever , lorsque le soleil est dans 
son midi , dans le mois ardent de chahban. 

Aussi le zenith de votre esprit ne va pas au 
nadir de celui du moindre des immaums (*) : 
"Votre vaine philosophie est cet eclair qui an- 

(*) Ce mot est plus en usage chez les Tares que 
dies' les Persans, 



■^ . 



Persanes. 51 

nonce Torage et robscurit^ : vous ^s au 
milieu de la tempdte , et vous errez au gr^ des 
vents. 

II est bien facile de r^pondre \ votre diffi« 
cult6 : il ne faut , pour cela y que vous raconter 
ce qui arriva un jour ^ notre saint proph^te » 
lorsque 9 tent6 par les Chretiens , ^rouv6 par 
les Xuifs 9 il confondit 6galement les uns et lei 
autres. 

Le Juif Abdias Ibesalon (*) lui demanda 
pourquoi Dieu avoit d^fendu de manger de 
la chair de pourceau. Ce n*est pas sans raison, 
r^pondit Mahomet : c'est un animal immonde » 
et )e vais vous en convaincre. U fit sur sa main » 
avec de la boue , la figure d'un homme : il 
la jetta \ terre , et lui cria : Levez-vous. Suf 
le champ , un homme se leva , et dit : Je suis 
Japhet 9 fils de No^. A vois-tu Igs^heveux aussi 
blancs quand tu es mort, lui dit le saint pro^ 
ph&te ? Non , r£pondit*il : mais quand tu m'as 
r6veiU6 » )'ai cm que le jour du jugement ^toit 
venu ; et fai eu une si grande frayeur , que 
mes cheveux ont blanchi tout-^-coup. 

Or f ^ 9 raconte - moi , lui dit Tenvoy^ de 
Dieu 9 toute lliistoire de 1 arche de No& Japhet 
ob^ity et d^tailla exactement tout ce qui s'^toit 
pass6 les premiers mois ; apr&s quoi il paria 
ainsi. 

Nous mimes les ordures de tous les animaux 
dans un cdt6 de Tarche : ce qui la fit si fort 



(*) Traditioo mahomitane. 



.^>V4«il 



51 Lettres 

pencher , que nous en eumes une peur mor« 
telle , sur-tout nos femmes qui se lamentoient 
de la belle maniere. Notre pere Noe ayant 
^te au conseil de Dieu , il lui commanda de 
prendre Telephant , et de lui faire tourner la 
tete vers le cote qui penchoit. Ce grand animal 
fit tant d'ordures , qu'il en naquit un cochon. 
Croyez-vous , Usbek , que depuis ce temps- 
\kj nous nous en soyons abstenus, et que 
nous Tayons regarde comme un animal im- 
monde ? 

Mais , comme le cochon remuoit tous les 
jours ces* ordures , il s'eleva une telle puan- 
teur dans Tarche , qu'il ne put lui-meme s'em- 
pScher d'eternuer ; et il sortit de son nez un 
rat , qui alloit rongeant tout ce qu'il trouyoit 
devant lui : ce qui devint si insupportable k 
Noe , qu'il crut qu'il etoit k propos de con- 
3ulter Dieu encore. II lui ordonna de donner 
au lion un grand coup sur le front , qui ^ternua 
aussi , et fit sortir de son nez un chat. Croyez- 
vous que ces animaux soient encore immondes ? 
Que vpus en semble ? 

Quand done vous n'appercevez pas la raison 
de rimpurete de certaines choses*, c'est que 
vous en ignorez beaucoup d^autres , et que 
vous n'avez pas la connoissance de ce qui s'est 
passe entre Dieu, les anges et leS hommes. 
Vous ne savez pas I'histoice de reternite ; vous 
n'avez point lu les livres qui sont ecrits au 
ciel ; ce qui votis en a ete revele n'est qu'une 
petite partie de la bibliotheque divine : et ceux 



P E R S A N ( S. 53 

qui, comme nous , en approchent de plus pres, 
tandis qu'ils sont en cette vie ^ sont encqre 
dans robscurite et les tenebres. Adieu : Mabp'* 
met soit dans votre coeur. 

Dt Com, U demur de la 
huu de Chahban, lyiu 



L E T T R E XIX. 

t 

UsBEK a son ami Ru ST Air. 

A Ispahan. 

.nlous n'avons s^ourn6 que huit jours 4 
Tocat : apr^s trente-cinq jours de marche, 
nx>us sommes arrives ^ Smirne. 
. De Tocat & Smirne j on ne trouve pas une 
seule ville qui m^rite qu'on la nomme. Tai 
vu ayec ^tonnement la foiblesse de Tempire 
des Osmanlins. Ce corps malade ne se soutient 
pas par un regime doux et temper^V noais par 
4es rem^des violens , qui Tepuisent et le minent 
sans cesse. 

Les bachas , qui n'obtiennent leurs emplois 
.qu'^ force^ d'argent , entrent ruin^s dans les 
provinces, et les ravagent conune des pays 
de conqu8te. Une milice insolente n'estsou* 
mise qu'4 ses caprices* Les places sont d6« 
mantelees , les villes desertes , les campagnes 
desol^es , la culture des terres et le commerce 
enti^rement abaodonnes. 



f4 Lettres 

Llmpunite regne dans ce gocnrencflmit s^ 
vere : les Chretiens qui culdvent Its terres » 
les Juifs qui levent les tributs » soot e3q>oses 
k mille violences. 

La propri^t^ des terres est incertaine ; et 
par consequent Tardeur de les &ire valoir ra« 
lentie : il n*y a ni titre ni possession, qui 
vaille cootre le caprice de ceux qui gou* 
vernent. 

Ces barbares ont tellement abandonn6 les 
arts , qu'ils ont negUg6 jusqu'^ Tart militaire* 
Pendant que les nations d'Europe se raffinent 
tous les jours , ils restent dans leur ancienne 
Ignorance ; et.ils ne s'avisent de prendre leurs 
nouyelles inventions , qu'apr^ qu'elles s'en 
sont servies mille fois contre eux. 

Ils n*ont aucune expMence sur la mer , 
point dliabilete dans la manoeuvre. On dit 
qu*une poignie de Chretiens , sortis d'un to- 
cher (*) f fontsuer les Ottomans , et fiitiguent 
leur empire. 

Incapables de faire.le commerce , ils souf* 
frent presque avec peine que les Europeens ^ 
toujours laborieux et entreprenans , viennent 
le faire : ils croient faire grace k ces Strangers 
de permettre qu*ils les enrichissent. 

Dans toute cette vaste etendue de pays que 
)'ai travers^e , je n'ai trouv^ que Smime qn*on 
puisse regarder comme une ville riche et puis« 
sante. Ce sont les Europ&ns qui la rendent 

(*) Cc sont, sipparemmcoc , Icscbevalieisdc Makba 



P E R S A N E '$. 5 < 

felle ; et il ne tient pas aux Turcs qu'elle ne 
ressemble^^ toutes les autres. 

VoiU, cher Rustan, une juste idee de cet 
empire, qui, avant deuxsi^cles, serale th^^tre 

des triomphes de qiielqiie conquerant. 

« 

Dt Smnuy ft 2 de la lune 
di Rahma^anf lyn. 



LETTRE XX. 

» 

ITSBEK i Zachi^ sa ftmmt. 

t 

Au semdl d^Ispahan. 

' V o u s m'avez offens^ , Zaclii ; et )e sens 
dans inon coeur des monvemens que vous de- 
Vriez craindre , si mon ^loignement ne vous 
laissoit le temps de changer de conduite, et 
d'appaiser la violente jalousie dont je suis 
'toiirment^. 

' Tapprends qu^on vous a trouv^e seulef avec 
*Nadir , eunuque btanc , qui paiera de sa tSte 
5on infid^fit^ et sa perfidie. Comment vous 
^es-vous oubti^e jusqu'^ ne pas sendr qu'iLne 
veus est pas perm»- de recevoir dans votre 
'^hainbre un eunuque 'blanc , tandis que vous 
'eif iavez de noii^s destin^ ^ vous servsr ? Vous 
avez beau me dire que des eunuques ne sont 
pas des bommes , et que votre vertu vous 
wet atKde^its des pen^ees que pourroit faire 



j> . 



5^ L E T T R E $ 

naitre en vous une ressemblance imparfaite ; 
cela ne sufHt ni pour vous , ni pour mox : pour 
vous f parce que vous faites une chose que 
les loix du serrail vous defendent ; pour moi t 
en ce que vous m^otez I'honneur, en vous 
exposant k des regards; que dis-je, k des 
regards? peut-£tre aux entreprises d*un per* 
fide , qui vous aura souill6e par ses crimes , 
^t plus encore par ses regrets et le d^sespoir 
de son impuissance. 

Vous n)e dircz peut-£tre que vous m'avez et6 
toujours fidelle. Eh ! pouviez-vous ne Tdtre 
pas ? Comment auriez-vous tromp6 la vigi- 
lance des eunuques noirs ^ qui sont si surpris 
de la vie que vous menez ? Comment auri^z- 
vous pu briser ces verroux et ces portes qui 
vous tiennent enfermee? Vous vous vantez 
d'une vertu qui n'est pas libre : et peut-Stre 
que vos desirs impurs vous ont dt£ mille ibis 
le m^rite et le prix de cette fid^Ute que vous 
vantez tant. , 

Je veux que vous n'ayez point fiiit tout ce 
que j'ai lieu de soup(onner; que ceperfide 
n*ait point porte sur vous ses mains sacrileges ; 
que vous ayez refuse 4e prodiguer k sa vue 
les d^lices de son maitre ; que , couverte de 
-vos habits , vous ayez laiss^ cette foible bar- 
ri^re entre lui et vous ; que , frapp^ lui*m6me 
d'un saint respect , il ait baiss^ les yeux ; qtie^ 
manquant i^ sa hardiesse, il ait tremble sur 
les chStimens qu'il se prepare. Quand tout cela 
seroit Vrai » il ne Te^t pas moios que vous ave^ 

. fait 



% 



I 



* -_~ ^ 



Et f si vous I'avez vioU gratuitement ^^ f^M 

Y4W9 £itf pQw Jks •uti^Aiirf^ M^jq fvAesnv^om 

iavkidUe;^ malgii^ ijoufi.^ J^rantagif^ dfiJ« 
nature ? Que feriez-vous 9 si , laiss^e i^ vous* 
indiiiej vou9^n^avkz, pour vous d^fendret 
que votre amour pour moi , qui est si gri^v^ 
in§nt offens^ ^ et^rotre devoir ^^jpe vous avez si. 
indignement trahi ? Que les moeurs du pays oh 
vous vi^ez foot sa}ttQiiy %\xi ; vc^s irrachent 
aux attentats des plus vils esclaves ! Vous de- 
vea ne temitf gnce im b 9teejQi1.it ipcms 
fais vivre » puisque ce n'est que par-U que 

«H«R ,. R«Hr«« Qv'ij^.i^Alili^wr^ Iw Y^W sur votr« 

«^, S« bidiiM'f iim-^ous, eat «i gF^iKlet 

«., dMS«es «wtf« df posiciSy on tnettoit d^ 
ptat )ie9f|i(rO||>)9As« JQif lyiiu v^m fffflige est d^ 
Vayoir pad i(»^l9ic«.l>Hmiq[w hUnQ qui vqus 

(Uve) £U« v^ns « dit ^t l» hmiilmth que 
yous preniez avec la jeune l£li4f ifoltftt 
Tom IF, H 



)8 • L E T T R £ S 

centre la biens^ance : voili^ la faison de votre 
haifie* 

Je devrois £tre » Zachi , tin juge sivhrt ; |e 
lie svLis qu'un ^poux qui cherche k vous trouver 
innocente* L'amour que }'ai pour Roxanet 
ma nouvelle spouse » in*a \aiss6 toute la ten* 
dresse que je dois avoir pour vous , qui n'ites 
pas moins belle. Je partage mon amour entra 
vous deux ; et Roxane n'a d'autre avantage que 
celui que la vertu peut ajouter k la beaut^. 

Di Smnu, It 12 de la 



LETTRE XXL 

USBEK au PREMIER EUHUQUE BLANC. 

Vous devez trembler \ I'ouverture de cetf e 
fettf e ; du plut6t vous le deviez , lorsque vous 
souffiites la perfidie de Nadir. Vous qui ,- dans 
One vieillesae froide et languissante^ ne poiivez 
sans crime lever les yeux sur les redoutables^ 
objets de mon amour : vous ^qui il n'est jamais 
{dermis de mettre un pied sacrilege sur la porte 
du lieli terrible qui les derobe i tous les' re- 
gards ; vous souffirez que ceiix doht la condi^ite 
vous est confiee aient fait ce que vous n'auriea 
pas la t^merite de faire ; et VOUST n'appercevez 
pas la foudre toute prcte k tomber sur cux 
et sur vous ? • 



P R R SjA.N E S. 99 

Et qui 6ces-vous , que de viis instrumens ^ 
•que )e *piii$4>itser k ma. fantaisie ; qui n'eristev 
qu'autant que vous savez ob^ir ; qui n'Stes dans 
le moode que. pmtr Vivre sous mes loix, ou 
pour mourir d^s que je rordonne ; qui ne 
respires qu'autant que mon. bopbeur, iQon 
amour f ma }alousie m£me ont besoin de votre 
bassesse ; et enfin qui ne poitvez avoir d'autre 
partage que la soumissioAt d'autre ame que 
mes volont^s , d'autre c^p^ance que ma &^ 
licit^? 

Je sais que quelques^unes de Qies femmes sou^ 
.frent impatiemment les loix austeres du devoir; 
que la presence continuelle d'un eu9uqu^ noir 
ies ennuie ; qu'eUes sont fatigues de ces objets 
aif&eux 9 qui leur sont donnas pour les ramener 
ileur ^poux; }e le sais : mais, vous qui vous 
pr8tez k ce d^ordre, vpus sere% puni d*une 
mani^re i fipre tr^blef tou$ ceux qui abusent. 
de ma csm&^fwt* 

. Je jjire patf tous les prapbj^tes du ciel » ft 
par HaU , 1^ plus gt^nd 6t^ tous ^ que ^ si vous 
vous ^cartez de votre devoir f jje regarderai 
votre vie €omme celle des insectes que |e 
irottvc 90US mes pieds^ 

^e jSmimi ^ U i0 de Im 



t 
f 



H % 



€o Lettres 



*i^ 



LETTRE XXI L 

A ttestife qn'Usblek s¥loigor dn seffail, H 
totfrrfb $a tSte ^e^s tts femnies sacr£es : 3 
souph'e , il yets^ * des- lamnes : ^ar doidetir 
s'aigrit , ses soup^ns se fordfient, U vetit aug^ 
jnettter Icnomt^e ile leurs girdiens/D va ine 

parghMt. n tie chiint phis^i^bur ltd : 3 eraittt 
pouf dir ^ hirc^ ttilte fbir phiif fckertiue' hii^ 
ttlftihfe. ■ 

V ^g ^s<^^^,)c<^yt.e jtnfs tes^lottyMttpaitirgtfr 
tes iohKs. Gtatfd 'Dita^' qcffl fkut tie ihoses 
ptrttf itfrffe^ttft «)tf liotm!ie'li*ttfe*c'f 

La nature sen^loit avoir ^iMik'ii^ftMii»«^ 
feils'faMiJiJe/iakttfce V'fet*t*s'ett-aVt*r't*ti«B^ : 

1e ''4^jr(«dt'e: ftiteJbH! «rih^ «i«ideift 'sMcesi, 

)»«W'^(ittfe -Icilrs^^ttirolts Mit6iAit ^di9A>qtfe5. 
Wotts 'sdtlfflr«**iftrts id«« fe plaW #tttae'i«AF 
velle harmonie : nour-dVtfnslttisi , ^enCfe 4tt 
^lllifl\?s'^ cf^Niy^^ j^ la haine ; et , entre les 
htttttfes-ntf Ms'fttaimes / Tamour. 

Mon front va devenir s^v^re. Je laisserai 
tomber des regards sombres. La joie fiiira de 
snes Uvres. Le dehors sera tranquille , et I'es- 
prit inquiet. Je n'attendrai point les rides de 
la vieillesse ^ pour en montrer les chagrins* 



P E R S A N E $. 6t 

faurcSs eit dit pkusir k suivre mon maStre 
Awas roccident : mdis ma yolontiS est son bien« 
11 Vent que )e rgarde ses- femmes : }e les gar- 
derai arec fid^lk^* Je sais comment je dois me 
condttire avec ce sexe , qui , quand on ne lui 
permet pas d'etre vain » commence k devenir 
superhe^ et qu'il est motns ais^ dliumilier^ 
quis d'aii^aQtir. Je tombe sous tes regards. 

De Smime, le kJi (U Lt 
' iuMe de ZilctuU, 1711, • 

■■ I . " ' ■ * ■ 

r . - 

'V s H'E K' 4 son vmi 1 B 'B E ir. * 
. ' A SwunUm 

«Hv> II s\sofl M ies^friv& k Livouiiie dans qua- 
raiile>}0M9^'de^9¥igation. C'est une ville nou- 
▼elle; elle est un t^moignage du g^nie des 
dues de Toscane ^ qui ont fait y d'un village 
mar^cageux 9 la ville dltalie la plus florissante. 
Les femmes yjouissMt d*une grande liberty : 
elles peuvent voir les hommes k tra vers cer- 
taines fen&tres » qu'on nomme jalousies : elles 
peuvent sonir tons les jours avec quelques 
vieilles qui les accompagnent : elles n^ont 
qu*un voile (*)• Leurs beaux - fr^res , leurs 

(*) Les Pemnes en ont qnatre. 



6i Lettres 

oncles 9 leurs neveux peuvent les vcur ^ sans 
que le mm s'en formalise pitsqae jamais. 

Cest un gtand spectacle pom* on liiaho* 
ttliun f de voir, pom* la piemiire ibis , tioe 
▼ille cbretiemie* Je ne parte pas des choses qui 
frappent d'abord tons les yeoz , comme la 
difference des Edifices , des habits f des prin* 
cipales coutumes : il y a , jusqpies dans les 
moindres bagatelles , quelque chose de sin* 
gulier \ que je sens , et que je ne sais pas 
dire. 

Nous partirons demain pour Marseille : notre 
s^our n'y sera pas long. Le dessein de Rica ^ 
et le mien » est dc novs rendre incessamment 
k Paris 9 qui est le si^ge de Tempire d*Europe» 
Les voyageurs cherchent toujours les grandes 
villes 9 qui sont une espice de patrie commune 
h tons les" dangers. Adteuu Sois persuade que 
}e tfaimerai toujours. 

Dt Ihmme^ ie n de fg 
bm di Sifkar^ ifiz^ 



# 



Persanes. 63 

LETTRE XXI ¥• 

Rica A Ibbek. 
A Snuxm. 

^ous sommes & Parts depuls un mois, ec 
nous avons toujours ^t^ daas un mouvement 
continuel. U £iut bien des affaires avant qu'oa 
soh \o%i f qu*on ait trouv6 les gens s^ qui on 
est adress^ 9 et qu'on se soit pourvu des choses 
n&essaires , qui manqnent toutes k la fois. 

Paris esc aussi grand qulspahan : les maisons 
y sbnr.si hautes, qu'on jureroit qu'dles ne 
sont habit6es que par des astrologues. Tu juges 
bien qu'une ville b&tie en Tair , qui a six ou 
sept maisons les unes sur les autres, est ex« 
trimement peupUe; et que, quand tout le 
tionde est descendu dans la rue » il s'y fait un 
bel embarras. 

. Tu ne le croirois pas 9 peut»toe ;| depots uti 
mois que )e suis ici> \t n'y ai encore vu 
marcher personne. II n*y a point de gens au 
monde qui tirent mieuz parti, de leur machine 
^ue les Frdnf ois : ils courent ; ils volent : les 
▼oitures lentes d'Asie , le pas cegl^ de nos cha- 
iheaux , • les feroient tomber en sydcope. Pour 
moi J qui ne suis point fait k ce train , et qui 
-vais souvent k pied sans changer d'allure, 
'{'enrage quelquefois conune un chretien : car 



64 L E T T R E S 

encore passe qu'on m*^clabousse depuis les 
pieds jusqu'i la \Ste ; mais je ne puis par- 
donner Vs covp^^ de oou(fe , que je respis r^- 
gulierement et periodiquement : un homme, 
qui vient aprik saoiet qui am pSASse , me £iit 
faire un demi-tour ; et un autre , qui me croise 
de I'autre cot^ , flie rMiei. soudain oil le pre« 
mier m*avoit pris : et je n'ai pas fait cent p^s^ 
que fe mm pkM hrisA que si fwrnis fait dix 

Keeroispas ^^jepuMe^quaniti pfticM^ 
te pekt^ i ^ond dts moears et its csnavrnm 
twr0pienne$ : je ii'm ai iaoi-«iSme qa^ne 
16g^ iiie y el |e i/a» €|t i peimt que It ten^ 
de lA'^totm^r. 

Le roi 4e France est ki pluf psissanr ponct 
deyEorope. ito^tpoiiitdeaiittt^d'or^cQflnM 
le r^ d'AspegM son imsio ; maif M « plus 
de richesses ^e liu , P»^ <F^1 its tine de U 
irariit^ d^ses sujtta^ phis iadptti«iUe ^pe Its 
Mines. Oa lut a im tnsrepresulie «« sontmir 
de grandes guerres , n'ayant d'autsts fends qat 
d«s tkCttt dfkbnttMT i Ttodlre;. et, par un 
prodiga de Porgueil luionin , sea tiroupes ae 
troiivoieat payles^ ses places autiqeSy ttses 
4ottes ^quip^. 

IXailkttrs , oe roi ast un ^rand oiagtcian^ 
il exerce son am^ne sur i^es'prit mtina da aes 
s^ets) il le( fak panser coflsmail vent. S'al 
fi'a qu*un miUioii d^^cus dans son ttdsof 9 at 
qa^il en ait hesoin da deuac^ it n'a tfx*\ laur per«> 

suadar qu^un ^ an vaut daux i at ilsle OFoieiir. 



Pejlsanes. <Sf 

S*il a une guerre difficile k soutenir , et qu'xl 
9'ait point d'argent » il d'a q\x*k leur mettre 
dans la t^U qu'un morceau de papier est de 
Fargent ; it Us en sont aussi-tdt convaincus* 
II va mSme jusqu*^ leur faire croire qu'il les 
gu^rit de toutes sortes de maux , en les tou* 
chanty tant.est grande la force et la puissance 
qu'il a sur les esprits. 

Ce q^e )e dis de ce prince ne doit pas t*^toa< 
^oer : il y a an autre magicien plus fort qiie lui « 
qui n'est, pas moins maltre de son esprit f qu'il 
Test lui-m&me de celui des autres. Ce magicieir 
s^appelle le pape : tantdt il lui fait croire que 
trois ne sont qu'un ; que le pain qu'on mange 
a'est pas du pain » ou que le vin qu'on bpic 
nfest pas du yin ; ^t aiiUe autres choses de cette 

esp&ce. 

' Et y pour le tenir toujours en haleine , et ne 
pobt lui laisser perdre lliabitude de croire » 
il lui donne , de temps en temps , pour Texer* 
cer » de certains articles de croyanee. U y ja 
deux ans qu*it lui envoya un grand ecrit , qu'il 
appjella constutuion ^ et voulut pbliger , sous- 
de grandes peines , ce prince et sts sujets^ de 
croire tout ce qui y i^toit contenu. II r£ussit 4 
regard du prince » qui se soumit aussi-tot^ 
et donna Texemple k ses sujets : mais quelques- 
uns d*entre eux se revolt^rent ^ et dirent qu'iis 
ne vouloient rien croire de tout ce qui ^toit 
dans cet ^crit. Ce sont les femmes qui ont iib 
lesmotrices de toute cette revoke » qui divise 
toute la Cour* tout le xoyaume , et toutes les 
Time IV. I 



66 Lettaes 

femilles. Cette constitution leur defend de lire 
iin livre que tous Tes Chretiens disent avoir 
it6 apport6 du del : c'est proprement leu* 
alcoran. Les femmes ^ indign^es de I'outrage 
fait a leur sexe , soulevent tout contre la cons- 
titution : elles ont mis les homroes de leur 
parti , qui , dans cette occasion , ne veulent 
point avoir de privilege. On doit pourtant 
avouer que ce moofti ne raisonne pas mal ; et , 
par le grand Hali 1 il faut qu^il ait 6t6 instruit 
des principes de notre sainte loi : car , puisque 
les femmes sont d*une creation inf(£rieure k 
la notre , et que nos prophkes nous disent 
qu'elles n'entreront point dans le paradis , pour- 
quoi faut-il qu*elles se m£lent de lire un livre 
qui n'est fait que pour apprendre le chemin du 
paradis ? 

Tai oui raconter du roi , des choses qui 
tiennent du prodige ; et je ne doute pas que 
tu ne balances k les croire. ' 

On dit que , pendant qu*il faisoit la guerre 
k ses voisins , qui s'^toient tous ligu^s contre 
lui 9 il avoit dans son royaume un nombre 
innombrable d'ennemis invisibles , qui Tentou- 
roient : on ajoute qu'il les a cherch^s pendant 
plus de trente ans; et que, malgr^ les soins 
infatigables de certains dervis , qui ont sa con- 
fiance , il n'en a pu trouver un seul. lis vivent 
avec lui ; ils sont^ sa Cour, dans sa capitate, 
dans ses troupes , dans ses ttibunaux ; et ce- 
pendant on dit qu*il aura le chagrin de mourir 
sans les avoir trouves. On diroit qu'i!s existent 



P E R S A. N E' S« 67 

en g^niral) et qa*ils ne sont plus rien en par^ 
fuller : c*est un corps , mais point de membres* 
Sans doute que le ciel veut punir ce prince de 
n'avoir pas iti assez mod6r6 envers les enneihis 
qu'il a vaincus , puisqu'il lui en doniie d*invi- 
sibles , et dpnt le g^nie et le destin sont au- 
dessus du sien. 

^ Je continuerai k ^6crire 9 et je t'apprendrai 
des choses bien ^loign^es du caract^re et du 
g^nie persan. Cest bien la m6me terre qui nous 
porte tous deux ; mais les hommes du piays 
oil je vis 9 et ceux du pays oil tu es ^ sont ctes 
hommes bien fUSitms. 

De Pmis^ le 4 de ta bui§ 
de RAUb ^ z^ 171U 



LETTRE XXV. 

U S B E K i I B B S if. , 

A Smimei 

J'ai re(u une leftre de ton neveu Rh^di : it 
me mande qu^l quitte Snufne , dans le dessein 
de voir Pltalie ; que Tunique but de son voyage 
est de s'ihstruire ^ tl de se rendre par-1^ plu$ 
digne de toL Je te felicite d*avoir un neveu 
qui sera quelque jour la consolation de ta 



Rica t^^crit une loqgue lettre ; it m*a dit qu^il 
te parloit beauconp ^e ce pays*ci« La vivacif^ 



69 Lettres 

de son esprit fait qu*il saisit tout avec promp* 
titude : pour moi » qui pense plus lentement ^ 
je ne suis en itsit de te rien dire. 

Tu es le sujet de nos conversations les plus 
tendres : nous ne pouvons assez parler du bon 
accueil que tu nous as fait k Smime , et des 
services que ton amiti6 nous rend tous les jours. 
Puisses-tu , g^n^reux Ibben ^ troover par-tout 
des amis aussi reconnoissans et aussi fiddles 
que nous ! 

^ Pvissi - ]e te revoir bient^ , et retrouvetf 
tvec tot ces jours beureux , qui coulent si doii* 
cement entre deux amis 1 Adieu. 

De Paris t te 4de. la ban 
de Reblab ^ i^ i^uu 



LETTRE XX VL 

r • 

P S B k K i R O X A 19 M. 

Au strrail ^Ispahan. 

C^UE vous £tes heureuse% Roxane^ ^'£tre 
dans le doux pays de Perse ,. et non pas dans 
ces climats empoisonn^s , oii Ton ne connott 
ni la pudeur , ni la yertu i Que vous 6tes heu<* 
reuse! Vous vivez dans'mon.serrail commc 
dans le s^jour de Tinnocence , inaccessible aux 
attentats de tous les huoiains ; vous vous trou- 
vez avec )oie dans une beureuse impuissancf 



Persanes. 6f 

ie faliiir : jamais homme ne voqs a souill^e 
de scs regards lasdfs : votre beaa*pdre m^me^ 
dans la liberty des festms, n^a jamais vu votre 
belle houche : vous n'avez jamais manque de 
vottS attacher un bandeau sacr^ pour la cou- 
vrin Heureuse Roxane 1 quand vous avez etd 
k la campagne » vous:avez toujours eu des eu* 
iinques qui ont march^ devant vous, pour 
donner la mort i tons les t^m^aires qui n*ont 
pas fiii votre vue* Moi*m£me, k qui le ciel 
▼ous a donn^e pour faire mon bonheur ,,queUe 
peine n*ai«je pas eue pour me rendre maitre 
de ce tr^sor que vous d^endiez avec tant de* 
Constance i Quel chagrin pour moi ^ dans les 
premiers jours de notre manage , de ne pas 
TOus voir t Bt quelle impatience , quand je 
▼ous eus vue ! Vous ne I9 satisfaisiez pqiutant 
pas; vous Tirritiez 9 au contraire 9 par les refus 
obstin^s d'une pudeur alarm^t : vous me con* 
fendies avec tAfe ces hommes it qui vous vous 
caches sails cesse. Vous souvient-il de ^e jouf . 
oil tt vous pefdis parmi vos enclaves ^ qui me 
trahirent, et vous d^robteent k mes recher* 
ches ? Vous souvient * il de cet autre > oil ^ 
Toyant vos larmes impuissantes ^ vous em- 
ploy^tes Tautorit^ de votre mire , poor ar- 
f6ter les fureurs de mOD amour ? Vous sou vient» 
il) lorsque toutes les ressources vous man- 
querent , de celles que vous trouvfites dahs^ 
votre courage ? Vous prites un poigoard 9 et 
menafStes d'immoler un ^poux qui. vous ai- 
mckj all cOtttiDHok i exiger de vous ce que 



70 LfiTTRES 

vous cherissiez plus que votre epoux mSme* 
Deux mois se passerent dans ce combat de 
ramour et de la vertu. Vous poussdtes trop 
loin vos chastes scnipules : vous ne vous 
rendites pas mSme apres avoir ete vaincue : 
vous defendites jusqu*^ la derni^re extremity 
line virginite mourante. : vous . me regardltes 
comme un ennemi qui vous avoit fait un ou« 
trage , non pas comme un ^poux qui vous 
avoit aim^e : vous fates plus de trois mois que 
vous n*osiez me regarder sans rougir : votre 
air confiis sembloit me reprocher Favantage 
que i'avois pris* Je n'avois pas mSme une pos- 
session trahquille ; vous me derpbies. tout ce 
que vous pouviez de ces charmes et de ces 
graces; et j'etois enivr6 des plus grandes fa- 
veurs , sans avoir obtenu les moindres. 

Si vous aviez ^t^ &\eyie dans ce pays-ci ; 
vous n'auriez pas 6ti si troubl^c. Les femmes 
y ont perdu toute retenue ; ellta se pr^entent 
devant les hommes k visage dicouvert , comme. 
si elles vpuloient demander leur d^faite ; elles. 
les cherchent de leurs regards ; elles les voient. 
dans les mosqu^es» les promenades, cbez elles 
m£me ; Tusage de se faire servir par des eu- 
nuques leur est inconnu. Au lieu de cette noble 
simplicity » et de cette aimable pudeur qui rj^gne 
parmi vous , on voit une impudence brutale ^ 
k laquelle il est impossible de s'accoutumer. 
' Ouiy RoxanCf si vous ^tiez ici , vous vous 
sentiriez outragee dans Taffireuse ignoqiinie oil 
jwtre sexe est desccndu ; vous fiiiriez ces abo:; 



m^^ 



I 



Persanes* 71 

mxnables lieux , et vous soupireriez pour cette 
douce retraite ^ oil vous trouvez Tinnocence » 
4^ii vous 6tes ^re de vous-m6me, oti nul p^ril 
ne vous fait trembler » oii enfin vous pouvet 
m^aimer , sans craindre de perdre jamais Tamour 
que vous me devez. 

Qiland vous relevez T^clat de votre teint 
par les plus* belles couleurs; quand vous voufi^ 
parfiimez tout le corps des essences les plds 
prdcieuses ; quand vous vous parez de vos pl» 
keaux habits ; quand vous cherchez k voiis 
distinguer de vos compagnes par les graces dcf 
la dinse , et par la douceur de votre chant ; 
que vous combattez gracieusement avec eUef 
decharmes', de douceur etd'enjouementy je 
ne' puis pas m'^maginer.que Vpus ayez d'autre 
objet que celui de me plaire ; et , qi^nd :je 
vous vdis rbugir ih'odestement y que vos regards 
cherchent les* miens , que vous vous insimiez 
danis mon coeur par des paroles douces et flat-t 
teuses 9 )e nesaurois , Roxanc ^.douter de votre 
amoun 

Mais que puis-je penser des femmes d'Eu- 
rope.? L'^rt de*. composer leur teint , les or- 
nemens dont elles se parent , les soins qu'elles 
prennent de leur personne , le desir continuel 
de plaire qui les occupe^ sont autant de taches 
faites k leur vertu , et d'outrages c^ leurs ^poiix* 

Ce n*est pas , Roxane, que je pense qu'elles 
poussent Tattentat aus^i loin qu'une pareille 
conduite devroit le faire croire, et qu'elles 
portent la d^bauche k cet execs horrible ^ qui 



7ft L E T T RES 

fait fremir , de violer absolument la foi con* 
|ugale. II y a bien pcu de femines as$ez aban^ 
donnas , pour aller ju^qu^s-U ; elles portent 
toutes dans letir coeur un certain caract^re 4e 
vertu qui y est grave , que la naissaoce donn6 ^ 
et que T^ducation affoiblit « mais ne d6trait pas« 
Elles peuvem bien se rd&cher des devoirs ex- 
t^rieurs que U pudeur exige; auiis, quand 
ii s'agtt de £siire les derAiers pas , la nature 
se r^volte. Aussi quand nous yous enfermons 
si ^troitement , que nous vous &isons garder 
par tant d*esclaves , que nous g6nons si fidrt 
vos desirs ^ lorsqu'ils volent trop loin; ce n'est 
pas que nous ctaignions la derni^ infidelity s 
mais c'est que nous sarons que la pureti ne • 
sauroit 6tre trop grande , et que b moindre 
tache peut la corrompre. 

Je vous plains , Roxane. Votre chastet^ p si 
long-temps ^prouv6e , m^ritoit un 6poux qui 
ne vous eftt jamais quitt^e , et qui piit lui« 
mtmt r^primer les desirs que votre seule vertu 
sait soumettre» 

De Paru, U f de U bui€ 
it RitfA^iw 



# 



LETTRE 



P E R S A N E $;' 7} 



LETTRE XXVI I. 

* 

USBBK Jt NsSSiMU 

A Ispahan. 

JN o u s sommes ii present 4 Paris » cettesu« 
perbe rivale de la ViUe du soleil (*)• 

Lorsque fe partis de Smime 9 |e chargeai 
inon ami Ibben de te faire temr ime boicey 
oil il Y avoit qudques prisens pour toi : M 
recevras cette lettre par la inline voie. Quof- 
vqu'Soign^ de liii de dhq ou six icent Itettes^ 
f e lui donne de mes nouveUes » et |e re^ois d^ 
siennes » aussi Bicilement que s*U 6toit k Is- 
pahan 9 et moi k Com. feovoie mes lettres k 
Marseille » d'od il part continuellement de$ 
ivaisseauz pour Smime : de-ll > il enroie eelles 
qui sont pour la . Perse » par les carayaoes 
d*Arm<6iuens qui partem tous^les jouA^pour 
Ispahan. 

Rica jouit d^une santi parfkite : la force d« 
sa constitution 9 sa jeunesse et sa gaiet^ na« 
'tureUe » le mettent au - dessus de toutes lea 
^preuves. . 

Mais 9 pour moi ^ je ne me porte pas bien; 
. mon corps et mon esprit sont abattus ; )e me 
livre k des r^exions qui devienneat tous lea 

(^) Ispahan, 

Tom ly. K 



^4 L E T T ft B S 

jours plus tristes : ma sant^^ qui s*affoiblitt 
me tourne vers ma patrie , et me rend ce pays- 
ci plus itrang^. : 

Mais , cher Nessir , je te conjure , h\s en- 
sorte que mes feiUmeft igporfitf IT^at oil je 
suis. Si elles m'aiment , je veux ^pargner leurs 
larmes ; et , si eUes np .nfaiment pas , je ne 
veux point augmenter leur hardiesse. 
" Si mes eunuques me crbyesem «n/ danger^ 
s'ils pouvoient espirer Via^va6it& d'nnelldie 
cocnptaisaidce , ils eesseroiest bientot d'etre 
sourds k la Toit ftaneuse de ce stxe , qm se 
Ikit eMeftdve aifx rochcn ^ et cemiie Les choses 
iarammiMi 

' Adiei»5 Nessir*. Fa da plaisir A te dMner. 
4h Mbrques de ma confiancei 



, MMM»M»«mMi 



waMM 



t 
4 






• • « 



Ricu d •• 

J. . • . ; 
E yn hier une clK>se assef sanguU&re i^ ipipi-; 

qu'elle se passe tous les jours k Partis. 

Tout le . p^uple s'assemble sut, la fin de 

Ir'apr^s-din^e 9 et va loueruoie esp^ce de sc^q^ 

.que )'ai eatendu appeiler comedie. Le grand 

mouvement est sur une estrade » qu'on nomme 

le th^tre. Aux deux cdt^s^ on voil vdaf^ de 



• 



P E R S A N E S. 7f 

pedtsrMoito^iqu'on nosime loges ^ des kofllm^ 
et Jeft ftmmes qiii jeaeof ensemble de» sciaef 
nueties , jb^peu-pris coomc celles qifi soot ea 
iWfe' •« QotM Pei^eb 

Ici , c^est odtf amaitte afflig^e, qui ezprimf 
ta laagueur ; une autre , plus aninuie , diwort 
dos ye« ton amaat^ qoi la regarde de m&ne: 
toutes Ics paisiens sont primes sur Its visages^ 
et exprioa^es a^ec une iloqueafie.qiii « poiiir 
£tre fliuette , iftm 4St que pl|is vive. U » les 
Miriota ne paroessent qu'i demii^cofps^ et ottt 
onttn wetiMfit «a man^on par modestie » ppur 
cachtff leurs baas, flijr a, eniuis^ ttaeiroupe 
de ^609 delK>at » qui^sp moqaent de cau^ qui 
•oaf en iuaic sur )e lbi$tn : et <es dcnieo 
meat 1 4 i^uv tovr ^ 4e cans quUoM 4ea has* : 

Mais ceux qui paeuMnt ie plus de petne^ 
sont quelques gens ^ cpi'on prend pour cet effet 
dans un &ge peu ayafiki 9 pour soatemr la &- 
tigue, lis sont ob%^ d'etre par - tout ; ils 
{Mttseat figa das-ettdvoki^ qu'eux seuls coioois^ 
aenty monfeenr avac luif advesse aipapteaafita 
d'^age «« Itage i ils aont an hfut , en lits 4 
dans foutes fos iogea c ik plongem » pour ainsi 
dire; on les perd, ib r^paroisseot ; souvfnt 
tlaquiftentle Ueu dela soine, at wom joner 
dans ttU auCK«*Oli en voic niwe qua , pat ua 
prodige <pt'On a'aunoit c$& e^i^ter deleiira M» 
ipiillf s , marcheiit at Voat commeies auciies* 
Eain y an -sto cand k d^$ salies oit Ton }Otte «oa 
coa^die partipili^ t on. eonnieace par dea 
tMtmttM^y <Ni€9niaMie pv d« npribrM«|Uks^ 



76 Lettres 

on die cjue la connoissance la plus l^gire met 
un homme en droit d*en ^itou&t un auire. II 
wmU« que le lieu inspire de la tendresse. Ea 
effety on die que les princesses qui y rignent^ 
ne sont point cnielles ; et , si on en excepte 
deux ou trois heures du jour , oil elles sont 
assez sauvages, on peutdire que le reste da 
temps elles sont traitables , et que c'est une 
ivresse qui les quitte ais^ment 

Tout ce que je te dis id se passe i*peu-pr^ 
de mfime dans un autre endroit ^ qu'on nomme 
Fop^ra : toute la difference est qil'on parle k 
Fun » et que Ton chante k Tautre* Vn de met 
amis me roena Tautre jour dans la loge oil se 
^^babilloit une des pnocipales actrices. Nous 
fimes si bien connoassaace , que le leademaii^ 
je re$us d'elle cette lettre. 

Mo N S I £ U R, 

m JesuislaplusmaHieureusefilledunionde; 
» fai tou|ours^^ la plus vertueuse actricede 
> i*op^. U y a sept ou buit mois que j'^tois 
» dans la loge oil vous me yites bier : comme 
i» je m'babillois en prStresse de Diane, un 
» jeune abb^ yint m'y trouyer ; et , sans res* 
n pect pour mon habit blanc » mon yoile et 
9^ mon bandeau , il me ravit mon innocence. 
n J'ai beau lui exag^ref le sacrifice que je lui 
» ai hiiy il se met a rire » et me soutient qull 
n m*a trouv^e tr^-profane. Cependant je suis 
» si grosse, que je n'ose phis me pr&enter 



K^A" 



P ]£ IC S A M E S* 77 

n sur le th^tre : car je suis » sur le chapitre 
H de rfaooneury d'une delicatesse inconce- 
H Table f tt je soutieot toiijours qu*& une fille 
n bien n^ , il est plus facile de faire perdre 
n la veitu que la modestie. Avec cette d^lica- 
n tesse ^ vous jugez bien que ce jeune abb£ 
H n'eikt jamais r6ttssi , s*il ne m'avoit protnis 
9^ de se marier aveC moi : un modf si legitime 
> me fit passer sur les petites formalitds ordi- 
n naires , & commencer par oii j'aurois dtk 
H finir. Mais , puisque son infiddite m'a d^ho'> 
n nor^e ^ je ne veux plus vivre k Top^ra f 
H oil 9 entre vous et moi , Ton ne me donne 
n ffxhre de quoi vivre : car , i pf ^sent que 
n j^avance en &ge » et que je perds du cdl^ des 
n charmes 9 ma pension , qui est toujours ta 
n m6me 9 semble diminuer tous les jours. Tai 
>» appris 9 par un homme de yotre suite 9 que 
H Ton faisoit un cas infini 9 dans votre pays 9 
n d'une bonne danseuse; et quey si j^itois k 
H Ispahan , ma fortune seroit aussi«t6t fiute. Si 
n vbus vouliez m'accorder votre protection 9 
>» et m'emmener avec vous dans ce paysAJL 9 
n vous auriez Tavantage de faire du bien it une 
H fille qui 9 par sa vertu et sa conduite , ne se 
n rendroit pas ind^ne de Vos bont^. Je suis.* • 



Df Pans\ le ^di U Iwu 
ii Ciayafs ijisu 



yt L E T T it E S 

LETT R E X X 1 X. 

Rica i Ib.m9v. . 

< 

JLE psipc «st lecbef dec ckr^tiefis. C^st un« 
^iUe idole » qu*on eticeose par habitude. 
iioii aiitr<eibis f edoutable aux princes m6aie ; 
car il les d^pMoit au$si iacileoient que 00$ 
magfiifiques sukaas d^posent les rois dirimette 
^ de CAot^it* Mais pa m le craint plus* U sf 
4it SMCcesseur 4'ttn des preao^ers ^tiritieas t 
i]u'an appeUe ^aiot Pierre x et c'est certaute* 
me nt wie ndie wccessipa ; cif il a djes ^^sors 
immeoses > et im grand pays s^us sa doauf. 
naiion. 

l^ 6vdqiifS^oitt desgMs de l^i^lui %omt 
mliardonn^. etoat^ saiis«oajMitfoiaM» dcujs 
functions ibien 4ifibMtes. Quand ils sMtas#> 
Aembl^, ik fooi 9 CMtanelni » des anisies dt 
foi» Quaad ils soul ea panicuUer t ils a'oat 
gu^ d'auire firaction • ^pie de dispenser d'ao* 
,C(Hnplir la Ioi« Car iiM^upas que la faligion 
chr^tienne est phargie d'une infinite de prati* 
ques tres--<fi$ciles 1 et ^ comme on a jug^ qu'U 
est moias ais6 de remplir ses devoirs , qu^ 
d*avoir d^s evSques qui ea dispensent , on a 
pris ce dernier parti pour Tutilit^ publique: 
6t sorte qiie • si on ne veut pas £ure le rabma* 



P E R S AN E S. 79 

tstn I n on ne veuc pas s'assujetttir aux forma* 
tit^s des mariages, si on veut rompre ses 
iraeux ^ si on vtut se marier contre fes defenses 
de la loi , quelquefots mdme si on veut revenir 
contre son serment , on ya ^ I'^vdque ^ ou an 
pape , qui donne aussi-tdt la dispense. 

Les ^vdques ne ^ont pas dts articles de foi 
d« tcitr propre moavement* II y a un Hombre 
» de docteui^s , la plupart dervis , qui son^ 
entre eux imtle questions nouvelles sut 
fa religion : on les laisse (Ksputer long-temps , 
€t la g^cnre dure jusqu*i^ ce qu'uhe d^ciiion 
▼ienne la terflainen 

- Aossi pui5-|e f assurer qu^ tfy a jamais eu 
dt royacune oil it y ait eu tanc de guerres c^ 
viles ) que dans^ cetui de Christ* 

Ctva, qm mettent au jour quelque propo^ 
sitfon^ Mwretle » sont <f it>ord appett^ hiriA^ 
^t$. Chaqu^ h^i*^^ ^ son nom , qui est pour 
cein qm y sont engag^^, comme te inot de 
nrlfieinenr. Mclia n'est lier^ique qui ne reut : 
a tff a tfik partager le ditfiirendpar la moitiil^ 
tt donner une «fi$tiiiction j^ ceux qui accusent 
dTMr^ie; ef , quelle que soit la distinction , 
intelfigible on oon , elle rend un homme Uanc 
commedela neige^ et il peut se faire appeUet 
wtfcodoM^ 

Ce que )e te dis tit bon pour la France et 

TAflcmagn^ :'car fai out dire qu'en Espagne 

ec en Portugal , il y a de certains dervis qui 

n'entendent point raitlerie , et qui font brftler 

un hoosiie cenlnie- de la pa&« Quand on 



So L E T T R E S 

tombe entre les mains de ces gens-U f beurtuie 
celui qui a toujours prie Dieu avec de petits 
grains de bois k la main , qui a poit6 sur lui 
deux morceaux de drap attaches k deuxrubans^ 
et qui a .6ti quelquefois dans une province 
qu'on appelle la Galice ! Sans cela , un pauvre 
diable ,est bien embarrass^. Quand il jureroit 
comme un paien » qu'il est ortbodoxe , on 
pourroit bien ne pas demeurer d'accord de$ 
fpiatit^s 9 et le bruler comme her^tique : il 
auroit beau donner sa distinction; point de 
distinction : il seroit en cendres avant que l*on 
eftt seulement pens^ k I'^couter. 

Les autres juges pr^sument qu'un accus4est 
innocent ; ceux-ci le pr^sumept toujours coii- 
pable. Dans le doute , ils tiennent pour r^gle t 
de se determiner du cdt6 de la rigueur ; lappa- 
remment parce qu'ils croient les hommes maup 
vais. Mais , d*un autre cpt^ , ils en ont une si 
bonne opinion , qu*il$ ne les jug^nt jamais cs\r 
pables de mentir ; car ils ref oivent le t^moi- 
gnage des ennemis capitaux , des fempes de 
mauvaise vie , de ceux qui exercent une pro- 
fession infaipe. lis font , dans leur sentence » 
tin petit compliment k ^eujc qui sont revStus 
d'uqe chemise de soutfire f et leur disent qu'iU 
sont bien fichus de les voir si mal habilles » qu'iU 
sont doupc J qu'ils abhort ent le sang » jet sont ^u 
d^sespoir de les 9Voir (ondafpn^s ; mais i pour 
se consoler » ils confisquent tous les biens de 
ces malheureux k leur profit. 
; Heureuse b tcrr^ qui e$t haUt^ piur !«• 

en&ns 



PERSANEis: Si 

en&ns des proph^tes ! Ces tristes spectacles y 
sent' incoonus (*). La sainte religion que les 
anges y ont appoit^e se defend par sa v^rit6 
inline ; elle n'a point besoia de ces moyeny 
rtoiens pour se maintenir. 

Vt Parts, It 4 dt la Im 



LETTRE XXX. 

Rica au mSme. 



"iiti < 
j'arrii 
.envoj 
mes , 

sortoi 
tres; 

tdt U] 

'femm 

de m 

aux 

.lorgn 

jamai 

riois 

toieni 

- (*) Les Peisant som le> pins toliraiu de tous les 
anhotnttans; ' ' - 

Tom IF, L 



8i L E T T R E S ' 

qui disoienc entre eux : D fiiuf avoiier qu'il 
a Tair bien persan. Chose admirable ! )0 
trouvois de mes portraits par - tout ; je me 
voyois multipli^ dans toutes ies boutiques 9 
sur toutes Ies chemih^es , tant on craignoit d^ 
ne m'avoir pas assez vu. 

Tant d'honneurs ne laissent pas d'Stre k 
charge : )e ne me croyois pas un homme si 
curieux et si rare ; et , quoique j'aie tr^s-bonne 
opinion de moi , je ne me serois jamais ima- 
ging que )e dusse troubler le repos d'une grande 
ville 9 oil je n'^tois point eonriu. Cela me fit 
r^soudre k quitter Tbabit persan » et il en en« 
dosser un k TEurop^enne i pour voir s'il res« 
teroit encore , dans ma phy^ionomie 9 quelqoe 
chose d^admirable. Cet.essai ine fit connbhre 
ce que je valois r^eUei^enL Libre detousof- 
nemens Strangers ^ je me vis appr^ci^ au plus 
juste* reus sujet de me plai^dre de mon tail* 
l^ur ^' qui m*avoit fait perdre^ en un instant, 
Vattemioh et Pestime publiques ; caif j'entrai 
tout-^-coup dans fm n^ant affreux. Je demeiirob 
queiquefois une heUre dans une compagnie'^ 
ians qu'on m^etlt regard^ , et qu*on m*e(it mis 
en occasion d'ouvrir la bouche : mais , si quel- 
qu'un , par hasard , apprenoit k la compagni^ 
"iqu^ j^^tbis persan , j*entendois aussi-tdt autour 
*de moi un bourdonnement j: Ah I ah ! monsieur 
est' persan? Cest une chose bien ektraordi^ 
naire ! Comment peut-oii €tre persan ? 

Off P0mt U 6Jf ia fum 



P E R 8 A KE S. tjf 



^w«i 



I E T T R E X X X L 

RHEDi d USBEK. 



J E suis 4 present 4 Venise f mqn cher Usbek* 
Oil pent avoir vu toutes les yilles du monde « 
et ^e surpris en airivaiit k V«iU&e : on sera 
tQU)ours ^nni de voir une ville f des tours 
et des mosques softir de desspus I'cau , et de 
trouver im pt«ple inoinbrid»le dans un ^ndroii 
oil il ne devroit 31: avoir que des poissoas* « 
. Mais cette ville profane manque du tr^sor 
)e plus pr^cietix qui soit au monde » c*est«&- 
dire > d'eau vive i il est impossible d'y acoom- 
plir une seule ablution legale. EUe est en abo- 
mination ii notre saint propb^te ; il ne la re- 
garde jamais 9 du haut du ciel » qv'^vec €oUre. 
« Sans c^la ^ mon cher Usbek f je serois cbarm6 
de vivre dans une ville oti mon esprit se forme 
tons ks jours. Je m'instruis des secrets du 
commerce f des int&6ts des princes , de la 
Ibrme de leur gouvernenient; je oe neglige pas 
m6me les superstitions europeennes ; je rn'ap** 
plique h la midecine ^ k\z physique > a I'as^ 
tronomie ; j'etudie les arts : enfin je sors des 
nuages qui couvroient mes yeux dans le pays 
de ma naissancct 

Di Vtmse, le i6 de la 
iMfu de Chalval, //iz.' 

L 1 



94 Lettres 



LETTRE XXXIL 



Rica A 



« • • 



J *ALL Ai 9 Tautre jour , voir une maison oil 
ron entretient environ trois cent personnes 
assez patuvrement. Teus bientdt fsiit , car T^glise 
et les bStimens ne m^ritent pas d*£tre regard^s. 
Ceux qui sont dans cette maison etoient assez 
gais : plusieurs d'encre eux jouoient aux cartes, 
bu i d'autres jeux que je ne contfois point* 
Comme je sortois , un de* qrs hooimes sortoit 
aussi \ et, m'ayant entendu dteniander le chemin 
du'marais, qui est le quartier leplus ^loign^ 
de Paris : j*y vais, me dit-il, et je vous y 
conduirai ; suivez«moi. II me mena i merveilie ; 
vat tira de xov^ les Jebibarras', et' itte sauva 
adroitement des carross^s et des voiture$. Nou$ 
^tions prets d^arriver , quand Isi curiosity me 
prit : Mon bon ami , lui dis^e^ ne poiirrois* 
je point savoir qui vous 6tes } Je suis aveugle, 
monsieur , me n6pbndit--il. Comment ! lui dis* 
}e f vous 6tes aveugle i Et que ne priiez-vous 
Cet honnftte homme qui jouoit aux cartes aved 
VOUS , de nous conduire ? 11 est aveugle aussi'; 
me r^pondit-il : il*y a quatre cent ani que nou^ 
sommes trois cent aveugles dans cette maisoil 
oil vous m'avez trouve. Mais il faut que je 
vous quittc : yoiU la rue que vous deoiaa- 



P E R S A N E si 8$ 

diez : je vais me mettre dans la foule; ]*entre 
dans cette ^ise , oii , )e vous jure , j'em- 
barrasserai plus les gens qu'ils ne m'einbar- 
f8Sj5eront» 

De Paris ^ k i^ de la iuni 
de Chahal^ i^iz. 



L E T T R E X X X I I I. 

VSBEK i RmEDI. 
A y trusts 

JLe vmest si cheri Paris / par' les inipdts 
que Ton y met, qu'il semble qu'on Slit entrepris 
d'y faire ex^cuter les pr^ceptes du divin alco- 
ran , qui defend d'en boire. 

Lorsque je pense aux funestes eStts de cette 
liqueur , je ne puis m*emp6cher de la regarder 
comme le pr^ent le plus redoutable que la 
nature ait fait aux hommes. Si quelqiie chose 
a fl^tri la vie et la reputation de nos monar« 
ques, f*a ^t^ leur intemp^ance ; c'est la source 
la plus empoisonnee de leurs injustices et de 
leurs cruaut^s. 

^ Je dirai » & la honte des bommes : La loi 
interdit ii nos princes I'usage du vin , et ils 
en boivent avec un exc^s qui les degrade de 
rhumanit^ m6me; cet usage, au contraire, 
est permis aux princes chr^tiens, et on ne 
temarque pas qu'il leur fasse faire aucune faute. 



S6 L B T T A B S 

l^'esprU fatimaiii est la contradtccion In^Bl 
Dan$ uned^bauche licedcieuse , On ae r^valM 
aveC fyreur contre^ les pricepCes; et.la loi« 
faite pour nous rendre plus justes , ne wxt aptii 
yent qm'4 nous rendte plus coupables. 

Mats , quand je desapprouve I'usage de cette 
liqueur , qui fait perdre la raison ^ je ne con* 
damne pas de mSme ces boissons qui T^gaient. 
C'est la sagesse der Oripntaux , de chercher 
des remedes contre la tristesse j avec autant 
de soin que conti'e les maladies \t% plus dan- 
gereuses. Lorsqu'il arrive quelque malheur k 
un Europeen , il h'a d'autre ressource que la 
lecture d'un philosophe » qu'on appelle S6nh^ 
que : mais les Asiatiques^ plus sens^ qu'eux, 
et meiUeurs physiciens en cela ^ prennent dea 
breuvages capables de rendre rhomme gai f tt 
de charmer le souvenir de ses peilies. 

II n'y a rien de si affligeant que les conso« 
lations tiroes de la n^cessiti du mal , de I'inu* 
tilit6 des remedes 9 de la fatalit^ du desdn » de 
Tordre de la providence t et du malheur de 
la condition humaine. Cest se moquer, de 
vouloir adoucir un mal , par la consideration 
que Ton est n^ miserable : il vaut hien mieux 
enlever Tesprit hors de ses reflexions , et trailer 
Thomme comme sensible > au lieu dele traiter 
comme raisonnable. 

L*ame unie avec le corps i en est sans cesse 
tyrannisee. Si le mouvement du sang est fi'op 
lent, si les esprits ne sont pas assez ^pur^s i 
$'ils ne sont pas en quantiti suffisaote , aoos 



Persanes. 87 

tbmbons. dans Taccablement et dans la tris« 
tesse : mats 9 si nous prenons des breuvages 
qui puissent changer cette disposition de notre 
corps 9 hotre ame redevienc capable de rece« 
voir des impressions qui T^gaient , et elle sent 
ttil plaisir secret de voir sa machine reprendre » 
pour ainsi dire 9 son mouvement et sa vie. 

De Paris, U 2<f dc U hint 
de Zilcadi, ijij. 



LETTRE XXXIV. 

• • • 

. Vs BE K i IM ME N^ 

'A Smimt. 

jL E s femmes de Perse sont plus belles que 
celles de France ; mais celles de France sont 
plus jolies. n est difficile de ne point aimer les 
premieres , et de ne se point plaire avec les 
secondes : tes unes sont plus tendres et plus 
inodestes ^ les autres sont plus gaies et plus 
enjou^es. 

Ce qui rend le sang si beau en Perse 9 c^est 
ia vie r^gl^e que les femmes y rnehent ; elles 
ne jouent, ni ne veillent; elles ne boivent 
point de vin 9 et ne s'exposent presque jamais 
\ I'air* n faut avouer que le serrail est plutdt 
fait pour la sant6 que pour les plaisirs : c'est 
une vie unie , qui ne pique point ; tout ^y 
ressent de la subordination et du devoir ^ les 



S8 L E T T R E S 

plaisirs meme y sont graves ^ et les joies s6^. 
veres ; et on ne. ies goute presque jamais que 
comme des marques d'autorit^ et de depen- 
dance. 

Les hommes meme n'ont pas en Perse la 
gaiete qu'ont les Franfois : on ne leur voit 
point cette liberie d*esprit , et cet air content ^ 
que je trouve ici dans tons les ^tats et dans 
toutes les conditions. 

Cest bien pis en Turquie, oti Ton pourroit 
trouver des families oil , de pere e^ fils ; 
personne n*a ri , depuis la fondation de la mo- 
narchie. 

Cette gravity des Asiatiques vient du peu 
de commerce qu'il y a entre eux : ils ne se 
voient que lorsqu*ils y sont forces par la c£« 
remonie. L'amiti^ , ce doux engagement du 
cceur p qui fait ici la douceur de la vie , leur 
est presque inconnue : ils se retirent dans leurs 
maisons , oil ils trouvent toujours une com- 
pagnie qui les attend ; de maniere que chaque 
famille est , pour ainsi dire ^ isolee. 

Uii jour que je m'entretenois 1^-dessus avec 
un homme de ce pays-ci 9 il me dit : Ce qui 
me choque le plus de vos moeurs , c'est que 
vous 6tes obliges de vivre avec des esclaves^ 
dont le co^ur et Te^prit se scntent toujours de 
la bassesse de leur condition. Ces gens l^che$ 
affoiblissent en vous les sentimens de la vertu , 
que Ton tient de la nat^ure, et ils les ruinent^ 
depuis Tenfance qu'ils vous obsedent. 

Car 9 enfin ^ defaite$*vous des pr^jug4s :^c 

peut- 



P E R S A N E.8. S^ 

peut-on attendre de T^ducadon qu*on re; oit 
'd'un miserable » qui fait consister son honnetrr 
& garder les ^ femmes d*ua autre , et s'enor* 
gueillit du plus vil emploi qui soit panni les 
humains ; qui est ffi^prisable par sa fid^liti 
ndme^ qui est lii seule de $es vertus , parce 
qull y est port^ par enyie y par jalousie et 
par d^espoir ; qui^ brftlant de se venger des 
deox 9&t$ f ,dont tl ^t le rebut ^ consent k 
^tre tyrannis^ {>ar le plus fort , pourvu qu*il 
pttisse d^oler le plu$ foible i qui , tirant de. son 
impeHiei^pn ^ die sa laideur et d/e sa difformit^^ 
tout ViaUx de m toadition , n'est estin|6r qu^ 
p9X^e qu^ e^t wdigne^ ^ Ttoe; qu^^ (nfin, 
fvr6 po|ir lagials. 4 la port|;. oh il est attach!^ j 
pins .4ur q^e les gonjs ^t les verroux qui U 
tienneql, se yante de poquante ans de vie danc 
«<;e;poste indign^t oiij cfiarg^ de 1;^ jalousie de 
SOB maitr^j il a an:c^ toute sat bassesse^ . 



t ■«■ ♦ 



d$ Zilhagi, ip^^ 



. » 



^ 



Tome rr^ M 



I 
I 



96 L E T T ft E S 



^mrn^ 



LETTREXXXV. 

USBEK i Gbmcmmd^ 9on cousin f dink 
dm briUani mana^kn i$ Tmirin 



O VE penses-tu dbs chrMens , s«Wme 'ier« 
^m^ trois-tu qu'au )Our do jugeaieAt its seront^ 
comme les infiddes Turcs, quiserviroiit d*ines 
aux ivafi , et les mineront an grand trot en 
cnfer ? le sais bieA tfa^iiA lAiWir paint daaa It 
s^jour dies proph^es , tf <)iie te grand Hali 
ii*est point Tenu poui; eux : ma$\ parceqiills 
A*ont pas M assez keoretti pour trouver deSI 
]hosqt>6e9 dans lenr pa3rs ^ crob-tii qu'ib soient 
condamnis it des chStimens kernels ? et que 
Dieu les punisse pour i/avoir pas pratique tuit 
religion qu'il ne leur a pas fait connoitre ? Je 
puis te le dire : i'ai souvent examine ces Chre- 
tiens ; je les ai ihterrog^s , pour voir s*ils 
avoient quelque id^e du grand Hali , qui &oit 
le plus beau de tous les hommes : j'ai trouvd 
qu'ils n*en avoient jamais oui parler. 

lis ne ressemblent point 4 ces infideles que 
nos saints prophetes feisoient passer au fil de 
r^p^e 9 parce qu'ils refiisoient de croire aux 
miracles du ciel : ils sont plutdt comme ces 
malheureux qui vivoient dans les t^n^bres de 
Tidolitrie , avant que la divine lumiire vint 
^dairer le visage de notre grand prophite. 



P E R S A N ES. 91 

D^dS&Hus f H Voa tsKammt de pris lemrra^ 
ligioa^ on y iMuVcm tomme «oe semcnce dc 
fK>$ dogiMes. Tai Mnvent admir^ ks secrets tie 
la pr6Tidence» qui tiendde les ayoir vool« 
preparer par-U k la conversion g6n6rale. Tai 
oui parler dTim livre de leurs docteurs » inti- 
tule ft polygamic triomphanu ^ dans lequel it 
est prouv^ que la polygamie est ordonn^e aux 
chr^tieos^ Leur J^pi^meest 4'inMge de fios ablu* 
^Qns l^gales; etles chr^ens n^errent que dans 
I'efficacit^ qu'ils doanent k cette premiere ablu- 
tion y qu'its croient devoir suiSre pour toutes 
les autres. Leurs prdtref rt ieurs moines prient^ 
comme nous^ sept fois le jour. lis esp^ent de 
fouir 4*tti\ pas|i4is 9 o2i ikjgo(iibem9tjBii)ledi-^ 
licesy par. 1^ ncf^.dfi In <iPfiiuFreatioa dey 
coips. Us 4XDt^ comme nou^ 9 des lefines macv 
(|u^^ des >moitificarioo|i ^Hrec lesqiielles ib 
Slp^eat fl^dur la, mis^ricorde .diYipe» Ba 
reedeot uiixulte;am bMs:aBjes4«i s« m^at 
4f^s maav«is. lis oat wie saiate cr^duli^^ pouf 
Ifs auacles.qii^ Diau ^ap^Q par ie j^iaisrtKf 
4e ses serviiem;|. Us ro^naoisseiKji oqmai^ 
nous 9 llnsuffisance de leurs aii&rites 9 et 1« 
besoia ^'ils oat d*ua iateaoesaeiir aupris de 
Pmif Je ¥9isi»ar'rta^tiemaboBl^tifialle9 queair 
qpie|eAytiou9e*poia| Mahoowi. Ooa bean 
j^liftoi ia ^hM s*€6bA|ipe 9 u perce tou^ours 
les t^aibres qua T^s^f iroaMat. U viendra ull 
|Ottr oil TElemel ae Teira sur la %^t8t que d* 
vrab cM^ana, le Mmps^ qui aoostime iout» 
4^niwa l€t«Mttn anftaie* Tons l«s homMi 

M » 



9» Lett re s 

serant eeono^s de se ^ir sous kintme iten^ 
dacd : tout, jusques k la loi v sera cansomiii^; 
Ics tlivtiis exemplaires seront enlev^ de to 
terre , et port6s dans les celestes archives. 

Dt Pmris^ U to de U bun 



d€ ZUkagi^ 9^ij. 



■■•■^"•i 



LETTRE XXXVI. 

E cafii est tths en usage i Paris : fly i 
un grand nombre de ttaiions publiques oil tra 
ie distribue. Dans quelques-unes de ces mai« 
sons t on dit des nouvelles ; dans d'autres> <m 
Joue aux tehees. U y en a une oil Ton appr^ 
le -cafi de telle mani^ , qu'il dohne de l*es<^ 
ptit k cciix qui en prcnnent : an moins^ dtt 
tons ceux qui en sortent, iiny a persoime 
qiri he croie qu*il en a quatre fois plus que 
lofsqu'il y est entri, ^ . 

Mais, ce qui me choque de ces beaux es« 

Iirits, c'est qu'ils ne serendent pas utiles k 
eur patrie , et qulls aimisent leurs talent 4 dtt 
ichoses pu^riles. Par fejceinple ^ lorsqne j'atrivai 
k Paris, je les trouvai ^ehauffiis sur une dis- 
pute la plus mince qu'il se puisse imaginer : 
il ^'agissoit de la r^putatidn d*un vieux poete 
grec , dont, depuis deux miUe ans, on ignoit 



Persanes. 9) 

Ift (Mttie p BttSsi bi^n que le tanpsde sa mort. 
Les dtvac partis avoaoient que c^etait an poetei 
excellent* : *U n'^toit question que du plus ou 
du moint de.iii^rite qull fi^loit lui attribuer.. 
Chactto an vouloh donner letaux: mats , parmi 
ces distributeurs de reputation ^ les uns £usoient 
aieitleuF poids que les autres :' voiU la querelle; 
Etle itcax bien vive ; car on se* disoit cordiar: 
lemejitt de partetd'autre^i^essiiqares siigeos* 
stores , on fai^oit des plaisanteiies^ sLafl^riBS^; 
que le nVidmbOis pas moins la manx^re de 
disputer » que le sujet de la dispute. Si quel- 

2v'un 9 disois*je en moi * mSme ^ ^toit assez 
tourdi pour aller , devant unde ces d^fenseufs' 
du po^e grecy attaquer la r^ufiitiqrn de cmel* 
que bonnSte citoyen , il ne serQit pas inal re* 
lev^ 1 et je .crpis que ce a^le 4 ^licat sur la 
reputation des morts , s*embraseroit bien pour 
defendrecelle des .Yivans ! Mais, quoi qu'il en 
soit t ajoUtois-)e , Dieu me garde de m'attirer 
famaia I'immttie. des censeurs de ce.fioiete ; que 
le: sitow fie. deux nuUe an^ dads Iflttomb^aa 
A*a;pii gacantir d'une haioe si Amplaiwble I Ui 
fiappent i present des coups en Tail ; nuds quer 
seroit^ce 9. A leiir fiireur ^toit atiim^e par la 
pf esenc^tjdtub fennemi ? ,,.•,< \ 
\ Ceux dootJe .i(icns.de)tqparle?'.di^putent; 
eniiai^ue yulgaira^ et il; £siU.t j^s, dl^tinguer^ 
d!uiie:au;ce;9^rte dedi$pUf4Mils , qui se Si^rvent 
d'une langue J»iri)are » qui s^iftblecljoater quel*) 
(^ chose i;bi fumtr et:^ Topini^tr^te des 
c<iflAattattB. il 7 a.ies/q^afl^rs 9k I'on Toit 



9r4 L E T T .R E s 

comine niie miii^ noire et ifd^^ die ^^nmes. 
de gens : 3s se nourriaseotde disiiiiotioMi Uai 
vivent de taisoDneiBeiis ofecurs tt dc fiuissos. 
consdqaencet. Ce miwr^ aik Voa dcwnit 
noarir. die £eiim 9 i» iab^ pes de reodfe. Oa 
a yu ime fiaticm entire 9 xhass^desoii pays » 
traverser les mers pour s'^tebbr eft France » 
n'eitipiulant avcac elle » .pour parer ame n6ees« 
sMs de ht Yk , ^'uu eedoiitaUe ideot f^mur 
b dispuiew ikdteu. 

km * ZiUagi^ ^9^ 



^* 



X.ETTRE XXXVIL 

L£ in de frence est ▼ieu. Mm fi'ifMs 
posit d'teenple » dams noe hsstmres i Akm ma^ 
Barque <iiM Mt si leiig-^teiiipsrlgAiS.OEi dii ^vTA 
p€«ii<le ^ m itrbs^nut degr^ le ttdem de «e 
Itdrifr ob^ : il gow^me aiFecle mAme gj^uien 
famille 9 sa cour » son toit? on loi « souvenf 
entendudire i|uei de tens ks gooreniemens 
du ttonde » cetui dflis Tufcs , od celiii*de aotre 
imgnste sah«i 1 kii ]^akr6it ie OMuat ; taat il 
fak csA de ila politique orieiiule« 

f ai itudi^ son cavaoi^ , cc jy » froofift 
des coatradictiop^ ^u'U «^ itipifwhle dt 



P^ B' ft S An s'lS. 9) 

ti^ik^ t fine ^xemple 9 il » uii cninlsft-e ^ui 
nha que <fa^liuit M9 , €t mie mafdre^d c^iii eh u 
n^lf i-vifigt : it aMs sa f etigioci ^ et il ne petit 
eoufiv cauK qui distM qu'i) la faot observer 
-k la rigueur : cjuaiquril fuie le tumulte de^ 
«iUe<, ^ qu^il se ee>iiMxiiink]«e peu ^ il n'ett 
occupy, depfuis le' ma^A jMqti*au tak* ^ qui 
faire parler de lui : il aimetei troj^Mes et lea 
yktoires^ siais il cnint autant de voir un bon 
g^n^ral; i^ la tdfe de ses troupes , x{u'il auroit 
sujet de le craindre k la tSte d'une arm^e en- 
nemle. B n'est > je crois ^ pifiiais arrivi^ qo^ hiiy 
d'Stre en tnime temj^s cqmble de plus de n- 
chesses qu^wi prince n'en saoroit elp^r 9^ et 
accabl6 d'une pauvret6 qu'un oarticuUer ne 
pourroit sojitfenir, 

II aime k gratifier ceux qui le servent ; mais 
il paie aussi lib^ralement les assiduit^s , ou 
plutot Toisivet^ de ses counisans y qu^ > its 
lunii^agRes laborieuses de ses capintines i ^oti- 
Irene U pr(i(%re un fiomme qui le deshabille ^ 
<>u qui lui donne la serviette lor^tfTI se met 
tt table f i un autre qui kii prend de$ vitfes, 
t\i lui gagne des batailles : il necroit pas 
que tfl grandeur sotiveraine doive &ti^ t^^f 
daii^ la distribution des graces ; et , sans ek^- 
imifi^f si if!kA qufit combife de biehs est homme 
4le nilrite » i! crott que Son choix va le retidre 
♦el : *u«i lui a - 1 - on vu doitner tine petite 
3»eflision ft un honime qui avoit ftii deux Ueues, 
^et un betu gouverhement k un autre qui en 
ikvoit fui quattei ' ^ 



^6 . L E T T a B s 

n est fltagotfique t ^lustoiit dan9 $a bfttir 
mens : il a plus de statues dans les jardins df 
son palais , que de citoyens daps une gtande 
ville. Sa garde est aussi forte que ceile du 
prince devant qui tous les tr6nes se renverr 
sent ; ses arm^s sont aussi nombreuses » $ef 
ressoiirces sont aussi grandes ^ et scs finances 
aussi in^puisables. 

Di Paris ^ kydiUkoH 
it Makarram^ i^ij. 



I.ETT R E XXXVIII. 

A Smirnc. 

C> ' E s T tine grande question ^ parmi les hooH 
mes 9 de sayoir s'il est plus avantageux d*dter 
aux femmes la liberty » que de la leur laisser* 
II me semble qu'il y a bien des raisons pour 
et contre. Si les Europ^ens disent qu'il n'y 
a pas de g^ndrosit^ i rendre malheureuses 
les personnes que Ton aime^ nos Asiatiques 
repondent qii'il y a de la bassesse aux homme9 
de renpncer k Tempire que la nature leur 9 
donnd snr les fen^mes. Si on leur dit que If 
grand nombre des feipmes enfermdes est em« 
Barrassant \ ils |-6pondent que dix femmes , qui 
ob^issent > embarrassent moins qu'uiie qiv 

n'ob^ 



i 



P E R S A N £ S. 97 

n'obdit pas. Que sib objectent^^ leur tour, que 
les Europ^ens ne sauroient 6tre heureux avec 
des femmes qui ne leur spnt pas fidelles ; on 
leur r^pond que cette fid^lit^ , qu'ils vantent 
tant, n'emp6che point le dugout, qui suit 
toujours les passions satisfaites ; que nos 
femmes sont trop k nous ; qu'une possession 
si tranquiile ne nous laisse rien k desirer, 
ni k craindre ; qu'un peu de coquetterie est un 
sel qui pique et pr^vient la corruption. Peut- 
%tre qu*un homme , plus sage que moi , seroit 
embarrassi de decider : car » si les Asiatiques 
font fort bien de chercher des moyens propres 
k calmer leurs inquietudes , les Europdens font 
fort bien aussi de n*en point avoir. 

Apr^ tout 9 disentails , quand nous serious 
malheureiuc en qualite de maris , nous trou- 
verions toujours moyen de nous dedommager 
en quality d'amans. Pour qu'un homme put 
se plaindre avec raison de I'infid^lit^ de sa 
femme, il faudroit qu'il n^ efttque trois per- 
sonnes dans lemonde; ils seront toujours k 
but , quand il y en aura quatre. 

C'est une autre question de savoir si la loi 
naturelle soumet les femmes aux honHties. 
Ifon , me disoit I'autre jour un philosophe tres- 
galant : la nature n^ jamais dicte une telle^loi. 
L*empire que nous avons isur elles est une ve- 
ritable tyrannie ; elles ne nous Tout laiss^ 
prendre, que parce qu'elles ont plus de douceur 
que nous , et , par consequent , plus d'humaniti 
et de raison. Ces avantages qui devoient san« 
Tome IF. N 



q9 L e t t r e s 

• . . 

doute leur donner la superiorite , si nous avions 
^t^ raisonnables , la leur ont fait perdre , parc^ 
que nous ne le sommes point* 

Or , s'il est vrai que nous n*avons sur les 
fenimes qu'un pouvoir tyrannique , il ne Test 
pas moins qu'elles ont sur nous un empire 
naturelle ; celui de la beaute » h qui rien ne 
resiste. Le notre n'est pas de tous les pays ; 
mais celui de la beaute est universel. Pourcpioi 
aurions-nous done un privilege ? Est-c^ parce 
que nous sommes les plus forts ? Mais c'esf 
une veritable injustice., Nous employons touted 
sortes de moyens pour leur abattre le courage. 
Les forces seroient ^gal^s , si T^ducation Tetoit 
aussi. Eprouvons-les dans l^es talens cpie Tedu- 
cation n'a point aflfoiblis i et nous verrons si 
nous sommes si forts. 

II faut Tavouei y quoique cela choque no$ 
moeurs : cbez les peuples les plus polis » les 
femmes ont toujours eu de Tautorito sur leurs 
maris ; elle. fut etablie par une loi chez les 
Egyptiens , en I'honneur d'Isis ; et chez les 
Babyloniens , en Thonneur de Semiramis. On 
disoit des Romains ^ qu'ils commandoient k 
toutes les nations , mais qu'ils obeissoient ^ 
leurs femmes. Je ne parle point des Sauro* 
mates , qui 6toient v^ritablement dans la serr 
vitude de ce sexe ; ils etoient trop barbares^ 
pour que leur exemple puisse etre cit6. 

Tu vois , mon cher Ibben , que j'ai pris le 
gout de ce pays-ci , oil Ton aime k souteni^ 
des opmions extraordinaires , et ^ jreduire tout 



Persanes. 99 

ent paradoxe. Le proph^te a decide la question , 
et a ri^li les droits de Tun et de Tautre sexe. 
l«es femmes » dit - il , doivent honorer le^rs 
maris : leurs maris les dbivent honorer; ma is 
lis ont Tavantage d'un degr^ sur elles. 

De Paris y U 26 de la luit 
de Gemmadi^ ji, 17/5 



: LETTRE XXXIX. 

[HAGI (*) IBBI, au/ui/BEN Josuk 

prosilyu makomitan. 

A. Stmmt^ 

1 L me semble , Ben Josu^ » qu'il y a tonjours 
des signes ^clatans , qui pr^parent i la nais*- 
sance des hommes extraordinaires ; comme si 
la nature soufTroit une esp^ce de crise , et que 
la puissance celeste ne produisit qu'avec effort, 
U n'y a rien de si meryeiUeux que la nais- 
sance de Mahomet. Dieu , qui , par les d^crets 
de sa providence » avoit r£solu , d^s le com- 
mencement 9 d'envoyer aux hommes ce grand 
proph^te » pour enchainer Satan , cr^a une lu* 
miere deux mille ans avant Adam , qui , passant 
d*^lu en elu , d'ancStre en ancStre de Maho- 
met y paivint enfin jusques ^ lui ^ comme un 

- (^ Hap est vin honime qui a fiut le pilirinage de 
la Mecque. 

N X 



loo Lettres 

lemoignage aiithentique qu*il ^oh descendu 
des patriarch es. 

Ce fut aussi h cause de ce m&mt pr9ph^te ^ 
que Dieu ne voulut pas qu'aucun enfant f&t 
con(u 9 que la femme ne cessdt d'etre im« 
monde » et que Thomme ne fut livre k la cir- 
concision, 

II vint au monde circoncis , et la joie panit 
sur son visage d^s sa naissance : la terre trembla 
trois fois, comme si elle eut enfant^ elle- 
meme ; toutes les idoles se prosternirent ; les 
trdnes des rois furent renvers^s : Lucifer fiit 
jett^ au fond de la mer ; et ce ne fut qu'apr&s 
avoir nag6 pendant quarante jours , qii*il sortit 
de Tabyme » et s'en&it sur le mont Cab^ , 
d'oti 9 avec une voix terrible ^ il appella les 
anges. 

Cette nuit , Dieu posa un terme entre 
lliomnie et la femme ^ qu*aucun d'eux ne put 
passer. L'art des magiciens et n^gromans se 
trouva sans vertu. On entendit une voix du 
ciel qui disoit ces paroles : )*ai envoy^ au 
9ionde mon ami fidele. 

Selon le temoignage dlsben Aben , histonen 
arabe , les generations des oiseaux, des nu^es, 
des vents , et tous les escadrons des anges ^ 
se r^unirent pour Clever cet en&nt , et se disr 
put^rent cet avantage. Les oiseaux dispient, 
dans leurs gazouillemens^ qu'il ^oit plus com<* 
mode qu'ils I'elevassent , parce qu*ils pouvoient 
plus facilement rassembler plusieurs fruits de 
divers lieux. Les vents murmuroient , et di- 



P E R S A N E S. !0r 

cotent : c'est plut6t k nous , parce que nous. 

pouvons lui apporter^ de tous les endroits, les 

odeursles plusagi^ables. Non, non-, disoient 

lesau£es« non; c'est ^nossoins.qu'il sera con- 

6£ t parce que nous liii ferons part , k tous 

les iostaos , de la fraicheur des eaux. Ld-dessus , 

les ant 

tera-t-i 

tat ent 

il ne 5 

fels, p 

laiteroi 

la mail 

sera. 

Apr^s tant de i;inoti 

cher Josu<^ , il fa ;r pour 

ne pas croire sa it faire 

davantage le ci< , liission 

divine , k moins de renverser la nature , et 
de faire p^rir les homines mfime qull vouloit 
cbntaincre } 

Dt Paris f U ao de la luiU 
dt R&igeb y t^ij. 



101 L E T T R E S ' 

LETTREXL, 

V S B E K a I S B S }f. 

A SmintK 

est mort > on s'assemble 

et Ton fait son oraisoa 

1 discours k sa louange , 

it bien embarrass^ de «* 

6rite du d^fiint. 

r les pompes fun^bres> n 

tmes i leur naissance , et 

non pas a leur mort. A quoi serrent les c^ 

r^monies , et lout rattirail lugubre qu'on fait 

paroitre i un mourant dans ses d^niers mo- 

mens , les larmes mSme de sa famille , et la 

douleur de ses amis , qu*^ lui exog^rer la perte 

qu'il va faire ? 

Nous sommes si aveugles , que nous ne 
Savons quand nous devons nous affiiger , ou 
nous r^jouir : nous n'avons presque jamais que 
de fausses tnstesses , ou defausses joies. 

Quand je vois le Mogol , qui « toutes les 
ann^es , va sottement se mettre dans une ba- 
lance * et se faire peier comme un boeuf ; 
quand je vois les peuples se rejouir de ce que 
ce prince est devenu plus materiel , c'est-^- 
dire , moins capable de les gouverner ; j'ai 
pitii f Ibben , de Textravagance humaine. 

Dt Paris, U 30 dt la hme 
de R/iigcb , ijij. 



P E R S AN E S. 103 



LETTRE XL I. 

LS PREMIER EUVUQUE W O I R 

i USBEK, 

IsMAEi), itn de t'es eunuques neirt, vient 
de mourir , magnifique seigneur; et je rie puis 
m'einpScher de le remplacer. Comme les eunu- 
ques sont extrSmement fares a present , j'avois 
pens6 de me servir d'un esclave noir que tu 
as ^ k-campagtte; 'mais je'^'aipu josqu'ici le 
porter k SQuffrir <)tt-oii le coiisaer&t *.k cet ern^i 
f>ldi« Ccmme )e vois qu'au boot du compter 
c'est'son avantage , je voulus Fautre jour user ^ 
i son ^gaird/d'tin peu de rigueur ; et , de con-^ 
cert avec Tintendant de tes jardins , fordbonai 
^e , malgrS Ini , onle mit en iXBt de te reodre 
fes denrioes qni flattent le .'plus ton coeur , el 
de 'Vivre conmie nun dans ces r^dcmtable$ 
fieoX', quHl n'ose pas m&me r^arder : maifi^ 
il se mit & hurler ^ comme si on «roit voulti 
r^corcher ^ et fit lant qu'il ^diappa de hm 
mains ,:iet i^vita le fatal ooqteaii. Je vien^ d'ap-^ 
ptendre ^ii*!! veot t'^crire poUr te demander 
grace , 'soutenant que je n'ai coii^u ce dessein ^ 
^e fMtr un desir insatiable de ^Tengeaoce ship 
certainfs railleries piquantes qu'i} cfit avoir 
faites de moi. Cependant je te jure ^ par left 
cent mt^e propHetes.,, i^t je n'ai ag? que .pdur 



I04 L E T T R E S 

le bien de ton service 9 la seule chose qui me 
soit chere , et hors laquelle je ne regarde rien. 
Je me prosteme k tes pieds. 

Du serrail dc Fatmi^ U y dcla 
him de Maharram, i^tjm 



lETTRE XLII. 

Pa ARAN a UsBEKp son souvtrain selgneuK 

01 tu etois ici / magntfique seigneur, je pa- 
roitrois ^ ta vue tout cou vert de papier blane ; 
et il n*y en auroit pas assez pour ^crtre toutes 
les insultes que ton premier eunuque no;r , le 
plus m^chant de tous les hommes , m'a £iite$ 
depuis ton depart. 

Sous pr^texte de quelques railleries qu'il 
pretend que )*ai ' £iites sur le malheur de sa 
condition , il exerce siir ma t£te une vengeance 
in^puisable ; il a anim^ contre moi le cruet 
intendant de tes jardins , qui , depuis ton de- 
part 9 m'oblige ft des travaux ansurmontables , 
dans lesquels }*ai pens^ mille fois luissef la 
vie , sans perdre un moment Tardeur de te 
servin Combien de fois ai*]e dit en moi- 
mfime: j'ai un maitre rempli de douceur, et 
}e suis le plus malheureux esclave qui soit 
sur la terre 1 

Je te Fa vpuc , magnifique seigneur : je ne me 

croyois 



»:»• 



} 

* 



Persahes, tOf 

CMyob pas desttn^ k de plus graades mis^s: 

nais ce traitre d'eunuque a voulu mettre le 

comble k sa m&hancet^. B y a quelques joun 

que f de son autont^ priv^e , il me destina k 

la garde de tes femmes sacr^s ; c'est-^-dire ^ 

k une execution qui seroit pour moi mille fois 

plus cruelle que la inort* Ccfux qui , en naissant, 

ont eu le malheur de recevoir de lews cruels 

parens un traitemenft pareil » se consolent peu& 

6tre sur ce qu*ils n'oat jamais connu d'au^e 

itSLt que le leur : mats qu'on me fasse des« 

cendi^ de Humanity » et qu*oq m'en privet 

je fflourfots de dottleur> si je ne moucois pas 

de cette bairbam. > 

J*embrasse t^ pied« , sublime seigiieur t 
dans une httmitif6 profonde. Pais ensorte que 
|e seme ks effeis de ceQ^ vert^ $i respect^e ; 
et qu'il ne soit pas dit que , par to^ ordre t 
il y ait sur la terre un malheureu^ de plus, 

Dcs jardbu de Fami , le Y de ts 
tune de Mah^nam^ i/i> 



# 



Toau ly, O 



io6 L e T T m s s 



I . t 



L E T T R E XL I I I. 

USBEK i PhAKAH. 

Aux jmrdUis dt Fdimi. 

Jaeceve!l la jjoie dam voM cobot^ et 
reconnoissez ces SMctU caiact^et ; -fekes-lts 
baiser au grand evnuque ^tct i rifttettdant de 
mes jardins. Je leur d^feads de rien earrc- 
prendre centre votis : ^etJeur d'achtcer Teu* 
nuque qui me manque. Acquitce«*TOUS de voire 
devoir , comme si vous m^avieitaufaundevant 
les jreux ; car sachez que plus mes booi6s sont 
grandes ^ plus vous sereK puoi ^ si tous en 
ibusez. 

Di Pdrii^ & d/ & £i Am 



# 



P £ R 8. A H S S. 107 

s 

L E T T R E X L I V. 

UtBBK k RhEDI. 

^ Vadse. 

XL y a, eni'TMce^ trois sottes d'etats » T^ 
gUse 9 l^p6e » ec la robe. Giacun a an m^pris 
soutrerain pour les deax autres : tel, par 
esremple 9 qtie l\>ndevroit m^pmer pwce quit 
est un sot , ne i*e$c .souvent que patce qu'il est 
homme de robe. 

^ II n'jr a pas )osqu*aim plus vils artisans qui 
ne dispiiteot ^sur resicellefice de i*art quHls oiit 
choisi ; chacun s^iileve au«dessus de celui qtd 
ett d'une profession dUSsrente f h proportion 
de Tid^ ^ull s'est £iite de la supi^iiorit^ de 
la stenae. 

Les hommes nessemblent tons t phis oit 
snoins » k cette fern me de la province d£riyaii 
<py 9 ayant re^u qoelques graces d*un de nos 
npnarques , lui souhaita miile fois , dans les 
benedictions qu'elle lui donna , que le ciel le 
fit gouverneur d'Erivan. 

fai lu , dans une relation , qu'un vaisseau 
fran^ois ayant relich^ k la c6te de Guin^e » 
q[uelques hommes de T^quipage voulurent alter 
II terre acheter quelques moutons. On les mena 
au Roi » qui rendoit la justice k x% sujets sous 
un arbre. U ^toit sur son trdne » c'est-ii-diret 

O a 



108 L E t T R B S ' 

sur un morceau de bois ^ aussi fier que s*U e(it 
iti assis sur celui du grand Mogol : il avoit 
trois ou quatre gardes avec des piques de 
bois ; un parasol , en forme de dais » le cou- 
vroit de I'ardeur du soleil ; tous ses omemens 
et ceux de la reine sa femme » con$istt)ient 
en leur peau noire et quelques bagues. Ce 
prince y plus vain encore que miserable 9 de^ . 
manda k ces dangers si on parioit beaucoup . 
de lui en France, n croyoit que son nom de* ; 
voit £tre port6 d'un p61e k Tautre : et , ^ la . 
difference de ce conquirant de qui on a dit . 
qu^il avoit fait taire toute la terre, il croyoit ^ 
lui 9 qu'il devoit (aire parler tout Tunivers. 

Quand brkan de Tartarie a iini , un hirwt 
crie que tous les princes de la terre peuveni i 
aller diner » si bon leur semble : et ce bar- » 
bare , qui ne mai^^ que du lait , Kpa n*a pas * 
de maison , qui ne vit que de brigandage » 1 
f egarde tous les rois du monde comme ses . 
csclaveSt et les insulte r^li^ement deux fois 
par )our. 

Dt Paris^ k x8 de U' 
iwu de RhifAy tpj* 



# 



1'^ 



Persames. 



• ft 



10^ 



LETTREXLV. 

RiCJ i USBBK. 

fliER matin, commd j'^tois att fit, j^^^ 
temlis. frapper rudement k ma porte , qin nif ^ 
soudain ourerte ou enfonc^ , par un liomme 
avec qui j'avois lii quelque soci^t^ , et qolmc ' 
panit tout hors de lui-m6me. 

Son habillemerit ^oit beaucoup plus que^ 
modeste ; sa pemique de travers n'avoit pas . 
jn&ne ixi peign^ ; il n'avoit pas eu le temps 
de faire recoudre son pourpoint noir ; et il 
ariFoit renonc^ , pour ce jour^lj^ , aux sages : 
pr^autidns avec lesquelles il aroit coutume 
de d^guiser le d^labremeot de son ^uipage/ 

Leyez*you8 , me dit*il } )*ai bjesoin de^ vons 
tout aujourdlitti : j'ai mille emplettes 1^ faii^ , - 
cc |e serai Uen aise que ce soit avec vous. 11 
fitut , premi^rement , que nous allions , rue 
Saint*Honor6 , parleri un notaire qui est charg^ 
de vendre une terre de cinq cent rniUe livres ; 
|e yeux qu^ m'en donne la pr^fiKnee. En 
i^enant ici ; je me suis arrttS un moment an 
6md>ourg Saint • Germain , oil )*ai lou^ un 
hdtel, deux mille iciis } etfespire passer le 
ootttnt au|oui^d1niL 



i. 

V::. 

% 



no L E T T a E 5 ^ 

Dhs queje fus habitl^, oupeu s'enfiiUoit; 
laoa hamme me.fitpr^cipiiamnicnt desceoiire* 
Commen^ons, dit-il , par acheter uncairosse^ 
et etablissons fequipage. En'effet , nous ache- 
times 9 non-seulement un carrbsse, mais encore 
pour cent mUle francs de marchandises » en 
snoins d'une heure : tout cela se fit prompte- 
ment ^ parce que mgvi 4N>iiime ne marchanda 
rien j et ne compta jamais ; aussi ne d^pla(a« 
t-ll pisis. h rIvOiffSUr tout ceci; et , qiiand 
j'examinols cet homme^ je irouvois en lui une 
complication singuli^e de richesses et de pait* 
vrete ; de maniere que je ne savois que croire* 
Mais enfin , je rompis le silence ; et le tiranC 
k' part I ^ hii dis : monsieur, qui est-ce qui 
patera tout cela ? Moi, dic-il : venez dans ma^. 
chambre ; fe* vous montrerai des tr^sors im- 
menses > et des richesses envi^ des plus 
grimU non^rques : nmis elles t\e le seront pas. 
d$ vous 9 qui Ie$ partagerez toujours avec 
ipoi. Je lf» sins»^Nou9 grimpons h son ciitquiiime* 
^i^ge ; et , par une ichelte » «QU8 notis guin* 
dons i.un siti^me, qui etoit un cabinet pa^, 
v^rtaitv quatre vents , dans lequel il n'y avoit. 
que deux ou trois douzaines de bassins de 
teire rempli^ de; diverses 4iqu^]:s» Je me suis: 
Uvi de grand ynatin ^ me 4it**il ^ et j'ai fait 
4*9t>ord ce que je fais d«pi|i$.vingt-cinqans, 
c|^i est duller .visiter mon oeuvre : 'faSk mu que 
le grs^nd jour £toit venu, qui devoit merendre 
plus, riche , qpliom^iq qui soit isur la terref 
Voyez-vous cette liqueur v^rmciUe ^ £UieA i 



^r^sent toutes les qualit^s que les philosophes 
'aemanSent^pbur "fiiire "la 'traiismu!!ation"ties 
iii^ta«.^)enji ^ ocf |«iY«weyujvoyez, 
qm sent de vrai or par leur cQuTeur, quoi- 
qu*un peif kw^fa^ts pax^ l^r p^anteur. Ce 
secret que Nicolas Flamel trouva , mais que 
Raioiond Lulle nmnp^^nf^lion d'autres cher- 
ch^rent toujours 5 est venu jusques k moi \ et 

.Fas$e I0 6iel^1B^4^i9i qe i^e.sefve d^ t^n^.4e 
tnfaw qtt'il; $k'f ^(vomw^hf qije|iaui: fa 
gloire I 

.• h iMTtif r. «( jft4Wj5f »dif „fltt'BlutQt;H «« 
1 pnSdpitai pair fl^ii:escal§w »^gmspqf|^^ 4^ <;f . 

Ure » .« ^M fi«t :>Hamp}^.^rB$he.^{K4 M>^ 

- demfoa^ ^» ^ Itlr yf u:|f 1 99V^ xevienflro^s 
tD$taiiit iLi99/lk^ 

De Paris f U deauer ieJa 

•'» ' ' i :; ••••' ' -. / : , •- f-.. ^j .n ; -' -I 



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tETTRE i L VL 

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JE v6i$ ici def gew qui . ApvOM t Sim fin 

tur la religion : .mais U semble qu'ils com» 
battent ea mfime temps k qui roh^enren ie 
noiiis. 

Non^seuleiAent ils ^ stfnt pitt ncUlcitrichr^ 
tkns ^'ibais ih£aie meilleiM €it»nn$ ; el c'est 
ce qui me toudie : bar ^ dans qurique religion 
qi^on yire ^ robservacioh -des* loix ,• Taqiottr 
pour les ^lomoies » la ^t^ envers \» pa- 
rens , sont toujours les premiers actes de 

' En effisty^ Ie premier objet 4'un homme 
ligieux ne doit-il pas £tre de plaire k la 
nit6 qui a ^bli la religion qu'il professed 
Mais Ie moyen Ie plus sur , pour y parvenir, 
est sans doute d*obs^rver les regies de la $0 
ci^t^ t et les devoirs de Thumanit^. Car ^ en 
quelque religion qu*on vive^ des qu'on en 
suppose une^ il faut bien que Ton suppose 
aussi que Dieu aime les hommes^ puisqu'il 
etablit une religion pour les rendre heureux: 
que s*il aime les hommes ^ on est assure de 
lui plaire en les aimant aussi ; c*est-i-dire 9 en 
ei^er^ant envers^ eux tous les devoirs de la 

charity 



Persanes. tx$ 

charit^ et de l*huinanit^ , et en ne violant point 
les loix sous lesquelles ils vivent. 

Par-1^ f on est bien plus sftr de plaire k 
Dieu, qu'en observant telle ou telle c6r6- 
monie^ car les c^r^monies n*ont point un degr6 
de bont^ par elles*m6aies ; elles ne sont bonnes 
qu'avec ^gard , et dans la su{^position que Diea 
les a commandoes : mais c'est la mati^re d'une 
grande discussion : on pent facilement s'y 
tromper^ car il faut choisir les c^Omonies 
d*une religion entre celles de deux mille. 

Un homme faisoit tous les jours k Dieu 
cette pri^re : Seigneur , je n*entends rien dans 
les diq>utes que Ton £fiit sans cesse k voire 
sujet : je voudrois vous servir selon voire vo- 
lontO ; mais chaque homme que je consulte 
veut que je vous serve k la sienne. Lorsque 
|e veux vous faire ma priire ^^ je ne sais en 
quelle langue je dois vous parl^. Je ne sais 
pas non plus en quelle posture j^ dois me 
tnettre : Tun dit que je dois vous prie^ debout; 
Fautre veut que je sois assis ; Tautre exige que 
snon corps porte sur mes genoux. Ce n'est pas 
tout : il y en^a qui prOtendent que je dois me 
laver tous les matins avec de Teau froide: 
d'autres soutiennent que vous me regarderez 
avec horreur , si je ne me fais pas couper un 
petit morceau de chair. II m*arriva , Tautre jour , 
de manger un lapin dans un caravanserail ; trois 
hommes » qui Otoient aupr^s de Ik , me firent 
trembler : ils me soutinrent tous trois que jo 

Tom IF. P 



114 Lettres 

vous avoi^ grievement offens^; I'un (i), parce 
que cet animal etoit immonde ; Tautre (i) , 
parce qu'il etoit 6tov£6i Tautre enfin (3), 
pafce qu*il n'^toit pas poisson. Un brachmane 
qui passoit par-lik , et que je pris pour juge 9 
me dit : ils ont tort f car apparemment vous 
n'avez pas tu6 vaus-mdme cet animal. Si fait 9 
•lui dis-)e. Ah ! vous avez (omttus une actios 
abominable 5 et que Dieuin^ vous pardonnera 
jamais ; me dit-il d'une voix s^vire : que savezr 
vous. si Tame de votre pire n'^ioit pas pass^e 
dans cette bSte ? Toutes ces choses f seigneur , 
jne jettent dans un embarras inconcevable : 
je ne puis remuer la t£t»9.quefe ne. Mis me- 
nace de vous offender ; eq>endant )e vbudroia 
vous plaire , et emj^oyer k cela U vie que je 
tiens de vous. Je ne sais si je me trompe ; maia 
je crois que le meilleur moyen pour y par- 
.venir » est de vivre ea bon. ciioyen dans la 
societe oil vous m'avei fail oattre « et en boa 
^re dans la famiUe qtit vptt$ m'ave^ 4pnn4e« 



De Paris ^ U 8 de la lunt 
de Chahban, jyij* 



(0 Un Juif. 
1^2) Un Turc. 
(3) Un Arminien. 



# 



P E R S A N E S. 115 



LETTREXLVIL 

ZaCHI d USBEK, 

9 

\ 
i 

A Paris^ 

• « 

J*Ai une srande nouvelle ^ t'apprendre : je 
AMI sttis r^ncUi^e avec Z^phis ; le serrail , 
partag^ entr^ opus 1^ s*est reuni. II ne manque 
que toi dans ces lieux , oii la paix rigne : viens , 
inon cber Usbek , viens y faire triompher 
l'amour« 

Je donnau \ Z^pUs un grand festin t oii ta 
in&re » tes femmes ^ et tes principales con* 
cubines fMreirt invit^ : tes tantes et plusieurs 
4e tes cousines $*y trouvirent aussi : elles 
^oient venues k cheval , couvertes du sombre 
nu9ge de leurs voiles et de leurs habits. 
. Le lendemaio ^ ikmis partimes pour la cam* 
p^giste > oi^ nous esp^rions 8tre plus libres : 
sxoas hkhhIi^s sur nos chameaux^ et nous 
nous mime$ quatre dans cbaqueloge. Comm^ 
la partie avoit ct^ faite brusquement , nous 
n'eftmes pas le temps d^envoyer k la ronde 
AonoBcer le courouc ; mais le premier eu« 
noqii6 i to^jours industrieux , prit une autre 
precaution ;- car il joignit , & la toile qui nous 
empdchoit d*6tre vues^ un rideau si epais, 
que nous nt pouvions absolument voir pef- 

Sonne. 

P % 



tl6 L E T T R E S 

Quand nous f&mes arriv^es k cette riviere f 
qu*il faiit traverser » chacune de nous se mit » 
selon sa coutuine 5 dans une boite , et se fit 
porter dans le bateau : car on nous dit que la 
riviere ^toit pleine de monde. Un curieux, 
qui s'approcba trop pr&s du lieu oil nous ^tions 
enferm^es ^ ref ut un coup mortel , qui lui 
6ta pour jamais la lumiere du jour; un autre^ 
qu'on trouva se baignant tout mid sur le rivage^ 
eut le mSme sort : et tes fiddles eunuques sa» 
crifi^rent k ton bonneur et au n6tre ces deux 
infortun^s. 

Mais 6coute le reste de nos aventures. Quand 
nous f&mes au oiilieu du fleuve • un vent si 
imp^tueux s'eleva , et un nuage si affireux cou- 
▼rit les airs , que nos matelots commenc^ent 
k d^sespi£rer. Effiray^es de ce p^ril , nous nous 
^vanouimes presque toutes. Je me souviens 
que j*entendis la voix et la dispute de nos eu- 
nuques , dont les uns disoient qu'il falloit nous 
avertir du p^ril et nous tirer de notre prison: 
mais leur chef soutint toujours qu'il mourroit 
plut6t que de souffrir que son maitre f&t ainsi 
d^shonore , et qu'il enfonceroit un poignard 
dans le sein de celui qui feroit des propositions 
si hardies. Une de mes esclaves, tout bors 
d*elle , courut vers moi , d^shabill^e , pour me 
secourir ; mais un eunuque noir la prit bruta- 
lement , et la fit rentrer dans Tendroit d'oik 
elle ^toit sortie. Pour lors , je m*^vanouis , 
et ne revins k moi qu'apr^s que le p^ril iiit 
pass^. 



P E R S A N E S. 117 

Que les voyages sont enibarrassans pour les 
iemmes ! Les hommes ne sont exposes qu*atix 
dangers qui menacent leur vie ; et nous som- 
jnes , k tous les instans , dans la crainte de 
perdre notre vie ^ ou notre vertu. Adieu « mon 
cher Usbek« Je t'adorerai toujours* 

Du strraU de Fatmi^ U !k de la 
buu de jRAama^an^ lyij. 



LETT RE XLVIIl 

UsbskARhedi. 

A V^nise. 

V^EtJX qm aiment \ sinstruire ne sont ja* 
mais oisifs. Quoique )e ne'sois charg^ d'aucune 
affaire importante 9 je suis cependant dans une 
occupation continuelle. Je passe ma vie i exa- 
miner : I'^cris le soir ce que j'ai remarqu^^ 
ce que j'ai vu^ ce que j'ai entendu dans la 
|Oum6e : tout m*int6:esse , tout m'^tonne : 
f e suis comme un en&nt ^ dont les organes » 
encore tendres ^ sont vivement frapp^s par les 
moindres objets* 

Tu ne le croirois pas peut-dtre : nous sommes 
regus agr^ablement dans toutes les compa* 
gnies et dans toutes les soci^t^s. Je crois devoir 
beaucoup \ Tesprit vif et k la gaiet^ naturelle 
de Rica ^ qui fait qu'il recherche tout le monde 9 
et qu'il en est ^galement recherche. Notre ai( 



li^ Lett r e s^ 

iStraqg^r nVffense plus per$onne; npus ]oqis«* 
5QnS;^^nfiiB de l^.^ucp^ise p^Toq ^jticje nou| 
tfWm: qP«k"e ppUtp&se i car l?s Fr^sol;^ 
^'mfffm^^ pas qjie r)otr« qlipi^t prodqjse d^ 
hgfflmgs. (;:eRfii^pt , ^}f?^^a'^v9^le^ , i]$ valMf 
la peine qij'flp le? d^tromp^. , . 

J'ai pass6 quelaues jours dans une maison 
de catnpagne avipres- de Paris , chez un honune 
de' consideration', qiii est ravi d'avoir de la 
compagnie chez luL II a une feoune fort ai« 
mable , et qui joint k une grande modestie une 
gaiet^ if}xe la vie retiree die 'tou)our8 k nos 
dames de Perse. 

Etranger qu& j*^fois , je n'avois rien.de mieux 
k faire que d'etudier c^te foule de gens qui 
y abordoient sans cesse , et qui me pr^sentoi$nt 
tpuJQUFS ^p^q\ie chose df noiiye^iH |e fenJa^ 

qiiai 4'abp*'4 ^n hoflftmfc X 4pnt 1^ «iftpUcit4 

me p\ut; j? .m'att^^hai 4 Jv«» U «'#tta(;ha4 
moi 9i 4^ ^oirtfis qvifi flow ap^ tsguvi(Wii tout 
jours^ Tua aHpres ^e.V.aum.,j ... 

Vn jpvMr que ,, 4?^s.im iwn4 pewJe,. now 
iiou^s qiff<etfiW9ns invWH^wUftf < Uis?aiJt l^^ 
cpnverMtioftS' fi^n^rftk? 4 fllp&^fflSiWf^ ; VPW 
trpuve^ez peyt-^tr^ ^ 9ipi 9 lili 4is-]^ % plus d^ 
curiosit^ que de politesse ; mais je vpu.% su|»pli? 

4*afif ^?' q^9 j?^ v^4S fi^s^S q««)^WS qWiSUQns , 
.^ar je .ip'enpiue de la'^M-e aufait 4a ffiei»., et 
de vivpe aye? dcs gjH^ qi^e ]« v^ sstHQi^ ^e-^ 
mfel^. Hon esprit tf^vaiUe ^^ju^i^ ^^ jpw5 ; 
U n*y a pas un seu^ de ces hpinmes qui 9^^ in*9it 
dpnn^ deHK cent £^is la torture ; e^ JQ ne les 



EEiR S A N ETS. 2 If 

devintf <MS de ffiiUe ans ; il$ me sent plis ki^ 
Ti^ibles que les femitie^ tie notre grand mo^ 
narqtte^ y oii$ n*avez qu'i dire^ noe rcpondit^ 
Hf et )e . Vous iastruirai de tout ce que vous 
80uliaitei:ez ; d'autant mieux que je vou$ arois 
bofnme discf et ^ et que vous b'ab^serc^ r^^f 
de mftcoi^aiiee.: , ^ ? : . ^ 

^ ' Qttie^ cet |K>fiithe.^* lui dls-je » qui nofa$ a 
fant pariii des repa^ qu'iVa^ donnas auii Grands i 
qui est sifariiilkr a vee vos.Duesf ^ et qiu parte 
si souvent k vos Mtaistte^ quVn aiie dit ^q 
4^uli aocb. sidiAcik i! Q ^iit:l>kn que c< soil 
wi boimne de.qmlite!: maisil a la phystoqpmie 
at basse i qb'il ne ;fait gu&re hbkmeur aux gens 
de. ifxaAkS ; et d'aillebrs je sfe kit trpuve poUit 
d'iducation. Je ams totfnger : mii^ U me semble 
qti'il y a^ eq geiieral, une (ieitairie poUtesse 
(Oflifiiune k tfimes ks nations } je ne lui tr9uvo 
point delcftlle^l^ : f^t^ ;|ue yos gsns de qua« 
liti sont >pli» iial 61ey& qt^e le$; aiyrres ? Cet 
Iiommei^ >mef^pondk4le{i r^a^ $ est un f?rmier : 
il lest aiitantau<lcfssus.d^,ap|res par $^s -ri* 
cliesses i qu'il e^t au*dessous d;e tout le-monde 
par ^ naissance s il auroit la sneilleure tabl^ 
de Parisr^ s'il .pouvpit se^eijoudre ilne 9!^angei^ 
lamaiscl^z^tft : ij{.e$tbieniinpejrtinenc^ cojkm^ 
VOMS; vo/jez }; maifi) il excelled par son cui^iaier^ 
att«ii;»*ftn. est^^l^pa^ ingkat;, car vqus av» 
^ntfendu qu*il Ta lone tout aujouf d*huu 
I Et ce grpV bomme vStu de noir y, lui dis-je^ 
que ..c^ne. dame a .ifaii; placer .augrpstfjellet 
i^nUnept.art-i] un habit s\ lueubret».av£C.un 



ii6 Lett r b s 

air si gal et un teint si fleuri ? 11 sourit gn« 
cieusement dis qu'on lui paiie ; sa panire est 
plusmodeste^ mais plus arrangeeque celle de 
vos femines. C'est , me ripondit-il^ vn pr^ 
dicateur , et , qui pis est , un directeur. Tel que 
vous k voyez, il en saitplttS queles maris ; il 
connoit le foible des femmes :elles savent aussi 
qu*il a le sien. Comment ! dis-*je , il parle tou- 
)Our$ de quelque chose , qu'il appelle la grace) 
Non , pas toujours , me ripondit-il : k Toreille 
d*une jolie femme , il parle encore plus vo- 
lontiers de sa chiite : il foudroie en public ; 
mais il est doux comme un agneau en particu^ 
lier. il me semble , dis-je , qu'on le ctistingue 
beaucoup , et qu'on a de grands ^gards pour 
luL Comment ! si on le distingue ? Cest un 
homme nicessaire; il fait la douceur de la 
vie retiree i petits conseils , soins officieux , 
visites marquees ; il dissipe un mal de tSte 
mieux quTiomme du monde ; il est excellent* 
• Mais , sije ne vous importune pas , dites*moi 
qui est celui qui est vis-i-vis de nous , qui est ii 
mal habilli , qui fait quelqucfois des grimaces ^ 
et a un langage diflf^rent des autres ; qui n'a pas 
d'esprit pour parler , mais qui parle pour av<«r 
de I'esprit. Cest , me r^pondit-il , un poete , 
ct le grotesque du genre humain. Ces gens- 
Ik disent qu'ils sont nis ce qu'ils sont ; cela 
est vrai , et aussi ce qu'ils seront toute leu^ 
vie , c'est-i-dire , presque toujours les plus 
ridicules de tous les hommes : aussi ne lc$ 
4pargne-t-on point i on verse sur cux le mipris 



P E R S A K E S. Ill 

k pleines mains. La fiimine a fait entref celui- 
ci dans cette maison ; et il y est bien re^u du 
maitre et de la mattresse , dont la bontd et 
la politesse ne se dementent k regard de per* 
Sonne : il fit leur ^pithalame lorsqu'ils se ma* 
ti&rent : c*est ce qu'il a fait de mieux en sa 
vie ; car il s'est trouv6 que le mariage a 6t& 
aussi heureux qu'il Ta ptidit. ^ 

Vous ne le croiriez pas peu^&tre ,' ajouta*" 
t-il , ent£t6 comme vous 6tes des pr^ju^^s de 
Torient : il y a ,' parmi nous ^ des mariagesheu*^ 
reux 9 et des femmes dont la vertu est un gardieni 
s6yhre. Les gens dont nous' parlons^gofitent 
entre eiix uhe paix qni de peut 6tre- troublfe : 

lis Sont aim^s et estim^s de tout le mondti :il 

, . • 

n'y a qu*une chose; c'est que leur bonte na- 
hirelle leur fait redevoir chez eux totite sortii 
de monde ; ce qui fait qulls ont quelquefois 
inauvaise compagnie. Ce n'est pas que je les 
di6saii^rbiive;'il'faW Vivre*avec life hommei 
iels'qtt%.sont s les gens qa'oii dk £tre de si 
boiine icompagnie ne sont souVerit -qife teut 
dont' les Vicei 5font jplus raffiri^s ; et peut-Stri 
tti est-il comthe des poisons , dont les plui 
subtils sont aussi leli plus dangereux. 

Et ce viiux ik>ihme> lui*dis*je font bas^ 
qui* a Viir si chiigrin } JeVm priyd'abord potir 
un 'Stranger: car 9 outre qu'tl est habille au^ 
ttfcment qiie Ws autres >^iA .ceii^siire tbut ce qifi 
se fiit en France , et n*approuve pas Votre 
gouvernemeht. Cest un vieux guerrier; rii^ 
dit*il 9 qui se rend m^oraUe k tous ses aU*^ 

Tom IF. Q 



JXX L E T T R £ S 

diteurs par la loDgueur 4e 9e$ exploits. 11 nf 
peut soufirir que b France; ait,ga|^n^ des ha* 
lailles oil ii ne se soit pas trouv^i ou qtu'on 
yante tm si^ge oil ii a'ait pas monte k la trail* 
chee : il se croit si n^essake k notre bistoire , 
qu'il s'imagine qu'elle finit oil il a fioi; lI 
f egarde quelques blessures qu*il a refues , 
comme la dissolution 4e la monarchie : et, 
^.la difference des philosopbes. qui disent quV)n 
oe )ouit que du (u*^^nt » et.queJe passe n*est 
rien » il ne jouit> au contraire , que du pass^^ 
et n'exJste que dans lea. camp^nes qu'il a 
&ites : il respire dans les temps qui se sont 
^cou^^s., comnie les h^ro^ ^loiyeot yiv^e dan$ 
feux qui pa^serqutapr^.qux. Maispjoucqiioj , 
disyje X ^4t«il quitt^ It service i Uaie Ta point 
qm$j& } me r^pondit^ v ws l|e sefvice Va 
quitt^.; on Ta exx^k>y£ dans une^ petite place ^ 
oil il racontera ses a^entures le r^ste de se$ 
jours ; ^nw il n'ira j^ais,;plus^ Uli^^: U cher 
inin des )ipivn(eurs lu^^ (snmi&M Et ponrquoi^ 
lui dis-^je. Nous a,vons une mapicixDe eo France ^ 
me r4pondit-il : c*est 4e ^'41ever Jafnais le$ 
officiers'dont la patience a languid dans le$ 
emplois subalternes : nous les regardons coot* 
me des gens dont Tesprit s'est i:^|reci .dens 
ies d^ails; et qui 9 par riiabixud? d/es petite^ 
£hoses\; . SQDt dqvem^ incapables des. plu^ 
grandes* Noms croyons qu'un homme qui n'a 
pas les qualit^s d'uir g^n^ral k trente ans , ne 
ies aura jamais ; que celui qui n'a pas ce coup- 
d'oei} qui montre tout d'i(n cQi;p un terrqxadf 



P E R S A N E S. II] 

^liisieurs lieues dans routes ses situations di&\ 
firentts , eette presence d'esprit qui fait que, 
dani^ une victdire> on se sert de tous ^es dvzn^ 
tages, et dans un ^chec de toutes ses res-* 
sources, n^acquerra lamais ces talens : c'est 
pOur cela que nous avons des emplois brillans , 
pour ces hommes grands et subliiiies , que le 
ciel a partag^s non-seulement d'un coeur , mais 
aussi d*un g^nie h^roiqiie ; et des etnploia 
subaltemes > pour ceux dont les talens le sonC 
aussi. De ce nombre sont ces gens qui onC 
▼ieilli dans une guerre obscnre r ils ne r^us^ 
sissent tout au plus qu*i faire ce qu*ils one 
fkit tpute' leup vie; et H lie fiiut point com- 
Inencer a les' chatter dans le temps qu'ilsr s'df^ 
fbiblisseiit. • 

Vn moment apris , la curiosit6 me reprit^ 
tt je Ini dis : je m'engage k ne vous plus faire 
de questions , si vous Toulez encore soufitif^ 
Celle-ci. Qui est xe* grand jeune homme qu} 
a des cheveux , peu d'esprit .i ef t^mt d*imper^ 
iShence ? d'dfr vxeht qoH pAt\e plutf Kaut qud 
Ie» autres , et se sait si bon gr^ d*dtre a« 
nonde ? CTest un homme k bonnes fortunes , 
we n^poncKt-'iL' A ce» mets , de$ gens entr^rent ^ 
d^tres sottirent, on st levar, qttetqu'un vinf 
parler k mon ^tflHofhme , et je rest^i auss^ 
peu instnfit quVuparaysmt Mais , ui>^ moment 
apris ; ]e he sais par quef hasard ce jeun^' 
homme se trouvaaupris de moi; etm'adres*' 
sahi la parole : il felt Beau ; voudriM-^fitfiDs , 
*i6hsieur ^ faaxt un txkH'^ka§ le parteire^ Ic* 



124 L E T T:R E $ 

lui r^pdndi^ le plus civileoleQt qtfil m^ fut 
possible 9 et nous sommes enseipbl^ Je suis 
veou k la campagne^ me f^t-il, pQur faire 
plaisir k la maitresse de la maisoQ , avec la« 
quelle je ne suis pas mal. U y a bien certaine 
femine dans le monde qui i)e sera pas de bpoiie 
humeur ; «nais qu'y faire ? Je. . vpw les plus 
{olies, fenunes de Paris ; m^s Je ne me, fixe 
pas k unQf et je leur endonae bieq 4 i^t)|er :^ 
car , entre vous et moi , je ne vaux pas grand 
chose. Apparemment , monsie^ir , lui dis-]e ^ 
que vpus ayez qudque charge -qu quelquc^ 
emplpi , qui vous. emp4c^4'ftreiplus assida 
aupr^s d^elles. t^c^i^ mpnsieV ; [e n'ai. d^au*-' 
txfi eeiplpi 5iue^e f^re'eprager^ ijn^iiiari„oa 
desesperer un p^e ; )*aime k alaciner une 
femme qu^ croit me. tenir , et la mettue i 
deux doigts de sa perte. Novis somo^es quel- 
ques jeunes gens\qi^ paitageqns ainsi tbuf; 
Paris >.;^t ;rint6ries$Qps.4 ^npsipoindres di^ 
marches,, A C9 g^^ je/jfpnsj^rends , W^ ^sn 
ff^vims feites;pjq$ de J>r^^ q^e 1^ gu^riei} 
le plus valeureux^ et vous Stes plus consider^ 
qu'iin grave magistrate Si vpus ^ez en Perse « 
yous pe jouirie;£ .p^s deitous. i;ea avantagefj^ 
iiipus deviendrlez .p}us^ pi^ogrre ^-.g^^der no;^ 
di^mesi qu'i leur plaire. Le feu ^;^pnta an 
vifdg/s i et je c^ois que., pour peuique ^'^i^s^ 
parl^ ^ je n'aurgis pu m'empdcher dele brus-^ 
quen - 

, Que diS4u 4*un .pay;; oil ron tol^f ^e par> 
^^^^ 8^PS> et oil Voa\dis$if viyrc un homme 



« t 
« > 



P E R SAN E S. 11J 

cjui £ajt un tel metier } oil Tinfid^Ute , la tra? 
hison , le rapt , la perfidie et rinjustice , con- 
duisent k \k consideration ? oii Ton e$1$me un 
homme ^ parce qu'il 6te une fille k son pere , 
line femme k son mari , et trouble les soci^t^s 
les plus douces et les plus saintes ? Heureux 
les en&ns d'Hali , qui defendent leurs families 
dp Popprpbre et de la seduction ! La lumidr^ 
du' jour n'est ^as plus' pure c^iie le fett qui 
brCile dans le coeur de nos ftmmes : nos- fiUes 
he pensent qu'en tremblant au jour qui doit les 
priver de cette vertu qui les rend semblaUes 
aux anges et aux puissances ^incorporelleSk 
Terre natale et xh^ie , siur qui le soleil }ette 
ses premiers regards, tii h*^$ point souill^c 

far les crisnes horribles* qui obligent cet astre 
se cacher9 d^ qu'U paroit dans le noir 
Occident; 

*: ' De Parisyk 4(^Uluni 



# 



. * 



. t 



Sl$ X> E T T RES 



LETTRE XLIX. 

XL T AKT Tautre jour dans ma chambre ^ je loa 
^ntrer w ^e^vis extraordinairemcnt habilU 9 
sa barbe 4esc6ndoit jusqu'i^ sa ceioture dc 
^orde : il avoit les pi^ds nuds : son habit 6toit 
gf is t Sfossiw 9 et en quelquas endroits pointtt,' 
Le tout mf pinit si bisarre , que ma premie 
id4e Att d'fovoyer. cfaerch^r uo peiatre , pouc 
en faire une iiintaisie* 

U me €t ^abord un grand compliment » danf 
lequel il m'apprit qu'il ^toit Homme dem^rite^ 
et de plus capucin. On m'a dit 9 ajouta-t-il , 
monsieui; t que yqus retournez bientot k la 
cour de Perse , o\x vous tenez un rang distin* 
gu6. Je viens vous demander votre protec- 
tion 9 et vous prier de nous obtenir du roi une 
petite habitation aupris de Casbin 9 pour deux 
ou trois religieux. Monpire, lui dis-je, vous 
voulez done aller en Perse ? Moi ^ monsieur ! 
me dit-il : je m'en donnerai bien de garde. Je 
suis ici provincial , et je ne troquerois pas 
ma condition contre celle de tous les capucins 
du monde. Et que diable me demandez»vous 
done ? C'est , me r6pondit-il ^ que , si nous 
avions cet hospice | nos p^res dltalie y eo« 



P E R S A N E S. 1 17 

veiTOiMt deux ou trois de leurs religieux. Vous 
les connoissez apparemment ^ lui dis-je , ces 
f el^gieux ? Non , monsieur » je ne les connois 
pas. Eh I morbleu , que vous importe done 
qu'ils aiUent en Perse ? Cest un beau projet 
de £ure respirer Tair de Casbin k deux capu* 
cins ! cela sera tres-utUe et k I'Europe et k 
VMifi I il ^st fort n6cessaire d'int^resser 1^- 
dedans les monarques ! voil^ ce qui Vappelle 
de .belles colonies I AUez ; vous et vos sem-^ 
Uabks tt'jBtes point faits pour 6tre transplant 
t^,; eX vous fereai Eneo de continuer k raroper 
dans les endroits oil vous vous ^tes engendr^s. 

De Paris^ le if de la bun 
de RAaaunan, ipj% 



I 

f 



L E T T R E L. 

Rica i •*♦. 

* I ■ - 

J'ai vu des gens chez qai h vertu £toit si 
naturelle, qu'elle ne se faisoit pas mSme sentir ; 
il^ s'atlachoient k leur devoir sans s'y pUer , 
bt s'y portoient comme par instinct : bieh loin 
de relever par leurs discours leurs rares qua* 
lit^s 9 il sembloit qu'elles n*avoient pa$ perc^ 
fusqu'^ eux. Woi\k les gens que j'aime ; non 
pas ces hommes vemieux qui semblent Str^ 
^nn^s de T^tre ^ et qui reggrdent ime bonne 



128 Lettres 

action comme un prodige done le nScit doit 
surprendre. 

Si la modestie est une vertu n^cessaire 4 
ceux k qui le ciel a donne de grands talens,* 
que peut-on dire de ces insectes qui osent 
faire paroitre un of gueil qui d^shonoreroit les 
plus grands hommes ? 

Je vois de tous cot^s des gens qui patient 
sans cesse d'eux-mSmes : leurs conversations 
$ont un miroir qur prisente toujours leur im« 
pertinente figure : ils vous parleront des moin* 
dres choses qui leur sont arriv^es , et ils veu* 
lent que Tint^rSt qu'ils y prennent les grossisse 
k vos yeux : ils ont tout fait , tout vu , tout 
dit y tout pens6 ; ils sont un modele universel , 
un sujet de comparaisons in^puisable, une 
source d'exemples qui ne t$irit jamais. Oh! 
que la louange est ^de , lorsqu'elle r^fl^chit 
vers le lievi d'oti elle part ! 

n y a quelques jours qu*un homme de ce 
caractire nous accablfi , pendapt deux heures f 
de lui 9 de son m^rite et de ses talens : mais , 
comme il n'y a point de mouvemeqt perpetucl 
dans le monde , il cessa de parler. La conver- 
sation nous revint done » . et nous la primes* 

Vn hpmme , qui paroissoit assez chagrin , 
commen^a par se plaindre de Tennui riSpandu 
dans les conversations. Quoi ! toujours d^s 
sots ) qui se peignent eux-m$mes , et qui ra- 
m^nent tout & eux } Vous avez raison , reprit 
brusquement notre discoureUr : il n'ya qu'i^ 
fairc comme moi ; je ne mc; loue jamais : fa{ 

4tt. 



P E R S A N E S. 12^ 

Au bien^ dela naissance , je fais de la d^pense, 
tnes amis disent que j'ai quelque esprit ; mais 
je ne parle jamais de tout cela : si j'ai queU 
ques bonnes qualites , celle dont je fais le plus 
de cas , c'est ma modestie. 

Tadmirois cet impertinent ; et , pendant qu'il 
parloit tout haut , \t disois tout bas : heureusf 
celui qui a assez de vanit^ pour ne dire jamais 
de bien de lui ; qui craint ceux qui Tecbutent, 
et ne compromet point son m^rite avec For- 
gueil des autres I 

De Pans ^ le 20 de la lune 
de Rahaa^9 '7*S*^ 



* • 



L E T T R E L I. 

NarGUM^ eniyoyi dc Perse en MoscoyUi 

a USM E,Km . 

A Vans. 

vyN m'a icrix dispahan , que tu avois quitti 
Ka Perse , et que tu^tois actuellement \ Paris* 
Pourquoi faut - il que j*apprenne de tes nou- 
velles par d*autres que par toi ? 

Les ordres dtt roi des rois me retiennenr 
depuis cinq ans danis ce pays-ci » o& j'ld ter- 
mine plusieurs n^gociations importantes. 
* Tu sais qiie le Czar est le seul des princes 
Chretiens dont les int^r^ soient mdl^ avec 
ceux de la Perse % parce qu'il est ennemi des 
Turcs comme qpus« 

Tom IV. R 



P39 L E T 1* R E S 

Son empire est pips grand que le. ndtre t 
car on compte milte lieues depui$ Moscow^ 
jusqu'^ la derniere pla^e de ses etats du cpt^ 
de la Chine* 

II est le maitre ^bsolu de la vie et des btena 
de ses sujets , qui sont tous esclsives f k \a 
reserve de quatre families^ Le lieutenant de^ 
prophetes , le* roi des rois^.qui a:le del pour 
dais 9 etla terre pour marcbe-pied, ne fait paft 
u<i ex^rcice plus redontable de sa puissance. 

A voir le climat affreux de la Moscovie ^ 
on ne croiroit jamais que ce fut une peine d'en 
6tre 'exile ; cependant , d^s qu'un grand est 
disgraci6 , on le rel^gue en Sib^rie. 

Comme la loi de notre prophete nous d^-> 
fend de boire du vih> celle du4>r[ncele defend 
aux Moscovites. 

lis ont une mani&re de recevotr leurs h6tes } 
qui n'est point du tout persane. D^s qu'un 
Stranger entre dans une maison , le mari lui 
pr^sente sa femme » T^tranger la baise ; et cela 
passe pOur une poUtesse £axtt au marL 

Quoique les p^res, au^cpntrat de^mariage 
de leurs fiUes , stipulent ordinairement qu^ 
le mari ne les fouettera pas ; cependant on n^ 
sauroit croire combie;n les fen^mesmosppvites 
aiment (^) k Stre battues i eUes ne peuveo; 
comprendre qu'etles posse^ent le coeur de leur 
mari y s'll n^ les bat. comme il fai^t. Une C9n« 
duite oppos^e » de sa part ^ est une marque 

(*) Ces mceurs soni changto* ; 



• V 



FORSAKES. l)t 

d'mdiffSr6ficei>impardoDnable« Void une lettre 
^u^une d'elles '^^rivlt dernierement k sa m^e t 



• • • . » 

• 4< Je suis k plus tnalheureuse femme dtt 
k monde : il ny a rien que je n'aie fait pour 
9^ me faire aimer de inon mari, et )e n'ai jamais 
n pu y r^ussir. Hi^r , j'avois miUe affaires dans 
H \sL' maisofi ; )e soitis , et )e -demeurai tout 
1^ le jour dehors : )^ cnis , it mon retour^ 
H qu*il me battfoit bien fort ; mais il nt ms 
n dit pas un stvA mot. Ma soeur est bien au« 
n trement traitSe t son inaki lat bat tous led 
n jours ; elle ne* ^ut pas regarder un horn* 
» me 9 qu'il ne rassoknme soudain : ils s^iiment 
M beaucoup aussi , et ils vivent de la meilleute 
» intelligence du monde. 

>» C'est ce qui la rend si fi^re : mais je ne 
n- Itti donnerai pas long ^ temps sujet de me 
H m^priser. Tai r^olu de me faire aimer de 
n mon mati f k quelque prix que ce soit : je 
n le ferai si bien enrager , qu'il faudra bien 
H qu'il me donne d^s marques d'amiti^. II ne 
n sera pas dit que je ne serai pas battue, et 
n que je vivrai dans la maison sans que Ton 
^ pense -k moi. La moindre chiquenaude qu*il 
i^ me donnera » je criefai de toute ma force ^ 
H afin qt^on s^agine qu'il y ya tout de bon ; 
>» et je crois que , si quelqueVoisin venoit au 
9¥ secoiurs , je Ttoanglerois. Je vous supplie , 
M^ ma ch^re m^re; ^ de vouloir bien representer 

R % 



I3& L £ T T R E S 

» k mon mari qu'il me traite d^tine maniire 
H indigne* Mon perQ » qui est un si honnSte 
H homme, n'agissoit pas de indme; et il me 
>» souvient, lorsque'j-'^tois petite fiUe , qu*il 
» me sembloit quelquefois qu*il vous aimoit 
H trop. Je vous embrasse » ma chere m^re >»• 

Les Moscovites ne peuvent point sortir de 
Tempire , fut-ce pour voyagier. Ainsi , sdpar^s 
des autres nations par les loix du pays, ils 
ont conserve leurs anciennes coutumes avec 
d*autant plus d'attachement ^ qu*ils ne croy oient 
pas qu'il fixt possible d'en avoir d'autres. 

Mais le prince qui r^gne k present a voulu 
tout changer ; il a eu deg»nds d^mSMs avec 
epjc au sujet de leur barbe : le derg^ et les 
moines n'ont pas qipins combattu en fayeur 
de leur ignorance. 

II s'attache k faire fleurir les arts , et ne ne- 
glige rien pour porter dans TEurope et I'Asie 
la gloire de sa nation » oublide jusqu'ici ^ et 
presque uniquement connue d'elle-m8me. . . 

Inquiet 9 et sans cesse agite , il erre dans 
ses vastes ^tats » laissant par-tout des marquee 
de sa sev6rit^ naturelle* 

II les quitte , comme s'ils ne pouvoient le 
contenir^ et va chercher dans TEurope d'autres 
provinces et de nouveaux royaumes. 

Je t'embrasse. mon cher Usbek, Donne- 
moi de tes nouvelles 9 je te conjure* 

De Moscow^ U z d< U 
luKi dc Chalvals 17 is* . 



Persanes. 13^ 



LETTRE LIL 

Rica A Vsbek. 



• • » 



J'irois Pautre jour dans une sod^t^oh je 
me divertis assez bien; II y avoit-li des femmes 
de tous les dges ; une de quatre-vingts ans » une 
de soixante 9 une de quarante ^ qui avoit une 
ni^ce Vie vingt k vingt-deux. \Jn certain instinct 
me fit approcher de cette derni^re , et elie me 
dit k i'oreiUe : que dites --vous de ma tante f 
qui , ii son Sge 9 veut avoir des amans , et faXt 
encore la jolie ? EUe a tort , iui dis-)e ; c'est 
tin dessein qui ne convient qu*& vous. Vn 
moment apris , je me trouvai aupres de sa 
tante , qui me dit : que dites - vous de cette 
femme qui a pour le moins soixante ans 9 qui 
a pass6 aujourd'hui plus d*une heure k sa toi- 
lette } C'est du temps perdu » Iui dis-je ; et 
]1 faut avoir vos charmes pour devoir y songen 
J'allai ii cette malheureuse femme de soixante 
ans , et la plaignois dans mon ame, lorsqu'elle 
me dit & I'oreille : y a-t-il rien de si ridicule ? 
Voyez cette femme qui a quatre-vingts ans , 
et qui met des rubans couleur de feu : elle veut 
faire la jeune , et elle y r^ussit , car cela ap« 
proche de Tenfance. Ah , bon dieu ! dis-je en 
moi-mSme ^ ne sentirons-AOUS jamais que le ridi^ 




134 L E T T R E S 

cule des autres ? Cest peut-Stre un bonheur ; 
drsois-je ensuite, que nous trouvionif delar 
consoUtiqn dans les foiblesses.d'autrui. Cepen- 
dant j'etcris en -train de me dirertir ; et je dist 
nous avons assez monte ; descendons k pr^« 
sent i et coitimen^Ons par la vieitle qui est au 
sommet. Madame , vous vous ressemblez si 
fort , cette dame k qui je viens de parler et 
vous, qu'il semble que vous soy ez deuxsoeurs^ 
je vous crois ^ k^ peu - prte , de mSme %e# 
Vraiment , Monsieur , me dit « elle , lorsque 
Tunemourra^ I'autre devra avoir grand'peur; 
je ne crois pas qu'il y ait d'elle k moi deiix 
|ours de difference. Quand je tins cette fenune 
d^cr^pite , ;'allai k celle de soixante aos. it 
faut ^ Madame , que vous decidiez un pari que 
I'ai fait : j'ai gaee que cette dame et vous , 
iui montrant la iemme de quarante ans , ^tiez 
de m6me dge. Ma £oi , dit-elle , je ne crois 
pas qu'il y ait six mois de difference. Bon , 
jaV voiU ; continuous* Je descendis encore ^ 
<et faliai k la femme de quarante ans. Madame ^ 
faites-moi la grace de me dire si c'est pour rire 
que vous appellez cette demoiselle \ qui est k 
Tautre table » votre ni^ce? Vous etes aussi 
jeune qu*elle ; elle a mSme quelque chose dans 
le visage de pass^ , que vous n'avez certai* 
nement p^s : et ces couleurs vives qui parois* 
sent sur votre teint... Attendee , me dit-elle $ 
je suis sa tante ; mais sa m^re avoit » pour le 
moins f vingt-cinq ans plus que moi ; nous 
n'etions pas de m|me lit ; j'ai oui dire k feu$ 



P £ R S A N E 6« 135. 

nn soeur que sa fiUe et moi naquimes la meme. 
ann^e. Je le disQis bien , Madame » et je n'avois. 
pas tort d*Stre itonni. 

Mon cher Usbek, les femmes qui se sentent 
finir d'avance, par la perte de leurs agr6mens» 
voudroient recaler vers la jeunesse. Eh ! com- 
ment ne chercheroient-elles pas k tromper les^ 
autres ? elles font tous ieurs efforts pour se 
tromper elles-m6mes » et se ddrober 4 la plus 
affligeante de toutes les id^es» 

De Paris J le y dt la Itrnt 
de Chalvalf ijij. 



L E T T R E L I I I. 

ZkhlS k USSEK. 

I 

jt Parin 

Jamais passion *n'a iti plus forte et plus 
vive que c^Uede Gosrou, eunuque blanc^ 
pour mon jesclare Zelidf ; il la demande en 
manage avec tant de fiireur , que ]t ne puis 
h lui refuser. Et pourquoi iferois-it de la t€* 
sistance , lorsque sa m^ n^en kit pas , et 
que Z^^lide elle*mdme paroit satisfaite de Tid^e 
de ce mariage imposteur » et de Tombre vaine 
qu'oa lui pr^sente. 

Que veut-elle faire de cet infortun^ , qui 
if aura d'un man que la jalousie; qui ne sordra 
de sa froideur que pour tntrer dansun d^s- 



^ t 



I3<5 L E T T R E S 

poir Inutile ; qui se rappellera toujours la 
m^moire de ce qu'il a 6t6 ^pour la faire sou* 
venir de ce qu*il n'est plus ; qui , toujours prSt 
k se donner^ et ne se donnant jamais ^ se 
tronipera , la trompera sans cesse , et lui (era 
essuyer k chaque instant tous les malheurs de 
sa condition ? 

Et quo! ! Stre toujours dans les images et 
dans les fantomes ? ne vivre que pour imagi*^ | 

ner ? se trouver toujours aupr^s desplaisirs,' i 

tt jamais dans les plaisirs ? languissante dans . 

les bras d'un malheureux , au lieu de r^pondre j 

k ses soupirs , ne r^pondre qu'^ ses regrets ? 

Quel mepris ne doit-on pas avoir pour un 
homme de cette.espece » fait uniquement pour 
garder , et jamais pour poss^der ? Je cherche 
Tamour et Jie le vois pas. 

Je te parle librement , parce que tu aimes 
ma naivet6 , et que tu preferes mon air llbre 
et ma sensibilite pour les pjaisirs , i la pudeur 
feinte de mes compagnes. 
^ leVai oui dire mille fois que les eunuques 
goutent avec les femmes une sorte de vp* 
lupt6 qui nous est inconnue ; que la* niature se 
d^dommage de ses penes ; qu'elle a des res« 
source^ qui r^parent le d^avantage de leiir 
condition ; qu-on peut bien cesser d^£tre 
homme , mais non pas d'Stre sensible ; et 
que , dans cet ^tat , on est comme dans un 
troisi^me sens , oh Ton ne fiiit, pour ^insi , 

dire , que changer de plaisirs. ( 

Si cela itoit) je trouverois Z^lide moins 4 

plaindret 



P E S. S A N £ S; 137 

plaindre. Cest quelque chose de vivre avec 
des gens xnoins tnalheureux. 
. Donne - moi tes ordres \k - dessus , et fais« 
moi savoir si tu veux que )e marlage^ s'ac* 
complisse dans le serrail. Adieu. 

Du serrail d^ Ispahan 9 U j de U 
lune de Chalval^ i//j. 



LETTRE Liy. 

• I 

Rica a Vsbek. 

•A « » ♦ 

^s • 

J 'i TO IS ce matin dans ma chambre^ qui, 
comma tu sais , n*est s^par^ des autres que 
par unecloison fort .mince, et perc^e en plu« 
sieurs endroits ; de sorte qu'on entend tout 
ce qui se dit dans la chambre voisine. Un 
homme, qui se promenoit \ grands pas, disoit 
a un autre : je ne sais ce que c'est ; mais tout 
se tourne contre moi : il y a plus de trois 
|Ours que je n'ai rien dit qui m'ait fait hon- 
neur; et je me suis trouve confondu p61e- 
mSle dans toutes ies conversations, sans qu'on 
ait fait la moindre attention ii moi , et qu*on 
m'ait deux fois adress^ la parole. Tavois pre- 
pare quelques saillies pour relever mon dis- 
cours ; jamais on n'a voulu soufTrir que je Ies 
fisse venir : j'avois un conte fort joli \ faire; 
mais , \ mesure que j'ai voulu IVipprocher , on 
Tome IF* S 



13$ L E T T R E S 

Ta esquiv^ , comme si on Tavoit fait ezpris t 
j'ai quelques bons mots ^ qui depuis quatre 
jours 9 vieillissent dans matSte, sans que j'ea 
aie pu faire le moindre usage. Si tela contbue, 
je crois qu*^ la fin je serai un sot ; il sembl6 
que ce soit mon ^toile ^ et que je ne puisse 
m'en dispenser, tiier , j'avois esp^r^ de briller 
avec trois ou quatre vieilles feromes , qui cer- 
tainement ne m'en imposent point , et je devois 
dire ]es. plus holies ichqses du monde : je fiis 
plus d'un quan-d'heure k dinger ma conver- 
sation ; mais elles«ie tinrent jamais un propos 
suivi , et elles coup^rent » comme des parques 
fatales , le fil de cous mes discours. Veux-tu 
que je te dise ? la reputation de bel-espric 
coiite bien i soutenir. H ne sais comment tu 
as fait pour y parvenir/ II me vient une pens^e ^ 
reprit I'autre : traraillons de concert k nou$ 
donner de Tesprit ; associons«nous pour cela« 
Chaque jour nous nous dirons de qnoi nou 
devons parler : et nous nous secourrons si 
bien » que » si quelqu'un vient iious inter* 
rompre au milieu de nos idees , nous Tatfire* 
rons nous*m6mes ; et s'il ne veut pas yenir de 
bon grc » nous lui ferons violence. Nous con- 
viendrons des endroits ok il faudra approu- 
ver 9 de ceux oil il faudira sourire , des autres 
oil il faudra rire tout-i*fait et k gorge d^j^loy^e. 
Tu verras que nous dbnnerons le.ton k toutes 
les conversations , et qu\)n admirera la vivs* 
cite de notre esprit , et le bonheur de nos 
reparties. Nous nous prot^gerons par des signes 



P E R S.A N E S. 131^ 

de t Jte mutueto^ I Tu britleras au)^ur4'biii^ 
rfeinatii tttiSeras mQn secomt Jeutrerai avec 
toi dans uoe m^btfa^ et fe ni'ecrierai ea te 
fiiontrant:: i! fiuttpieie vous (Use une r^o^se 
bien plaisante que Moasieur vient de faire k im 
homme que nous avoos trouY^ dans la rue ; et je 
Metommerdi vers loic: U oe $y ^ttendait pas, 
fl'^a M bian ^ton^Je r^citefai. quelqi;if»$'^iun$ 
de IMS ^rers , ec te dtois ; )'y ikois quand il 
ies: fit;' c'^cok diins ifn sftUp^r , et il n^.tiSy^ 
pas un momeiit. : Sounfedt iQ^e a<mis nou$ 
f aiUeroRS toi et .1901 » et Yon dira : voyez 
cQOiine ys s'attaquent 9 cooum ite Sfn de^a^ 
dent ; ils ne s'^pargnent pas ; voyops ^odio^nf 
ii ^ohira 6eAk ; li merveille : quelle presence 
d'esjlrit ! voili uoe veritable bataille. Mais on 
ne dira pas que nous nous ctions escarmouch^s 
la veille. II faudra acheter de certains livres » qui 
sont des r^cueils de bons tnots » composes k 
Tusage de ceux qui n'ont point d'esprit, et 
qui en veulept ooatre^iire ; tout depend d'avoir 
des modules. le veux qu'avant six mois nous 
soyons en 6tat de tedk uii^. conversation d'une 
heure , tonte reoiplie de bons mots. Mais il 
iaudra avoir tine attention ; €*est de soutenir 
leuf fortune : ce n'est pas assez de dire uo 
bon mot » il £iut le r^pandrt et le semer par- 
tout; sans celay autant depardu; et}e t'avoue 
-qu'il n*y a rien de si d^solant que de voir unie 
]olie chose 9 qu'on a dite» mouidr dans Tor^illc 
d'un sot qui rentend. II est vrai que souvent 
il y a une compensiitioh f et que nous disoos 

S % 



"S 



\ 



140 L E T T R E S 

aussi bien des sottises qui passetit meognUo; 
et c'est la seule chose qui pisut nous* acoh&oler 
dans cette occasion. Voil^ , ^non^ chet 9 le 
parti qu'il rious faut pt^ndfe. Pais ce que je 
te dirai ^ et )e te promets , avant six mois ^ 
une place k Tacademie :• c'est pour le dire que 
k travail ne Sera pas long r car ^our iors itt 
pourras.renoncera ton art; tulseras honvne 
d^esprk , malgr^ .que tu en ti^s. On rennarque^ 
en France , que 9 disqu^on hommeentre danS 
uhe compagnie , il pt^nd^ d'abord ce. qu'on 
appelte Tesprit du corps: tu seras.de md^; 
et ne crains pour, toi .qUe Tembarras des ap« 
^laudisseitrensv ' • . ' . 



4 * 



LETTRE LV. 

• ■• I • 

• • * ■ • * / 

RlC A a iB BiEIt. 



A Smirnt. 



. f 



C^HEZ les peuples d'Europe, le premier 
quart-d'heure du mariage applanit toutes les 
difficultes ; les dernieres faveurs sonttoujours 
de meme date qu$ la biin^ction. nuptiale : 
les femmes n'y ^soht point comme nos Per- 
'sanes, quiMisputent le terreiii .quelqu^fois 
des mois entiers : il n'y a rien de si pleaier: 
*si elles ne perdent rien ^ c'est qu'elles. n'ont 



P E R S A N £ S. 141 

rien k perdre : mais on ^ait toujonrs , choset 
honteuse! le moment de leur defaite ; et, 
sans consulter les . astr es » on peat pr^dire au. 
juste llieure de la naisstoce de leurs enfan$«, 

Les Frangois he parlent presque jamais de 
leurs femmes : c'est qu'ils ont peur d'en parler 
devant des gens qui.Ie$ connoissent mieux, 
qu'eux. 

. il y a 9 parmi eux » des hommes tres-mal« 
heiireux que personne ne console ^ ce sonf; 
les maris jaloux ; il y en a que tout le monde 
hait , ce sont les maris jaloux ; il y ^n a que 
tous les hommes meprisent , ce sont encore 
les maris jaloux. » , . . , « j 

Aussi n'y a«t-il point de pays oti ils soien^ 
en si petit nombre que chez les Francois. Leur 
tranquillite n'est pas fondee sur la confiance 
qu'ils ont en leiirs femmes ; c*est au contraire 
sur ta mauvaise opinion qu*i(s en ont. Toutes 
les sages pr^captions des Asiatiqujes , les Voiles 
qui les couvrent^ les prisons oil elles sont 
d^tenues ^ la vigilance des eunuques » leur 
paroissentdes taioyens plus propres k exercer 
rindustrie de ce sexe , qu'^ la lasser. Ici » les 
maris prennent leur parti de bonne grace , et 
regardeht les infid^lit^s comme des coups d'une 
^toile inevitable. Un mari, qui voudroitseul 
poss^der sa femme 9 seroit regarde comme un 
perturbateur de la joie publique , «t comme 
Mti insesis^ qui voudroit jouir de.la lumi^re 
du soleil) k Texclusion des autres hommes. 

Ici > uo man qui aime sa femme est un 



Ij^t L E *r T R E s^ 

homme qni n*a pas assez de merite pour se 
fkire aimer cPune autf e ; cpd abuse de la nC'* 
eesshi de la loi , pour supplier aux agrioieiis 
qai lui manquent ; qui se sert de tons ses avan^r 
tages 9 au pr^udite d'ufie soci^6 entire ; qui 
s^approprie ce qui ae kn avoit 6ti dormi qu'ed 
engagement ; ef qui agit^ autant cpTil ^st en 
lui 9 pour renverser une convention tadte f 
qui fait le bonheur de Pun et de Tatttre sexe. 
Ce titre de mari d*une )olie femme f qui se 
cache en Asie avec tant de soin , se porte 
ici sans inquietudes On se SfM en 6tat de faire 
diversion par-tout. Un prince se console de 
la perte d'une place , par la prise d'une autre : 
dans le temps que le iTurc npas preooit Bagdat, 
n'enlevio^s-nous pas au Ma^ la iorteresse 
de Candahar ? 

Un homme «qui > en gindral ^ souSre les 
infidelitis de sa femttie , n'est point dtfsap^ 
pTOuvi ; au contraire ^ on le loue de sa pru* 
dence : il n'y a que les cas particuliers qui 
ddshonorent. 

Ce n*est pas qu*il n*y ait des dames ver« 
tueuses » et on peut dire qu'elles sont distin« 
guies ; mon conducteur me les faisoit toujours 
remarquer : mais elles Aoient toutes si laideSt 
qu*il faut 6tre un saint pour ne pas hair la 

vertu< 

Apr^s ce que je t^ai dit des moeurs de ce 
pays-ci , tu t'imagines facileitient que les Fran- 
cois ne s*y piquent gu&re de Constance. 11$ 
croient qu'il est aussi ridicule de jurer i une 



Persanes« 143 

femmequ'cnraimeratoujours, que de soutenir 
^oa se portera toujours bien , ou qu*on sera 
toujours heureux. Quand ils prooiettent k une 
femme qu*ils Paimeront toujours , ils supposent 
qu'elle 9 de son c6t6 , leur promet d'etre 
toujours aimable ; et , si elle manque k sa 
parole ^ ils ae se croient plus engages k la leur. 

• ^ r 

De Parity le ^ de la lune 
de ZUcadi^ i/f^. 



LETTRE LVL 

USBEK i IBBEH^ 

A Sminu. 

Xi^ )eu est tr^s en usage en Europe : c*est 
un £tat que d'Sfre joueur ; ce seul titre tient 
. lieu de naissance » de biens » de probit^ : il 
met tout homme qui le porte au fang des 
honnStes gens , sans examen ; quoiqu*il n'y 
ait personne qui ne sache qu'enjugeantainsi^ 
il s'est trompe tr^s - souvent : mais on est 
convenu d'Strf incorrigible. *" 

Les femmes y sont sur-tout fl*&s-adonn^$. 
II est Vrai qu^elles ne s'y livrent guere dans 
leur jeunesse » que pour favoriser une passion 
plus ch^e ; mais % k mesure qu'elles vieil- 
li^sent 9 leur passion pour le jeu semble ra- 
jeunir » et cette passion remplit tout le vuide 
des autres« 



.144 L E T T R E S 

. £lles yeulent rubier . leurs maris ; et , pour 
y parvenir 9 elles ont des moyens pour tpus 
les dlges 9 depuis la plus tendre jeunesse , ]us- 
qu*i la vieillesse la plus decrepite : les habits 
et les equipages commencent le derangement , 
la coquetterie I'augmente y le ]eu Tach^ire. 

Tai vu sou vent neuf ou dix femmes , 04 
plutot neuf ou dix si^cles , rang^es autour 
d*une table ; je^ les ai vues dans leurs esp^- 
Tances , dans leurs craintes, {ians leurs joies^ 
sur - tout dans leurs fureurs : tu aurois dit 
qu'elles n'auroient jamais le temps de s'appai- 
ser f et que la vie alloit les quitter avant leur 
desespoir : tu aurois 6t6 en doute' si ceux 
qu'elles payoient itoient leurs cr^anciers, ou 
leurs legataires. 

II semble q^e iiotre saint prophete ait eu 
principalement en vue de nous priyer de tout 
ce qui peut troubler notre r^ison : il nous <i 
interdit Tusage du vin , qui la tient ensevelie , 
il nous a 9 par un precepte expr&s , defendu 
les jeux'de hasard ; et , quand il lui a 6t6 imv 
possible d'dter la cause des passions , il les 
a amorties. L'amour ^ parmi nous y ne porta 
ni trouble 9 ni f^reur : c'est une passion Ian- 
guissante » qiu laisse notre ame tlans le calme : 
la pluralii^ des femmes nous sauve de leur 
empire; elle tempere la violence de nos desirs. 

Dc Paris ^ le 10 de la lane 
de ZUAagey #7/4, ' 

LETTRE 



, J* ft a S A H E S. t4j 

r;y;j..E^T.jRE,^L,y ri, '/ 

, _\ V . A Vtmsu ■/. ■ ■ , ' 

Jjis libertiits' entretienn^t id iin ii^mbre 

iiifinl de fitles cle joie> etiesj divots uo hombrej 

ianombratile de dervis. Ces dervis foot troi^ 

Tceux , d*ob^is^nce , de pauvrete et de chasJ 

tet6. Qn dit qtie le premier est le mieuz t)b- 

serv^ de totis'; ipah't au secqntf , je te r£pb^d< 

c[u'il he fest poiot; je'te laisse i juger|d4 

trdllsi^me, ' ' '■ 

>ient ces defrts ^ 

it^ de paUrres ^ 

roit plutSt i ses 

; its ont raison i 

j>fiche de rfitte, 

IS de ces dervis* 

>nt toujour^ ici 

r .. , .._^ ^."is^s : cependant 

on di 'es h^ritiers s*accoinoiodent tnieuz 

des a IS que des conf^sseurs. 

Je itre jour dins ur) coiiv^nt de ce^ 

dirvi: Tentre eux , vihi Able paf ies che^ 

yeux ', in'accueiUit fort h'onngtettient| 

n me fit voir toute la maison. Nous entr^e'i 
dans le . jardin , et nous nous mimes i dis- 
courir. Moa p^, lui dis-je, quel eoiplM 
Tom IV. T 



J4^ L. E T. T R B S 

avez-vous dans la comoiunaut^ } Mpiisieurj 

iB« r^pondit-il avec ua aiF tris-ceirteiie de 

ma question , je Sfus casuist^, Qa$t^ste, reprU* 

je : d«pui5^ qhe jt siris en F^^,- jeHi'ai pas 

oui parler de cette charge. Quoi ! vous ne 

savez pas ce que c'est qu'un casuists'? Eh bien, 

^outez; je vais vous «(^ donner une idie, 

quine vous laisserarieni deslrer. Uya deux 

50ms de, 

absQiu'ner 

offenseot ] 

pas au po 

or I tout r 

ces deux i 

^e quelquf 

lent gagn. 

perspnne 1 

piarch^ qi 

bien les p 

conimettre 

11 y a das, 

erandepei 

^'ambitioii 

ini^res pU 

plus juste qu'ils peuvent ; pourvu qu*ils y 

soient, cela leur suffit : leur but est de n'eo 

faire ni plus ni moins. Ce sont des gens qui 

ravissentleciel, plutpt quilsrie robtipnnent, 

ttqwi disenti Dieu: Seigneur, faiaccompli 

les conditions St la rigueur; vous ne poiivez 

vous empScher de tenir vos promesses : comme 

je n'ea ai pa« fait pins que vous nVn aycz 



Per s a n e s. 147 

demandd^ \e vous. dispense de in!eii accorder 
plus que vous n'en avez promis. 

Nous dodintts loncidtfs gens^ n^C.esiaires , 
monsieur. Ce n*est pas tout pourtant ; vous 
allez bien vdil^ jlitfre cko^ L'a^tion ne fait 
pas le crime , c'est la connoissance de celui 
qui la commet : celtir qui - &it un mal ^ tandis 
qi^*il peut croire que ce n'en est pas un , est 
en stbet^ de comciencef ? et^ toAme H 7 a 
im nombref iot6s& dTactions ^qdivoqufcs, urt 
castdste peut (eur donner un degri def bontd 
gazelles n'ont point j^ en les declarant bonnes i 
it, poarvaqu^]&uisse pcrsu>itfd'cfu*elles n'oni^ 
pzi ie^veim [ tr le Uur dte totrt entier. 

Jc vo«s dis id V secret d'unr m^tibr oft )*at 
tSeillr; }e Vousr en ^fiitf ttoir les ratfnemens : 
}| y a unr tour^ I donner- k tour, ni6me aut 
choses qui en patoissent leittoinrsusceptlbles. 
Mon p&re^.Ini dts-^fe , ctU est fort bon r mai^ 
cothment V^otiis aecontntbdez^ - vbui^ . aWr le 
cieF? Si le so^i^slroit k sa comt un hibnfmtf 
qui i?l^ 1^ sbW ^1^' ce que ^vt>ns fattes (iontre 
voire Dieu , qui mit de la differende enrire se< 
ordre», qui apprit k ses sujets dails quel cas 
lis doivent les ex^ter , et dans quel autre 
}k piuvent let viofer ; fl le^ feroii enipafer sur 
fheure. JesiUuai'iiiott dervis , et le (ppttai sans 
ittemfre sa r^bn^e^ ' ' * 

! • i>e Fans ^ Uaj di id tuni 

^ ' di Makarram ^ fyi4. 



•p' . >• 



./ 



148 Lett re s - 

LE t T R E L.Y I IL 

Rica i KakDi. 



force de lettr art toutes les injures du temps ^ 
sayent retabtir sur un vjsage une beaui^ ,qui 
cjiaiicelle ; et njlime rappeller i^ne fi^oje' dn 
sommet de la vieillesse , po^ la/a^e re^e^x 
ceodre jusqu'^ la. jeiinesse'la plus tendre. 

Tous ces gens-U vivent, ou cherchent k 
yivre , <lans une vilte qui est la m^re de Tin- 
veniion. 



P E R S A N £ ff. 149 

Les revenus des citoyens ne s'y afiertnent 
point : lis ne consistent tju'en esprit et en im 
dustrie : chacun a la sienne 9 qu'il fait valoir 
de son ^iieux. ' " \' ; 

Qui voudfoit nombrer tous les gens de loi 
qui poursuivent le reyenu de , quelque mos- 
qu^e , auroit aussi-tot compt^ les sables de 
la mer , et les esclav.es de notre monarque. 

Un nombre infini de ibaitres de langues , 
d'arts et de sciences » enseignent ce qu'ils ne 
savent pas': et ce talent est bien considerable ; 
car il ne faut pas beaucoup d'esprit pour 
inontrer ce qu'on salt , mais il en faut infini- 
jnent poiur enseigher ce qu*on ignore. ' 
« On ne pent mourir ici que* snbiteinent ; la 
inort lie sauroif autremeht exercer son empire: 
tar il y a^^ dkns tous les coins / des gens qui 
Ofit des rem&des infaillibles contre toutes les 
inaladies imaginables* 

' Toutes les boutiques sont tendues de filets 
invisibles 9 oh se vont prendre tous les ache-' 
teurs. L'on en sort pourtant quelqiiefois k bonf 
march^ : une jeune marchande cajole un 
homme une heure entiere , pour lui faire 
acheter un paquef de curedens. 

II n*y a personne qui ne sorte de cette ville 
plus precamioHne qli'il n*y est entre : h force 
de faire part de son bien Aux aiitres » on ap* 
prend i le conserver ; seul avantage des etran- 
gers dans cette ville enchanteresse.' 

De Paris , U to de la lune 
de SapkMr, i^i4i 



IJO 



L E T T R E S 



"•^"^ 



LE TT RE LI X. 

A ♦•* 

t 

J., l . 
'irois Tautre jour dans utie maisoa oil 

il y avoit un cercle de geos de toute esghce z 

)e trouvai la conversatiea occup^i^ par deux 

vieilles femmes ^ qHi avoient en vain, tcavaill^ 

tout le madn k se r^ennir*. U &ut aypu^ t 

disoit une d'entre eU?s , qua Us, hpmmf^ dTaxir 

purd'hui sont bien diff^ren$ d& ceuz^quemous 

voyioos dans natre jemesse : iU ^tbienit piolis , 

gracieux » complaisans ; mais^ i j^ris&U , )e 

les trouve d*une hcutalit^ ia$upp<irtabl^». Tout 

«st chang6 « dit pour lots un b9fnine ^ pa«f 

foissoit accahl^ de gputte ; le ternp^ n-ost plus 

comme il ^oit : il y a quatante an&y tout le 

monde se portoit bien » oik marchoit , on ^it 

gai 9 on ne demandoit qu'i rire et, it danser : 

k present , tout le monde est d^une triste^sc 

insupportable. Un moment apr^s , la convert 

sation tpurna du c6te de la politique. Mor* 

bleu ^ dit un vieux seigneur ^ T^tat n'est plus 

gouvern^ : trouvez-moi k present un nunistre 

comme monsieur Colbert ; je le connoissois 

beaucoup ji ce monsieur Colbert ; il ^toit de 



J 



PfiRSAMES. 151 

laes amis ; il me faisoit toujours payer de mes 
peMioa$ avant qui que ce Git :' le bel ordre 
qu'il y avoh dans l^s fidaaces ! tout le monde 
^toh k son aise; mais f au)ouFd*hui ^ je suis 
ruin^. Monsieur^ dit pour lors.un ecclesias- 
liqUCf vout parlez^li du terns le plus mira- 
culeiuc de notre invincible monarque : y a->t-il 
rien de si grand que ce qu'il faisoit alors pour 
d^truire l*h^r^sie ? Et comptez*vous pour rien 
Fabolition des clueis 9 yiit » d'nn ^ir content , 
un autre homme qui n'avoit point encore 
parle ? La remarque est judicieuse » me dit 
qttelqu*un k l^oreille : cet homme est charm6 
de r^dit ; et il Tojistfve. si bien , qu'il y a six 
mois qu^il refut cent coups de bdton , poui; 

il me semble ^ Usbek^ qi»e nous ne jugeon$ 
jamais dcs choses que par un retMr secret 
4^e aouf £1^048 sur noos-aidmes* Je M sail 
py s^tTpris que* ks iiigr^. peigneat le diaUt 
d'une blancbeur eblouissante ^ et leuri dieux 
aoivs coi^pme 4^ , charKoo ; que 4a: V^nus* de 
c^j^tain^ , peoples ait des mamelies qi4 lui pe»* 
dent jusqu^aui; cuisses ; et qu'enfin tous le$ 
adolStres aaeat rvpr^seivt^ leurs dieux avec une 
%UJ?e hupfiai^ey^t }^ur aient fait p^rt.de t^utes 
leurs ii^d ia adoas> Of ^ ;dit for^ bien que , h 
|es triangles, fai&oipnt un dien, ils loido^e* 
xoient.trois c6t^s» 

'MoA cher U$bek , q^and je vois des hommes 
qui rampenf suf on at6me^ c'est-i*dire la 



iji Lettres 

terre ; qui n'est quhin point de runivers isi 
proposer directement pour modeles de la pro« 
vidence » ]e ne sais comment accorder tant 
d*extravagance avec t^nt de petitesse. 

Di Pans, U i4de U km 
de Saphsr^ 17^4* 



«■«• 



L E T T R E L X. 



^ ' • • • 

1 U me demandes s*il y a des Juifii enf rancfc^ 
Sache que par-tout bii it y a de Targedt 5 H y 
a des Juifs. Tu me demandes ce qulls y ifonC ) 
Pri^cis^ment ce qu*ils font en Perse : rien ne 
ressemble plus ii' un Juif d'Asie^ qu^un Jtiif 
europ^eti. 

' lis font paroitre ^ che^ les chr^tiens , comme 
^rmi nous » une obstination invincible pour 
leur religion , qui va jusqu'i^ la folie. 
• La religion juive est un vieiix tronc qui a 
iproduit deux branches qui ont couvert toute 
4a terre, je veux dire le mahomdtisme etle 
rhristianisme : 6u plutdr , Vest une m^ qui 
a engendre deux filles qur I'opt accabl^e de 
inille plaies : car , etf fait de religion , les plus 
proches sont les plus grandes ennemies. Mais 

quelque 



P E R S A M E S. X5.J, . 

fadq49Biauyaifttr«ji|t«n)eiequ!e}le eaaUre^jis, 
^lle. ne:lai5se,p«s.de se glori^erile.le^avotc 
siises ,3^ -ofoqiie 1 elle se,. sert de I'liocet de. 
Vautix ^Qpr em^f^ser !« mon^e entier , tancJis 
que , d'uoi autre f6t6 » sa vieillesse v^n^ral^ei 
CDibrasse tous les temps. 

. .'Les ).ui& se regardf ot done cooiipe la. source 
de-rtoute ^aintetij. .et I'origii^e de tbu^ reli- 
poa. : Us thous »gar4ent , au cootraire , comme 
des h^c6tlques qui pnt ch<uig^ la loi , ou plu- 
t&t comme ,deft, Juifj. rebelles. 

Si le changement s'^toit fait insensiblement, 

Us crolent qu'ils auroient ^6 facilement s^- 

duits^: inais, coffltne il s'est fait tout-^-coup 

ct d'lme.maiuire.violente, comme ils peuvent 

marquer le jour et llieure de I'uae et de I'autre 

naissance'. Us «e scandalisent det tciuver en 

nous des Stges , et se tiennent fermes k uoe 

religion' que te monde mime n*a pas pric^d^e. 

Ils n'ont jamais eu dan^ l*Europe un calme 

nence 

esprit 

t itial 

!s, et 

i dont 

rince. 

■ogr^ 

;meiit 

porir 

I I'aimer et I'observer, il n*est pas iiicesiaire 

de hair et de pers^ter ceux qui ne Tobser- 

yent pas. 

TomlV: ■ V 



if4 L "E t t li't S 

pen^^^t du^st s^nsieMeM ,' ^Ur eet attfcle ^ 
que tes ch^^titfns ; qtte forf fittt: «n« bmne 
fois f^ire la pan en<re HaH^ m' AbttflydtWV e* 
faisser il Dieu >e 9^ofal d^ ci^Mef d^» mdrites 
de ces saints proph^tes, J^vo^dtcni^ qu'on les 
honorit par d^ atte^ dS^ vi^n^tiMi^ et de 
iesfkci , et noii par de Vaiftes prlfdrences 9 
et qii'o^ cher(Mt^ mii\tt\t lAir h^mt^ quel* 
que pT^ce qise* Diett leu# djt ^arri)U4i« , 4bk lb 
sa droite 9 ou Men toi(L^ k' iM^clMi-fvrd ite 
son trdne. 



.1* , 



V 9 9 B K. A Jd-M M V i;. 

• L * I 



'I 

i i . 



• .. i .... 



i. t '•.. 



meuse » qu'on appelk Kbti'e-Dame : ^eildMC 
que 'fadmirois ce superbe Edifice , f'ciis b^ 
casion de mVntretenir avec un eCclestastlque^ 

?'ue la curiosity y atoit artir^ comme iadu 
.a conversa^oii tditiba sirr U trihqdiHh^ dd 
$a profession, l^a plupait des ^ens, ine^cfit^ 
il, envient le*b6nheur de flotre Aat, ^et ill 
oht raison :' cependant i\ a ses d^sagf dmeintS' S 
nous ne sommes point si separes da moffde 9 
que nous n'y soyons appell^s en snifit oCca^ 



P E R S A If E S. 15$ 

^iott^ : li f nous aypos un role tt^s-difllcile k 
«outtair. 

Les gens jiii flttMid£:SOQt Annans : i\s ne 
•peiwent sQu£Enr«noti3e approhation tii lios cen- 
tres : 81 j|Qiis:]ifis*youlons,corr]|;er f Us nous 
tjpouvent ridicules ; 5i;nous Jes apprpuvoos» 
ilSfttOttS regardent sontme des gjsns au^ssous 
tdtnotre caraclirei Jl^n'y a rie&.de si faumiltant 
^e de Spenser .qi^^on a scandalise les inipitf 
ttSSne.t^oits.'Sonimes done cbltgiis dfe tentr 
line conduite Equivoque , et d-en imposer aux 
llbertinsy non .pas per xui caradi^re ddcid^ » 
^niais par lUnceitituds ^oii mous les /inettoas dr 
HtL mani^ dont/itous-nKrevQnsJeuf&discouts. 
il&ntBW)k lieaucoup.d'esplit poiiTicela; cot 
^tat de 4itutr|dit6 jest diffieile:: ks gens du 
«snonde 9 -q^ hasardent tout 9 qiii se Uvcent k 
routes leuss saillies^.qui^^don lesucob^ les 
^ussentouilef^abandoniient^jr^sissent bien 
ifhieiuc. 

Oe fffest'-pasitowr^Cet^tat si heurctn^ et ^ 
itranquiUe' » ^que ; Voa van^e it^nt $ nous : ne 1^ 
^consepvons pas daqs'le.mo«te..Dis queti0iis 
-^y paroissons , on nous:&it di^utdr : on nous 
<lait entrepFendfe 9 par exempk;, de prouver 
trntllit^ de la priif e ^kxtn bmlme qu| ae.cro^ 
'pas en 'Dieu j la iv^cesslt^ du jeftne y k .Ufl autne 
qui aiHi6 toufe sd^ Tie rimsiortaUt^ide fame: 
Tentrepri^e est lalbrieose, et Jes rieurs ne 
sont pas pour nous* II. y a plus : une certaine 
.envie d'attirer les autres dans nos opinions 
nQ^S:tQUI;^ot« jUins cesse ^ et est , pour ainsi 

V a 



/ 



156 L E T T R E S ' 

clire 9 attach^e k notue vpro&ssioOr Cela est 
aiissi ridicule, que si on voyoit ies Eiirop^en$ 
travailler , en faveur de la natare Iniinsdne, k 
blanchir le visage des Africains. Nous trou- 
blons Tetat ; 0ous nous tourmentons: nous- 
(inSmes , ppur faire recevoir des points de 
religion qui * ne soot point fbndainentautx ; & 
noiis ressemblons i ce conqtieram de la Chioe^ 
qui poussa ^es sujeis k nne revoke gen^ra}e> 
pour Ies avoir* voulu obliger A se.rdgnerle^ 
cheveux ou Ies ongles^^ 

Le zele meme que nous avons pout falre 

'rempitr, iiceux dont nous sommes charges > Ies 

devoirsde notre sainte religion , est'souveilt 

dangereux ; et. il ne sauroit Stre accompagd^ 

de trop de prudence. Un eihpereur fiOQinfi^ 

Th^odosei fit passer au fil de Tepee tous luft 

habitans d'une ville 9 mSme Ies femm^s et Ies 

etifans : s'^tant ensuite pr6sent6 pdur entrer dans 

une ^glise ^ un ^v£que nomm6 Ambroise. liii 

'fit^ fermer its/ por^s » jconme k un itieurtrier 

'et 'Un sacrilege i'et yen cela , il fit . uni^ acliofi 

h^roique. Cet empereur , -ayant ensujte fajt 

la penitence qu*un tel crime exigeoit, etant 

admis dans r^glise, alia se placer parmi 1^ 

*pr£tries ; le mftme ^vfique IVh fi« sc^rtir : ^t, 

'en ceia^ il fitPaqtion d^m faoatiquei'tapt iU$t 

vrai quelbhxioit se defiet de spn zele. Qu^im* 

poftoit.^ lalrdigion oii k f^at 9 que'ce prinqe 

eCtt, ou n'eut pas> une place parnu Ies pr^tres? 

De Paris ^ U 1 de la lime 



Persames. 157 



LETTRELXIL 

Z&LIS a USBBK, 






■rrt 

Jl A fitte ayant atteiot sa septi^me ann^e i 
j'ai cm qu'il itoit temps de la faire passer 
dans les appartemens int^rieurs du serrail ^ et 
dene point atttodre qu'elleait dix ^Sr, pour 
h coiner auxetmuques noirs. On.ne ^aiiroi^ 
dotrop bonne heiire priver*un6. jeune personne 
des libertis.de Teniance., et lui donner une. 
Education: sainte dans les sacris murs oU la 
pudeur habite. 

Car ]e ne puis dtre de Tavis de ces m^res^ 
qui ne nenftrment leurs .fiUes que lorsqu'ellc^ 
soot wr le point de leur donoer un. ^poiix ; 
qui i. bs cbo^mnant au serrail plut6t qij'elles 
neJes y consacrent ^ ledr font etnbrasser vio- 
leflnoont une mantle de vie qu'elles auroient 

d&,l€^^ns{^i*^i''^^u^'il tout attendre de la 
force de la raison ^ et rieo de.U 4ou<;eur de 
el^habimde h .\ 

• Ctfsti.en vain que I'on.oous parle de la su- 
liordinaisioh . oit la nature nous a mises ; cje 
.n'est pas assez de nous la faire sentir ; il faut 
noQS ia &ire pratiquer » afin qu^elle nous sou- 
tienne daos.ce. temps, critique oil Jes p^^sjons 



158 L E T T R B S 

commencent k naitre et k nous encourager k 
rindependance. 

Si nous n!etions attachees k vous que par 
le devoir , nous pourrions iquelqoefiAs Tou- 
blier : si nous n'y etions jentrainees que par 
le penchaiTt , petrt*6tre un penchant plus fort 
pourroit Taffoiblir. Mais » quand les loix nous 
donnent k im honnne , efks nous d^robent 4 
tons les autres, et nous mettent aussi loia 
d'eiuc que si nous en 66ovsik cant miUe l&ues. 

La nature 9 industrieiise3ent&vrartdesJion»- 
ttes 9 ne s^est pas batnie 'A ieor tdenoer cdes 
desirs ; 'eUe ^ voulu que *noas en <wiaians 
•nott$-mftmeS'9 €t iqoegiaos JUBsicMi dteriwttra»' 
'inens animfc >de ieor ifiilioife6 : leUe oous a 
Mises dans le feu desTattions^ iponrJes £ufe 
Viwe tranquiltes : s!ils^iSDttent<ik lsor;iosBn^ 
sibilit^ ) elle nous a destinies AAbb y •fiurp 
centrer, sanEis quenoiBipoissiea5<7Mi8is youikter 
cet beureux ^4tat oii tnxns l6i memns; : -) 

Cependant, Usbric., iie s^ini^gnietptsiqae 
iSL situationsoit i^m haiirmf»i)nrh niennec 
Tfai goftte ici ^mille {Aa^irlfque itu iie\connois 
pas. Mon imagination ^atfswUl^rsansieesK^i 
m'en -faire conndttre fe priic : fsi fviuu, et 
tu h'as'feit que languid* 

Dans la prison mSnie oh tu me 'tetnms^ 
je suis plus libre^que'toi. Tu ne oauiois re- 
doubter tes attentions pour me £uffe garder^ 
que je ne jouisse^de tes inquietudes : et tes 
soupfons 9 ta jalousie j 'te^ chagrins » aont 
mutant ile maroues 4e ta ^iioeadsmc. 



P E R S A N E *5. t$9 

Cohtihue^ chcr Usbek : fais Teilier stir mot 
nuit et jour : ne te fie pas mdme aux precau* 
fions orcfinaires : attgnfentemon bonheur ^ en 
assiutatttfo^ien' ; ec sacheque ye neredowte raeii 
que ton indtffSrence. 



; LBTTRE LX IIL 

Mica i Ujsmmx, 

' • • . 

Je ciYMS que ut vmxz postr ts Tie i la ctm# 
pagne. 16 ne te perclois as commcBoemeiit cpit 
pour detn tm tr<^ jours ^ ct aa vqtlitpBnis 
que |e ne' fat vu. II est ryrat que tu es dans 
iine matson ctrarmante , que tu y trouvea una 
$oaM qui. fie tonvient , que x\x j raisoones 
tour it ton aise t it n'en fait pasdavantage pour 
te faire oubUer tout IHimvars. 

Pour moi ije mdne^-peii-prte la m£iiie vie 
que tu m'as vu mener : )e me r^pands dans 
fe tnbnde j et jt cherdie 4 ler€Oiuio£tre : mon 
iipiit perd kisensibiement tout ce qui lut eeste 
d'asianqtte , et se pUe sans etfbrt aicc nxceuzs 
europ^nes* Je ne suis plus si eionn^ de voir ^ 
dans une maisoo , cinq ou six femmes ^ avec 



l6o L £ T T R E S 

cinq ou six homines , et je trouye que rela 
n'esc pas mal imaging. ,,^ 

Je le puis dire : je ne connois les fe^unes 
que depuis que je suis ici : j'en ai plus appris 
dans un mois , que je n'aurois fait en treate 
ans dans un serraii. 

Chez nous , les caract&res sont tous uni« 
formes , parce qu'ils sont forces : on ne voit 
point les gens tels qu'ils sont , niais tels qu*oa 
les oblige d'etre : ddns cette Servitude dvcoeur 
et de Tesprit , on n'cntend parler que la crainte » 
qui n'a qu*un langage ; et non pas la nature ^ 
qui s*exprime si diffiirenunent » et qui paroit 
sous tant de formes; - ' 

La dissiitiulaiion » cet art parmi nous si 
pratiqu6 et si n^cessaire y est ici inconnue : 
tout parle j tout se voit , tout s'entend » 1$ 
coeur se mbntre comme le visage } dans les 
moeurs » dans la yertu 9 dans le vice m6me » 
on apperfoit toiqojurs quelque cho^ de naiC 

II faut » pour plaire aux.fem^es', un certain 
talent different de celui. qui leur. plaU encort; 
davantage : 11 consists dan$ une esp^e .de ba** 
dinage dans I'esprit , qui les amuse , en ce qu'il 
semble leur promettre k chaque instant ce 
qu'on ne pieut tenir que daps de trop longs 
intervalles. ^' • 

Ce badinage, natufellement faif pour les 
toilettes 9 semble 6tre .parvenu k former le 
caractere general de la nation : on badine ai| 
conseil , on badine k la tSte d'une armde , on 
badine avec un ambassadeur. I,.es professipns 

ne 



■ * *- ^ 



- • -•«•».. 



P E -S S A N E S. l6t 

ne paroissent ridicules qii'^ proportion du se-^ 
ricux qu'on y met : un medecin ne le seroit 
plus , si ses habits etoient oioins lugubres , 
et s'il tuoit,ses malades en badinant. 

De Paris f le to de la lunc 
it Rehiab; i, f7i4f. 



LETTRELXIV. 

Le chefdcs Eunuqucs .noirs a V SB EK. 

A Palis. 

J E suis dans un embarras que je ne saurob 
rfexprimer, magnifique seigneur: leserrail est 
dans un d^sprdre . et ufie confusion ^pouvan- 
tables : la guerre r^gne entre tes femmes, : tes 
^ eunuques sent partag^s ; on n'entend que plain- 
tes y que murmares , qi^e reprqches : mes re- 
montrances sontm^pris^s : tout semble permis 
dans ce temps de licence ; etj« n*ai plus qu'un 
vain titre dans le serrail. 

U n'y a aucune de tes femmes qui ne se 
]uge au-dessus des autres par sa naissance^ 
par sa beaut^ , par ses ricbesses , par son es* 
prit, par ton amour; et qui ne fasse valoir 
quelque$-uns de ces titres pour avoir toutes 
les preferences : je pierd$ k chaque instant cette 
longue patienqei avec laquelle n^anmoins j*ai 
eu le inalheur d$ les mi(^ntentec toutes : ma 
Tome IF. X 



l6l L E T T & E S 

^prudence , ma complais ance mdme » vertu ai 
I'are et si ^trangire dans le poste^e j'occupe, 
ont ^t^ inutiles, 

Veux • ta que je te d^couvre » magdifique 
Seigneur , la cause de tous ces desordres ? EUe 
est ' toute dans ton coeur » et dans les tendres 
6gards~~qtie tu as pour elles. Si tu ne me re- 
tenois pas la maia; isi-^i-lieu 4e la vote 6m 
remontrances y tu me laissois celle des ch&« 
timens : si , sans te rlaisser attendrir k leurs 
plaintes et k leurs larmes , tu les envoyois 
pleurer devant moi » qui ne m'^ttendris ja- 
mais 9 )e les fafonnerois bientdt au joug 
qu'elles doivent pOrter , ^et je lasserois leur 
humeur imp^rieuse et ind^pendante. 

Enlev6 , d^ 'rSgeMdequiiite 'Uns , du foad 

' de PAfrique ) mapattile^^ je fas^'abord^endu 

*ii un'teaiitre qui^toit )>l!iis de vlngt fetomes, 

"^Oir 6)ncubines. ^Ayalnft jug^ k ixfon air gfave 

•« tteidttirfle , qUe 'j'itois propre ^au "i^errail , 

'ilordbnha qtieron idteyflt de'nie'rMilretel, 

et iMe fit faire'^ttie operation ' pinible dans Its 

Comfmenc«mtos«y inais'tqui me ^At heureute 

dans la suite » parce ' qu'eHe mHipprotha -de 

Toreille et de la confiance de^mes mattres. 

Tentrai da As ce serrail , qui ftit pour moi uo 

' nouveau monde.Le prenrier eumiqtire^llionHiie 

le plus severe qtie j'aJe-Vu 'dc^'ulaVi^ 9'y gou- 

• vernoit avec tm em^te ^solu.^On liSyen- 

tendoit parler, ni'de^visiMs, ni de-qde- 

r elles : un silence profofkL^rdgMttpaMotit: 

tomes ces femmes ^oie^t cMcb^es^i lawtoie 



P E R S A M E S. l6j 

heure , d'un bout de raim^e k Tautre » et levies 
k la mftme heure : elles entroient dans le bain 
tour -i- tour 9 elles en sortoient au moindre 
signe que nous leur en faisions : le reste du 
temps 9 elles ^toient presque toujours enferm^es 
dans leurs chambres. It avoit une r&gle , qui 
^toit de les faire tenir dans une grande pro- 
preti^ et il avoit pour cela des attentions 
inexprimables : le moindre refiis d'ob&r ^toit 
puni sans misMcorde. Je suis , disoit-il ^ es- 
clave I mais je le suis d'un homme qui est votre 
naitre et le mien ; et j'use du pouvoir qu'ii 
m'a donn6 sur vous : ^'est lui qui vous ch&tie » 
et non pas qioi, qui ne fiais que prSter ma 
main. Ces femmes n^ntroient jamais dans la 
cbambre de mon maStre^ qu'elles n*y fussent 
appelUes ; elles receyoient cette grace avec 
)oie 9 et s'en ypyoient privies sans se plaindre. 
Enfin moi ^ qui 6tpis le dernier des noirs dans 
ce serrail tranquille , yitois mille fois plus 
respect^ que je ne le suis dans le den » oii ]t 
les comifciande tons. 

D^ que c^ grand eunuque eut coonu mon 
g^nie^ il tourna les yeux de tnon cdte; il 
parla 4e moi k mon maitre , comme d'uii 
homipe capable de travailler selon ses vues^ 
et de lui succ6der dans le poste qu'il remplis* 
soit : il ne fut point ^tonne de ma grande 
jeunesse ; il crut que mon attention me tien- 
droit lieu de Texp^rience. Que te dirai-)e ? je 
fis tant de progrls dans sa confiance ^ qu'il ne 
fiiispit plus difficult^ de mettre dans mes mains 

Xx 



s. 



l64 L E T T R E'S 

Us clefs des lieux tembles , qu'il gardoit depuis 
51 long-temps. Cast sous ce grand maitre que 
j'appris Tart difficile de commander » et que 
je me formal aux maximes d'un gouvernement 
inflexible : j'etudiai sous lui le coeur des fem- 
mes : il m'apprit k profiter de leurs foiblesses^ 
et k ne point m^etonner de leur hauteur. Sou- 
vent il se plaisoit k me les voir conduire jus« 
qu'au dernier retranchement de Tob^issance; 
11 les faisoit ensuite revenir insensiblement^ 
et vouloit que je parusse , pour quelque temps » 
plier -moi-m§me. Mais il falloit le voir dans 
ces momens oii il les trouvoit tout pres du 
desespoir , entre les prieres et les reproches : 
il soutenoit leurs iarmes sans s'emouvoir, et 
se sentoit flatte de cette espece de triomphe. 
Voil^ 9 disoit-il d- un air content , comment il 
faut gouverner les femmes : leur nombre ne 
m'embarrasse ijas ; je conduirois de mdme 
toutes celles de notre jgrand monarque. Com«- 
ment un homme peut-ilesp^rer de captiver leur 
coeur 9 si ses fideles eunuques n'ont commence 
par soumettre leur esprit? 

II avoit non-seulement de la f ermet^ y mais 
aussi de la penetration. II lisoit leurs pens^es 
et leurs dissimulations ; leurs gestes etudies ^ 
leur visage feint , ne lui deroboient rien. Il 
savoit toutes leurs actions les plus cacbees» 
£t leurs paroles les plus secretes. II se servoit 
des unes pour connoitre les autres ; et il se 
plaisoit k recompenser la moindre confidence. 
Comme elles n'abordoient leur marl que lors: 



P E R S A N E S. 1^5 

^u^elles^toientavertieSy Teunuquey appelloit 
qui il vouloit^ e%jtournoit les yeqx 4e son 
maitre sur celles qu'il avoit enyue; etcette 
distinction etoit la recompense de qnelque 
secret r^v^le. II avoit persuade k son maitre 
qu'il itoit du bon ordre qu'il lui laissSt ce 
choix 9 afin de lui donner une autorite. plus 
grande. Voil^ comme on gouv^rnoit , magni* 
fique seigneur , dans un serrail qui 6toif ^ je 
crois j^ le mieux r^gle qu'il y eut en Perse. 

Laisse-moi les mains libres : permets que 
je me fasse obeir : huit jours remettront Fordre 
dans le sein de la confusion : c*est ce que ta 
gloire demande 9 et que ta ^uret^ exige. 

De ton 'serrail iPIspaham^ lepdeta 
Imu de Rdblab^ t ^ $^14, ' 



LETT RE LXV. 

* 
• • • • - 

'Au serrail d*Ispahan. 

\ 

J'apprends que le serrail est dans le d^- 
sordre, et qu'il est rempli de querelles et de 
divisions intestines. Que vouis recommandai-je 
en partant , que la paix et la bonne intelli- 
gence ? Vous me le promites;.etoit-ce pour me 
tromper ? 

Cest vous qui seriez trompees ^ si je vou- 



l66 L E T T R E S 

loi$ suivre les conseils quef me dcnne ie grand 
eunuque ; si /e voulois en/j^ayer oron auto* 
tit6 9 pibtif vousr faire vivre coxnme ffles exh<n> 
tations le dematidoient de vous. 

Je he sals me servir de ces moyens viofeixs ; 
que lorsque j'ai tetit6 toos les autres.* Faites 
done en votfe consid^^tioii ce que vous n'kyez 
pas voutu faire k k mieniie. 

Le preiiiier Eunuque a grand sujet de se 
plaindre : ii dit qae Vdus n'avez aucan ^gard 
pour lui. Cdmiii6iit pouvez-vous accorder cette 
conduite avec la mddesfie de vdtre ^at ? If est- 
ce pas kirn que » pendant mon absence , votre 
▼ertu est confine ? Ceit uft ti^$Of $acr6 , dont 
il est le d^podtatire. Mais tes mipris que vous 
Ivi timtiffitL ^ font voir que ceux qui sont 
charges de vous faire vivre dans les loiz de 
Hionneur vous sont ft charge. 

Changez done de coadiute jm vous prie ; 
et hites ensorte que je puisst une autre fois 
rejetter les propositions que Too me £ut contre 
votre liberty et VOtre repos. 

Car je voudrois vous fiure oublier que je 
suis votre maitre ^ pour me souvenir settlement 
que je suis votre ^poux. 

Di Paris 9 le j de U lime 
de Chahhan^ ip^i^ 



P.E R S il N E S* -1^7 



L E TT«R E L X VL 

Rica i ***. 

-CJN^'atlaelie kilieaucoup aux;sdmc«s » mais 
fe ne saia $i on est fort $avaBt.cC^laii|Mifc4out|& 
de tout f comme philosopiie , :dfo9e?rkn nier 
xmame^ifologien :;cetfaoiiiine.cofitndictoire 
«t toujours conttiit de lui , pouctulWjtii €on«^ 
.irieime des i|iiaUt£s. 

xLa furair > de ila pliipart des f raafoU ^ c!est 
d^afwir dellesptii; et larfiveur de:oeuYr<qai 
^s^eulMt a^mir de Vespnt.^ c'est.de:la]te delk 

Cependant il n'y a rien de si mfXjAai^mki 

^•Jiatupe>aein[blbhray6ir aagemeattfMnitVb it 

tce que les ^sottises ides -hommes ;fimeiit pas- 

akgeres ;» M les: Gvrcs'.les i]iiiQprtatiseat.iUaj sot 

cdmroif Jtee coblent dJavoir ennuTsitoMa eeibc 

qui ont v^cu ^a^ec liii : il imit eiieoire taw- 

tneater lea ta«ea fiitures ; il veut que sa sottise 

tnboiplie de^Toubliy dont il auroit pu jouir 

comme du tombeau ; il veut que la post^riti 

soit inform6e qu*il a y^cu ^ et qu'elle sache i 

lamais qu'il a hii un^sptw 

De tous les auteurs , il n'y en a point que 
]e m^prise plus que les compilateurs y qui vont 
de tous cot^s chercher des lambeaux des ou- 
vrages des autres ^ qu'ils plaquent dans les 
leursy comme des pieces de gazon dans un 



l6S L E T T R E S 

parterre : ils ne sont point au-dessus de ce$ 
ouvriers d'imprimerie , qui rangent des carac« 
t^res , qui , combines enseftibleV fQ^t un livre, 
oil ils n'ont fourni que la main. Je voudrois 
qu'on respectit les livres origbaux ; et il me 
semble que c'est une esp^ce de profanation » 
de tirer les pr^es qui les composent du sano- 
tuaire oil elles sont 9 pour les exposer k uq 
miptis qu'elles ne meritent point. 

Quandun homme n'a rienk dire dehouveau i 
*que ne se tait*il ? Qu*a-t-on k faire de ces 
doubles emplois ? Mais je veux dbnner im 
nouvel ordre. Vous 6tes un habile homme I 
Vous venez dans ma biblioth^ue i et voiis 
mettez en bas les livres qiii^sont' ^tk ba^t , ec 
en haut ceux qui sont en bas : c*est oa beaa 
'chef-d'oeuvre! r ' » 

Je t'icris sur ce sujet, * ** parce qpe jfe 

suis outr^ d'un livre que je vieos.de quitter.^ 

:qui est si gros ^ tia^ii sembloit ; contenir U 

:science universelle : mils il m^a rompu la t6tes 

-sans m'avoir riea appris. Adieub - 

• • • • 

De Paris., k 8 dt la lum 
d€ Ckabbott, 1714^ 



# 



I.ETTRE 



P E R S A N £ S« 1^9 



LETTRE LXVIL 

IbBEK a V S B EK. 

A Paris. 

Jl R 1 s vaisseaux sont arrives ici sans 
m'avoir apport^ de tes nouvelles. £s-tu ma* 
lade ? ou te plais-tu k m'inquieter ? 

Si tu ne m'aimes pas dans un pays oil tu 
fi'es li^ k rien^ que sera-ce au milieu de la 
Perse , et dans le sein de ta famille ? Mais peut« 
£tre que je me trompe : tu es assez aimable 
pour trouver par-tout des amis ; le coeur est 
citoyen de tous les pays : comment une ame 
bien faite peut-elle s'empdcher de former des 
cngagemens ? Je te I'ayoue ^ je respecte les 
anciennes amities ; mais je ne suis pas Bchi 
d*en faire par-tout de nouvelles* 

En quelque pays que j'aie ^t^ ^ j'y ai v^cu 
Gomme si j'avois du y passer ma vie : j'ai eu 
le mSme empressement pour les gens vertueux ; 
la mSme compassion , ou plutot la mSme ten- 
dresse pour les malheureux ; la mSme estime 
pour ceux que la prosp^rit^ n'a point aveugl^s* 
C'est mon caract&re f Usbek : par-tout oh je 
trouverai des hommes , je me choisirai des 
amis. 

n y a ici un Gu&bre , qui , apr^ toi , a , 
je crois^ la premiere place dans mon coeur , 

Tom ir^ T 



« 



^ 



^ 



I 



170 Lettres 

c'est Tame de la proLit6 inline. Des raisons 
particuli^res Yont oblig6 de se retirer dans cette 
yille, oil il vit tranquille du produit d'ua 
trafic honnSte*, avec une femme qu'il aime« 
Sa vie est toute marquee d'actionsgln^reuses; 
et, quoiqu'il cherchela vie obscure ^ il y a 
plus d'h^roisme dans son coeur que dans celui 
des plus grands monarques. 

Je lui ai parle myie ibis de toi^je lui 
montre toutes tes lettres ; je remarque que cela 
lui fait plaisir, et je vpis d^a,que tu as un 
ami qui t'est inconnu. 

Tu trouveras ici ses ptincipales aventures : 
quelque ri^pugoance qu'il eiit k les ^crire » il 
n-a pu les refuser ^ fliQn amiti^ > ct je les confie 
i la tienne* 

HiSTOIRM ifAPMiRIDON ST E^ASlARTtu 

Je suis n^ parmi les Guibres , d'one religilon 
fui 9St pettt-£tre la plus ancienne qui soit au 
monde* Je fus si malheureux 9 que TamQur m^ 
vint avant la raison.. Tayois k peine six ans f 
-que je ne pouvois vsvre qu'avec ma soeur : 
snes. yeux s'attachoienttoujours sur elle ; et, 
lorsqu'elle me quittoit un moment » elle les 
retrouvoit baign^ de hrmes : ch^^que jour 
c'augmentoit pas plus mon ^ge , que mon 
amour. Mon p^re 9 ^tonn6 d*une si forte sym- 
pathie , aurott bien souhait^ de nous, marier 
ensemble , selon TanQiea vfssf%t.A^% Guifar.e$| 



P E R S A N E S. 171 

introduit par Cambyse; mais la crainte des 
Mahometans 9 sous le )oug desquels nous 
vivons f empSche ceux de notre nation de 
plenser i ces alliances saintes j que notre re- 
ligion ordonne plutdt qu'elle ne permet, et 
qui sont des images si naives de Tunion d^a 
forniee par la nature. 

Mon pire> voyant done qu'il auroit hi 
dangereux de suivre mon inclination et la 
sienne ^ r^soliit d*&eindre une flamme qu'il 
croyoit naiss&uite j mais qui ^toit d^a ^ son 
dernier p^riode : il pr^exta un voyage 9 et 
m'emmena ayec hii y lairaant ma soiur entre 
les mains d^une de ses parentes ; car ma m^re 
Aoit morte depuis^ deux ans. Je ne vous dirai 
point quel fut le dissespoir de cette separation ; 
I'embrassai ma soeur toote boignee de larmes; 
mais \t n'en versai point : cat ta douleur 
m'avoit rendu comme insensible. Nous arri« 
vSmes it Tefllis ; ec mon ptee , ayant coofid 
mon iedttcaiioii i un de nos parens ^ m'y laissa 
tc ^ttt retourtta cfaes Im. 

Quelque temps apr^ y >'appris que , par le 
crdcfit SvLTk de ses amis ^ il aveit &it entrer 
ma sceur dan» te betram du roi , oil elie ^toit 
au service d'une sultane. Si Ton m'avoit appria 
^ mort y \t i/en atirois pas ^t^ plus frappe ; 
car 9 outre que |e n'esp^rois plus de la revoir , 
son etitr6e dans te bevam Tavoit rendue ma- 
bomdtane ; et die ne pouvoit plus 9 suivaat 
fe prijuge de cette retigion , me regarder 
qu'avcc horreur, Cepcndant , ne pouvant plus 

Y 1 



J 72* L E T T R E S ' 

vivre k TefSis , las de moi-mSme et dela vlei 
]e retournai a Ispahan. Mes premieres paroles 
furent ameres k mon p^re ; je lui reprochai 
d'avoir mis sa filie en un lieu oil Ton ne peut 
entrer qu*en changeant de religion. Vous avez 
attire siir votre famille , lui dis-je , la colere 
de Dieu et du soleil qui vous 6claire : vous 
avez plus fait que si vous aviezjsouiUd les 
el^mens , puisque vous avez souill6 Tame de 
votre fille j qui n*est pas moins pure : j'eii 
mourrai de douleur et d*amour : mais puisse 
ma mort &tre la seule peine que Dieu vous 
fasse sentir ! A ces mots , je $ortis|; et , pendant 
deux ans , je passai ma vie k aller regarder les 
murailles du beiram ^ et consid^rer le lieu oil 
ma soeur pouvoit Stre ; m'exposant tous les 
jours mille fois k 6tfe ^gorg^ par les eunuques^ 
qui font la ronde autour de ces redoutables 
lieux. 

Enfin , mon p^re mourut ; et la sultane que 
ma soeur servoit ^ la voyant tous les jours 
croitre en beaut6 , en devint jalouse » et b 
maria avec un eunuque qui la souhaitoit avec 
passion. Par ce moyen , ma soeur sortit du 
serrail » et prit avec son euauque , une maison 
k Ispahan. 

Je fus plus de trois mois sans pouvoir lui 
parler; Teunuque le plus jaloux de tous les 
hommes ^ me remettant toujours sous .divers 
pr^textes. Enfin , j'entrai dans son beiram ; et 
il me lui fit parler au travers d*une jalousie : 
des yeux de lynx ne Tauroient pas pu d^cou- 



P E R S A N £ S. I7J 

vrir , tant elle itoit envelopp^e d'feibits et de 
voiles , et je ne la pus reconnoitre qu'au son de 
sa voix. Quelle fut nion emotion , quand je 
me vis si pr^s , et si ^loigne d'elle 1 Je me 
contraignis ^ car j'^tois examine. Quant k elle ^ 
il me parut qu*elle versa quelques larmes. Son 
mart voulut me faire quelques mauvatses ex- 
cuses ; mais je le traitaicomme le dernier des 
esdaves. II fut bien embarrasse , qu^nd il vit! 
que je parlai k ma soeur une langue qui iui 
^oit inconnue ; c*etoit Tancien Persan , qui' 
est notre langue sacr^e. Quoi, mas<£ur ! Iui 
dis-je , estil vrai que vous avez quitt^ la re- 
ligion de vos peres ? Je sais qu'entrant au 
beiram , vous avez du faire profession du ma-, 
hom^tisme : mais ^ dites - moi , votre coeur 
a-t-il pu consentir , comme votre boiiche , k, 
^tter une religion qui me permet de vous 
aimer ? ^t pour qui la quittez-vous , cette re- 
ligion qui nous doit Stre si cbere ? pour un 
miserable encore fi^tri des £ers (ju'il a port^s i 
qui^ s'il itoit homme^ seroit le dernier de 
tous. Mon fr^e , dit-elle , cet homme , dont 
vous parlez 9 est mon mari ; il faut que je I'ho- 
aore ^ tout indigne qu*il vous paroit ; et je 
serois aussi la derni^re des femmes , si ... . 
Ahl ma sceur ! Iui dis-je , vous Stes Gu^bre : 
il n'est pi votre ^poux ^ ni ne peut Tetre : si 
vous 6tes fidelle comme vos p^res , vous * ne 
devez le regarder que comme un monstre. 
H61as ! dit-elle ^ que cette religion se montre 
k moi de loin 1 A peine en savois-je les pre^ 



174 L E T T R E $ 

ceptes f qu'il les fallut oublier. Vous voyez 
que cette langue , que je vous parle, ne m'est 
plus famili^e , et que j'ai toutes les pemes du 
0ionde k m^exprimer : mais comptez que le 
souvenir de notre enfance me chartne toujours; 
que depuis ce temps-14 , je n'ai eu que de fiiiisses 
foies ; qu'il ne s^est pas pass^ de jour que je 
ifaie pens6 k vous ; qiie vous avez eu phis de 
part que vous ne croyez^ k mon* mariage ^ et 
que je nYai 6t6 ddtermin^e que par Tesperance 
de vous revoir. Mais que ce jour, qui mV 
tant coixtA » va me coftter encore ! Je vous vois 
tout hors de voas-mSine ; mon mari fr^mit de^ 
rage et de jalousie : je ne v6us verrai plus ; f& 
vous parle sans^ doute pour la demise feis de* 
ma vie : si' celft etoif ^ mon fr^re » elle lie seroit' 
pa^ longue. A ces mots , elle s'attendiit ; et 
ie vbyaiit faof s d*'6tsL( de tenir Ik convei^sadon^ 
elle m6 quittale plusd^sol^ de fourliBS:ht)AttheSir 
Troiisi ou qu«rc jours aprfe^ , jti deihandar 
i volt mst sd^trr : le bafbare einlt^e aoroit' 
bi6n voulti itt'ett' *mp4cher ; ihaiS , outre ^e^ 
t€s sottes de math n'ont pd& sur leUrs^femittes' 
Ta mSme autoritd que les aiitres^ ,^ tl aimoilf sl^ 
^perdittnent ma ^deUr , <{U*il' ne savoft lui rieli 
rtfuseV. Je la vis itiCott dans le mdirtelieci et 
So\i$ t^'s m^'es voilie^ , att6ntipagn6e de detat 
esclsivei ; ce qui nfie fit avoir tetdvlts k n^tr^ 
langue ^attictdiiere; Md soeufr , lui di^je, d'<Hi 
vient que j^e ne puis vous voir sans me trduvef 
dans une situatiOh af&etxse ? Les nHmSUe^ q« 
voiis fienhent €n(ttm6t » c^ Vttrouk d! <ei 



P E R S A N E S. 175 

grilles I ces mis^raUes gardiens qui vous ob- 
servent ^ me mettent en Aireur. Comment avei> 
TX>us pecdu la douce liberty dont jouissoieut 
¥05 anc&tres ? Votre m^re y qui ^toit si chaste ^ 
ne donnoit k son man , pour garant de sa yertu ; 
que sa veftu m£me : ils vivoiem beureux TuH 
et Tautre dans une conlSance mutuelle ; et 
la simplicity de leurs moeurs etoit pour eux 
one richesse plus pr^cieuse mille fois que le 
hxLX idzt dont vous semblez jouir dans cett6 
snaison somptueuse. En perdant votre religion , 
vous avex perdu votre liberte ^ votre bonheur , 
et cette fur^ciepse ^alii^qni fiut llionneur 
de votre sexe« Mais ce qu*il y a de pis encore^ 
c*est que vous dtes, non pas la £emme, csix 
vous ne pouver pas Titre , miais Tesclave d'un 
esdave qui a 6t& d^grad^ de lliumamt^. Ah^ 
non fr^re! dit-elle, respccta mon epoux^ 
respectez la religion que fai embrassfe : selon 
cette religion, )e n'ai pu vous ente^dr^, m 
tvous parler sans crime. Quoi, ma soeur! lui 
dis-f6 tout itvan^port^^ vous la croy esc -done 
vintalAe , cette religion i Ah 1 dit*<eUe » qu'il 
me Mroit avantageux qu'elle ne le f&t pas! 
lefais pouretle un trop grand sacrifice ^ pour 
que )e puisse ne la pas croire : et ^ si mes 
4outesM..« A ces mots, elle se tut. Oui, vos 
Routes 9 ma sceur ^ sont bien fond^s 9 quels 
qu'ils soieiH* Qu'attendet-vous d*nne religion 
qui vous req.d malheureuse dans cemottde-ci, 
^et ne vous- laisse point d'esp^rance pour 
raufre ? Sdngez que^ la ndtre est la^^ plus an- 



k- — - *■ 



Ij6 L E T T R E S 

cienne qui soit au monde ; qu'elle a toujour! 
fleuri dans la Perse ; et n'a pas d'autre origine 
que cet empire 9 dont les commencemens ne 
sont point connus ; que ce n'est que le hasard 
qui y a introduit le mahometisme ; que cette 
secte y a 6t6 ^tablie , non par la voie de la 
persuasion , mais de la conqu8te. Si nos princes 
naturels n*avoient pas et^ foibles , vous ver- 
riez r^gner encore le culte de ces anciens 
mages. Transportez-vous dans les siecles re- 
cul^s : tout vous parlera du magisme 9 et rien 
de la secte mahom^tane 9 qui , plusieurs mil« 
liers d'ann^es apr^s, n'^toit pas mSme dans 
son enfance* Mais, dit-elle, quandmareli* 
gion seroit plus moderne que la vdtre 9 elle 
est au moins plus pure » puisqu'elle a'adore 
que Dieu ; au lieu que vous adorez encore le 
soleil 9 les etoiles 9 le feu et mSme les ^1^ 
mens. Je vots 9 ma soeur 9 que vous avex 
flppris 9 parmi les Musulmans 9. k calommer 
jiotre sainte religion. Nous n*adorons ni les 
astres 9 ni les Clemens ; et nos pires ne les 
ont jamais adores : jamais ils ne leur out elevi 
des temples ; jamais ils ne leur ont offert des 
sacrifices : ils leur ont seulement rendu un cultt 
religieux9 mais inf^rieur, comme k des ou* 
▼rages et.des manifestations de la divinity 
Mais 9 ma sqeur 9 au nom de Dieu qui nous 
^claire , recevez ce livre sacr6 que je vous 
porte ; c'est le livre de notre l^gislateur Zo^ 
roastre : lisez-le sans pr^veotion : recevez dans 
votre coeur les rayons d$ luipiere , qui vous 

^claireront 



P E R S A N £ S. 177 

^claireronten le lisant :.5ouvenez-vous da vos 
p^res qui ont si.loDg-t.enips hopgri (e soleil 
dans la ville saii^te de, fi^lk ; et en^n soxtvt- 
pez-vous de jnpiv qui q'espere de repbs, de 
fortune , de vie > que de voire changement. Je 
la quittai tout transporte , et la laissai seule 
decider la plus {jrande affaire que je pusse avoir 
ue ma vie. 

J'y.retoiirriai deux ^ours aipr^s. Je ne lui 
parlai poiat ; j'atteadis , dans le silence , Tarr^t 
de ma vie ou de ma njort. Vous ^tes aim£ . 
mon fr^re, me dlt-elle, et par une Guebre.' 
Tai long-temps o 
I'amour l^ve de 
U$j* 1 Js ne £ra 
jepuis|iemettre.| 
I'eu^s i^m^ en 
((wvient biea k 
TOus,quiavezst 

f sprit .s'^oit forgoes., quand romprez-vous 
celled qui me lient les mains ? D^s ce' mo- 
ment, je me'dbnne k vous : faites voir, par' 
la promptitude avec laquelle vous m'accepte* 
rez , combien ce present vous _est' cher. Moa 
frire , la premiere fois que je pourrai vous 
embrasser, je crois que je mourrai dans vos 
bras.Jen'exprimerois jamais bien la jpie que 
Je seotis k ces paroles : je me crus' et je me 
yis en e£et . en un instant t le plus beureua; 
de tous les hommes : je vis presque accomplir 
tous les desirs que j'avois fprni^s en vingt-cinq 
ans de vie, et ^vanoulr tons les cba^ins <m 

Tom IK % 



178 L E T T R E S 

me I'avolent rendue si laborieuse. Mars, qnanct 
je me (as un peu accontumi a ces doaces 
id^es , je trouvai que je h'^tois pas si pres de 
mon bonheur , que )e mi Yitois figuri tout- 
&-coup, quoique j'eusse surmont^ le plus grand 
de tous tes obstacles. U falloit surprendre la 
vigilance de sts gardiens ; je n*osois confier k 
personne le secret de ma vie ; je n'arois que 
ma soeur, elle n'avoit que moi : si jemanquois 
mon coup* je Courots risque d'etre eoipald; 
fnais je ne voyois'pas de peine plus' cruelltf 
;onvinmes qu*elle 
borloge que son 
lejV metwois de- 
les jalousies d*un(j 
rue , et une corde 
t )e ne la Terrbis 
! j'irois toutes les 
tendre qu'elle pftt 
issai quinze nuiti 
;ft , pirce 'qa'elld 
fevorable. Enfin , 
cie qui traTailtoitt 
Hoit interrompu i 
ma 5ayeur tftoit 
inexprimable. Apr^ une heui^ de travail, je 
la vis qui attachoit la' corde : elle s« laissa 
aller, et glissadaiis mes bhs. le! he connuls 
plus le'danger^ ^ je restai'lon^tetnps ^ans 
bouger de III t je la cbndCi&is hors de la Vitle; 
oil j'avois unchevaj tout pr^t'i je la mis en 
croupe deiri^re moi , et m'^loignai , avec toutti 



P E R S A N E S« 179 

la pfokiptitUde imaginable , d^tin lieu qui pou- 
▼dit nous 6tre si funeste. Nou; arriylmes avant' 
le jour chez un Gu^bre » dans un lieu desert 
oil il <itott retir^ 9 vi^ant fra^alement du tra- 
vail de ses mains : nous ne juge^mes pas k 
propos de rester chez lui ; et , par son con- 
sei! , nous entrftmes Am» une ^paisse fbr£t ; 
et nous nous mtmes^ daus le creux d'un vieux 
ch£ne , )usqu*4 ce qtte le bruit de notre ivasioa 
se f&t dissip6, tTous vivions tous deux dans- 
ce s^jour ecarti ,san$ l^moins, nous rip^tant 
tens cesse que nous noiis aimerions toujours » 
attendant I'occasioa que quelque prdtre gu^bre 
p&t feire la c^r^onie du mariage 9 presenter 
par nos livres sacrds. Ma Soaur , lui di* *|er 
que cette union est sainte t la nattire npus' 
avoit unis , notre saitite loi va nous unit en- 
core. Enfin , un pr4tre vint calmer notre im- 
patience amoureuse. Il & , dans la maison du 
paysan ^ toutes leS c^r^onies du maiiage : 
il nous binit , et nous souhaita miUe fois t^uta 
h yigueur de Gustaspe » et la saintetd de 
rHbhoraspe. Bientdt apris , nous quittftmes la 
Perse oil nous n'^ions pas en s(lret^, et nous 
nous retirftmes en G^oi^ie. Nous y v^cftmes 
un an , tous les jours plus charm^s I'un de 
Fautre. Mais comme mon argent alloit finir i 
et que je craignois la misire pour ma soeur » 
hon pas pour moi , je la quittai pour aller 
chercher quelque secours chez nos parens, h^ 
mais adieu ne fiit plus tendre. Mais mon 
voyage me fut non •• seulcmcnt inutile ^ mais 



l8o. L E T T R £ S 

funeste. Gir, ayant. trpUve i^kin cqU tous: 
nos biens cpnfisqpes ^ de Tautre ^ mes parens, 
presque dans Tiinpuissance ide ix^ secourir ^ 
je ne rapportai d'argent .pr^cis^ment que ce 
qu'il falloit pour mon retour. Mais quel fiit 
noon d^sespoir ! je ne trouv^i plus ma soeur. 
Qvelques jours avant fliOQ.^rTiy^ , des Tar<- 
tgre^ ^avoij^nt fait .une iocur$it>n dans ^ yille 
oil elle. ^tpit ; . et cooime^ , ils la . trouv^ent 
belle 9. ils la pricent ^iet; U^ ye^dirent a des 
hn(s\q}U alloient eh Tdrquie^, iH ne.laiss^rent 
qu'une petite fiUe dont elle ^toit accouchee 
q.uelques mois nuparavant* Je suivis ces Juifs, 
^: les jpignis k trpis li^ueS- dejck : mes prices » 
mes-larmes f^rent vaines 3 ils me demand^ent 
toujoucsj tr^te: tomans 9 et ne se rel&ch^renf 
jaoiais d'uf> senU Apres m^Stre adresse k tout le. 
mohde, avoir implor^la protection des prdtres 
turcs et Chretiens , je m*adressai k un marchand 
arm^ien ; je lui vendis ma lille : et me vendis 
aussVpOUr trente^cinq tomans. J'allai aux Juifs^ 
je leur donnai trente tomans, et portai les 
cinq aiitres k ma jsoeur, que je n'avois pas 
encqre ' vue, Vous 8tes libre , lui dis-je , ma 
soeur ; et je puis vous embrasser : voila cinq 
tomans que je vous porte; '^a^ du regret qu'on 
pe m'ait pas achet^ dayantage. Quoi I dit-elle ^ 
vous vouiS Stes yendu ? Qui ^ lui dis«je» Ah , 
malheureux! qu'a vez- vous fait ? N'etois»)e 
pas.9ssez infortun^e, sans que vous travail-* 
lassiez k me la rendre da vantage ? Votre li- 
berty me consoloit; et voire esclavage va 



P E R S A M E S. l8l 

me mettre au tombeaii. Ah ! mon frere ! que) 
yotre amour est cruel ! £t ma fille? ]e n:e la 
Tois point ! Je Tai vendue aussi , lui dis-je». 
Nousfondimestous deux enlarmes , et n'eumes 
pas la force de nous rienidire. Enfin , j*allai 
trouver mon maitre ; et ina soeur y arriva pres- 
que aussi-tot que moi : elle se jetta k ses ge-^ 
iioux. Je vous demande , dit-elle , la servi- 
tude , .comme les autres vous demandent la, 
liberty : prenez-moi ^ vous me vendrez pluS; 
cher que moii mari. Ce fut alors qu'il se fit 
un combat qui arracha les larmes des yeux de 
mon m^tre. Malbeureux ! dit-elle , as-tu pens^ 
que je pusse accepter, ma liberty aux depens 
de la tienne ? Seigneur ^ vous voyez deux in* 
fdftuh^s qur mourront , si vous nous s^parez* 
Je me domie k vous f payezrmoi : peiit">Str«^ 
que.cet argent et mes services pourront quel* 
que jour obtenir de vous ce qu^ je n'pse vous 
demander. II est de votre int^rStde ne nous 
point separer : comptez que je dispose de sa 
vie. UArm^nien ^toit un homme doux , qui 
fiit tovch^ de nos malheurs. Servez-moi Tun 
et Tautre avec fid^lit^ et avec zele , et je vous 
promets que » dan; un an , je vous donnerai 
votre liberty. Je vois que vous ne m^ritez, 
ni I'un ni Tautre , les malheurs de votre con- 
dition. Si ^ lorsque vous serez libres , vous £tes 
aussi heureux que vous le meritez ; si la for- 
tune vous rit, je suis certain que vous me 
satisferez de la perte que je soufTrirai* Nous 
embrass^mes tons deux sts genoux ; et le sui* 



l82 L t T T R E S 

vimes dans son voyage. Nous nous soulagions 
Tun et Tautre dans les travaux de la servi* 
tilde ; et j*etois charrn^ lorsque favois pu faire 
Touvrage qui ^toit tomb^ k ma soeur. 

La fin de Tannee arriva ; notre maitre tint 
sa parole , et nous d^livra. Nous retourndmes 
^ Tefflis : U 9 je trouvai un ancien ami de 
mon pere 9 qui exer^oxt avec succ^ la m^ 
decine dans cette ville : il . me pr6ta quelque 
argent , avec lequel je fis quelque negoce. Quel* 
ques affaires m'appell^rent ensuite k Smime ^ 
oil je m'^tablis. fy vis depuis six ans, et j'y 
|ouis de la plus aimable et de la plus douce 
soci^ti du monde : Tunlon rigne dans ma 
&mille , et je ne changerois pas ma condidoa 
pour celle de tous les rois du monde. J'ai 6t6 
assez heureux pour retrouver le mardumd ar-« 
m6nien , ^ qui je dois tout ; et je lui ai reada 
des services signal^* 

De Smirni^ te ^ de U tum 
Je Gemmsdif 4 » i7'4» 



# 



Per s a n e s« i«j 



LETTRE LXVIIL 

RlCJ a USBEK. 



• • » 



j*ALLAr Tautre jour diner chez un homme 
de robe » qui tx^n avoir pri^ plusieurs fois. 
Apr&s avoir parl£ de bien des choses ^ je lui 
dis i Monsieur , il me paroit que votre metier 
est bien p^nible. Pastantque vous vousl'imar 
ginez 9 r^pon(£t-U : de la niani^re dont nous 
le faisons » ce n'est quHin amusement. Mais 
qupl i n'avez-voiis pas toujours la t6ie rempHe 
desailaires d'kotniir n*6fes-vous pas toujours 
occupes de choses qui ne sont point int^res- 
Santes ? Vous avez ralson , ces choses ne 
sbnt point int^essantes 9 air nous nbtts y in- 
tiressofts^ si peo que rien; er cela m^e fait 
que le metier n'est pas si fadgant que vous 
ifites. Quand je vis qo'il prenoit la chose d'une 
mantire si d^gag^ 9 je continuai9 et lui dis : 
Monsieur 9 je n'ai point vu votre cabinet. Je 
ie crois ; car je n*en ai point. Quand je pris 
cette charge 9 j*eus besoin d'argent pour la 
payer ; je vendis ma biblioth^que ; et le libraire 
qui la prit 9 d'un nombre prodigieux de vo* 
lumes 9 ne me laissaque mon livre de.raison. 
Ce n'est pas que je les regrette : nous autres 
^ge^ » nous ne nous enflons point d'une vaine 



184 . L E T T R E S . 

science. Qu'avons - nous k faire de tous ces 
volumes de loix } Presque tous les cas sonf 
hypothetiques , et sortent de la r^gle generate. 
Mais ne seroic-ce pas 9 monsieur ^ lui disjet 
parce que vous les en faites sortir ? Car enfin^ 
pourquoi y chez tous les peuples du monde ^ 
y auroit-il des loix 9 si elles n^avoient pas leur 
application ? Et comment peut-on les appli- 
quer ^ si on ne les sait pas ? Si vous connoi^* 
siez le palais ^ reprit le magistrate vous ^e 
parleriez pas comme vous faites : nousavons 
des livres vivans , qui sont les avocata : lU 
travaillent pour nous , et se chargent de nou^ 
instruire. Et ne se chargent-ils pas aussi quel« 
quefois de vous tromper ? lui repartis-je. Vous 
ne feriez done pas mal de vous garantir de 
leurs embuches. lis ont des armes avec les- 
quelles ils attaquent votre ^quit^. ; il seroit 
bon que vous en eussiez aussi pour la d^ 
fendre ; et que vous n'allassiez pas vous mettrc 
dans la mSl^e 9 faabill^s k la legere^ parad 
des gens cuirass^$ jusqu'aux dents. 

Pt Paris^ U If de la bum 
d€ Ckabban^ §^14% 



# 



LETTR£ 



P E R S A N E S; 185 



LETTRE tXIX- 

USBEK a RhEDI. 

A Fcnhe. 

1 U ne te serois jatnais imaging que je fiisse 
deVenu plus metaphysicien que je ne T^ois ; 
cela est pourtant : et tu en seras convaincu » 
quand tu aiiras esstiy^ ce d^bordement de ma 
pbtlosopbie^ 

* Les philosophes les plus senses , qui ont 
rdfl^chi sur la nature de Dieu 9 ont dit qu'U 
^oit un Stre soiiverainement parfait ; mais ils 
ont extr£mement abuse de cette id^. lis ont 
fait une Enumeration de toutes les perfections 
diffiSrentes que lliomme est capable d'avoir 
et d*tmaginer t et en ont cbarg^ Tid^e de la 
divinity , sans songer que souvent ces attributs 
8^entreremp6chent » et qu'ils ne peuvent subsisr 
ter dans un mSme sujet sans se detruire* 

Les poetes d'occident disent qu'un peintre 
nyant voulu faire le portrait de Ja deesse de 
la beauti y a^sembla les plus belles Grecques ^ 
€t prit de cbacune ce . qu*elle a voit de plus 
agr^able 9 dont il fit un tout pour ressemUer 
& la plus belle de toutes les dresses. Si un 
hontme en avoit conclu qu*eUe ^toit blonde 
et bnuie y quVUe ayoit les yeuz ^oirs et bleus» 

Tom$ IV ^ A a 



t%6 L E T T R E S 

qii^elle ^toit douce et £ere^ il auroit passi 
pour ridicule. 

Sou vent Dieu manque d*une perfection qui 
pourroit lui dbnrier utie grande imperfection: 
mais il n'est jamais limite que par lui-m6me : 
jl est lui-mSme sa n^cessit^. Ainsi , quoique 
Dieu soit tout-puissant , il ne peut pas violer 
ses promesses , ni tromper les hommes. Sou- 
vent meme Timpuissance n'est pas dans lui , 
mais dans les choses relatives ; et c'est la raison 
pourquoi il ne peut pas changer I'essence des 
choses. 

• Ainsi , il n*y a point sujet de s'^tonner que 
quelques-uns de nos docteurs aitnt osi nier 
la prescience infiftie de Dieu ; sur ce fonde- 
aient , qu'elle est incompatible avec sa justice. 

* Quelque hardie que soit cette id^e , la m^* 
taphysique s'y prSte merveilleusement. Selon 
$es principes , il n'est, pas possible que Diea 
pr^voie les choses qui dependent de la deter- 
mination de^ causes libres ; parce que ce qui 
n*est point arrive n*est point » et , par cons^ 
quent , ne peut £tre connu ; car le lien , qui 
n'a point de propriet^s y ne peut £tre apperf u: 
Dieu ne peuc point lire dans une volont^ qui 
n'est point , et voir dans I'ame une chose qui 
n'existe point en elle : car , jusqu'^ ce qu'elle 
se soit d^termin^e , cette action qui la d^er- 
mine n'est point en elle. 

' L'ame est I'ouvri^re de sa d^ermination : 
mais il y a des occasions oil elle est tellement 
indetennin^ey qu*eUe ne sait pas m6me de quel 



Persanes. 187 

t6t^ se determiner. Souvent m6me elle ne le 
fait que pour faire usage de sa liberte ; de 
mani^re que Dieu ne peut voir cette d^ter* 
minatibn par avance , ni dans Taction de Tame » 
ni dans Taction queles objets font sur elle. 
' Comment Dieu pourroit * il pr^voir les 
choses qui dependent de la determination des 
Causes libre^ ?'il ne pourroit les voir que de 
deux mani^res : par conjecture , ce qui est 
contradictoire avec la prescience infinie : ou 
bien il les verroit comme des efiets n^cessaires 
iqui suivroient infailliblement d'une cause qui 
les produiroit de mSme 9 ce qui est encore 
plus contradictoire : car Tame seroit libre par 
la supposition ; et , dans le fait , elle ne le 
Seroit pas plus qu'une bonle de billard n*est 
libre de se remuer lorsqu'elle est pouss^e par 
une autre. 

Ne crois pas pourtant que je veuille bomer 
la science de Dieu. Comme il fait agir les 
creatures h sa fantaisie , il connoit tout ce 
qu^il veut connoitre. Mais , quoiqu'il puisse voir 
tout , il ne se sert pas toujours de cette faculty : 
il laisrse ordinairement k la creature la faculty 
d'a^ir ou de ne pas aeir, pour lui laisser celle 
de m^riter ou de dem^riter : c'est pour lors 
qu'il renonce au droit qu'il a d'agir sur elle , 
tt de la determiner. Mais , quand il veut savoir 
quelque chose , il le sait toujours, parce qu'il 
n'a qu'^ vouloir qu*elle arrive comme il la 
voit , et determiner les creatures conform^* 
ment k sa volonte, C'est ainsi qu*il tire ce 

Aa 1 



iSS L E T T & E S 

qui doit arriver du nombre des choses purcii- 
ment possibles , en fixant , pat sts decrets » 
les determinations futures des esprits., et le$ 
privant de la puissance qu^il leur a donned 
d'agir ou de ne pas agin 

Si Ton peut se servir d'une comparaison ^ 
dans une chose qui est au-dessus des compa- 
raisons : un monarque ignore. ce ^e son am* 
bassadeur fera dans une aiflfaire importante : 
s'il le veut savoir , il n*a qu'i^ lui ordonner 
de se comporter d'une tdle mani^re ; et il 
pourra s^ssurer que la chose arrivera comme 
il la projette. 

L'alcoran et le livre des Juifs s'^^vent sans 
cesse contre le dogme de la prescience abso* 
lue : Dieu y paroit par-tout ignorer la d^ter-? 
nination future des esprits.; et ilsembleque 
ce soit la premiere verity que Moise ait ea^ 
seign^e aux hommes. 

Dieu met Adam.daas le paradis.t^rrestrei 

^ condition qu'il ne mangera point d'un certaiq 

fruit : precepte ab^urde dans un 6tre qui con- 

noitroit les determinations futures des ,ames ^ 

/ car enHn un.tel Stre peut-il mettre des coat 

ditions k ses graces » sans les rendre derisoires? 
C'est comme si. un homme, qui auroit su lai 
prise d^ Bagdat^ disoit k un^aiitre : je vous 
dopne cent tomans.^ si BagcUt n'est p^ pris«^ 
Ne feroit-il pas 1^ une bien pauvaise plaisan- 
terie? 

Mon cher Rh^di » pourquoi tant de philo-. 
sophie } Dieu est si haut , que* nous n'apper- 



P:^tR s A N 5 $. 189 

jpeirowrpAS m*»^ s^ niwgcskr Notts nelqqonT 
Ad|ffson$:t>itn)^iie dans 3^5 pt!eceptes* ILest 
immense , spiritual , infini. Que sa, gr^ndeuk 
f&o«si ram^e k notre foiblesse» S*hum&lier toiiT 

fours t <^'^^'^^^^^ ^^i^^^^* ' * > 

De PAris^ k dimur di la 
Iwu di Chahhan . m/^ ' 

• • • • 



• 



LETT R E LX X* 

ZitlS a USBMK, 

» 



• < < r 



S* » * " • 
OiijtANj.que til aunes ;; est d^sesp^r^ 

d'lin afirdnt qu'il vient de recevoir. Un jeune 
itourdi » . nomm^ Suphis 9 . recherchoit depuis 
trois mois , jsa fiUe en mariage : il paroissoit 
contenr.de la^uffe detla/£lte 9 surle i^apport 
et la peinture que lui en avoient fait les ifemmes 
qui Tavoiept yixt <)bn$ son ^nfaAOP ; on ^toit 
convenu de la dot y et tout s'etoit pass^ sans 
auaur incident. Hier , apr^ les premii^res cd- 
r^monies , la fill^ sortit ^ cheval , ac^onopa^ 
g9^)4^. wa,.cuquque^, et couwrte , selon 1^ 
coutwi^e^ jdepui^:]ia:tece'J4isqu'^ux jpi^. Mais', 
d^s q^'^Mt .Cv^ttari-iyee devai^t Jai^soi^ defp^ 
»V.i p^e<fndij, iljlui.fitferme^ Ja.pop^j «* 
il jura . qii'il ne ,U r^ecevr/wt .. jafflai^ j^ si oc^ 
tfaugmeotpi^ la dot, LeS:parfiii?jii5C.ftWucep4 



tpd L E T T R E S 

de cote et d*autre , pour BccommodtrV^fSktrei 
ttj apr^s bien de lat^scstance, Soliman convitlC 
lie faire un 'p6tit • preseni k son geiidre/ Les 
c^rdmonies du nSariage s'accofuplirem , et l*oil 
conduisit la fiUe dan^' h lit ay to ^sset d^ 
violence*: mais, une heure apr^s , cet ^tourdi 
seleva.furi^uxy lui coupa le visage en plu« 
sieurs endroits , soutenant qu'elie n'^toit pas 
-vi^rge 9 -et la^-renvoya k son peve^ On nc peut 
pas Itre plus frappe qu'il Test de cette injure. 
II y a des persoijnes qui soutiennent que cette 
fille est innocente. Les p^res sont bien mal* 
heureux d'&re exposes k de tels affronts ! Si 
ma fille recevoit un pareil traitement , je crpis 
que j'en mourroisdedouleur. Adieu. 

pu serrail di FatnU^ U g dc'lk 



I.ETTR E L X X I, 

USBEK k ZkhlS. 

J E plains Soliman , d'autant plus que le mat 
est sans remade , et que son gendre n*a fait 
que se servir de la liberty de la loi. Je trouve 
cette loi bien dure , d'exposer ainsi llionneuif 
d'une famille aux caprices d'un fou. On a beau 
dire que Ton a des indices certains pour con- 
Boitre la v^rit6 : c'est une vieille erreur dont 
an est aujourd^hui revenu parmi nous \ et nos 



P E R S A N E S. 191 

tt^decins donnent des raisons invincibles de 
Tincertitude de ces preuves. II n*y a pas jus* 
qu*aux Chretiens qui ne les riegardeot comme 
chim^riques , quoiqu'elles soient dairement 
^tablies par . leurs livxes sacr^s , et que leur 
ancien l^gislateur en ait fait d^pendre Tinno- 
cence ou la condamnation- de toutes les filles* 
J'apprends avec plaisir le soin que tu te 
doniJes de r^ducation de la tienne. Diibu veuille 
que son clari la trouve aussi befUe et aussi pure 
que Fatima ; qu*elle ait dix eunuques pour la 
garder ; qu'elle soit llionneur et rornement dtt 
serraxl o^ elle. est destin^e ; qu'elU n'ait SM 
sa tSte que dti lambris 6x>ris > et ne uarcke 
que sur des tapb superbes I fit , pour comble 
de sotthaits , puissent mes yeitt la vbir dans 
toute sa gloirei 

De Paris ^ le j de la bim 
in ChaJvsl^ 1^144 



' ' » 



# 



* t 1 



1 



191 L £ T T R E S 



1 

LETTRE LXXIL 

• 


< 

Rica i Ibbek. 

* 





JE me ttouvai I'autre )Qur dansune cotHh 
pagni^ f o^ je vis un homme bien cqntent de 
hii. Dans un quart*d'heure , il ddcida ttois 
questions de morale, quatre problSmes fais« 
toriquea ^ ^ticinq points de physique. Je o'ai 
jamais vn .un d^cisionnavre $i iimversel; son 
esprit tie fiit jainail suspendu, par^ le moindre^ 
dAttte/.Qn l^issa ]#s sciences; on parla desi 
jiouvelles du temps ; il d<§ci4a siir le$ npu-« 
yelles du. temps, Je voidus Tattraper , et je 
dis en inoi^meine ; il iaut que je me mette 
dans mon fort ; je vais me refugier dans mon 
pays. Je lui parlai de la Perse ; mais k peine 
lui eus-je dit quatre mots , qu'il me donna 
deux dementis , fond^s sur Tautorite de mes« 
sieurs Tavernier et Ch«rdin« Ah , bon Dieu ! 
dis«-je en moi-mSme , quel homme est-ce Ml ? 
II connoitra tout-i-l'heure les rues d'Ispahan 
mieux que moi ! Mon parti fut bientot pris : 
je me tus 9 je le laissai parler , et il decide 
encore, 

Pe Paris f U S de la btm 
4i Zilcadi^ ////• 

LETTRE 



P.E R S AN E 5. I9J 



LET t R E L XXI I. 

■ 

' • . Rica i »•*. 

J 'a I oui parler <fune esp&^e de tribunal; 
qu'oQ appelle i'Academie Franfoiise. II n'y en 
a point de moins respect^ dans le monde i 
car on dit qu'aussi-t6t quHl a decide , le peuple 
casse ses arrets » et lui impose des loix qu'il 
est oblig6 de suivre. 

11 y a <{uelque temps que pour fixer son 
autorit^ , il dtfnna un code de ses jugeiAens. 
Cet en£int de tant de p^es ^toit presque vieuz 
quand il naquit ; et , quoiqu^il fut legitime » 
un b&tard , qui avoit d^]a paru > I'avoit pre^e 
^toufff dans sa naissance. 

C^ux qui le composent n*ont d^autres.fonc- 
tions que de jaser sans cesse : T^oge va se 
placer » comme de lui-in6me , dans leur biibil 
kernel ; et si-t6t quils sont initio dans ses 
myst^res , la fureur du pan^gyrique vient ies 
saisir , ef ne Ies quitte plus. 

Ce corps a qnarante t6tes , tout^s rempUes. 
de 'figures , de mdtafthores et <l'antitti|&ses t 
tant de bouches ne parlent presque que pai^. 
exclamati<m : ses oreilles veuleot toujjoturs dtre. 
frappies par la cadence et I'harmonie. Pour > 
Ies yeux , il n'en est pas question : il semble 
qu'il soit fait pour parler t et non pas pour 

Tom IF. ' 0b 



194 L £ T T R E S 

voir. II n'est point ferme sur ses pieds ; car 
le temps , qui est son Heau , Vebranle'lf tous 
les instans ^.et -d^^uittout c^.qu-il a fait. On 
a dit autrefois que ses mains ^toient avides ; 
je ne t'en dirai rien , et }e laisse decider cela 
ii ceux qui le savent mieux que moi. 

^ Voili des bizarreries , ♦ ♦ ♦ que I'on ne vott 
point dans notre Perse. Nous n'avbns point 
fesprit port6 k ces ^tablissemens singidiers et 
bizarres : nous cherchoiis toujours la nature 
dans nos coutumes simples , et nos mani^es 
naives. 

De Parfs 9 k y de la ime 



L E YT re L X X I V. 
IfsBBK i Rica. 



« «•» 



<•. 



T '*■'-.'• 

IL y a quelques jours qu'un homme de-ma 

connoissance me dit : je vous ai promis de 

vous produice dans . les bonnes maisons-' de 

Raris : je vpus iq^ne i^ present cher lin ^rand 

seigneur 5 qui estf un. des hommes; du royaiume 

qui reprdsentent le mieux. . . i - 

Que ^eiit dire cela » Monsieur ? Est«*ce qu'it 

est plus poli f pliis 9&ble que les autresi Non|^ 



P t 'r 'S A N E S. fo< 

me dit-il. All ! feri'tctids ': il fait sfentii^^'itou^i 
fcs instans ^ fe suii^ioHtdF qu*il a ^artocrs ceiix^ 
djti I'approthentf : si cela t'st / je n'ai'qrie faire' 
tfy alfef i je^ la llir passe toute entiirevetjb' 
prends condamnatioxr. 

.11 fallut pourtant. marcher : et je vis un 
petit homing ^i £er ; il prit une prise de tabac 
avec tant de hauteur ; il se moucha si impi- 
toyablemerTr;*tt"cracha aver tant de Hegmey 
il caressa se$ cb;en$ d*une mani^re^i ofFensante 

f)our les homiiiies 9 que ^e ne pouvois me 
asser deTadmirer. Ah^ bon Dieu! dis-je ea 
moi-m^me V si 9 Iofsqu\^ y^tbh k h cour de 
Perse 9 )e repr^sentois ^in^y je repr^sentois 
un grand sot ! II auroiffaliu , Rica 9 que nous 
eussioAs .eu un :bien ihavtvais nature!., poujf 
aller faire ceht petiles insultes^il des gens qui; 
venoient tous les jours chez nous nous temoi-. 
gner leur bienveillancel lis savpient .bien^quc; 
nous ^tipnj 'au-des'sus d'eui ; et ^ s*ils Tavoient 
ijgnor^ p nos l)iehfaits le leur' auroient ^ppris 
cHaaue }our» N'ayant rien [k faire pour *nQu# 
faire respecter Vhous faisibns tout pour nous 
rendre aimables ; nous nous communiquions 
aux plus petits ; au milieu des grandeurs , qui 
endurcissent tou]ours , ils nous trovivoieht 
s^nsibles > ils ne voyoient que nqtre co^ur aii*. 
dessus d*eux ; nous des<;eodibns jusqu'^ leufs. 
besoins. Mais 9 lorsqu'il falloit soutenir la ma«; 
jest^ du prince dans les ceremonies publiques ; 
lorsqu*il falioit iaire respecter la nation aux 
Strangers ; lorsqu'enfifl ^ dans les. occasions 

3b X 



f" 



lafi JL E T vT .R ,E S 

periUeuses p il faHoitanimer les soldats , nons^ 
refnontiopicent fois plus haut (}^e;nou& n'itions^ 
4e9cendus ; nous r^jtnenions la fierti sur, nptre 
\jsage ; et Ton trouvoit quelqufefois que nous 
representions assez bien. 

Di Paris ^ U 20 di la btm 
. dt Saphar.f lyij* 



L E T T R E L X X v. 

« 

UsBEK a Rbedi. 
' r ' A Fenise, , ' ' ,' ' 



I • 



1 L hxH que je te Tavoue T je n'ai point re* 
marqu^ , chez les Chretiens , cette persuasion 
Vive de leur religion , qui se trouve parmi 
les Musiilmans. II y a bien loin^ chez eux ^ 
de la profession i la croyance , de la croyaace' 
ii la conviction , de la conviction k la* pra« 
tique. La religion est moins an sujet de sane-' 
tification ^ qu*un sujet de disputes qui appar- 
tient a tout le monde. Les gens de cour , les 
gens de guerre , les femmes mdme , s'^l^vent 
contre les eccl^siastiques y et leur deinandent 
d6 leur prouveir ce qu*ils sont r^solus de ne 
pas croire; Ce n'est pas qu*i)s se soient d£«' 
terminus par raison, et qulls* aieilt pris la 
peine d'examiner la v^rit6 ou la fausset^ de 
cette religion qu*ils rejettent : ce sont des re- 



P e R S A M E S. 1^97 

btllies ^\ ont semi- le joug , et Tont secoue . 
avant' de Tsrvpir conna. Aussi ne sont-ils pas , 
jdus fermes dans leur iocredulite que dans. 
leur foi : ils vivent dans un flux et reflux ^ qui 
les porte sam cesse de Tun k Tautre. Un d'eux 
me disoit un jour : je crots rimmortalit^ de. 
4'ame. par semestr.e ; mes opinions dependent . 
absplument de la constitution de mon corps :^ 
$eloii que ]*ai plu^ ou. moins d'espr^ts am*. 
nOiauXf que mon estomac dig^rebieooumal,* 
que Tair que je respire est subtil ou gros$ier> 
que les viandes dont je me nourris sont lig^es* 
. ou soUdes f )c suis spino^iste , socinien^ ca- 
tholique^ impie ou devot Qiiand le.m^decia, 
est aupr&s de mon lit , le confesseiir me trouve 
k son avantdge. Je sais bien^ empScher la re* 
ligion de m'affli^er quand je me porte bien ; 
mails je 4ui permets de me consoler quand je 
suis malade : lorsque je n'ai plus rien k ^sp^rer 
d'uncot^, la religion se pr^sente » et me gagne 
par ses promesses ; je veux bien m*y livrer , 
Ct nlourir du c6t^ de Tesp^rance. * 

U y a long-temps que les princes Chretiens 
aflSranchirent tous les esclaves de leurs etats ; 
parce que y disoient-ils , le christianisme read 
tous les hommes ^gaux. U est vrai que cet 
acte de religion leur ^toit tr&s-utile.: ils abais- 
^oient par-li les seigneurs, de la puissance 
-desquels ils retiroient 'le bas peuple. Ils ont 
ensuite fait des conquStes dans des pays oil 
ils ont vu qu'il leur ^toit avantageux d'avoir 
^es esclaves : ils oht permit d*en acheter et 



198 L E T T R E S 

d*en vendre, oiibUantce principe de religibir ' 
qui les touchoit tant. Que veux-tu que je te 
dise ? Verite dans un temps 9 errear dans un • 
autre. Que ne faisons-nous comme ks chr^* 
tiens ? Nous sommes bien simples de refuser 
des ^fabllssemens et des conquStes ^sidles dans* 
des dimats heureux (*) , parce que I'eau n'y •* 
est pas assez pure pour nous byer , selon les* 
principes du saint alcoran. . • . 

' Je rends graces au Dieu tout-puissaht , qui^ 
a envoyc Hali son grand prOph^te , de ce que ' 
)e professe une religion qui se fait pr^fiirer k 
tbus les int^rSts humains , et qui est pure' 
comme le ciel , dont elle est descendue. * 

J Di Paris t U 1^ de Im lane* 

\)f4f.Sapiar^ ijif. 

if; 
(*) Les mahomitans ne se sduclent point de -prendre 

Venisey parce qu'ik n'y trouTeroient point d*^u pour 

leurs purifications. 



# 



P E R S A N E S. 199 



^— ** 



LETTRELXXVI. 

V S E E K i son ami 1 E E s N. 
A Smimc 

XjES loix sont furieuses en Europe contre 
ceiix qui se tuent eux - mSmes. On les fait 
mourir , pour ainsi dire » une seconde fois ; 
lis sont traxn^s iridignement par les rues ; on 
lies note d^infamie ; on confisque leurs biens. 

n me paroit , Ibben , que ces loix sont bien 
injustes. Quand je suis accabl^ de douleur , 
de misere ^ de m^pris » pour quoi veut - on 
in*emp8cher de mettre fin k mes peines , et 
me priver cruellement d'un semide qui est 
en mes mains ? . 

Pourquoi veut-on que je travaille pour une 
ioci^te dont je consens de n'Stre plus ? que je 
tienne 9 malgre moi , une convention qui s'est 
faite sans moi ? La soci^t^ est fond^^ sur ua 
avantage mutuel i mais , Iorsqu*elle me devient 
on^reuse , qui m'empSche d*y renoncer ? La 
vie m*a efe donn^ comme une faveur ; je puis 
done la' rendre » lorsqu'elle ne Vtst plus : la 
fcause cesse ; FefFet doit done cesser aussi. 

Le prince veut-il que je sois son sujet, quand 
}e ne retire point les avantages de la sujetion ? 
Mes concitoyens peuvent^ils demander ce par- 



lOO L E T T R E 5 

tag.e inique de leur utilite et de men iises^ 
poir } DieUy different de tous l e s b lcnfaiteurs ^ 
veut-il ine condamner k recevoir des graces 
qui ofaccablent ? . 

Je suis oblige de suivre les loix , quand je 
vis sous les loix : mais , quand je n'y vis plus, 
peuvent-elles me lier encore ? 

Mais y dira-t-on , vous troublcz Tordre de 
la providence. Dieu a uni votre ame avec 
votre corps , et vous Ten s^parez : vous yous 
opposez done k ses desseins , et vous lui rir 
sistez*. 

Que veut dire cela? Troubl^-je Tordre de 
la providence » lorsque je change les modifi-* 
cations de la matiire , et que je rends quarree 
une boule que les premieres loix du mouve- 
ment; c'cst-i-dire , les loix de la creiation et 
de la conservation, avoient faite ronde? Noh , 
^ans doute; je ne fais qu'user du droit qui m'a 
cxi donne : et, en ce sens, je puis troubler 
h ma £intalsie toute la nature , sans que I'on 
pi;dsse dire que je m'oppose k la provid^ce* 

Lorsque mon an^e sera separ^e de mon corps,' 
y aura-t-il moins d*ordre et moins d'arrangj^- 
inent dan? IVnivers? Croyez-vous que cette 
nouvelle coipbinaison spit moins parfaite ejfc 
moin$ d^pendante des loix g^n^ral^? que 1^ 
inondey jait perdu quelque chose) et que let 
ouvrages'de Dieu. ejx soient pioins grands^ 
ou plutdt rooin^ immenses ? 

Pensez - vous que. nion corps , devenu un 
^pi 4e bled ^ un Ver , un aazon , soit change 



P E SL S A If E S. 101 

.en un ouvrage de la nature moins dign^ 
d'elle? et^quemon ame^ degag^e de toutce 
qu'$lle>v6k 4ejtfrr^tr^, soit devenue mpins 
sublime ? 

Toutes ces id^es ^ non cher Ibben , n\)at 
d'autre source que notre orgueil. Nous ne 
sentons point notrapetitesBe ; et , malgr^ qu'on 
en ait « nous youlons dtre comptis dans 4'u- 
iiiv^rs 9 y nguref , -et y dtre un objet impoiv 
tant. Nous nous iiifaginoiis que Taneantissti^ 
nentd^uA £trd ianissi paHait qiie nous, d^gra^ 
derbit toute la nature : et nous ne concevons 
pas qu'un |i€Mnfne de plus ou de moins dans 
le^monde , qu4 dis^je? ^tous les hofimies enr 
'Mmble, cMt millions^de t6tes comme la ndtw, 
-ne font qu'tin atdme subtil>t d61i^ , que Diea 
%irapper$dk qu'i cause de rimmensitii de scs 
connosssances, 

* Di Pariss k If di la bmi 



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L E T T R E S 



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I- E T T R E L X K¥ I 



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am vfai .Musulman, ks Malhemp ^mtrnQm 
^s jihitim^s que 4^8 laimKn^. Cf *Mmt 4i^ 
loiicsvbien pnicieuiciiue (MttiC;i|ui aoustppnieitf 
ii :e9cpier lei^ offenses 1 Cit$t-\^ nm^^iA^ft^^ 

^^tttfls rjces itiii(iaiienc«s.» rqu!i .£^ >\^Qir iffut 
nous iMmddcms 'fitre rheMgcini.» . infUpradaai- 
aieii<> de^ttliti vqui io«M 4es;^«t^^ <|NMr« 

qu'il tst la felicit^ mfime. 
. Si UQ ^tre est <coa^pos£ de deux £tres ; et 
(jue.|ft^,nj^e$sit^.4e conserver Tunion marque 
plus la soumission aux ordres du cr^ateur^ 
on en a pu faire une. loi religieuse : si cette 
n^cessit^ de conserver Tunion est un meilleur 
garant des actions de^.hommesy on en a pu 
faire une loi civile* ' 

Di.Smnu^ U demUrjourde 
la luM di Sofhar^ ipi. 



Persakcs. 



toy 



Ik 



LETTRE LXXVIIL 

RiCJiUSBSK, 

< 

J E ^envoie la cople d'une lettre qu'un Tran« 
(ois qui est en Espagne a ^crite ici : je croiji 
que tu sevdiS bien aise de la voir, 

Je parcours » depuis six mois , l^spagne et 
le Portugal ; et je vis panni des peuples quu 
m^prisant tous les autres » font aux seuls 
Francois lliODoeur de les hain 

La gravity est le caractdre brlllant des deujc 
nations : elle se manifeste principalement de 
deux maniires ; par les lunettes ^ et par 1^ 
moustache. 

Les lunettes fi>nt yqii: d^monstrativemen^ 
que celui qui les porte est un homme con* 
somm^ dans les sciences ^ et enseveli dans d(5 
profondes lectures p i un tel point que sa vue 
en est affoiblie : et tout nez qui en est orn^ 
ou charg^y peut passer » sans contredit, pour 
le nez d^un savant. 

. Quanta U mqustache 9. elle. est respectable 
per elle*inSnie 9 et ind^pendamment des! con^ 
sequences ; quQiqu'on ne laisse p^ts d*en tirer 
quelquefois 4e grandes utilites » pour le service 
du prince et Thonneur de la nation \ cpmme 
le fit bien voir un fameux g^n^ral portu|(ais 

Cc X 



Jt04 L E T T R E, S 

dans les Indes (*) : car , se trouvant avoir be* 
soin d'argenr, il se.coupa^ uae de se& mous- 
taches , et envoya demander aux habitans de 
Gba viAg^ mille pistoles sur-cd gatge-': elles 
lui furent prStees d'abqrd ; et dans la suite il 
retira sa moustache avec honneun 

On con$oit ais^^nent que des peuples graves 
et flegmatiques ,* comme ceux-U^ peuvent 
avoir de I'orgueil : aussi en o>ntr ils. . lis le 
Yondent ordinairement sur deux choses bien 
'considerables. Ceux qui vivent dans le con- 
tinent de TEspagne et du Portugal se sentent 
le coeur extfSmement ^lev^p lorsqu'ils sont 
'ce qu'ils appellent de vieux chr6tiens ; c'est-i- 
*dire , quails' ne s6nt pas originaires de ceux k 
qui riqquisition a jiersuadii dans c^s derniers 
Slides d'embrasser la religion chr^tienne. Ceux 
'qui' sont dans les Indes ne sont pas .mbins flat*- 
'tis 9 lorsqu'ils consid^rent qu'ils ont le sublime 
m^rite .d*£tre , comme ils disent , hommes de 
^h^ir blandhe. H n'y k jamais eu » dans le serrail 
'du grand-seigneur 9^ d^ sultane si orgueilleusii 
de sa beaute, que le )>lus vieux et le plus vilain 
mdtin ne Test de la blahch^ur olivdtre de soa 
teinty lorsqu'il est dans une ville du Mexique^ 
assis sur sa porte , les bras croisds. Un homme 
^e cette consequence ^ une creature si parfaite 
ne travailleroit p<(s pour toas les tr^sors du 
motide ; et ne se r^soudroiijaqiais', par une vile 
et mi^chanique Industrie ^ de cbmprometire 
llionneur et ia dignit^ de sa peau, 

(*) Jean dc Castro. 



« / 



Persanes. 205 

Car i il faut savoir que lorsqu'iin homme a 
un certain m^rlte en Espagne , comme ^ par 
.e^emple ^ quand U peut ajouter , aux qualit^s 
*dont je vien$ de parler ^ celle d'etre le propria- 
*taire d'une grande epee , ou d'avoir appris de 
son pere Tart de faire jurer une discordante 
guittaret il ne tr^vaille plus : son honneur 
Vint^resse au repos de ses membres. Celui qui 
.reste assis dix heures par jour obcient pr^ci- 
s^mient la moitie plus de consideration qu'ua 
jautre qui n'en reste que cinq ^ parce que c'est 
^sur les chaises que la noblesse s'acquiert. 

Mais f quoique ces invincibles ennemis da 
travail, fassent parade d'une tranquillite phi- 
losophique 9 ils ne Font pourtant pas dans le 
,coeur ; car ils sont tou jours amoureux, lis sont 
[les premiers hommes da monde pour mourir 
fie langueur sous la fenStre de leurs maitres* 
*ses; et tout Espagnol qui n'est pas enrhume 
lie sauroit passer pour galant 

lis sont premi^rement divots , et seconde- 
ment jaloux. Ils se garderont bien d'exposer 
ieurs femmes aux entreprises d'un soldat cribl£ 
,de coups , ou d'un magistral decrepit : mais 
il les enfermeront ayec un novice fervent qui 
baisse les yeux , ou iin robuste Franciscain qui 
'les ileve, 

Ils permettent k leurs femmes de paroitre 

«avec le sein. d^QOuvert : mais ils ne veulent 

pas qu'on leur voie le talon , et qu'on les sur- 

prenne par le bout des pieds. 

On dit par-tout que les rigueurs de rampur 



106 L E T T R E S 

sont cruelles } eltes le sont encore plus pour 
les Espagnols. Les fi^mndes Ie$ gu^tissent de 
leurs peines ; mais elles ne font qoe !eur eh 
faire changer i €t il leur reste sbuvent an lon^ 
et flcheux souveiiir d'urie passion ^teime. 

Its ont de petites politesses , qtii , en iP^rance^ 
paroitroient md pUcdes ; par etemple^ im 
capitaind ne bat jaihais sOn $6ldaf , sans lui eh 
deniander permis^dn ; et rinqdisitiOn ne fah 
jartais brftlef iih ;uif , ^ahs Idi faire se ^ ejccuses. 

Les Espagnols qu^on ne brftie pas pafoissent 
si attaches k FinquisitidA , qull y ^uroit de 
la mauvaise htitiiettr de la leur ^er. le Voudrois 
settlement qu^on Ai ^ablit uAe ^otre; iioti pas 
cotitre Its h^rdtlques ^ mais tdnfre les kett^ 
siarques , qui attribuent k de petite^ pratique 
iiionachale^ U thktAe efScacit^ ^kut sept sa- 
cretnehs ; qui adorent tdut de qu'ils v^iirent'; 
«t ([ui Hbtit si diifots , quils ibtit i peine Chr^ 
tiens. 

Vdti^ pdurrei trtiuver de Vtspiit at da Son 
itehs ehez les Espagnols : maij il^eft therchet 
point dans leUrs Uvres. Voyez ttne de leufS 
biblidthiiques f les romans d'uH c6t^ ^ et les 
scholastiques de f dUtre : vdus dirieii^ que les 
^arHes eii Oht iii faitei , et le tout rassembtd^ 
par quelque ennemi secret de la raisoii htt« 
Aaitie. 

Le seul de leufs Uvr^ft qui Sdit bbn » est 
c^lui qui a fait voir \t Mit\x\t de tobs \H 
autres. 

Us ont fait des d^couvertes iiiittieftses daos 



P ^ ft S A N £ S. 107 

le nottveau monde 9 et ils ne connoissent pas 
•Booreleur f>Fopc«ominent :-iUy a^ sur leurs 
riviires , tel pont qui n'a pas encore ^t^ d6- 
couverc , jetdans.leurs montagnes , des aations 
qui leur sont inconnues (*)• 

lU disentrq^ )e :$«|kil pe l^ye et jft couche 
(dans leur pays : mais il faut dire aussi qu*ea 
6isant sa course ^ jl ne rencontre que des 
campagnes minxes et des contr^es d^senes. 
1 • • • ' 

^ne^serois pa^(5cW , Kshek , de voir une 
lettre ^rite JL Madrid^ par un Espagnol qui 
yojag^oit en France ; je crois qu'il yengeroit 
b^p sg^natioq. Qu^l v^ste .chanjp ^pour uo 
oomoie ^egmatique et pensif ! Je in*im^giqe 
gufil ^ofDi9Wc;?roit ainsi la descrjptioo de 

|1 ^ a ici une maison oii Ton met 1^ fous : 
bn.croiroit d*abord qu'elie est la plus grande 
4e Jia .ville.; pioa : le remade est l^ien petit 
pour le mal. $aAs doute que 1^ Fran9Qis ^ 
C^trfiqemefit d^ri^s ^\\ez leurs ^voisips , ep* 
ferment quelques fous dans pne maison , pojir 
persuader que ceux qui sont dehors ne le .sont 
pas* 

. Je^.laisse-U mon EspagnqL Acileu^ mon 
c^wr^UsbsJc. . . 

Pi Paris f k ^4t l^.Aw 



^ 

^ 



208 L E T T R E S 

LETTRE LXX IX. 

Le grakd EuNViiUE jfoijL 4 UsbeX. 

JrliER <)es Arm^iiens men^rent au senail 
line jeune esclave de Circassie , qu'ils vouloient 
vendre* J e la fis entrer dans les appaitemens 
secrets , je la d^shabillai , je Texaminai avec le$ 
regards d'un juge ; et, plus je Vexaminai , plus 
je lui troiivai de graces. Une pudeur ' virginale 
sembloit vouloir les d^rober 4ina vue r'je vis 
tout ce qu'il lui en coutoit pour ob^ir' : ell6 
roiigissoit de ^e voir nue , ni6me devant moi 
qui , exempt des passions qui peuvent alarmer 
la pudeur , suis inanim^ sous Tempire de ce 
sexe i et qui , ministre deia modestie, dans 
les actions les plus libres , ne porte que de 
chastes regards ^ et ne puis inspirer qiic Pin« 
nocence. 

D^s qu^ je Teus jug^e digne de toi*, je 
baissai les veux 2 je lui jettai un manteau 
d*^carlate ; je lui mis au doigt un anneau d'or, 
je me prosternai ii st% pied$ ^ je Tadorai comme 
la reine de ton ceeur. Je pfiyai les Arm^niens ; 
je la d6robai ^ tous les ypux. Heure^x Usbek I 
tu possedes plus de beaut^s que n'en enferment 
tous les paUis d'orientt Quel plaisir pourtoi^ 

4e 



PerSanes. ao9 

de trouvcr ^ k ton retour ^ tout ce que la Perse 
a de plus ravissant ! et de voir , dans ton 
serrail , renaitre les graces , k mesure que le 
temps et la possession travaillent k les detruire ! 

Du serrail de Fatme ^U i de la 
bine de RAibiaby i, lyif. 



LETTRELXXX. 

« • - 

l/SB EK a RnkDi. 

XJ £ p U I s que je suis en Europe f mon cher 
Rh6di 9 j'ai vu bien des gouvernemens. Ce 
n'est pas comme en Asie » oil les regies de la 
politique se trouvent par«tout les mSmes. 

J'ai souvent recherche quel ^toit le gou- 
yerneineht le plus conforme k la raison* II 
m'a semble que le plus parfait e$t celui.qui 
ya ik son but a moins de frais ; de sorte que. 
celui qui conduit les hommes de la manierequi 
convient le plus k leur penchant et k leur in* 
clination , est le plu^ parfait. 

Si 9 dans un gouv^rnement doux ^ le peuple 
est aussi soumis que dans un gouvernement 
siv^re ; le premier est preferable , puisqu'iL 
est plus conforme k la raison , et que la se^*; 
V^lit^ est un motif ^tranger^ 

Compte , xnon cher Rhedi ^ que dans un 
^tat, les pein^s plyis^ gu mpins cruelles ne 

Tom^ IK D d 



210 Le. TTRES 

font pas que Ton ob^isse plus aux loix. Dans 
les pays oil les chdtimens tont mod^r^s , on 
les craint comme dans ceux oti ils sont tyran* 
niques et affreux. 

Soit que le gouvernement soit doux ^ soit 
qu'il soit cruel , on punk toujours par degrds; 
on inflige un chStiment plus ou moins grand 
ii un crime plus ou moins grand. L'imagination 
se plie d'elle-m&me aux mceurs du pays oil 
Ton est : huit jours de prison » ou une lighre 
amende , frappent autant I'esprit dTun Euro- 
p6en nourri dans un pays de douceur , que la 
perte d*un bras intimide uh Asiatique. lis at- 
tachent un certain degre de crainte k un certain 
degr^ de peine ^ et chacun la partage k $a fa* 
f'on : le d^sespoir de Tinfamie vient d6soler 
un Francois condamn^ k une peine qui h*6teroit 
pas un quart-d'heure de sommeil k un Turc# 

D'ailleurs 9 je ne vois pas que la police , 
la justice et T^quit^ , soient mieax observ^es 
en Turquie , en Perse 9 chez le Mogol , que 
dans les r^publiques de HoUande f de Venise » 
et dans I'Angleterre m£me : je ne vois pas 
qu'on y commette moins de crimes ; et que 
les hommes ^ iotimid^s par la grandeur des 
chdtimens , y soient plus soumis aux loix. 

Je remarque » au contraire ^ une source 
d'lnjustice et de vexations au milieu de ces 
m6mes dtats. 

Je trouve mSme le prince » qui est la loi 
m6me , moins maitre que par-tout ailleurs. 

Je vois que 9 dans ces momens rigoureux. 



. . .*«-r'*- 



Persanes. an 

il y a toujours des mouvemens tumultuetix oil 
personne n'est le chef: et que , quand une fois 
I'autorit^ violente est mipfisie , il n'en reste 
plus assez k personne pour la faire revenir : 

Que le d^sespoir mSrne de Timpunit^ con- 
firme le d^sordre , et le rend plus grand : 

Que , dans ces ^tats ^ il ne se forme point 
de petite revoke ; et qu'il n'y a jamais d*in- 
tenralle entre le munnure et la sedition : 

Qu'il ne faut point que tes grands ^v^nemens 
J soient pr^par^s par de grandes causes : au 
contraire y le moindre accident produit une 
grande revolution , souvent aussi impr^vue de 
ceux qui la font ^ que de ceux qui la soufient. 

Lorsque Osman , empereur des Turcs , fut 
d^pos^ f aucun de ceux qui commirent cet at^ 
tentat ne songeoit k le commettre : its deman- 
doient seulement » en supplians , qu*on leur 
fit justice sur quelque grief: une voix^ qu'on 
ti*a jamais connue , sortit de la foule par ha- 
$ard ; le nom de Mustapha fut prononc^ ^ et 
seudain Mustapha fut empereur. 

Di Paris^ le 2de ia kn$ 



^ 



Dd % 



211 



L E T T R E S 



LETTRELXXXL 

» 

N ARGU M J envoy i de Pent en Moscovie J 

a USBEK. 

A Saris. 

JL/E toutes les nations du monde, mon cher 
Vsbek , il n'y en a pas qui ait surpasse celle 
des Tartares par la gloire ^ ou par la grandeur 
des conquetes. Ce peuple est le vrai domi- 
nateur de l-univers : tous les autres semblent 
6tre faits pour le servir : il est igalement le 
fondateur et le destructeur des empires : dans 
tous les temps ,. il a donnd sur la terre des 
marques de sa puissance ; dans tous les Sges ^ 
il a ete le fleau des nations. 

Lts Tartares ont conquis deux fois la Chine ^ 
et ils la tiennent encore sous leur obeissance. 
lis dominent sur les vastes pays qui forment 
Tempire du Mogol. 

Maitres de la Perse , ils sont assis sur le 
trone de Cyrus et de Gustaspe. lis ont soumis 
la Moscovie. Sous le.nom de Turcs , ils ont 
fait des conquetes immenses dans I'Europe , 
TAsie et TAfrique ; et ils dominent sur ces 
trois parties de I'univers. 

Et , pour parler de temps plus recules , c*est 



P E R S A N EM. 213 

fiVux qae sont sortis quelques-uns des peuples 
qui ont renvers^ Tempire romain. - 

Qu'est-ce que les conquStes d' Alexandre j 
en' comparaison de celles de Genghiscan? 

n n'a manque k cette victorieuse nation que 
des historiens , pour c^l^brer la* memoire de 
ses merveilles. 

Que d'actions immortelles ont ete ensevelxes 
dans Toubli ! que d'empires par eux fondes , 
dont nous ignorons Torigine ! cette belliqueuse 
nation , uniquement occup^e de sa gloire pre- 
sente 9 sure de vaihcre dans tous les temps » 
ne songeoit point h se signaler dans Tavenir 
par la memoire de ses conquetes pass^es. 

Df Moscow y k 4 dt la luMi 



L E T.T RE L X X X I I. 
Rica d la ben, 

A Smirne. 

• • • ' 

V^ u o I Q u E les Franjois parlent beaucoup, 
il y a cependant parmi eux une espece de 
dervis taciturnes , qu'on appelle chartreux* 
On dit qu'ils se coupent la langue en entrant 
dans le convent : et on souhaiteroit fort que 
tous les autres dervis se retranchassent de 



I 



214 ^ E T T a £ S 

xnSme tout ce que leur profession laur rend 
inutile. 
A propos de gens taciturnes » il y ^n a de 
I bien plus singuliers qvie ceux«U , et qui on( 

. un talent bien extraordinaire* Ce sont ceux 

\ qui savent parler sans rien dire ; et qui amusent 

une conversation pendant deux heures de 
temps 9 sans qu'il soit possible de les de^eler^ 
d'Stre leur plagiaire , ni de retenir un mot de 
ce qu'ils oni dit« 

Ces sortes de gens sont s^dores des femmes : 
^lais ils ne le sont pas tant que d'aKtres qui 
ont re(u de la nature I'aimable talent de sou«* 
rire k propos 9 c'est-ii-^ire » k chaque instant, 
, ' et qui portent la grace d!une joyeuse appro- 

bation sur tout ce qu*elles disent. 

Mais ils sont au comble de Tesprit 9 lors- 
qu'ils savent entendre finesse a tout ^ et trouver 
mille petits traits ing^nieux dans les choses les 
plus communes. 

Ten connojs d'autres qm se sont bien trouvis 
d'introduire dans les conversations des choses 
inanim^es , et d'y £aiire parler leur habit brod^, 
leur perruque blonde f leur tabati^re f leur 
canne et leurs gants. II est bon de commencer 
de la rue k se faire ^couter par le bruit du 
carrosse , et du marteau qui frappe rudement 
la porte : cet avant-propos pr^vient pour le 
reste dudiscours : et^ quand Texorde est beau,^ 
il rend supportables toutes les sottises qui 
viennent ensuite » mais qui ^ par bonheur , 
arrivent trop tard. 



Persanes. 215 

Je te promets que ces petits talens , dont 
on ne £iit aucun cas chez nous ^ servent bien 
id ceiix qui sont asset heureux pour les avoir ; 
et qu'un homme de bon sens ne brille gu^re 
devant euit. 

Dt Parisy U 6 deU bine 
di Rkibiab^ Zj t^ij* 



LETTRE LXXXIU. 

• V $ B E K i R H £ JD r. 

A Vtnise. 

O'lL y a un Dieu , mon chet Rh^di , il faut 
n^cessairement qu'il soit juste : car , s'il ne 
r^dit pas t il seroit le plus mauvais et le plus 
impaffait de tous les itres. 

La justice est un rapport de convenance ^ 
qui se trouve r^ellement entre deux choses : 
ce rapport est toujours le mdrne 9 quelque 6tre 
qui le consid^re » soit que ce soit Dieu » soit 
que ce soit un ange , ou enfin que ce soit un 
bomme. 

n est vrai que les bommes ne voient pas 
toujours ces rapports : souvent mSme, lors- 
quMs les voient , ils s*en ^loignent ; et leur 
int^rSt est toujours ce quHls voient le mieux. 
La justice ^l^ve sa voix ; mais elle a peine k 
se faire entendre dans le tumulte des passions. 

Les hommis peuvent faire des injustices » 



Il6 L E T T R E S 

parce qifils ont interet de les commettre , et 
qu'ils preferent leur propre satisfaction k celle 
des autres. Cest tou jours par un retour sur 
eux-memes qu'ils agissent : nul n'est mauvais 
gratuitement : il faut qu'il y ait une raison 
qui determine ; et cette raison est toujours une 
raison d'interSt. 

Mais il n'est pas possible que Dieu fasse 
jamais rien d'injuste : des qu'on suppose qu'il 
voit la justice , il faut necessairement qu'il la 
suive : car , comme il n'a besoin de rien ^ et 
qu'il se sufHt k lui-m8me> il.seroit le plus 
mechant de tous les 6tres , puisqu'il le sefoit 
sans inter6t. 

Ainsi 9 quand il n*y auroit pas de Dieu » 
nous devrions toujours aimer la justice ; c'est- 
k'dixe y faire nds efforts pour ressembler k cet 
Stre dont nous avons une si belle id^e , et 
qui J s'il existoit , seroit necessairement juste. 
Libres que nous serions du joug de la reli- 
gion , nous ne devrions pas TStre de celui de 
Pequit^, 

Voilk 9 Rhedi , ce qui m'a fait penser que 
la justice est ^ternelle, et ne depend point 
des conventions humaines. Et , quand elle eit 
dependroit , ce seroit une v^rite terrible , qu*il 
faudroit se derober k soi-m6me. 

Nous sommes entour^s d'hommes plus forts 
que nou$ ; ils peuvent nous nuire de mille 
manieres diffi^rentes ; les trois quarts du temps^ 
ils peuvent le faire impun^ment : quel repos 
pour nous , dp savoir cpi'il y a^ dans le co^ur 

dc 



P E R S A N E S. 217 

de tbus ces homines , un principe int^rieur 
qui combat en notre faveur » et nous met k 
couvert d6 leurs entreprises ? 

Sans cela { nous devrions Stre dans une 
frayeur continuelle ; nous passerions devant 
les hommes comma devant les lions ; ^t not^s 
ne serions jamais assures un moment d^ notre 
bien , de notre honneur » et de notre Vie. 

Totttes ces pens^es m'animent con^re ces 
docteurs qui repr^sentent Dieu comme un Stre 
qui fait un exerdce tyrannique de sa puis- 
sance; qui le font agir d'une mani^re dont 
nous ne voudrions pas agir nous*mSmes , de 
peur de Toffenser ; qui le chargent de toutes 
les imperfections qu*il punit en nous ; et » dans 
leurs opinions contradlctoires 9 le repr&entent 
tantdt comme un ^re mauvais^ tantdt comme 
un dtre qui bait le mal et le punit« 

Quand un homme s*examine , quelle satis- 
Action pour lui de trouvef qu^l a le coeur 
|uste ! Ce plaisir , tout s6yhre qu^il est 9 doit 
le ravir : il voit son Stre autant au*dessus de 
ceux qui ne Tout pas , qu'il se voit au-de^sus 
des tigres et des ours. Oui 9 Rhidi ; si j'^tois 
sftr de suivre toujours inviolablement cette 
^quit^ que j'ai devant les yeux 9 je me croirois 
le premier des hommes, 

Z>< Paris, le 1 de la Ittn^ 
di Qtrnmadif 1, lyij^ 




Tom ly^ E« 



ii9 



L E T T R E S 



^ 



LETTRE LXXXIV. 

t 

Rica i ♦»♦. 

Je fus hier aux Invalides : j'aimerois autant 
avoir fait cet ^tabli$sement » si j'^tois prince ^ 
^ue d'avoir gagn^ trois batailles. On y troure 
par -tout la main d'lm grand sionarque* Je 
crois que c'est le lieu le plus respectable de 
la terre. 

Quel spectacle » de voir assemblees dans 
un mdme lieu toutes ces victioies de la patrie f 
qui ne respirent que pour la d^fendre ; et qui^ 
se sentant le m8me coeur , et non pas la mime 
force f ne se plaignent que de Timpuissance oil 
elles sont de se sacrifier encore pour elle I 
. Quoi de plus admirable que de voir ces 
guerriers d^biles > dans cette retraite ^ observer 
ime discipline aussi exacte que s'ils y dtoient 
contraints par la pr^ence d'ua ennemi j cher- 
cher leor demise satisfaction dans cette image 
de la guerre 9 et partager leur coeur et leur 
•esprit entre les devoirs de la religion et ceux 
de Tart militaire 1 

Je voudrois que les noms de ceux qui 
meurent pour la patrie 9 fiissent conserves dans 
les temples ^ et Merits dans des registres qui 
fussent comme la source de la gloire et de la 
noblesse. 

Dt Paris f U if tU la huu 
it Gtmmadif i, ijis* 



Pe&sanes. 



XI9 



1 



LETTRE LXXXV. 

USBEK it MlKZA. 
A Ispahan. 

X U sais , Mirza , que quelques ministres de 
Cha-Soliaian ayoientform^ le dessein d'obliger 
tous les Armdniens de Perse de quitter Ic 
royaume 9 ou de se faire Mahometans 9 dans 
la pen»ie que notre empire seroit toujours 
poUu^ J tan^ qu'il garderoit dans son sein ce$ 
infid^les. 

C^oit fek de la grandeur persane » si , dans 
cette occasion , Taveu^e devotion avoit iii 
icoutde. 

Oa ne saic comment la chose manqua. Ni 
ceux qui firent la proposition , ni ceuz qui la 
rejett&rent » n'en connurent les consequences t 
le hasard fit TofEce de la raison et de la po« 
fitique 9 et sauva Tempire d'un p^ril plus grand 
que celui qu'il auroit pu courir de la perte 
d'une bataille 9 et de la prise de deux villes. 

En proscrivant les Arm^niens 9 on pensa 
ddtruire 9 en un seul jour 9 tous les n^gocians 9 
et presque tous les artisans du royaume. Je 
suis sur que le grand Cha-Abas auroit mieux 
aim6 se faire couper les deux bras 9 que de 
signer un ordre pareil ; et qu'en envoyant au 
Mogol 9 et aux autres rois des Indes 9 st% sujets 

Ee % 



220 L E T T R E S 

Us plus industrieux , il auroit era leur donner 
la moiti^ de ses etats. 

Les persecutions que nos Mahometans zel^si 
ont faites aux Guebres, les ont obliges de 
passer en foule dans les Indes , et ont priv6 
la Perse de cette nation si appliqu^e au labou- 
rage » et qui seule > par son travail , ^toit en 
^tat de vaincre la st^riiit^ de nos terres. 
■ II ne restoit k la devotion qu'un second coup 
ii faire : c'etoit de miner Tindustrie ; moyen- 
nant quoi I'empire tomboit de lui*m£me > et 
avec \\xif par une suite n^cessaire , cette m6me 
religion qu'on vouloit rendre si florissante. 

S'il faut raisonner sans prevention 9 je ne 
sais 9 Mirza , s'il n'est pas bon que > dans un 
^tat , il y ait plusieurs religions. 

On remarque que ceux qui vivent dans des 
religions tol^r^es 9 se rendent ordinairement 
plus utiles k leur patrie f que ceux qui vivent 
dans la religion doniinante ,. parce qu'^loign^s 
deshonneurs, ne pouvant se distingu^r que par 
leur opulence et leurs richesses , ils sdnt port^s 
k en acqu^rir par leur travail f et k embrasser 
les emplois de la soci^t^ les plus p^nibles* 

D'ailleurs , comme toutes les religions con- 
tiennent des preceptes utiles k la soci^t^^ 
il est bon qu'elles soient observees avec zele. 
Or, qu'y a-t-il de plus capable d'animer ce 
zele 9 que leur multiplicity ? 

Ce sont des rivales qui ne se pardonnent 
rien. La jalousie descend jusqu'aux particu- 
bers : chacun se tient sur ses gardes ^ et craint 



P E R S AN £ S. ill 

de faire des choses qui d^shonorerolent son 
parti , et Texposeroient aux m^pris et aux cen- 
sures xmpardonnables du parti contraire. 

Aussi a-t-on toujours remarqu^ qu'une secte 
nouvelle^ intrpduite dans un ^tat, ^toit le 
moyen le plus sdr pour corriger tous les abus 
de I'ancienne. 

On a^eau dire qu'il n'est pas de Tint^rSt du 
prince de soufirir plusieurs religions dans son 
etat : quand toutes les sectes du monde vien- 
droient s'y rassembler ^ cela ne lui pprteroit 
aucun prejudice 9 parce qu'il n'y en a aucune 
qui ne prescrive Tob^issance ^ et ne pr6che la 
soumission. 

Pavoue que les histoires sont remplies de 
guerres de religion : mais 9 qu^on y prenne 
bien garde ; ce n*est point la multiplicity des 
religions qui a produit ces guerres , c'est Tesprit 
d'intoUrance qui animoit celle qui se croyoit 
la dominante. 

C'est cet esprit de pros^lytisme , que les 
Juifs ont pris des Egyptiens, et qui d'eux est 
passd> comme une maladie ^pid^mique et po- 
pulaire > aux mahom^tans et aux Chretiens. 

C'est enfin cet esprit de vertige, dontles 
progris ne peuyent fitre regardis que comme 
une Eclipse entiere de la raison humaine. 

Car enfin , quand il n'y auroit pas de Tin- 
humanity k affliger la conscience des autres , 
quand il n'en resulteroit aucun des mauvais 
efFets qui en germent k milliers , il fatidroit 
Stre fou pour s*en aviser. Celui qui veut me 



1X1 L fi T T R E S 

£iire changer de religion, ne le fait^ sans 
doute 9 que parce qu'il ne changeroit pas la 
slenne, quand on voudroit Vy forcer : il 
trouve done Strange que je ne fasse pas une 
chose qu'il ne feroit pas lui-mSoie » peut«£tre 
pour Tempire du monde. 

Di Paris j le 26 de ia bmt 
de Cemmadip §, i/i;. 



LETTRE LXXXVL 
Rica J ♦♦♦. 

iL semble ici que les families se gourement 
toutes seules. Le niari a'a qu'une ombre d'aa- 
torit^ sur sa femme , Ic phre sur ses enfiuis , 
le maitre sur ses esclaves. La justice se mSle 
de tous leurs diffiirends : et sois siir qu'elle est 
toujours contre le man jaloux , le pire cha« 
grin 9 le maitre incommode. 

Tailai Tautre jour dans le lieu oil se rend 
la justice. Avant d'y arriver , il faut passer 
sous les armes d'un nombre infini de jeunes 
marchandes f qui vous appellent d'une voix 
trompeuse. Ce spectacle d'abord est assez 
riant : mais il devient lugubre, lorsqu'on entre 
dans les grandes salles , oil Ton ne voit que des 
gens dont Thabit est encore plus grave que U 
figure. Enfin , on entre dans le lieu sacr^ oil se 
r^v&lent tous les secrets des families , et oil 



P E R S A N E S. 123 

Us actions les plus cach^es sont mises au grand 
four. 

lA f une fille modeste vient avouer les 
tourmens d*une virginit^ trop lon^ - temps 
gard^e » ses combats ^ et sa douloureuse resis- 
tance : elle est si peu fi^re de sa victoire^ 
qu'elle menace toujqurs d'une defaite pro- 
tfhaine; et, pour que soh p^re n*ignore plus 
ses besoins 9 elle les expose k tout le peuple. 

Une femme €SrotA6e vient ensuite exposer 
les outrages qu'elle a feits k son ^poux , comme 
une raison d'en &trt separ^e. 

Avec unemodestie pareille, une autre vient 
dire qu'elle estlasse de porter le titre de femme 
sans en jouir : elle vient r^v^ler les mysteres 
cach^ dans la nuil du mariage : elle veut 
qu'on la livre aux regards des experts les plus 
hahiles ^ et qu'une sentence la r^ablisse dails 
f ous les droits de la virginit6. U y eo a m£me 
ijpx osent d^fier leurs maris , et leur demander 
tn public un cOmbat que les tdmoins rendent 
si (Ufficile : ^preuve aussi fl^trissante pour la 
femme qui la soutient , que pour le mari qui 
y succombe* 

Un nombre infini de filles , ravies ou s^- 
duites , font les hommes beaucoup plus mau- 
yais qu*ils ne sont. L^amour fait retentir ce 
tribunal : ou n'y entend parley que de peres 
irrit^s, de filles abus^es, d'amans iniideles^ 
et'de maris chagrins. 

Par la loi qui y est observ^e ^ tout enfant 
n6 pendant le mariagef , est cens^^tre au mari : 



224 L £ T T R ,E S 

il a beau avoir de bonnes raisons pour ne le 
pas croire ; la loi le croit pour lui , et le sou- 
lage.de Texamen et des scrupules. 

Dans ce tribunal » on prend les voix k la. 
majeure :* mais on dit qu*oa a reconnu', par 
experience » qu'il vaudroit mieux les recueillir 
4 la mineure ; et cela est assez nature! ; car il 
y a tres-peu d'esprits juStes » et tout le .monde 
con vient qu*il y en a une infinite de faux. 

De 'Paris f le i de la bmt 
de Gemmadi, 2 , t7is» 



L ET T R E LXXXVIL 

Rica i, *»*. 

VxN dit que lliomme ^t un animal sociable. 
$ur ce pied-1^ , il me paroit qu*un Francois 
est plus homme qu'un autre : c'est llioinmc 
par excellence ; car il semble 6tre £ut uni- 
quement pour la soci^td. 

Mais j'ai remarqu6 , parmi eux, des gens 
qui 9 non-seulement sont sociables 9 mais sont 
eux-m6mes la soci^t^ universelle. lis se multi- 
plient dans tous les coins ; ils peuplent en 
uh moment les quatre quartiers d'une ville : 
cent hommes de cette esp^ce abondent plus 
que deux mille citoyens : ils pourroient r^- 
parer , auz y eux des Strangers , les ravages de 
la pe^te «t de la &mine. On demande ^ dans 

les 



Persanes. 115 

Us icoles , si un corps peut Stre en un instant 
en plusieurs lieux ; ils s'ont une preuve de ce 
que les philosophes mettent en question. 

Ils sbnt toujours empresses , parce qu*ils 
ont raflfaire importante de demander k tous 
ceux qu^ls voient, oil ils yont^ et d'oii ils 
viennent. 

On ne leur 6teroit jamais de la t&te qu'il 
est de la biens^ance de visiter chaque jour le 
public en detail , sans compter les visites qu'il 
font en gros dans les lieux oil Ton s'assemble i 
mais , comme la voie en est trop abr6g6e » 
elles sont compt^s pour rien dans les regies 
de leur c^r^monial. 

Ils fatiguent plus les portes des maisons k 
coups de marteau , que les vents et les tem* 
p8tes. Si Ton alloit examiner la liste de tous 
les p(»tiers 9 any trouyet'oit chaque jour leur 
nom estropi^ de mille mani^res en carac- 
t^res suisses. Ils passent leur vie k la suite 
d'un enterrement, dans des complimens de 
condol^ance , ou dans des f<§Iicitations de ma* 
riage. Le roi ne fait point de gratification k 
quelqu'un de ses siijets , qu'il ne leur en coute 
une voiture pour en aller t^moigner leur joie. 
Enfin y ils reviennent chez eux , bien fatigues , 
se reposer 9 pour pouvoir reprendre le len^ 
demain leurs p^nibles fonctions. 

Un d'eux mourut Tautre jour de lassitude ; 
et on mit cette ^pitaphe sur son tombeau* 
C'est ici que repose celui qui ne s'est jamais 
repos^. II s'est promen4 k cinq cent trente 

Tom IF. Ff 



Il6 L E T T R B S 

enterremens, II s'est r^joui de la naUsance dt 
deux mille six cent quatre-vingt enfans. Les 
pensions dont il a filicite ses amis , toujours 
en des termes diff^rens » montent k deux mil« 
Jions six cent mille livres ; le chemin qu'il a 
fait sur le pave, k peufmille six cent stadest 
celui qu'il a fait dans la campagne,.^ trente- 
^x. Sa conversation ^toit amusaiite ; il avoit 
un fonds tout fait de trois cent soixajite«cxnq 
contes ; il possedoit d'ailleurs, depuis soa 
jeune 3ge , cent dix-huit apophtegmes tir^s des 
anciens , qu'il employoit dans les occasions 
brillantes. II est mort enfin k la soixanti^me 
annee de son &ge* Je me tais , voyageur ; car 
comment pourrois-je achever de te dire ce 
qu*U a fait et ce qu'il a vu ? 

Pt Psris^ Il J de la lune 
de Ganmadij »^ iy»s* 

L E TT R E LXXXVIII. 

t/SBEK a RhEDI. 

A Vtnisu 

^ Paris regne k liberty et Tegalit^. Lt 
naissance , la vertu » le m^rite mSme de la 
guerre , quelque brillanc qu'il soit s ne sauvent 
pas un hoinme de la foule dans laquelle il est 
confondu. La jalousie des rangs y est incon* 
nue. Oo dit que le premier de Paris est celui 
qui a les meilleurs cbevata a son carxosse» 



P'E R S A N E S« 127 

Va grand seigneur est un homme qui voit 
le roi 9 qui parle aux ministres 9 qui a des 
ancStres » des. dttt^i et de$ petlsions. S'il 
peut 9 avec cela , cacher son oisivet^ par ua 
air empress^ » on par un feint attachemenC 
pour les plaisirs , il croit Stre le plus heureux 
de tons les homml^s. 

En Perse ^ ii n'y a de grands , que ceux k 
^ui le moharqve donne quelque part au gou« 
femement. Ici , il y a des gens qui sont grands 
par lettr naissance } mats its sont sans credit* 
Les rots sont oomme ces ouvriers habiles, 
qui 9^ pour exicuterleurs dwrages , se servant 
toujours des machines les -plus simples. 

La Aveur est la grande dimit^ des f ran*- 
f ois. Le ministre est ie ^raiid**prStre j qui lui 
ofBse bien des Victiifies. Ceilx qui Tentourent 
he SMC point habilkis: de blanc : nintdt sa« 
4!rificateurs , et tantdt MorifiiSs , ils se dt^vouent 
euscmimes k leiir id<}le avec tout le peuple. 



JPe Paris.f le p di la lung 
dcGemmadi^ z^ lyiS* 



# 




Ff 1 



»l8 L E T T R E S 



t^m 



LETTRE LXXXIX. 

USBEK k iBBEJf. 

A Smirm. 

JLe desir de la gloire n'^t point difiiirent 
de cet instinct que toutes le^ creatures ont 
pour leur conservation, II semble que nous 
augmentons notre Stre , lorsque nous pouvons 
le porter dans la memoire des autres : c*est 
une nouvelle vie que nous acqudrons , et qui* 
nous devient aussi pr^cieuse que celie que nous 
avons refue du ciel. ^ 

Mais 9 comme tous les hommes ne sont pas 
^galement attaches k la vie , ils ne sont pas 
aussi egalement sensibles k la gloire. Cette 
noble passion est bien toujours grav^e dans 
leur coeur : mais Timagination et T^ducation 
la modifient de mille mani^res. 

Cette differences qui se trouve d*honime 
Ik homme, se fait encore plus sentir de peuple 
ii peuple« 

On peut poser pour- maxime que » dans 
chaque ^tat » le desir de la gloire croit avec 
la liberte des sujets , et diminue avec elle : la 
gloire n'est jamais compagne de la servitude. 

Un ^omme de bon sens me disoit Tautre 
jour : on est en France, <^ bien des ^gards, 
plus libre qu'en Perse ; aussi y aime-t-on plus 



Persanes. 229 

la gloire. Cette heureuse faotaisie fait faire i 
tin Franf ois , avec plaisir ct avec go(it , ce 
qu^ votre stdtan n*ohtient de ses sujets qu'en 
leuT' mettant sans cessei devant les yeux les 
supplaces et les recompenses. 

Aussi 9 parmi nous , le prince est-il jaloux 
de rhonneur du dernier de ses sujets. 11 y a ^ 
pour le.maintenir 9 des tribunaux respectables : 
c'est le tre$or sacr6 de la nation ; et le seul 
dont le souverain n'est pas le maitre > parce 
qu*il ne peut I'Stre sans cboquer •ses int^rSts.^ 
Ainsi 9 si un sujet se trouve bless6 dans son 
honneur par son prince , soit par quelque pre* 
firence » soit par la moindre marque de ro^- 
pris , xl quitte sur le champ sa cour , son 
emploi , son service » et sie retire chez lui. 

La di£F6renc^ qu'il y a des troupes fran« 
poises aux autfes ^ c*est que les unes , com- 
pos^es d'esclaves naturellement Idches > ne 
aurmojntent la drainte de la mort que par celle 
dUi chfttiment ; ce qui produit dans Tame un 
nouyieau genre de terxeur qui la rend comme 
stupide : au lieu <)ue les autres se pr^entent 
9UX ooup3 avec ddipes , et bannissent la 
ciainte par iine satisfaction qui lui est snpi- 
rieure. 

Mai$ le sanctuair^ de ))'honneur, dela r^^ 
putation et de la vertu ^ semble " £tre ^tabli 
dans les r^publiques ^ et dans les pays oil Ton 
peut prononcer 1^^ mot de patrie. A Rome 9 
k Athlnes , k Lac^d^mone 9 Thonneur payoit 
seul les services les plus signal^s. Une cou- 



130 L E T-T R E S 

ronne cks chSne ou de laurier^- ulie stUiie^ 
un* cloge , ^toient une recompense immense 
poiir une bamlle gagnee y ou une ville prisiv 

L^ y un faomme ciui a'^it fak une telle -^ 
tion , se trouvoit suffisdliitiietit f^ompensi par 
cette action ifiS^m^. II ne pouvoit voir un de 
ses coflipatriotes qu'il ti^ re^svnttc le pfaisir 
d'etre son'binen&ii^ui^t'Ucoiiiptok lenbadDfe 
de s^s servrce^ par celui de se^s contitoyeD^ 
Tout hcmune est c^{XaM^ d^ feire du bien ib 
un homme : Wais c*€St Mss^mblef Mx^dieuXy 
que de confribuef aii botihiw d^e soci^tA 
enti^re. 

Or , cette nobl# ^uhrtl(M fte doitM^Ue irabit 
dtre enti^emehf^inte dain^sle Meur'de rbsr 
Persahs, chez lijQi 4ts ealptois et tes digtxit^ 
ne sont que de^ 4iti»ibu^s d^ tar faMabsie du 
souverain ? La rif pOtatioh et te *9^mi y soot 
regard^es coilitne imagifnait'es ^ si^flks nesofit 
accompagn^es de la fafv6ur du pfe-ince, avec 
taqueUe elles tOl^sttit tt meur^tit de nidrnd^ 
Un homme qui a pour tui restime pobUque^ 
fi'est jamais s\kc de iie pas ^1^ desbonor^ de^ 
main. Le voil^ aujourdliui ^babtzX Hwcmit ( 
peur-€tlre que le prince le Va fkire non cm* 
sinier , et qu'il ne lui laissera plus k esp^m 
d^utre dloge que cetui d'Wrdtr ^it un bon 

De Pdtis^k n de-Ja lok 
de OetnnuuH , 1 ^ ipf. 



P E R S A N E S. ftjt 

L E T T R E X C. 

Us B E K au mimtm 
A Smiinu 

JL/E cette passion gdn^rale que la nation 
fran^oise a pour la gloire^ il s'est fortfti^ 
dans Tesprit des particuliers , un certain je ne 
sais quoi , qu'on appelle point - d'honneiir ; 
c^est proprement le caract^re de chaque pro-' 
fession : tnais il est plus marqu^ chez lei gens 
de guerre , et c*est 1 e point-d^honneur par ex- 
cellence. II me seroit bien difficile dete'faire 
sentir ce que c'est ; car nous n'en avons point 
pr^cisement d'idde. 

Autrefois les Francois , sur-tout Ie$ nobles ^ 
ne suivoient gu^re d'autres loix que celle de 
ce point **d*hohneur : elles rigloient toute U 
conduite de leur vie ; et elles ^totent si se- 
Teres, qu'on ne pouvoit, sans un$ pelpe plus) 
cruelle que la mprt, je ne dis pas les en« 
freindre ^ tnais en ^luder la pUis petite dis- 
position; * ' . » . 
* Quand il s'agissoit de nSgler l^s differends,' 
el!es neprescrivoient gii^re qu'iitte maniere 
de' decision,- qui ^toit fe duel*, qiu trancholl! 
toutes les difficultes. Mais , ce qu'il y avoit 
de mal , e'est que souvent le jugement se ren- 
dolt eiKre d'autres parties que celles qui y 
4toiept.int^ressees. 

• . . 4 .' V » 



231 X E T T R E S 

Pour pen qu'un homme fut connu d'un 
autre , il falloit qu'il entrdt dans la dispute 9 
et qu'il paySt_de sa personne 9' coxnme s'il 
avoit 6t6 lui - mSme en colere. II se sentoit 
toujours honors d'un tel choix et d'une pre- 
ference si flatteuse : et tel qui n'auroit pas 
youlu donner quiatre pistoles k un homme 
Donr le sauver de la potence » lui et toute sa 
ramille f ne faisoit aucune difficult^ d'alier 
risquer pour lui mille fois sa vie. 

Cette mani^re de decider ^toit assez mal 
Ijnaein^e ; car , de ce qu*un homme ^toit plus 
adroit ou . plus fort qu*un autre » il .ne s'ea* 
$uivoit pas qu'il eut de meilleures raisons. , 
, Aussi ies roisl'ont-iis defendue sous des 
peines tres-s6veres : mais c'est en vain; Thon* 
neur » qui veut toujours r^gner ^ se revoke ^ 
et il ne reconnpit point de loix. 

Ainsi Ies Frap^ois sont dans un dtat biea 
violent : car Ies m8mes loix de * Thonneur, 
pbligent un honnete homme de se vengei; 
quand il a ^t^ ofFens^; mais, d'un autre.cot^, 
la justice le punit des plus cruelles peines 
Iprsqu'il se venge. Si Ton suit Ies loix de Thon- 
neur , on perit sur un ^chafaud ; si Ton suit 
celles de la justice, on est banni pour jamais 
de la soci^^ des hommes : il n'y a done que 
cette cruelle alternative # ou de mourir^ ou 
4*6tre iodigne de vivre. 

D* Paris, U 18 de Id buu 
if Gimmadi, a^ i^ij. 

LEtTRE 



P E R SAN E S. 13) 



L E T T R E X C I. 

UsBEK A Rust AN. 

A Ispahan. 

XL paroit^ci un personoage travesti en am« 
$assadeur de Perse , qui se joue insolemtnent 
des deux plus grands rois du monde. II ap- 
porte f au monarque des Francois , des pr^sens 
gue ie notre pe sauroit donner k un roi d'Iri- 
tntixc ou de G^orgie; et, par sa Mckt ava- 
rice , il a fl^tri la majesty des deux empires* 
. II s'est rendu ridicule devant un peuple qui 
pretend 8tre le plus poli de TCurope : et il a 
£cut dire en Occident que le roi des rois ne 
4pmine que sur des barbares. 
, II a re(u des honneurs , qu*il sembloit avoir 
youlu se faire refuser lui-m^me : et ^ comnie 
si la cour de France avoit eu plus k coeur la 
grandeur persane que lui, elle I'a fait paroitre 
avec dignity devant un peuple dent il est le 
iniprts, 

; ^fe dis point ceci i Ispahan : ^pargne la 
t^te d'un mallieureu^* Je ne veux ]pas que nos 
mimstres le punissent de leur propre impru« 

dence ^ et de Tindigne choix qu'ils ont fait, 

• 

Dt Purls, U dtmu dt U koif 
dc Gtmmadi, z^ ijij. ^ 

Tom IF. Gg 



134 1- E T T R E S 



L ETTR£ TL-C^L 

« 

A f^$rtist; 

E morrarque i ^i. a si loiig-^entps ti£gfi6 ; 
nVrt fi\\\s ^). H a blon fait parter ^c$ ^en$ 
pendant sa yit ; tout 1e monde iftst fft li ssi 
ffiorr. f erme et coura^int dans ce dertAec 
moment , fl ^ para ne c^der ^if an desimi 
Ainsi mourut le grand On- Abais » ;aprfe$ avoil^ 
templi toute la teite de son nom. 

Ne erois pas que ce grand ^ fa e m e n t li^t 
fiiit fiiire ici que des T^xtoas morales. Gha-i 
cun a pens€ ^ ses af&ires ^ et 1^ prendre se9 
a vantages dans cediangemem..l.e xol, ztiibtt* 
petit-ims da monarqne ddfbnt , n'^pni- que 
cinq ans , un prince » 5on onde^ aiiti -d^htrS 
regent du roytume. 

Le feu roi avoit'faitun testamenttfiibomeik 
raiitoriti du r^geitt. Ce prim:e4iabile ^ Mzn 
parlement ; et , y exppsant tous les drcfit^ de 
Sa naissaace j ii a fait casser la ^position -du 
monarque , qui , voulant se isur^vre k hii-* 
mSme , sembloit avoir prdtendn t^gnec encore 
apr^s sa mort. 

Les parlemens tfessenftlent k ces ruinei que 

{*) U mtmum le i*! septembre i/xj, . 



^ -^ ^i^^^'^trnt 



P E R SAN E S. llf . 

Ton foule aux pieds , mais qui rappeltent tou- 
jours rid^e de quelque temple fameux par 
ranciemiartligiDiKdes peiipies.vlls ne se oi^lent 
gu^re plus que de rendre la justice ; et leur 
^M9tift6 esr toBfours bnguissame , i moins 
que quelque conjomtore impr^vue ne vienne 
lui rendre la force et la vie. Ces grands corps^ 
&kt ^wM te def9^ de» <fho9ei humames : il& 
<M( c6Ai att tetApn qui Uttmt tout , k la coth 
mptidff de^ moeHr$ qui a- tout aibxbli , k Vzn^ 
WtitS stfpf6incf qui a tout abofttk. 

M!ac5 h rdgerrt , qm* st ratAn se fMdrt 
^gr^able afti peuple 9 a paru d^abcM^ respecter* 
iettt imagpcrdelal^lben^^publiqtte; et, eomoi^ 
#H irtvit pensd i rdev^ de teive te temf^ e» 
IMoIe 9 it a vthito qti'dfi ley regwddt comme 
I'appui dir la itioiisirefifie f eite fondeftteflt d« 
irate afitonii i^ghime^ 



« 



61 » 



%}6 L E T T R E 



^m 



L E T T R E X CM I. 

VSBEK a son frirtSAJiTON'^ au moMsi^t 

dc Casbin. 

J E mliumilie devant toi , sacr^ Saotofi » et je 
sne prosterne : je regarde les vestiges de tes 
pieds » comme.la prunelle de mes yeux. T^, 
saintet^ est si grande ^ qu'il semble que tu aies, 
le coeur de notre saint prophete : tes austi- 
rit^s ^tonnent le ciel m£tne : les anges t'ont 
regard^ du sommet de la gloire, et ont dit: 
comment est-il encore sur la terre ^ puisque 
son esprit est avec nous, et vole- autour da 
trdne qui est.soutenu par les nuies7 c- ^ 

Et comment ne t^hdnorerois-je pas 9 moi qui 
ai appris de nos docteurs , que les dervis , m£me 
infiddes 9 ont toujours un caract^re de saintet^ 
qui les rend respectables aux vrais croyans ; 
et que Dieu s'est choisi 9 dans tous les coiAs 
de la terre 9 des ames plus pures que les 
autres 9 qu'il a s^par^es du monde impie , afin 
que leurs mortifications et leurs pridres fer- 
ventes suspendissent sa colore , pr£te k tomber 
sur tant de peuples rebelles ? 

Les Chretiens disent des merveilles de leurs 
premiers Santons ^ qui se refugi^rent k milliers 
dans les deserts affi'eux de la Th^baide, et 
eurent pour chefs , Paul , Antoine et Pacdme. 
Si ce qu'ils ea disent est vrai 9 leurs vies sont 



P -E It S "A II £ $. 237- 

aussi pleines de prodiges que ceiles de nos 
plussacres immaums. Us passoienrqudquefbis - 
dix aos' entiers sans voir ua s«ul Jiooime : 
oiais ils habitbient la null et'te joitraVecdes 
demons : ils itoieot fans cesse tourment^s par 
ces esprits malins : iU lei trouvoient au lit, ils 
les trouvoient i ta^le ;_ jamais d'asyle contre 
eux. Si tout ceci est vrai , Santon v^nirable , 
y budroit Jiv<Hie' qu^ p^pilpe o'^f^u jjiniais 
T^u en plus imuv^isc cpmiii^giue. ^, , " 
X«S; dir^ens '^^s^. ragardent toutj;^' ces 
btstoires comme une ail^gone bien ^aturelle,^ 
^ipeut servir k nous faire sontir k. inaibeur 
de la codditioii humqitn^ ,Ea y^^n cb^rchons- 
nous, dans U d^Mrti.ua e^at ttjaiiquiUe^ \ie^ 
tsmauons n0u94i|iyent toujouis : 0.0s passions » 
(gor^^ pV. I«».d6a|ftqs> ne nous quittept 
p(^t eAcore : tes qionstres du coeur, ces 
illusions de I'esprit , ces vains fant6mes de 
r^enmif ei 
jftttr* ^jiio 

Pour in< 
Teoyoy^ 4 
tipit^.daiu 

ibgnej4u,j 

«■'■ ' -'■•'-' T- ■ : . rj'i. . -ifU^^ap^ 171/. ■■ 



iff Lett «ie s : 



qu'on n'aircdnWfttsa jajfeeterstlMf sotg«M» 

JeAchf tjdkllfe «t PJrWiw (!« lOoipiWs'J 'ce 

fe'talstiriv«f i:li'i«**t<»''^**' *" "^iamm 
aifitis :■■ UtAi M litSSSnW ««» l»l< teJ tK» 
iuititirteS;' irf His ties* il«p«W d»»)«fp*ra» 
«t il s'Jf flinf ! *W» !«• sVlMli, « l> fflwe 

Kfifk <|«t 

)ei^ j pbnr eniiftin Jeur conscience , mettre 
i'iniqui« en SfMttK , d'en donner des regies, 
d'en former des principes , « d'en tirer des 
cons^uences I 



, im ^pmsttncc ittintit^ 4e not .snW^is ,su^ 
■aKBable -^p&Ue >e«t. 

droit public : comme si le droit pjifrUeii'^toit 
^-1ttt-M«iBe^ydntt.cMoU M9 |»a«'„ k. la 

pensees U-dessus. , ..,,(. , , ; , , , ;; 









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jcs inagl9(t«ts4eh«tff»refnif« k^uWee de 
«io^en ft dto^ftiTi.iehJjqtt, ^'•ple«h.r doit 

I>«ii<«t»e -^tftortdfe "iSstrfibation/fde (josfiSr 
ly^iit t»eUt 'vM^yer *a«tH»ijii«iiflu».<nie 
«aAs la ipreMJ)^. '^ .' - 



«•* ' •♦ 



peupM a f»ett^I«v -^ )»tNrat«Me«tJ»Baitt 
■«*«•» pottf jager-, -^arce Iqw <!«« «Qnt» de 
«»pttte-$odc ^i«6<)c(e«<niioVf^l«2it'«f>ifiibl«s 



<;^ 



i4<J Lett- RES 

a terirtihcr. Lei intiritsde^^xxx nations s6nf 
6i<dirtaireinent si s^parefr, qu^il ne fautqu'auner 
h jttsfice pout la trouv«r ; oa ne peut guite 
se prevenir dans sa propre cause. ^ 

II n'en est pas de mSme des diftewnds cpu 
Hrrivent entre partlcttfiers. Compie Mj- vivent 
en sod^, Icurs interfiis soat« mSl^»jet$t 
cbnfdridus,4l y -en a deitant de sortes diff^- 
rentes , qaHl est n^ssaire: qUun.t^ew -d^' 
brouiUe ce que la copidit^ des parties cherchc 

h obscurcir.' ' ^ l*^. 

- ft nV a <m 4«ux«artes de guenw ju$te$f 
tes un^s qui se font pout repousseP vn ^mUm 
^uiattaquM'lw-autai, pour secoutir.un 

allii qui est attaqu^. , >'• '■,' 

. U p!y ,aaroit poiijt de justice defeire la 
guerre pour des-querelles particuhires du 
Irince , k moios_5ue le cas ne fut « grave, 
Su'iTm&itIt liTmort du pnoce, ou dupeuptfe 
qui ra p^majisVAinsi un; prince m K"* &»« 
la Ruerre parce qu'on Im aura relusS un hon- 

neur qui lui.estdft.* o« l>«<«,^>;/""i ? 
quelque procW^ pen convenable i Ugard de 
ses ambiis«IdeUrs,:«* autreschoses pareiUes; 
aoh «lu*!q«*«^i p«lcef:»Ufrrfle pejit tu^r^^luj 
nia \m refaseU px^tance.l^ J^pn fn ^ 
2^,:cbmtae la difckiration.dft&Uei** doit &txf 

J^ite derjttSWt. dan? Jaq»«l^ '^-^^ f^ 
iours que la peine soit proportionn^e i to 
*iute,-il Attt-voir Si celui k qm on d^clart 
la gueirre nrfrite la mort. Car , f«re la fffenj 
A 9Uiiq*'wi , .€!:<« voui9« J^fuffir.ds.gort. 




«!^^iP»te:-«* 



P E Jt S A N E j; 14% 

. Dans le droit public , Facte de justice le 
plus s^vire , c^est la guerre » puisqu'elle peut 
avoir VefFet de d^truire la soci6t6« 

Les repr^sailles sont du second degr4. C'est 
line loi que les tribunaux n'ont pu s'empicher 
d'observer , de xnesurer la peine par le crime» 
* JJn tibisiime acte de justice , est de priver 
iia prince des avantages qu'il peut tirer d^ 
nous f proportionnant toujours la peine k I'oi^ 
^nse. 

Le quatriime acte de justice 9 qui doit Stre 
le plus frdquent , est la renonciation ^Talliance 
jdu peuple dont on a k se plaiodre. Cette peinf 
•r^pond a ceUe ditbannissemerit, que les trir 
l>unauz ont dtafalie p#iir retrancher libs cpur 
pables de lasoci^t^. Ainsi un prince k i^alf 
jiance duquel nous renonfons est retranch^ 
jde notre soci£t6 , et n*e$t plus vn des metnlires 
qui la composent. \ * 

i On ne p^ut\j>as faire de plus grand affront 
k, iiii prince '9 qu^' de renoocer k son alliaiu:^^ 
si lui faire de pins grand honneui^, que d^ 
la contracter. II n'y a rien , pairmi les hoinmes; 
cpis leur soit plus glorieux^ et m^e plus utile , 
jque d'en voir d'autres toujours atteittifs k leur 
conservation* . ^ 

.. Mais 9 pour que Falliance nous lie, ilfaut 
qu'eUe soit juste : ainsi une alliance faite entre 
deux nations pour en opprimer une troisi^me , 
n'est pas legitime ; et on peut la violer sans 
crime. 

II n'est pas m&ne de Thonneur et de la 

Tom IF. Hh 



I4i LBTTftCS . 

dignit^ iu prince , de s'allier avtc iin tfram 
On dit qu'un monarque d'Ej^ypte fit avenSr 
le roi de Samos de sa cruaatd et de sa tyfannie^ 
et le somma de s'en cOrriger : cotnme tl ne 
le fit p^s , il lui enyoya dSre ffC'A renon^oif 
ii Mn smmi et k son altiance. 

La conquSte ne donne point un droit par 
eUe^m^me. Lorsqoe le peupte subsiste , eUe 
<st un gage de la psAt ei die h reparation da 
tort ; et , si le peuple est d^tniit ou disperse ^ 
lelle est le momiihent ttvate tyraiihie. 

Les if ait^s de pmc soht si sancr^ parmi lei 
lionf nitf^ , ^il sembie qn^b soient la voixde la 
nature quf reclame ses droits. lis ioat tons \6^> 
times y lofsque les comditions en sbm telles , qufe 
les dt^n peoples prayent se consferyer : sans 
qcioi » e«lle des dem soci^tis qtti doh pinr^ 
priv^ de sa dtfenie n^tnreUe par la poix , b 
peut chercher dans la guerfe. < 

'Car la niifure, qui a terbli les difiBrens 
degr^i <le force et de loiUesse parmi lek 
iiommes i a ene6re souven< ^^gsOe la ibiblfe^ 
i la ibrte par le d^spoir. 
r Voili , Cher Rbedi , ce tfb^ f'appelie It 
Aro&t public ; voilil le 4iwt des gens ^ ou p\ut6t 
celui de la raison. 



1 >, 



P E H ^ A N £ S. 141 

LETTRE X C V I. 

'A Pans^ 

JLl tst amv6 ki beaucoup de femmes jasnef 
4vL mjzvmt de Visapour : fen at achst^ one 
pour ton fr^e le gouv^nieur de M^zenderan^ 
qui m'en vbya 9 il y a un mois, son coouiian* 
dement suUime et ^ent tomaps. 

Je me comiois en ifeflunea, d^autant mieuz 
qo'eltes nerme auvprenoent pas ^ et qu'qii moi 
les yeux ne sent point troiiibli^ ipar les moi^ 
^i^efnens da coew* 

Je ii*ai jamais yu de beaut^ si riguliire et 
si parfaite : ses yeux brillans portent la vie 
sur son visage 9 et reinvent r^ciat.d'une'cou* 
leur qui pousrott efiacer tousles chatmes de 
la Circassie. 

>lie premier eunuque ^n n^gociant dis* 
^ahan la -marchandoit avec moi : mais elle &e 
d^oboit d6daigneusement k ses regards , et 
sembloit chercher les miens ; comme si elle 
avoit voulu me dire qu'un vil marchand n'^toit 
pas digne d'elle , et qu'elle 4toit destin^e k un 
plus illustre ^oux. 

}e (e I'ayoue : \e sens dans moi-m£me une 
|oie secrete , quand je pease anas charmes die 



144 Let t r e s 

c«tte belle personne : il me semble que je la 
vois entrer dans le serrail de ton frere : j« mc 
plais k pre voir. Tetonneinent de toutes ses 
fetnmes ; la douleur imp^rieuse des wits ; Taf- 
fliction muette y mais plus douloureuse y des 
autres; la consolation maligne de celles ijui 
n'esperent plus rien , et Tambition irrit^e de 
celles qui esp^rent encore. 

Je vais , d*un bout du royaume k l*autre » 
faire changer tout un serrail de&qe.. Que de 
passions je vais. imouvoir 1 que de craintes tt 
de peines ]e prepare I 

Cependant , dans ie trouble du dedans , le 
dehors ne sera pas moinstraoquille : les grandes 
revolutions seront cachees dans le fond du 
cceur ; les chagrins seront d^ vor^s ^ et Ui joies 
contenues : Tobeissance ne sera pas moint 
exacte , et la r^gle moins inflexible : la dotir 
ceur , toujours contrairite de paroitre^ sortira 
du fond mdme du d^sespoir. 

Nous remarquons que plus nous avons de 
femmes sous nos yeux » moins elles nous 
donnent d'embarras. Une plus grande necessity 
de plaire , moins de facility de s'unir , plus 
d'exemples de soumission » tout celaleur forme 
des chaines. Les unes sont sans cesse attentives 
sur les demarches des autres : il semble que^ 
de concert avec nous^ elles travaillent i se 
rendre plus d^pendantes : elles font une partie 
de notre ouvrage , et nous ouvrent les yeux 
quand nous les fermons* Que dis - je ? elles 
irritent sans eesse le maitre contre leurs rivales j; 



F E R S A N E S. aL4f 

ct elles ne voient pas combien elles se trouvenC 
pr^s d& eelltfsqu'on punit. 

Mais ^out cela, magoifique Seigneur^ tout 
cela ti^est rien sanS-la presence da maitre. Que 
. pou vons - nous faire , avec ce vain fentome 
^une atitdrit6 qui ne se Communique' jamais 
toute enti^re ? Nous ne repr^sentons que foi« 
blement la moiti6 de toi-m£me : nous ne 
fx^itvons que teor inqntrer Une)Odipu6e siv6- 
ffit^.. Tqip^ ti» tiMQpires la crainte ^as Iqs fs^ 
i^hces; plus absolu quand tu caresses 9 que 
4u*n< l-es quand ta meAiites^ , 1: - i; 
^ Reviens done I magnifique Seigneur 9 reyiens 
^dans ces lieux porter par-tout les marques de 
ton empire* Vien$ adoucir des passions d^ 
sdsp^rees : viens oter tout pr^texte de failUr; 
.viens appaiser Tainour qui fnurmure 9 et rendr^ 
4e devoir in£me aimable : viens enfio soul^ger 
Sies Addles eunuques d'un fardjeau €pi s*app^ 
santit chaque jour. 

Du serrall d* Ispahan j U'8 dc Id 
buu lie Zuhagt^, ifi^. 



« I 



# 



y 






J 



Jt4^ L E T T R E i 

l^T TRE XCYlt 

\J rWf ^ge dervis » 4oiit re^t cwimK 

1>fille ^ (ant ^ connoisiaftces p ^outt ce^t 
je.vais te dire. 

II y a ici des philosepties r^^k la vd-^ 
tttd 9 n'ont point «(teint jCBqu'au fiAte da la 
^agesse orientate : Us li^ODt poini itti tavis 
)usgu'an trdne lunfineux : Ua-nV)!!! ni.antendm 
•ies paroles -ineilbbks dont las concerts des 
«iges Kten^issent , Ki santi lea fofqiidablas 
Hkc^^ d'una fureur difvine ! niais, laass^ 4 atui* 
mSihes , ^ivik <les saintas iMfveillas^ ib 
suivent , dans le silence » las tracts .de la faison 
thittnaiiie, 

Tu oe saurois cioite jusqu'oii ce guide les 
a conduits, lis ont d^brouilU le chaos , et oot 
expliqu6 , par une m^chanique simple , I'ordre 
de Tarchitecture divine, L'auteur dela nature 
a donn£ du mouven^eiit k la mati^re ; il n'en 
a pas fallu davantage pour produire cette pro- 
digieuse vari^t^ d'effets que nous voyons dans 
Tunivers. 

Que les l^gislateurs ordinaires nous pro« 
posent des loix , pour regler les societ^s des 
hommess des loix aussi sujetces au change* 



P E R 5 A K E S. «47. 

§iet!lf^€ Veiftit dd cqot qui les proposem^ 
et des peuples qui les observent I ceux*xi ne 
Aoas paflen< qu^ des loix gi6n^ralei$ ^ ii]iinua« 
hits ) dterncftles ^ qoi s^obseryent Mns aucune 
€}isoepi!ion y ayec un ordre , one r^gutarit^ , et 
line prcMttptflXid^ infinie , dans I*iinmensit6 des 

Et ^ue ci-oSs-^ ^ honitne diviti , ^e soifot 
§6i loix ? f u ('imagines peM-dtfre qo^emrant 
darfS le edtis«il dift rlf«toet^ m Vaes 6tri HotknA 
pBit k tablitnit^ del^ my stores ; to renoticei 
^alf^ HvaMe ^ cotnf t«tidft jr lu ti« tf ^pCFseS 
1^^ d'adtiitrer; > 

•M^s fit 'cttSng^l^SS b&^ffAt de pen»fe t ellet 
n'^blouissent point par un faux fesp<6tt ( leur 
risdfplidli l^ ft Mt ' loYig^teiilps^ m^ftonMitre ; 
et 6e n'e^t qu'tfprte bien de^ #ifltttoii&9 quToQ 
m ft vutdiite tft f^oiidit^ it tomt Vi^tsiiae. 

La pK^f6, iSt ^ m^ ^<ir^^ tend i 
AicA6 me ligAe ^c^te^ jk iitfoiiii qattinik 
rencontre quelque obstacle qui i'en*'d^ou^ne( 
ct ki $a(i(»ide^^qal n^en eit i{i/uritt sliii^ , dest 
^e Knit cbf ps tcpii touriie Mwar d'ua centre^ 
te^d k s'm itoigner |^ pairce que plaftil ea es( 
loiMi y plus k 1^6 qo^ii d^crit apj^odut dp Ih 

figlrfe dtoke* - ' '■ 

• y^^ltt^sublimedefvis^ lactefdefeivtoird) 

^U d«s priooipQS flkOfidfr, d0i|a^^ii:we^ddt 

cAiis^^iicir^ ^ pette de vue. 

' I^' cMdoisfSMoe de tinq on sit ydrit^s k 

l^dtt four philosophkf ptein^ide^mited^s, «i 
lfM> i^fak-iailV' piisqai^ autant^d^ piodigtfcct 



248 L E T T R E S 

de merveilles , que topt ce qu'on nous racoiito 
de nos saints proph^tes. 
• Car enfin, je suis persuade qu'U n'y a aucun 
da DOS docceurs qui n'eut ete embarrass^ , si 
en lui eut dit de peser , dans une balance ^ 
tout Tair qui. est autour de la terre 9 ou de 
mesurer toute I'eau qui tombe chaqu^ ann^Q 
sur sa sur&ce; et' qui n'^ut pense plus de quatre 
fois p avant de dire combien de lieues le son 
fait dans une heure ; quel temps un rayon de 
lumi^re emploie k venir du soleil a nous; 
combien de tQi$e.s U y a d'ici i Saturne ; quelle 
est la courbe selon laquelle uq vaisseau doit 
£tre taiU^ > , pour itre U m^iileur yoilier qu'il 
K)it possible. . ^ r 

Peuc-Stre que si quelque homme divln avoit 
orn6 les ouvrages de ces philosophesde paroles 
hautes et sublimes ; sHl y avoit m&li des %ur^$ 
hatdies et des allegories myst^rieuses ^ U ^uroit 
lait un bel ouvrag^j qui n^auroit (^dii qu'au 
saint, akoran, 

: Cependant i s'il te faut dire ce que je peose^ 
]t ne m'accommode gu&re du style figur^. 11 
ya» dans notre alcoran, un grand nombr^ 
de petitea cboses » jqui me paroissent.toujowl 
telles, quoiqu*elles soient relev^es^pdr lb> fiorcit 
et lavie deTexprc^s^ii^ U sembte d'abord que 

les Uvfies inspit^s.ne sont. que leSii^^esidiirin^P 
rendues en langage humain \ au jCOfHnaire ^ 
dans notre alcoran ^ on trouve souvent le 
langage de .Dieu.et le$ id^s 'desihc|niities( 
commesi^ I)ia^rMnIadl|UI^b^c$||^i€fi'»IQi<^^ 

avoit 



P'E RvS A K E S. X49 

Moit dict6 ks paroles, et que I'homme eut 
£nmii les pensi^es. • .. .' : , . t 

. Tu dii'as peiiC-dtre cpie Je parle trop libre* 
ment de ce qu'il y a de plus saint parmi nous : 
tucroiras que'c'est le fruit de Tind^pendance 
oil I'on Vit dans ce pays. Non : graces au ciel » 
L'esprit iiV pas corrowpu le icoeur ; et, tjandis 
que*. }e yivrai , HaU $era man .propb^te. 

Dc Paris J U tj de la bmt 
di Chahbmi^ i^i6m 



c.. 



L E T T R E. X C V I I I. 



. « * 



USBEK (k ISSSK. 



A Smirne. 

±L ny a point de pays au monde oh la for* 
tune soit si inconstante qu^ dans celui-ci* II 
arrive , tous les dix ans ,, des revolutions qut 
pr^cipitent le riche dans la mis^re , et enl^vent 
le pauvre ave6 des ailes rapides au comble des 
richesses, Celui-ci est ^tonn^ jle sa pauvrete ; 
celui-U Test de son abon4anc^. Le nouveait 
riche admire la sagesse de la providence ; le 
pauvre, Taveugle fatalit^ du destin« 

Ceux qui Invent lestributs, nagent au milieu 
4es tr^sors : parmi eux , il y a peu de Tan^ 
tales. lis conunencent pourtant ce metier par 
laj derpiere mts^e* lli ^ont in^prises comme 

Toni< IF. li 



lyO L E T T R E S 

de la bbue , pendant qu^ts soiit pauvres : quand 
ils sont riches , on les estime asset ; aussint 
A^gHgent'ils rien pour £k:qu6rir de resume. 

Ils sont & pr^ent dans une situation biea 
terrible. On vient d*^ablir une chambre , qu'on 
appelle de justice ^ parce^u'elle ra leur ravir 
tout lenr bien. (Is ne peuveAt-ni deioumer ni 
cacher leurs eilets ; car on le$ oblige de Ic^ 
d^^larer au juste | sous peine de la vie : ainsi 
ou les fait passer par un d^fil^ bien ^troit, 
je veux dire entre la vie et leur argent. Pour 
eomble d'infortune , il y a un ministre , connu 
par spn esprit , qui les honore de ses plaisan« 
teries , et badine sur toutes les deliberations 
du conseil. On ne trouve pas tous les jours 
des ministres disposes ii fiure rke le peuple; 
et Ton doit savoir bon gr^ k celui-ci de I'avoir 
entrepris. 

Le , corps des laquais est plus respectablia 
eh Frantre qu*ailleurs : ^t^ un s^minaire de 
grands seigneitrs \ i\ reinplit \t vuide des 
autres etats. Cenx qui^ k comj^osemy pcennett 
h place des grands malheureux » des iMgistrats 
tuines , des gentilshommes tu^ dans les fiircurs 
de la guerre ; et , quand ils M peuvvat pas 
siippl^er pat eux-m^mes > its reinvent toutes 
ks grandes maisons par le tacyea 6e Icors 
fille$ 9 qui sont comme une espice de famitv 
qui etigraisse les terres thontagnewes et atides. 

Je trouve , Ibben , la Provkknce adntirafab 
dans la maniire doot elle a distribi^ les rn 
chesses. Si elle ne les avoit accordi^ qa'auat 



, P E R S A N E S. iff 

gens de bien , on ne les auroit pas assez dis* 
tiiiguies de la verta , et on n*en auroit plus 
senti toot k n£ant, Mais ^ quand on examine 
^i sont les gens qui en sont les plus charges , 
k force de m^priser les riches ^ on vient enfia 
k m^priscr les richesses* 

De Patisy U z6 diU him 
de tdsluffram^ tp^ ' 



>*««li«M 



LETT RE XCIX. 



Jf.iCA a RUEDt. 



A Ftmsti, 



I 



E trouve les caprices de la mode 9 chez les 
"Francois , ^tonnans. Us ont oiibli^ comment 
lis 6toient habillds cet.dt^ ; ils ignorent encore 
plus comment ik le seront cet hiver : mats, 
sur-toot , on ne sauroit croire combien il eii 
coiite k ttn man ^ pour mettre sa femme k h 
snode. 

Que me senriroit de te (aire une descrip- 
tion exacte de leur habillement et de leurs 
pamres ? une mode nouvelle viendroit d^« 
tniire tout mon outrage 9 comme celui de leurs 
0uvriers; et, avant que tu eusses refu ma 
lettre , tout seroit change* 

* Une femme qm quitte Paris pour aller passer 

li X 



251 L E T T R E S 

six'inois c^ la campagney.enrevient aussi aa« 
Vique que si elle s'y 6toit oubli^e trente ans. 
Le fits ineconnoh le portrait de sa m^re 9 tant 
rbabit avec lequel elle estpeinte lui paroit ^ran^, 
>^er : il s'imagine que c^est quelque Am^ricaine 
qui y est representee 9 ou que le peintre a 
Voulu exprimer quelqu'une de se$ fantaisies. 
" Quelquefois les coeffures montent insensi- 
blement ; et une revolution les fait descendre 
tout-^-coup. II a ete un temps que leur hauteur 
immense mettoit le visage d*une femme au mi^ 
lieu d*elle-m6me ; dans un autre » c'^toient les 
pieds qui occupoient cette place 9 les talons 
faisoient un piedestal qui les tenoit en Tain 
Qui pourroit le croire ? les arcbitectes ont 
6x6 souvent obliges de hausser , de baisser et 
d'eiargir leurs portes » selon que les parures 
des femmes exigeoient d*eux ce changement; 
et les regies de leur art ont eti asservies k 
ces caprices. On* voit quelquefois , sur un vi- 
sage , une quantite prodigieuse de mouches , 
et elles disparoissent toutes le lendemain. Au- 
trefois , les femmes avoient de la taiile et des 
.dents ; aujourd'hui , il n'en est pas question, 
Dans cette changeante pation , quoi qu'en 
disent les mauvais plaisans , les fiUes se trou- 
. vent autrement faites que leurs meres. 

II en est des manieres et de la fa^on de vivre 9 
comme des modes : les Francois changent de 
moQurs , selon i'^ge de leur roi, Le monarque 
pourroit mSme parvenir k rendre la nation 
grave , s'il Tavoit entrepris. Le prince imprime 



P E R S A N E S. 253 

le caract&re de son esprit k la cour , la cour 
k la ville 9 la vtUe auz proyindes. L'ame du 
aouveram est un moule qui doime la forine k 
tous les autres. » • . 

de Sapfhar^ ipy* 



LET T iR E C; 

« 

Rica /ui'mimc. 

J E te parlai Tautre jour de rioconstance pro* 
digieuse des Francois siir leurs ittodes. Cepeo* 
dant il est inconcevable k quel .point iU en 
sont entfit^ : ils y rappellent tout e c'est la 
r&gle avec laquelle ils jugent de tout Cf qui se 
fait chez les autres nations : ce qui est Stranger 
leur parpit toujours ridicule. Je t'avoue que je 
ne sanrois gu^e ajuster cette fureur pour leurs 
cotttusnes 9 avec Tinconstance avec laqueUe 
ils en changent tous les jours. 

Quahd je te dis quails m^prisent ce qui est 
Stranger, je ne parle que des bagatelles ; car, 
sur les choses importantes , ils semblent s'Stre 
sn^fiis d'eux^mdmesy jusqu'^ se degrade r. lis 
avouent de bon coeur que les autres peupU^ 
soot plus s^es , pourvu qu'on convienne qu'ils 
sont mieux vStus : ils veulent |>ien Va^si^jettir 
aux loix d'une nation rivale i pourvu que les 
perruquiers franfois decideat en l^gislateurs 



154 Let t r e.s 

sur la forme des perruques ^crang^te^ RieQ n« 
letir pdroit* si beau que de voir le^ go^ rde; 
leur^.tuiskiiets ti&gn^r dii septcntriQiiraiMiudiy 
et les ordonnances de leurs coeffinmss p0rt^ 
dAtis tomes, les .toilettes de TEurope. 

Avec ces itoUei avantages , que leur im- 
porte que le bon sens leur vienne d'ailleurs, 
et qu^ibs aient pris de lews iFoisifis fout-cequi 
concerne le gouyernement politique et civil i 

Qui peut-peiiser- 4qu\in roynume^ le plus 
ancien et le plus puissant de TEurope f soit 
gouverni 9 depuis pttM de diic si^cles , par 
des loix qui ne sont point faites pour lui ? Si 
its Ffdnf ois fivoient M cdnquis » cebi ne Ktoh 
pus diffitite & mmptmdsti mms ill sont let 
tonqiifraAS. ^ ^ 

ns ^m idMtndoon^ ies loix ^odefiiits , ftket 
par foirs premiers rois dsiis les asaembUcs 
g^6riiles de la Mcion; et ^ ce ^'il y a de si» 
^tief 9 t>est •cpxe lea i^x roinaiiica ^ qm'ib oat 
prices k tei place ^ Potent en partit ftkes «C 
tti partie rddlgiea p«r d«s empereurs «MtM»r 
porains de leurs l^pslatevrSk 

Et , afifi que Vacquisition fte enti^ ^ et 
^fete tout le bon sens leur vint d'aiUeurs^ ils 
iHii adopt^ loates les consciciitioiis des papes ^ 
«r efi ont £iit une nouvelle partie de leur droit t 
tKyateau ffsme de scrviti^e. 

11 est vrai que > dans les demiers temps ^ 
on a r^dig^ par dcrit qiielqiies atatuts Aa 
viUeis et des provinces ; mab ils aont pres^ie 
tbus pHs du droit xomaia. 



Cette abondance de loix adoptees , et, pour 
sdnsT'dirc ^ naturalisces ^ est si grande ^ ^it'^nO' 
accable ^galement la justice et les juges. Mais 
ces volumes At loix ne sont riett en compa- 
raison de cette arm^e effiroyable de glossateurs » 
de commentateifri » ^ d^: eompibteurs ; gens 
aussi foibles par le peu de justesse de lejar 
eipiit^iqwtite «)nt fom par )iiur n^mbperpto- 

iM0i^|iyL f ' ( • — • c, I 

" <k VLtst pas umt tes lo)x 4traiig^0 ofit 
isMoAwt, de» formaUt^s : dout r»c^s es( U, 
hoiite.dejla nwQip hnmmtn II ^fXQit jm^ 
dUffditt de d^idiir si b^onj^ fl^'est r^n^ui^ pfvi^ 
pan^if ieuae^ lorsquVtte est mfi^^f U iur 
]9ipnidence» ou loftqu'elle s'est log^ d»nft 
la.w£dei:ine; si tUe a £iit pltii de ravages 
sous la robe d^ua juriscoosulte • que s^vis le 
large cbapeasi jd'ua ca^decin^ -et si , dans Tune ^ • 
die a plus Tuini ife^fna ^ qo'elle n^n A tu^; 
dans.L^ufxe. .. 



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LE T T R E CI. 

^' ' • i : ^ ■ .'. "^ •:' .1 l<'.rr 

^N parte - foujoars id de ta: coiMftitudQii^ 
Tentrai I'autre jour dans une maison ^ otije 
vis d*ab<Mrd an- gros hdmiaid dyeC tin teinc 
▼ermeil^ qui disoit d*une voix forfe : j'ai 
donn^ mon mandement ; je nUrai point r6^ 
pondr^ k tout ce que' vdus dites -:• mais *Hs€2« 
le, ce mandemetft; et vourvetrezque j'yai* 
resolu tous i^os douies. faibien su6 pbur le 
f^ire» dit'ii en portsmt la main sur le ftont;* 
]*ai eu besoin de toute oa doctrine ; et it 
m'a fallu lire bien des auteurs latins. Je le 
crois^y dit un ho|nine qui se tnouva-^l^ ; car 
c'est un bel ouvrage : et je defierods biea ce 
jesuite qui vient $i sbuvent vous voir , d'en 
faire un meilieun Lisez-le done » reprit^ii ; et 
vous serez ptus instruit sur ces mati^res , dans 
un quart-dlieure » que si je vous en avois 
parl6 toute la journ^e. VoiU comme il ^vitoit 
d*entrer en conversation » et de commettre 
sa suffisance. Mais , comme il se vit press6 ^ 
il fut oblige de sortir de ses retranchemens ; 
et il comment a k dire th^ologiquement force 
sottises , soutenu d'un dervis qui les lui rendoit 
tres-respectueusemeht. Quand deux hommes 
qui ^toient U lui nioient quelque principe t 

U 



P E. H S A N E S. 1J7 

il disoit d*^boiKl :.€ela ^st certain, nous Tavonj; 
j[ug4\^msiA et nqvs s^mmes des juges infaiU 
libles. Et comment , .hiidis--^ alors , Stes-voos 
des juges infailiibles } Ne voyez - vous pas ^ 
reprit-rily que le Saint -Esprit nous ^claire? 
C^la,Q3theureux., lui r^pondis-je; car, dela, 
jpani^rje dont yous avea^parle tout aujourd'hui, 
je r/^connojis^vieyousuvez grand besoin d'Stre 
4clsire. . . , _ 

' Di Paris , U i$ de la Iwu 

dt Rhchiab^ i , tyi;^., 



i»i#i>— — — ^1 I — — ^— ip 



• • 



L ET T R E C I V- 

t 

- U S B S k a I M B E N. 

.A SmiiTUu 

m 

r 

JLis plus puiflsans ^ats de TEurop^ sent 
emxr de Ifemperepr , des rois de Franc^^ d'Es* 
pagne et d'Angleterre. L'ltalte , et une grande 
partie de rAllemagne , sont partag^es en un 
nombre iniini de petits 6tats , dont les princes 
sont , k^ proprement parler , ^ les ^nartyrs de 
la souverainet^. Nos glorieux sultans ont plus 
defemmes que qaelques*.uns de ce/i princes 
n'ont de sujets. Ceux d*Ita1ie , qui ne«ont pas 
si unis , sont plus k plaihdre ; leurs ^tats sont 
Ottveits comme des caravanseras , oh ils sont 
de logj^t les ptciaiecs ^i viefinept : 
Tome jr. Kk 



25< L E T T R B S 

il faut done qvTtU flTattathefit atur grancb 
princes, et leur fessent part de levf frayeur^ 
plutdt qtte de leut atniti^. * 

La pttipart ies gouyemefneM d^urope sont 
monarchiques , ou plutfdt sent ainsi appell6s : 
car je he sais pas s'il y eii a jamais e«i vin^ 
ta^blement de tels ; zn moins est^t difficile tftftls 
aient sabsist^ lonfg-temps dans.I^tir ptittt^.^ 
Oest un ^tat violent ^ qui d^g^nere toujoursr 
an dispotisitae ; ou en r^publique. La puis- 
sance ne peut ^mais Stre ^galement partag^e 
entre le peuple et le prince ; I'^quilibre est 
ttop difficile it garder t xz~raut que ie pouf uir 
diminue d'un cdt6 , pendant qu'il augmente 
de Tautr^ : mw Tayattiage eat cubdidairement 
du c6t6 du prince qui est h la tSte des arniees. 

Aussi le pouiioir deis rois d'Earope est - il 
bien grand , et pn peut dire qu'ils Topt tel 
qu*ils le veulent : Mab ik 4ie Texercent point 
avet tant d'etendue que nos sultans ; premii* 
rement , parce quails *acLVtiik0t:-ppiiitcfaQ<|uer 
ks tnoauM-tt la refigioa dea pmplM; saoo»f 
demerit »' patce qtfil if eai .fst de ieHnimitiit 
de le porter si loiow 

Riea '^ ne rapprodis phis^ nos prinaea die* 
la conditkM de lous so|eta^ qae.cet.im^ 
mtnBi pouv^ qufib eseKoit Mcew : riea 
ne les sDumef plua amor^vecs^ etrauz. oapafcea 
<fe la fomine- . - : / • .^ , / 

L'usage oil its sont de faire mbunrtous ceux 
qui leur d6plaisent , au moindve aigoe qtt'i 

S)irti tenvehe to pcqpomon qui Joii 






P E R S A N E S. 159 

entre les fautes et les peines , qui est comme 
l*6tat et lliarmonie Hts ^empires ; et cette pro* 
jfortion , scrupttteose^oient gard^par les prmoeil 
chr^iens ^ leur ^omie un avabtage infini sor 
no; sultans. 

Vn Persan qui , par imprudence ou .par 
malheur , s^est attir£ la disgrace du prioce r 
est sCir de mourir : la moindre faute , cm le 
moindri eapHce 16 met dans cette necessit)^* 
Mais , sll avoir bttent6 k h vie de son $cfa^ 
veraxn , <s^l avoit voulii livrer ses places aux 
ennemis , il en seroit quitte aussi pour perdr^ 
h vie : il ne COUft done pas plus de risque 
dani ce dernier cas que dtas le premier. ^ 

Aussi ,^ dans k ihoindte ^sgrace 1 voyiant 
h men cettaiiie , et toe VOyuM riM de pis ^ 
flseport^ rtthif eUement: 1 trotibler T^tat^ et 
i coirspirer cofttfe le iiMvtr^ | seule ras^ 
source qui ltd t^este. 

R neti estpas'denieiiiedesgfanasd^tfttypei 
h qulladisgi^M h'dterien qtiela MerfveiHartcH 
er la £lvaii#. Hs ife Hetirent de la cour » et ne 
songtint qd'i fottir d*une vie tranquille et des 
avantages de leur naissance. Comme on ne 
les fait gu^re p^rir que pour le crime de lese* 
majesti , ils craignent d'y tomtxir » par la con- 
sideration de ce qu'ils ,ont k perdre et du peu 
qu'iis ont k gagner : ce qui fait qu'on voi^t peu 
de revokes , et peu de princes qui perissent 
d'une mort violepte. 

Si 9 dans cette autorit^ illimit^e qu'ont nos 
princes | ils n'apportoient pas tant de pr^cau* 

Kk % 



26o . L £ T T R E S 

tions pour mettre leur vie en sijureti , ils ne 
vivrojent pas un jour ; et ^ s'ils o'avoient k 
leur soMe un nombre innombr^le de troupes ^ 
pour tyranniser le reste de leurs sujets, leur 
empire ne subsisteroit pas un mois. 

II n'y a que quatre ou cinq siecles qu'un 
roi de France prit des gardes, contre Tusage 
de ce3 temps-U » pour se garant^r des assassins, 
q'u'un petit prince d*Asie avoit envoyes pour 
le faire perir : jusques-U les rpis ayoient v^cu 
tranquilles au milieu de leurs sujets ^ comme 
des peres au milieu 4e lews en^ns. , 

Bien loin que les rois de France puissent^ 
de leur propre mouyement, oter la vie k un, 
de leurs sujets, commenos sultans , ilsrportent 
au contraire tou^ours avec^eux la grace de 
tons les .criminels :. il sufEt qu'un homme ai^ 
^te assez heureux pour. voir Tauguste visage 
de son prince , pour qu'il cesse d'etre Indigne 
de vivre. Ces monarques sont comme le soleil; 
^ul fottfi par^tout la chaleur et la vie.^ 

' » ; : DtPansy US Je U tinu 



# 



r 



Peir s awieJb. HSk. 
X^OUR suivre I'id^e de ma dsrniire lettPe,, 



toi ;.n zttasbent Tesprit des sujpti} i VD ceitair^ 
troae , et non pas a une certaine jK^Oifpii. . 
i: Ceae fMiaHtsi iiunsiblnpii'.eouTcrnp » tst 
loujouf sfiiim£i9i{Knitite pcuplp. .Qupiq^e .«Ux 
rois f qu'il ne connoit que-dbshpnQ,^ fie-sf>ieDt 
^gOrods I'tm apr^ I'atiirC) il. ne sent auciine 
dWIE^ence : c'est coimoeVitaToit eti goftverod 
•voc^sffv«ibe^jt)ar dasies^piji : A \ ^ .< 

i JSl'hsrd^testafaleifiarricble deiiMrejg^ftd'.coi 
HediiiV^avptt^ifoiti i;etC{iup.$uR'vr)}rQi des 
Iittf^;-'iBiitr»^,3Ceaurro]ca1 ^«t-do'uji,trgfori 
imnenSE/qui 'Hisvit sttniM amassi, pour \ii\p 
it aoroici pns-trai;^U(inentleS'.r8ii|Ss-dereia>' 
[nrb,: Aaas jqiCun' seiul) bomiDe^.eut pens^ i 
r^cfcuaeliiqon^ miifGa &iiulle-!etiS«« ^faDE).|.,. 
-ii(^'s?&bnne:de!ce.qi|'iljn'y,ft presqite jvnaif^ 
de chai^emeot udios le, go^yemfV^eflt' 4^ 
ppa^s ,d!piient : d*oii vient cela, si ce n'est 
de ee i]uSl est tyr^onique et affireuz } 



%6t i* E T T:R.:E.iSl 

Les^changemens ne peuvent Stre faits que 
par ie prince, ou par le peuple : maisj li, 
les princes n'0nt.gar^c cTlBri fafre ;; parte que, 
dans un si haut degre de puissance , ils ont 
tout ce qu'ils p^mrent a^roir % s'ili changeoient 
quelque chose , ce ne pourroit etre qa*k leuf: 
prejudice* ♦ . : . v, : 

' Quant mx sajeta^ ft qvelqo'un d'eui: forme 
quelque r6solutibtt> iltw saunat Pex&utersui^ 
Vktiti it fau^foh qfi'il contrel)alan$atflf>iifl-^- 
coup ff M puUiance 'riil6utabk . et ; umjoun 
iihique i 'U temps im naiqtte ; eomttei lei 
lnoyen» : tnak it n'l qa*l aUer:i fat source 
de ce pcHivoir ; et il ns bu. fant qa'un bn^ et 
qu-un iciistant/ ^ i: • ^, . ■ ;.: 

' Le tfirartriQri flMntQ s«c: k^ tn&nle ^ pttdunt 
^ue le ttob^rqup n descrad ^ iomftc y. ei ^ 
e^lpit^r it s« pieds. • ^ ^ ; ' : . ^ i 

Un mkotiteiit^ eo Europe , song* k entre* 
tenir quelque Aftelligeiice s€tt^tk ^ : jb se )etteJD 
chez les ennemb-; a^seansxr detyadqm pWoc^ 
i «3to)tiey^ qoMqub Ji^aiiir nufMurer jhu^lMes | 

9u)^ts« Uti m^apMtiit:^ tfi Asis:^. va dtbitiU 
prihdrf,^tdiite^ (ts^^^ «irvKr»eTiLm.:rfaicd 
yusqu^ik nd^e ^ AstM an. instam ^ esdare xA 
maitf ei dans iiii initwit, uiwrpateuf et ti£gitim«« 

Malheurtttx te' lOi (^mn'a ^'xinctSte JiJl 
sefflWe f* t^nir^ur elletQUtB sa^ipuisflux^) 
que potti^ mdJqfleYau preinietfflnbttiiiixrta- 
drdit -ofr Ji te crow^a twite eoti^fu.'i. : 



I 



P z :r:b a ti e i. xSf 

'' ■ __: • ';■ ' '' • .■'•■•• :- 

L E T t'R e'c j"v, ■' ': 

Z7S S E K aa mime. 

luos les p«uples tfEordpe ne sdnt'Tpas* 
^ealenent sonmis i leurs princes : '^zt'^%em-' 
ple,.l%uiiim''ii«patient4 Aci Anglois ire Ikisse. 
gairp i \tm' roi'le ttflips d'appesantJf sipiii; 
mitoritd. La soatnksion et roWtssaiice iont" 
les vertos doht ils se piqoem I^ nibins. Us' 
^ent, Ut-d^ssns, <b9 chosen bien e^ridrdi'' 
lEiu^s. Sefo(letix,'fl ii*Jr a tm^iih llent[iri'^isse' 
a'ft^cHer les hommes p qui est cdrii de la grsr' 
titiide : oh inariy uoe femme; im ^dr^et ini' 
Asf'iie'sQirt ti^^'^ti:e«ux'c[ue^par fanrbur' 
quoits se portent , oq paries bienfaits^'ils se 
procuren! : et ces motifs divers dj reconobis- 
sknce" 5omt?origine de tcto'lles rpy^'meslet 
Je toiliM'tes sbciJrfs'. ■' ' ' 'i * ■■ ■' ' 



avoM n<>us-iadmes :-orf nous n'avons pas 
siir'nb^inSmes on pouvoir sans bornes; par 



t6^. X E T T a E s ■ 

cxemple , nous ne pouvoos pas nous oter la 
vie .' personne n'a done, coocluent-ils, sur 
la terre j un tel pouvoin i • . -•- 

Le crime de l^se-maj^sie n*est autre chose, 
selon eux , que le crime que le' plus foible 






le, 
lif- 

ji*: 



[ if la fonuae. ". 

f T ■ , * Rieiuit a, i^ij* 

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Tr ... » , 

U m*as beaucoup parl^ , dans une de u$ 
lettresy des sciences et des arts cultiv^s en 
Occident. Tu me vas regarder comme un bar- 
bare *: mais je nesais si riitijit^ qiie Von en 
retire 'd^domm&ge les homimes du mativais 
v^ge que Ton en fait tous ks }Ours. ' > 
J'ai oui dire que la- seule invention ^des 
bombes avoit 6t6 la liberte k tous les peuples 
de I'Europe. Les princes ne pouvant plus confier 
la garde des- places aux bourgeois , qui ^ itl^ 
premiere ' bombe » se seroient rendus > one 
^u un pr(6texte'p6ur iefntretenir de gros corps 
:de troupes r^gl^es ^ avec lesqudles ils out ^ daqs 
la suite , Opprim^ leur3 sujets. 

^Tu sais que» depuis Tinvention de la poudre, 
il n'y a plus de places imprenables ; c'est*^ 
dire i tJsbek , qu'il n'y a plur d'asyle sur la 
teite centre Tinjustice et la violence. 

Je tremble toujours qu*on ne parvienne^ 
Ik la fin » k d^couvrir quelque ' secret qui four^ 
nisse une voie plus abr^g^e pour faire pi^rir 
les hommes, dctruire ks peuples et les nations 
entieres. •• * s - 

Tome IF. LI 



^66 h E T T R ES. 

Tu as lu l?s historiens : fais-y bien atten- 
tion 9 prest|tte"totites \cs nionarcbies n'ont 6x6 
foodies que sur Tignorance des arts , et n'ont 
6ti detruites que parce qu'on les ^a trop cul- 
tiy^s. L'ancien empire de Perse peut nous en 
fournir un etemple domesti^e. 

n n*y a pas loog-temps que je suis en Eu- 
rope ; mais j'ai oui parler k des gens sens^ 
des ravages de la chymie* II semble que ce 
foit'un quatrieme fl^aM t 'qtu ctfine les'honmies 
fit les detruit en detail , mais coatiiHiellemeRt; 
l^tfidis que la guerre , la pe^te 5 la fzmt^,, les 
4^i;ruisent en g^ro$ 9 ms^s par iaiervAlle;. 
. . Qpe nous a s^rvi riny«ntiOfi 4e k bousMle^ 
et la decouverte 4e l^tide peuples , ^'^ aou^ 
fOfliQMiniquer IfursmaladiekS plutotquele^rs 
richesses ? L'or et Vugmt a vakm ii^ atoUis « 
par use €p0yeocion gemkale 9 pour ^Ire le 
prix ^etoutes les m&ri;haQ^ises , fit 4tn ^ge 
de leur val^r^ par la i^aispn que ce$ mi/U^a 
&oient rfures et inatiles ^ Aout autre usages 
que nous importotf^l dooc qu*ils devanssetKt 
plus communs ? et que , pour marquer U 
valeuf d'une denr^ 9 nous eussions deux ou 
trois signes au lieu d'lm } Cela n'en ^toit que 
plus incommode., 

Mais 4 d'un autre cot^^ cettje invention a 
^te bien pernicicuse ai|x pays qui ont ete de- 
couverts. Les nations eqtieres ont ete detruites ; 
et les hommes qui ont ecbappe k la mort ont 
6t6 reduits k une servitude si rude ^ que le recit 
en fait fir^mir les musulmans. 



P E R S A N E 8. %6j 

Heureuse I'lgnoraDce Ats enfans4ie Mahomet! 
Aimable simplicate » si cherie de noire saint 
profpbete » vous me rappellez toujours la nai« 
vete des anciens temps , et la tnmquillite qui 
i!^oit dans le cosur de nos premiers peres ! 



De Vtnw^ U $ de ta lime 

' de Rkama\an^ tyij. 



LETT RE C V L 

USBEt, i RHiDI. 



A Ftnist, 



o 



r/U ttr ne penses p^sit ce que tu d]S> ov 
biea^ttt fais miettx que tu ne peoses. Ta a» 
^itttt^ ta patrie pour ^insiruire ; et tu ni^prises 
tottte inatructba 2 .tu viens^ pafur* te former , 
dMfruik/pajrsio^r'on cuttivrJes aits;^eitttler 
ngardts. cDome. pemisieax. Xei It dirai * fe ^ 
Rh^di } je suis plus d'accord avec^toi^ que m 
ne r^rjaveotoi-mSbie. 

k%> tu Uen ' rdMchi ki Vim. * batbare ee 
nttUKureun&ok. nous^ntraineroit la perte'des 
arts:?: II n'est 'pas n^essaire: de se rimaginer'^ 
on peui le voii; ya :eacore des peuples sur 
la terref f chezlesquels un singe pdssablement 
instruit pourroit vivrt- av€C honneur ; il s'y 
trouveroky i^peu-jv^ ^ i laport^e^desautrea^ 

LI 1 



l68 L E T T R E S 

habitans ( on- ne lui trouveroit point Pespnt 
singulier , ni le caract^re baarre ; il passeroit 
tout comme un autre , et seroit m&tne dis-. 
tingu^ par sa gentillesse. 

Tu dis que les fdndateurs des efiipires ont 
presque tous ignor^ les arts. Je ne te nie pas 
que des peuples barbares n'aient pu , comme 
des torrens impetueux , se r^pandre sur la 
terre , et couvrir de leurs armies ftroces les 
royaumes les plus polices ; mais , prends - y 
garde ; ils ont appris-les arts, oi^les ont fait 
exercer aux peuples vaincus ; sans cela , leur 
puissance auroit pass^ comme le bruit du ton. 
nerre et des tempSteS. 

Tu crains , dis-tu , que Ton n'invente quel- 
que maniere de de'Structioh plu^-cruelie que 
celle qui est en usage. Non : si une fatale 
invention venoit.jl se d^couvrir ^ elU seroit 
bientdt . prohibee par le droit des gens ; et le 
consentMient unanime defe nations ensjeveliroit* 
cette. d^ottvserte. Il n'est point de TinteitSt des^ 
princes de .fiiire des conqu£tes par de pareilles 
votes :: lis doivent cher^er des siqets i et non 
pas d^ terres. 

Tu te plains de Tinvetitioa de la poudre et 
des bombes ; tu: trouves teange qu'il n'y ait plus 
de place imprenable : c*.est-i-dire,ique tu trouves- 
Strange qu6 les guerres soient aujourd'hutterH 
minees plutot qu'elles.ne Titoient autrefois. 
- Tu dois avoir remarqu^ , en lisant ks fai&- 
toires , que , depuis I'i a vention de la poudre f 
U$ bataiUes soat beaucoup moiq^.sanglantes 



P E R S AN t S. 1^9 

quVles ne Wtoieni , parce qu*i\ n'y a presque 

pliis de mfel^e.' ' . ' 

' Et , quand it ie seroit trouv^ quelque cas 
pbrtitiiUer oti un art amok ^t^prejudiciable^^ . 
-^it-oa , pour cela « lerejetter? Penses-tui 
Rh^di , que la reU^on que notre saint pro- 
ph^e a apporl^e du ciel Sjo'it perhicieuse, 
parce qu'elle'se^yira uo jour k confondre Ics 
pferfides Chretiens ? ' '^ ' ' *^ 

" Ttt'cnvS' que les arts.amollii^ent Jespea-r ' 
pttis', ftt; par-i^,> sent cause de la, chute d^s ' 
einpires. Tu'p&rles d^ la rulne de celui Acs 
anciens Perses i qui fut Teffet de l^r mollesse: 
njais il s'en faut bien que cet.exetnple d^dde , .. 
pmsque fc? Greet qui les' valinquireiit tant' 4e 
fois, et'les subjugu^r^t , caltiVoieni les arts 
aVec infiniment plUs de'sOin. qu*eux.. ' ' 

• Quand on dit que les arts rei^dent Testioinmes ' 
e0l^lni|i^s , on tiepatle pas dil moins des gens 
qiii j^y appliquent ; puisqu'its ile soni jamais 
daos I'oisivet^ , qui * de ' 

celuVqUi ^ainotlif I'e pliis' 

■D'u'est doV questio)! ' 

joui^sedt. M^ , cooiihe', 
ckux qui joiiissent des c 
sont obligies' d'en cultive: 
de -^e voir reduits k unfe pauvret^ honfeuse ; 
il' suit , que I'oijivet^ et la irioHesse sont in- ■ 
cci'mpatibles' jfvec les ^ris. ' ' ' ' 

Paris est peut-fitfe la'yilU du mpnde la plus ' 
Mnsuell^f tioh Toii raAne le plus sur les' 



1,70 L E T T R E S 

plaistrs ; mait c*eEt peut-Stre celle oii ToAtBiite. 
une vie plus dure. Pour qu'un hommfi vive 
d^licieusement ,, i\ faut qiie. cent autres %t^' 
vaillem sans relSche.,Vne ^efnme s*est mis'i^QS.. 
la tSte qu'elle; devoit. p^roitre^ tine assem^Jee 
ayec une certauip pantre; U fa^t que des qs 
moment , cinquante arrisatfsne dprm^ntplu^* ec, 
nWnt plus le loislr de boire.et,de,in9n^ : eU(^ 
cbmmande, et elleestob^ieplu$.pi»nipiepKnt. 
que. ne seroit I>otreol9nvqwp..Itf^^<;e,q^e,^in- 
tirSt est le plus^and. ipof\arque,de Ia,.terre,- . 
C.ett{^.^4fiur, fjQur.le travail », ce((e RMsjou; 
d^ s'eoriciiir., pas$e df cood^tiop ea;Cf>Ddii7. 
tio(» , dei»W5,re?.artsWis„i^«qnW*. gfaotU., 
Piersonne.ii^im?, k Stcpp pl^s p9i,uyif^.(jufi,cplyi, 
qu'U vient dR vw.imqi^diajtefflSpt.ajJLiftesap^.^ 
de lui. Vou5.,vflye?;,,i,P^rrt.,, un,hoHW\f'qnij, 

aft*,?.W?* vivrei.i^5qy!a^JQ^r dw,)jigpm(W» 

qui trava'!lle:Sapices5Pj.eJ.cp.uit^sqt»t,d^. 

c6ur(;ii " ^ 

quoi y 

'Le'. 

ce p9u 

3e 's .; 

un Toy 

Jl.la cii,Jtur« uesj?jTesj,quji sompjOiwwni ed, 
grand., nombfe,>, e; qif'op pR b*9fl*f ,E(?)>s«yKr, 
qui ne servent qutt I^^yolvpt^,.,. ou^lftiaia--, 
laisie,; je,le souti«n;sJ> .cfiil,itat.seroii;,ii^ dfs 
plus miis^raj)le% iqu'il, y, ep-f, 'au vm(U)de^ 



P^ Bl «' 1' A' l*T bU. 4^i 

%\dtitif bMdiiA , 1t ^eii^fe ^!£{]€rn«^ <tbti$ its 
jours ; et I'etat deviendroftSi feible , '^^iiY 
MMitisi ftetke |>iiiteance qui ne piit le con- 

II seroit ais^ d*entrer dans un long detail ^ 
et de te faire voir queles rcvenus des parti* 
cullers te$s0|pif^t pf9t<f(ie a^bso^menf , et par 
consequent ceuz du prince. 11 n^y auroit pres*- 
que plus de vekMi '<le iacult^s entre les ci- 
toyens : on verroit finir cette circulation de 
rkhesses » et cetit |»rogitesion de revenus, 
qui vient de la d^pendance oil sont les arts 
tes iiM dM^ au(tr«%tlfaM^ spntfcalier^ivroit 
^ n t&m^ ft* n*«ii 4'^mim>it qne ce jfa% 
lot £m pfid^teent >^Mr nt .:pasJftio«»ir dfe 
iMn^hfiil^ Milling <<»iiVM[t{»ilMdqiB^ 
^mtgAifam ^t^ dn rrrenm. A'lm ^tat^ il 
^dfiMt: iqii9 ke nOttAl« des -iUttiiiaAs doMnoie 
i p«of«rtiPoai, wvfifii ft^m cetfic qtiel&Tiii^ 

Fai&liienMieixtioii ^is^*^ viMt ies fet«tiuc 
de llMulumi^. Uft fofids ne produit^ annmel* 
kiMnt , 4 $<Miiniliilei« ^ qu^ la vingii<6in« pthie 
iisM T«te«r ; iMi!; ^ aV«t tlli^ pifit<>l^ de cou- 
twstj Ml peiAtre fern un tableau ^A hii en 
vattdm citte[uat)te« On e«i^ y^ft dirb de m&ne 
.dis ^orfibVre^ ,* des ouvriens^ teine , en soie, 
€t de nmies sonts d'artisafis. 
> X>e tout cetiy on doit conclure^ Rh^di-^ 
•^^foitt qtt\iii pfiMei^ l^utisaM^ ilftut 



que s€S sttfets viyeAt 4^n$,le^;^4^f^ M;Hr faut 
^'^^^ayaiUe i Jkur procurer ;tqu^eS( S9r^^ 
^iiperfluites^ 9 ave^ autaqp ^'^tten^on que^^s 
n^cessites de la vie^ 

' 1 

. , ,^ ■ De paris^ k^ 14.de la ItMe 

de Chalval^ ^'T^v'^ 

■ ■ I i i ■ ■ 

LET T RE. C Vn. 

RMC A a iB BBK. ' 

• *■ * • • 1 • ' . . 

J *Ai -vuile jeuae mooarquef Sa vie. est bie* 
ipr^ciease i s^ Si^ets r: elle ne Tesit pas mokls 
^ toute TEurope 9 par les graAds troubles qut 
sa mort^ pourrait produire*.Mais les rois sOnt 
itoxntne les dieux ; et ^ pendant q^% viveot > 
on doit les cr^re imoiortels^ Sd physk>nooiib 
est majeituaise » mais <harmaiite : ime ;beUe 
Education semble conoourir avec tmlmiMmz 
naturel 9 et prpmet d^ja un grand prince. 

On dit que Ton ne peut jamais connoitre le 
cafactire des rois d'occideot, jusqu'i ce qu'ib 
.aient pas$6 par les deux grandes^preiives> de 
leur maitresse y et de leur ^oniesseur. On iflenti 
bientot run et I'autre tra wilier ^ se saisir. de 
r^sprit de celAi-ci; et il sell vre/a^ pour celt, 
de grands combats. Car , sous un j^une prince*, 
ces deux puissances sont toujours rivales : 
W4is elles se comiliept ^is^ ri6mii«seat fOM 

« i ' ' 



Re R. S A.N E!S. ijy 

Sous ua jeuiiie prince ^ le dems a im 
r61e;bien difficile i souienir ; la fojce du roi 
fkit.sa' ibiUesse.: mi^s Tautre trxomphe 4g<Lr 
lement de sa foiblesse et de $a force. 
1 Lorsqiie yarrivai en France , je trouval le 
feu soi ahsolument gouvejrn^ par les femme$ : 
et cependant , . dans r^ge Qk il ^toit, je crois 
que c'^toit le mosiarque de la terre qui en avoit 
lemoins besoin* J'enteiidis un pur une feintne 
qui distfit : il.fautque Too fiisse quelque chose 
pour cejenne colonel; sa Valeurm'^stconnue; 
j'en parlerai au ministre. Une autre disoit ; il 
est surpredant que ce |eiine abb^ ait ^t^ qu- 
Ui6>; :il ;&ut .qu^ soit ^4que ; il. est homqfia 
de naissance » et je pburrqi^ f4pqndfe de ses 
flicBurs. II ine ^int pas: pourtan^ que tu t'ima- 
gines que celles ({ui tenoient ces discours 
fuss^nt des favorites du prince : elles ne lui 
i^oi^t pei^t-dtre pa^ parI6 deux fois en leur 
vie p chose pourtant tr^s-facile k faire chez les 
princes Europ^ens. Mais c'est qu'il n'y a per- 
Sonne qui ait quelque emploi k la cour ^ dans 
Paris 9 ou dans les provinces , qui n'ait une 
femme par les mains de laquelle passent toutes 
les graces et quelquefois les injustices qu'ilpeut 
faire. Ces femmes ont toutes des relations les 
unes avec les autres ^ et forment une esp^ce 
de r^ublique, dont les membres toujours 
actifs se secourent et se servent mutuellement ; 
c'est comme un nouvel ^tat dans I'^tat : et 
celui qui est k la cour, k Paris et dans les pro- 
vinces 9 qui voit agir des ministres ^ des ma- 
Tome IV. Mm 



i 



i74 L E T T RES 

gistrats , dcs prilats , s'il nc connoit les femmet 
qui les gouvernent 9 est comoie un homiBe qui 
voit une machine qui }oue.^ mais qui n'ea 
connoit point les ressorts. 

Crois-tu , Ibben ^ qu'une femme s'avise d'dtre 
la maitresse d'un ministre pour coucher avec 
lui ? Quelle idee 1 c'est pour lui presenter cinq 
ou six placets totis les matins : et la hanti de 
leur naturel paroit dans Tempressement qu*elles 
ont de &ire du blen 3l une:infimti6 de gens 
malheureux , qui leur .procurent cent miUe 

livres de rente. 

On se plaint 9 en Perse ^ de ce quele royaume 
tst gouvern^ par deux ou tirois fenunes : ^est 
bien pis en Franca » oil l«s femmes engin^ral 
gouvernent > et non * settlement prennent efi 
gros , mais mtoe se partagent en detail touie 
Tautorit^. 

Di Paris^ U dirnUr Jit U 



# 



Persanbs. i7f 



LETTRE CVIII. 

4 
ft 

USBMK i **♦. 

1 L y a une esptee it liyrei que nous ne 
tonnoissoiis point en Perse ^ et qui me paroisM 
sent ici fort k la mode : ce sont les joumaux» 
La paresse se sent flatt^ en les lisant : on 
est ravi de pouvoir parcourir trente yolumet 
en un quart'^'hettre. 

Dans la plupart deslirres , Fauteur n'a pas fiut 
les complimens or£mnres ^ queleslecteurs sont 
aux abois : il les ftit entrer k demi*moris dans 
Une mati^ noyie au milieu d*une mer de 
paroles. Celui - ci veut s^immortaliser par un 
in'^Jou{if cehiuUi par un in^fuano; un autre » 
qui a de plus belles iiiclinations , vise k Vin^ 
foHo : il faut done qu'il ^nde son suj A k pro- 
portion ; ce qu'il fait sans piui , comptant pour 
rien la peine du pauvre lecteur , qui se tue k 
T^duire ce que Tauteur a pris tant de peine k 
amplifier. 

Je ne ssds $ *^*f quel m^rite il y a Ik faire 
de pareils ourrages : j'en ferbis bien autant^ 
si je Youlob miner ma sant6 et un libraire. 

Le grand tort qu'ont les journalistes , c*est 
qu'ils ne parlent que des livres nouveauz; 
comme si la Yinx6 etoit jamais nouvelle. II me 
semble que » jusqu'4 ce qu^un homme ait la 

Mm a 



J 



Yj6 L E T T R E S 

tous les livres anciens ^ il n'a aucuoe raison de 
leiir preferer les-noHveaux, - 

Mais, lorsqu'ils s'imposent la loi de neparler 
que d.es ouvragts eacore toiit chauds de la forge, 
ils s'en imposent une jutre , qui est d'Stre tres- 
ennuyeux. lis a*ont garde de critiquer les livres 
dont ils font les extraits , quelque raison qu'ils 
enaient : et, ^neffet; quelestUhommeassei: 
hairdi , pour vpiiloiF &e faire dix ou douze enne- 
mis tous les. mois ? . . t .; 

La plupart d^s auteurs ressemblent a^x 
poetes 9 qui souffriront une volee de coups 
de baton sans se plaindre ; mais qui , peu 
jaloux de leurs '^p^ules^, le sont sPfort de 
leurs ouvrages , qu'ils ne sauroient soutenir la 
moindre critique. .11 faut done bien se dono^r 
de garde ,4e l^s attaquerpar un^ndroft si sen- 
sible i et les jqurnalistes le ^ayent bien. Ils .font 
done tout le contraire : ils commencent par 
louer.la m^tiere qui est traitee; premiere 
£aideur: de4^ ils passentauxlouangesderaus- 
teur , louapges forcees : car ils ont affaire ii[ des 
gens qui sont encore en haleine, tout prets 
4 s^ faire fairie raison, et^ foudroyer ,' icoups 
de plume, un t^meraire journaliste. 

, Vt Paris, les df la luM 



-* 



^. 



r.! M 



P B R s: k> N e's. 177 

des rois de France^^>er9^aiii^;rcjf:elte!» 
pki&de neuflcjeot^na^ aussi r6ve-t-elle quel- 
quefois; ^ , 

On m*a cont^ qu'elle eut , il y a quelque 
temps y un grahd^ d^m6I6 kvec quelques doc* 
teurs 9 a recca^ion d^ la tet^ (^ (1) , qu'elle 
vouloit que l^on pronon^St comme un R. La 
dispute s'^chayffa si 'foft ^ ^qife quelques*uns 
fiurent d^pouill^s de leurs biens : il fallut q\^ 
ie parleiiien( Itermin&ti I^ 4il9be^d.; et-iba^ 
corda permission ^ ' par ua arrSt solemnel , \ 
tons lies MJetsdii roi de Franpe, ^e pronpncer 
cettelettre i^;lj^iif.fant?i^e.;Il j^pit |>^au i^cir 
les jdkeux <;orpS:de .rCurope \f% pliisrespfsct^? 
}>left9 occupcis .ii;d^cid^ir; 4^ ^9^. d'^ne-LeUrj^ 
de ralphafeia J: ::.::. . ., r ^ 

U semblet moil ch«r****:i que le? tetes 
des pfus grands hommes s'^tr^cissent lors- 
qu'elles $ont a$semblee$;; et que, U oii il y 
a fUis. d^ $?^es.9 il y ait aufisi moins de sagess.<^ 
1^4 gr^nj^.jcojps s'att^fhent tpujours ^i. £ort 
mix mimitie^ , au^; jVains jusages^ que l^^ssen* 

(*) B veut parler dc la ^enre de Radim* 



del ne va |amais qu'apr^. fai oui dire ou'uii 
ioi d'Afagon ^y^jMit assembl^Jes 4mB ^An* 
gon et de Cataiogney les premieres s^ces 
s'emplo]F^eat i decider eh quelle laogue les 
deliberations seroient con(ues : la dispute dtoit 
vive ; et les itzu se seroient rotepus mille fois f 
si Ton n*avoit imaging un expedient ^ qui ^toit 
cpie la demande seroit fiute e« langage patalan^ 
et la i^ponse en aragonoisi 



LETTRE ex. 

Rica i ♦♦♦. 

JLe rftle d^ine jolie fenme est beeucoup plus 
grave que Ton ne pense. II vfy a rien de plus 
s^rieux que ce qui se passe le matin k sa toi« 
lette , au milieu de ses domestiques s un gi* 
n^ral d'arm^e n*emplole pas plus ^attentioii 
I placer sa droite^ ou son corps derfeenre^ 
qu'elle en met k poster une mouche qui peut 
manquer ^ mais dont elle esp&re ou pr^voit 
le succ&s. 

Quelle g£ne dVsprit » quelle attention , poqr 
toncilier sans cesse les int^rdts de deux rivaux { 
pour paroitre neutre k tous les deux y pendant 
qu'elle est livr^e k Tun ef k Fautre ; et se f endm 

C) CMt tn i<sdu 



iii^diatrice sur tous les sujets de plainte qu'elle 
lair4omie4 

Quelle occupation pour faire succ^der et 
renaitre les parties de pkusirs , et pr^venir tous 
les accidens qui pourroient les rompre ! 

Avec tout cela y la- phis grand^ peine n*est 
pas de se divertir , c'est de le paroitre. En-^ 
iHiyes-Ies tent que yoos>D«drez*5 «1|^ voui. 
le pardoaneront^ pduciruqiit l!on puisse croire^ 
qu*dles sesont r^jouies. 

Je fiiSy U y a quelques jours, d'tmsoiiper' 
que des femmes fireot k la campagne. Dan»> 
Ic chemin^ elles disoien^sans cesse : au molns. 
il iaudra bieo 'nous dhnertir^ 
. .Nous nous trouvimes assez flial dssortis , ' 
et par consequent assez s^rieux. II £uit avouer ,: 
dit une de ces femmes , que nous nous di vertis- 
aons bien : tl n'j a pas au jourd'hui , daas Paris , 
une partie si geie que la ndtre. Comne Peanui « 
me gagnoit , une femme me .$ecoua , et ike- 
dit : di biim I mm commes-noos pas de boncie 
humairi Oui^ lui r^pcmdis^fe en bfiiUantrje 
crois que^e cnverai i fdirce de rire. Cependanf * 
la tristesse tiioiiiphoit toujonrs des r^ximis ;- 
et». quant k moi^'je. aie sentis. conduit , de 
faAillefficiit en fa^emeni, ibns ma sommeit' 
l ^hargi y e > qui ^m tous rmcs plaisiis. * 

De Paris, le ii de If Sua 

de Maharram^ i^it: ' 



> -J * ^ ^ I *.. •;►. ' I i. 



lOcr 4L X T T ft ^ ■< 



m 


• 




L E T T R E C X t : 


J 





' \ 



E. rigte du ieu rcL a Ad si bng , que U. 
fill ea; avoit^ fait, imbliar fe coromencemec^u: 
Cest aujourd*hui la mode de ne s'occuper que 
de$ dv^Mitaens arriv^ dans sa minority ; et 
on ne lit plus que les mimoires de ces temps-li. 
^ Voici k discours qu'nsi des gdn^i^aux de la. 
ville de Paris prouon^a dans run conseil de 
g^u^recr^t; j*«vQue que je n'y^coiDprend5>itts 
grand'/c{¥>S0*. . ./ - .; )• r ^ % i. ^ ?.> 

, 4< Messieurs , quoique nos troupes aient 
n dtd. repousse^s avec perte , je crois qu*il 
>^ nous sera iapile de rearer cet ^hec. fai* 
f¥ sm coiiplets de chanson^ tout j>rSts ^ mettre' 
n au. jouv > iqui ^ je m'assore , remetttont touies 
n choses^ dans Tequilibre. J'ai fiut choix de 
n quelques voix tr^s-nettes , qui ^ sortant de 
>» ila.eiiyitd decertaines poitrines tr&i-£brtesv 
>^ ^mouvront rmerv^iileusement le people. Us 
» sont^ur un airquiafait^ jusqu'i^ present >' 
» un effet tout par^ulier. 

* »' Si (pela n.e su^t j>as , nous ferons paroitre 
» une estampe qui fera voir Mazarin pendu. 
>» Par bonheur pour nous , il ne parle pas 
n bien franyois ; et il Tecorche tellement , 

n qu'il 



\ 



F E R S A NT E S. 28 1 

* 

» qu'il n'est pas possible que ses affaires ne 
>» d^clinent. Nous ne manquons pas de faire 
>» bien remarquer au peuple le ton ridicule 
>» dont il prononce. Nous relevSmes » il y a 
>f quelques jours 9 une faute de grammaire 
» si grossi^rcy qu*on en fit des farces par 
>» tous les carrefours. . 

» J*esp^re qu'avant qu'il soit huit jours , le 
M peuple fera , du nom de M^arin , un mot 
H g^n^rique j pour exprimer toutes les b8te$ 
n de somme^ et celles qui servent^ tirer. 

» Depuis notre d^faite ^ notre musique Ta 
>» si fiirieusement vex6 sur le p^che originel ^ 
H que , pour ne pas voir ses partisans r^duits 
Pk k la moitie » il a ^^ oblig^ de renvoyer tous 
^ ses pages. 

n Ranimez-vous done ; reprenez courage : 
n et soyez stirs que qous lui ferons repasser 
n les jnoats k coups de sifflets >»• 

Dc Pans ^ U 4 de U lun^ 
di CkMm^ ip8^ 



# 



Tome IK* 



M« 




l8^^ 




'.• • 




l8t L E T T R E S 



LETTRE CXIL 

RffiDI i VSBBK. 



X END ANT le s6]our que |e fius en Eiirope» 
je lis les historiens anciens et modernei : )t 
compare tous les temps ; )'ai du plaisir k les 
voir passer , pour ainsi dire ^ devant moi : 
'et ]'arr&te €iir-tout mon esprit k ces grluids 
cbafigemen^qui-oiit rendu les ages si diffi^as 
des iges 9 et la terre A peu semUable k dla- 

mSme. 

Tu n\is peat<-^re pts fiiit attenttoa k une 
teti^s^ qtti cause tons .les joars ma s^ifprisa. 
Comment le monde est^l si peu peupU , en 
•fiomparaison de ce i|u'il ^toit autrefois ? Com- 
ment la nature art-elle pu perdre cette pro- 
digieuse ftconditi des premiers temps ? Seroit- 
elle d^ja dans sa vieillesse ? et toniberoit-elle 
de langueur? 

Tai rest^ plus d'un an en Italie , 'oh je n'ai 
vu que les debris de cette ancienne Italie , si 
fameuse autrefois. Quoique tout le monde ha- 
bite les villes , elles sont enti^rement desertes 
et d^peupUes : il semble qu'elles ne sub- 
sistent encore que pour marquer le lieu oil 
^toient ces cites puissantes dont I'histoire a 
tant parl^. 



Persanes. 283 

n y a des gens qui pr^tendent que la seule 
vUle de Rome coateooit autrefois plus de 
peuple qu'un grand royaume de TEurope n'en 
a aujourdliui. U y a eu tel citoyen romain 
qui avoit dix , et mSme vingt mille esclaves , 
sans compter ceiix qui travailloient dans les 
maisons de campagne : et^ comme on y comp* 
toit quatre ou cinq cent mille cltoyens , on 
ne pent fixer le aombre de ses habitaas , sans 
que rimagihation ne se revoke. 

H y avoir autrefois » dans la Sicile^ de 
puissaos royaumes ^ et des peuples nombreux 9 
({tti en ont disparu depuis : cette isle n'a plus 
rien de considerable que ses volcans. 

La Gr^e est si d^rte » qu^elle ne contieiit 
pas la centime partie de ses aociens baMtans. 

L'Espagne , autrefois si remplie % oe 6it 
Toir aujounf bnique des canq>agaes inbabit^es^ 
et la France n'est rien en comparaison de cette 
ancienne Gaule dont parle C^sar. 

Xes pays du Nord sont fort d^amis; et it 
s'en fiuit bien que In peuples y soieat » commit 
autrefois , obtig^ de se paxtager , et d'envoyer 
dehors , comme des essaims ^ de$ colonies et 
des nations emi^s ^ chercher de nouvelles 
demeures. 

La Pologne et la Turquie en Europe n*oot 
presque plus de peuples. 

On ne sauroit trouver dans I'Aflilrique » In 
cinquanti^me partie des hommes qui y for* 
moient de si grands empires. 

L'Asie a'est gu^e en m^eur dtat. Gettft 

Nn X 



l84 L E T T R k s 

Asie mineure 9 qui contenoit tant de poissaittes 
monarchies 9 et un nombre si prodigieux de 
grandes yilles , n'en a plus que deux ou trois. 
Quant a la grande Asie » celle qui est soumise 
au Turc n'est pas plus peupl^e : pour celle 
qui est sous la domination de nos rois ^ si oa 
la compare k I'^tat florissant oil elle etoit autre- 
fois J on verra qu*elle n'a qu^une tr^-petite 
partie des habitans qui y 6toient sans nombre 
du temps des Xerxes et des Darius. 

Qitant aux petits ^tats qui sont autour de 
cts grands empires, ils sont reellement deserts: 
tels sont les royaumes d'Irimette , de Circassie 
et de GurieL Ces princes j avec de vastes etats, 
comptent k peine cinquante mille sujets. 

L'Egypte n'a pas moins manqu6 que les. 
autres pays. 

Enfin , je parcours la terre » et |e n'y trouve 
que des delabremens : je crois la voir sortir 
des ravages de la peste et de la famine. 

L*Afrique a toujours et^ si inconnue , qu*on 
ne peut en parler si pr6cis6ment que des 
autres parties du monde : mais, k ne faire 
attention qu'aux cotes de la Mediterran^ , 
connues de tout temps 9 on voit qu'elle a ex* 
trSmement d6chu de ce qu'elle etoit sous les 
Carthaginois et les Romains. Aujourd'hui , ses 
princes sont si foibles , que ce sont les plus 
petites puissances du monde* 

Apres un calcul aussi exact qu'il peut I'Stie 
dans ces sortes de choses , j'ai trouv^ qu'il y 
a k peine sur la terre la dixieme partie des 



P E A S A M E S. 285 

homines qui y ^toient dans les anciens temps. 
Ce qu'il y a d'^tonnant , c'est qu'elle se de-* 
peuple tous les jours ; et si cela continue » 
dans dix siecles 9 elle ne sera qu'un desert. 

Voila f mon cher Usbek, la plus terrible ca*^ 
tastrophe qui soit jamais arriv^e dans le monde. 
Mais, k peine s'en est- on apper^u, parce 
qu'elle est arriv^e insensiblement , et dans le 
cours d'un grand nombre de siecles : ce qui 
marque un vice int^rieur , un venin secret et- 
cach^ f une maladie de langueur ^ qui afflige 
la nature humaine. 

De Venue, le 10 de la lung 
de Rhigebf 1718. 



LETTRE CXIII. 

Us BEK a Rh tD I. 
A Fenisc, 

Le monde 9 mon cher Rh^cti , n'est point in«t 
corruptible ; les cieu« m6me ne le sont pas : les 
astronomes sont des t^moins oculaires de leurs 
changemens , qui sont des effets bien naturels 
du mouvement universel de la mati^re. 

La terre est soumise, comme les autres 
planetes , aux loix des mouvemens : elle souf-* 
fre f au-dedans d'elle , un combat perp^tuel 
de ses principes : la mer et le continent sem*^ 



286 L E T T R E S 

blent Stre dans une guerre ^ernelle ; cbaque 
instant produit de nouvelles combinadsons. 

Les hommes , dans une demeure si sujette 
aux changemens , sent dans un iut aussi ia« 
certain : cent mille causes peuveal agjir , ca- 
pables de les d^truire » et , 4 plus forte raisoa » 
d'augmenter ou de dinuouer leur nombrew 

Je ne te parlerat pas de ce$ catastrophes 
pairticttUeres » si comoMUies cbex les historiens » 
qui one d^truit des villes et des royaumes 
aitiers : il y ea a de g^n^ralte , ^ui one mis 
bien des fois le genre humain k deux doigts de 
sa perte. 

Les histoires sont pleines de ces pestes unl- 
verselles qui ont tour k tour d^soi^ Tunivers. 
EUes parlent d'liae 9 entre autres ^ qui fut si 
violente, qu'elle br^a jusqu'^ la racine des 
planteSy et se fit sentk dans tout le fkionde 
connu y jusqu'i I'empire du Catay : un degr6 
de plus de corrupcion auroit , peut-6tre dans 
un seul jour , d^truit toute la nature humaine. 

II n'y a pas deux si^lts que la plus honteuse 
de toutes les maladies se fit sentir en Europe » 
en Asie et ea Afiique ; elle fit^ daos tris^eu 
de temps , des effefs prodigieux : ifitok hk 
des hommes, sieUexvoitcootimi^sesprogrte 
avec it m&me fiirie. Accebl^ de maux dh$ 
leur naissaoce » iacapaUes de scmtemr le poids 
des charges de U sociei^, ils auraicnt p^ri 
mis^ablemenf. 

Qu'mtroit-ce iiiysi le renm e&t ^^ un pe« 
pins eulti ? et il Icsevojc dcTem » SAM dpute« 



Persanes. agj 

n Von n'avok 6X6 assez heureux pour trouvet 
un remede aossi puissant que cettii qu'on a 
d^couvert. Peut-Stre que cette maladie , atta- 
quant les parties de la generation , aurok 
MUaqait la g^ndration m^e. 

Mais poorquoi parler de la destntcttoa qui 
aiirost pu arriver au f ewe huiaasB ? N'estn 
die pas arriv^e en eflfet i et le dehtge ne le 
s^doisit^il pas k tine seule £»aiUle } 

11 y a des philosophes qui distit^ent denx 
cr^ions ; ceUe des choses , et ceUe de rfaom- 
flie. Us ne penvent comprendre que la autiere 
4ft les choses cr^s n^aient que six siiUe smsi 
f)ue Dim ah diffir^ ^ pendant touie f^terah^^ 
ses ouviages ^ et n'ait vsi que d'hier de s& 
fnissante cr^mioe. Seroit^ce parce qu'il ae 
I'auroit pas pu^ou parce qu*il ne Tanrok paa 
voulu } Mais , s'il ne Ta pas pu dans un temps , 
il ne Pa pas pu dans I'autre. Cest done parce 
qu'il ne Ta pas voulu : mafs , com me il n'y 
a point de succession dans Dieu , si Ton admet 
qu'il ak voulu quelque chose une fois , il Ta 
voulu toujours , et d^s le commencement. 

(*) Cependant, tous les historiens nous 
parlent d'un premier p^re : ils nous font voir 
la nature hu'maine naissante. N'est-il pas na- 
turel de penser qu'Adam fut sauv^ d*un mal- 



(*) Dans Us pricidenus editions^ avant citallnia, on 
Usoh cilui-ct : II ne faut done pas compter les ann6es 
du monde : le nombre des grains de sable de la mer 
ne leur est pas plus comparable qu*im instant. 



) 



488 L E T T R E 5; 

heur commun , comme Noe le fut du de- 
luge; et que ces grands ^venemens ont 6t6 
frcquens sur la terre , depuis la creation du 
monde ? 

Mais toutes les destructions ne sont pas 
violentes. Nous voyons plusieurs parties de 
la terre se lasser de foumir k la subsistance 
des hommes : que savons-nous si la terre en- 
ti^re n'a pas des causes giniraUs j lentes et 
imperceptibles de lassitude ? 

Pai iii bien aise de te donner ces id^es 
generates a vant de r^pondre plus particuliere* 
ment k ta lettre sur la diminution des peuples, 
arriv^e depuis dix-sept k dix-huit si^des. Je 
te ferai voir ^ dans une lettre suivante , qu'in- 
d^pendamment des causes physiques , il y ea 
a de mondes qui ont produit cet effet. 

Dt Paris ^ le 8^de la lunt 
dc Chahtan, i^iS.j 



# 



LETTRfi 







Persanes. 189 



LETTRE CXIV. 

C/SBEK au mcmim 

X U cherches la raisoo pourquoi la ter reest 
nioins peupl^e qu'elle ne r^oit autrefois ; ec 
si ;tu y fais bien attention , tu verras que la 
grifnde difference vient de celle qui est arrivee 
daAs les snoeurs. 

Bepuis que la religion chr^tienne et la ma- 
hometane ont partagi le monde romain , les 
choste sont bien chang^es : il s'en faut de 
beaucbup que ces deux religions soient aussi 
fevorables k la propagation de Tesp^ce , que 
celle de ces maitres de Tunivers. 

Dans cette derni^re, la polygamie ^toit 
difendue ; et 9 en cela » elle avoit un tr^s* 
grand avantage sur la religion mahom^tane : 
le divorce y ^toit permis; ce qui lui en donnoit 
un autre » non moias considerable ; sur la 
chr^ienne. 

Je ne trouve rien de si contradictoiri que 
cette plurality des femmes permise par le saint 
alconm , etTordre de les satisfaire , donn^ dans 
le m6me livre. Voyez vos femmes , dit le pro- 
ph^te , parce que vous leur &tes necessaires 
comme leurs vStemens , et qu'eUes vous sont 
necessaires comme vos vStemens. VoiU un pr^- 
cepte qui rend la vie d'un veritable Musulmaii 

Tom IK Oo 



290 L E T T S. E B 

bien laborieuse. Celui qui a les quatre femmes 
ctablies par la loi , et seulement. autant de 
concubines 9 ou d'esclaves » oe doit-il pas 3tre 
accabl^ de tant de vStemens ? 

Vos femmes sont vos labourages , dit en- 
core le prophete ; approchez-vous done de vos 
labourages : faites du bien pour vos ames ^ et 
vous le trouverei un jour. 

Je regarde un bon Musulman comme ua 
athlete destin^ 4 combattre sans rel^che ; mais 
qui , bientoc foible et accabl^ de ses premieres 
fatigues , languit dans le champ mime de 1* 
victoire ; et se trouve , pour ainsi dire^ en- 
9eveli sous ses propres triomphes. 

La nature agit foujours aveo lenteur > et , 
pour ainsi dire , a vec ^rgne : ses op^tiona 
nt sont jamais violentes : jusques dans ses 
productions ^ elle veut de la temperance : elle 
ne va jamais qu'avec r^gle et mesure : si oa 
la pr^cipite , elle tombe btentot dans la Ian* 
gueur ; elle emploie toute la force qui lui reste 
k se cons&rver^ perdant absolument sa.vertu 
productrice , et sa puissance generative. 

C'est dans cet ^tat de d^faillance que nous 
met toujours ce grand noml>re de femmes ^ 
plus propre k nous ^puiser qu'i^ nous satis* 
faire. II est tr^s - ordinaire » parml nous j de 
voir un homme dans tin serrail prodigienx^ 
avec un tres - petit nombre d'ea&ns : ces 
enfans mSme sont y la plypart du ' temps 
foibles et mal-sains , et se seatent df la lao?* 
gueur de leur p^«« 



P E.R S A N £ S. 191 

Ce n^est pas tout : ces femmes 9 «oblig^es k> 
une continence forcee > ont besoin d'avoir des 
gens pour les garder , qui ne peuvent Stre que 
des eunuques. : la religion ^ la jalousie et la 
raison mSiiie ne permettent pas d'en laisser 
apprpcher d'autres : ces gardiens doivent 6tre 
en grand nombre , soit afin de maintenir la 
iranquillite au-dedans parmi le$ guerres que 
ces femmes se- font sans cessey soit pour em- 
pdcher les entreprises du dehors. Ainsi^ un 
homme qui a dix femmes ou concubines , 
n*a pas trop d'autant d'eunuques pour les gar* 
der. Mais quelle perte pour la soci^t^ ^ que ce 
grand nombre dliommes morts dis leur nais^ 
sance 1 quelle d^>opulation ne dbit-il pas 
s'ensQivre 1 

Les filles esclaves qui sont dans le settail \ 
pour servir avec leseunuques ce grand nombre 
de femmes , y vieillissent presque toujours 
dans une affligeante virginity : elles ne peuv«nt 
pas se raarier pendant qu'elles y restent ; et 
leors maitresses , une fois accoutumees k elles, 
ne s'en d^tont presque jamais. 

Voil^ comment un seul homme occupe k 
ses plaisirs tant de sujets de Tun et de I'autre 
sexe 9 les fait monrir pour Titat , et les rend 
inutiles k la propagation de Tespece. 

Constantinople et Ispahan sont les capitales 
des deux plus grands empires du monde : c'est* 
\k que tout doit aboutir ; et que les peuples » 
attires de mille mani^res , se rendent de toutes 
parts. Cependant elles p^ris$entd*elles-m£mes; 

Oo 1 



igi L £ T T R E S 

et efles seroient bientot detruites , si les S0tt« 
verains n'y faisoient venir , presque a chaque 
si^cle 9 des nations enti^res pour les repeupler« 
r^puiserai ce sujet dans une autre lettre. 

De Paris ^ U ij de la iune 
dt Chahban^ iyi8» 



LETTRE CXV. 



V s B E K au mcmt. 

Xj E s Romains n'avoient pas moins dVsclares 
que nous ; ils en avotent mftme plus ; mai» ils 
en faisoient un meilleur usage. 

Bien loin d'empScher , par des voies forcees^ 
}a multiplication de ces esclaves y ils la favo* 
risoient ^ au contraire , de tout leur pouvoir ; 
ils les associoient ^ le phis qu'ils pouvoient , 
par des especes de manages : par ce moyen » 
ils remplissoient leurs maisons de domestiques 
de tous les »xt% , de tous les dges ; et T^tat » 
d'un peuple innombrable. 

Ces enfans ^ qui faisoient , i la longue , la 
richesse d'un maitre , naissoient sans nOmbre 
autour de lui : il ^oit seul charge de leur 
nourriture et de leur Education : les peres, 
libres de ce fardeau , suivoient uniquement le 
penchant de la nature 9 et multij^oient » saAs 
craindre une trop nombreuse famille* 

Je t'ai dit que « parmi nous , tous les esclaves 
sont occup^s i garder nos femmes ^ et ^ rien 






P E H S A N £ is. 19) 

Septus ; qu'ils sent, k Tegard de Fetat^ dansr 
line perp^twelle l^tbargie : de xnani^e ^]x% 
faut restreindre i quelqaes homines libres » i^ 
quelques chefs de famille , la cuitura .des an$ 
et des terres^ lesquels mdme sy donnent le 
moins qu*ils peuvent. ' 

II n'en ^oit pas de mime ches les Romaiits. 
La r^publique se servoit, avec un a vantage 
infini , de ce people d'esclaves. Chacun d'eu^e 
avoit son p^cule , qu*il poss^doit aux condi- 
tions que son maitre lui imposoit ; avec ce 
picule f il travailloit 9 et se tournoit du cot^ 
oh le portoit son Industrie. Celui«ci faisoit la 
banque ; celui*l& se donnoit au commerce de 
la mexi I'uii .vjeipdoit d^s mafchandises en 
detail ; I'autre s'appliquoit k quelque art m^- 
chanique » oafaten affisrmoit et faisoit valoir des 
terres : mais il n*y en avoit aucun qui ne s'at- 
tachit 9 de tout son pouvoir, k faire profiter 
(ce p^cijile f qui lui procurpit y en ii^Sme temps « 
Taiisaace dans la servitude presence 9,'et, I'es- 
peraiice d'une liberte future : cela /ai$oit un 
peuple labori^uxy animoit les arts ^tripdustrie^ 

Ces esclaves » devenus riches par leurs soins 
€t leiir travail , se faisoient aflFranchir ^ et de- 
venoieat^citoyens. La r^ublique sereparoit 
saos cesse • et rece voit dans son sein de nou- 
Telles families 9 k mesurjs que les .ancieones 
se di^tfuisoient. ':. 

J'aurai peut-6tre , dans mes lettfes suivantes« 
occasicTn de te prouver que plus il y a d'hommes 
dans un iM , plw le commerce y fleurit ; )e 



1^4 L E T T R E S 

prouverai aussi facilemieat que plus le com-^ 
merce y fleurit , plus le notnbre des hQmmesi 
y augmente : ces deux chos^ s'entrie*aident , 
et se favorisent n^cessairement. 

Si cela est , combien ce nomhre prodigieux 
d'esdaves , toujours laborieux , devoit-il s'bct 
crbitre et s'augmenter ! L'lndustrie et Tabon- 
dance les faisoient naitre i et eux , de leur t6t6i 
faisoient naitre I'abondance et rindustrie* 

D€ Paris y te i6 dt U tune 
de Chahban^ i^tS. 



LETTRECXVL 

.USBSK au mime. 

riovs avons jusqu^ici parl^ des pays maho* 
indtans , et cherch^ la raison pourquoi ils sont 
moins peuplds que ceux qui Potent soumis k 
la domination des Romains ; exaniinons h. pr6* 
sent ce qui a produit cet effet chez les chi^« 
tiens. 

Le divorce ^toit permis dans la religion 
paienne ; et il fut dtfendu aux chr^tiens. Ce 
changement , qui parut d*abord de si petite 
conslquence, eut insensiUement des suites 
terribles p et telles qu'on peut i peine les 
croire. 

On Ota 9 non - seulement toute la douceur 
du mariage ^ mais aussi Ton donna atteinte i 



P E R S A N £ 8. 19; 

$u£n : en youlaot resserrer ses noeuds, on 
tes relicha ; et, au lieu d'unir le$ cceurs, 
comme oa le pr^endoit ^ on les separa poui: 
janais. 

. Dans une action si Ubre ^ et oil le cceur 
doit avoir tant de part, on mit la gdne, la 
n^cessit^ » et la fatalit^ du dentin mime. On 
fompia pour rien le^ d^outs, les caprices 9 
et L'insociabiUt^ des hnmeurs : on vouluc fixer 
le coeur^ c'est-i-direj ce qu'il y a de plus va- 
fiable et de plus inconstant dans la nature: 
5>n attacha » sans retour . et sans esperance « 
des gens accabl^s Tun de Tautre , et presque 
{oujpurs nial assprtis :;et Ton. fit comm^ fes 
^ifjms, qui faisoimt lierdes hommes viyans 
^ d^s corps iqort^, 

•/ Qien ne contribuoit plus i-.Tat^achement 
aiutuel^ que la &icult^ du divorce,: un mari 
et une femme ^toient port^s.^ sotutehir pa- 
tif inm^tles p^^nes domestiques » sachantqu^ilf 
^oient maitres de |es faire fivir; et ils.garr 
^Qiqnt souvie^t ce pouvoir en main toute leu^ 
yifi, sans en user , par ce^teseule ^considera^ 
tion , qu'ils 6toient libres de le faire. 
. U n'jen esc pas de m$me des Chretiens ^ que 
leurs peines pr^sentes d^sesperent pour I'a* 
yjenir.lls pe voient^ dao^ les; desqgr^mens du 
marugf^) que leur duree , et , pour ainsi dire , 
^eu# etetoit^ : de-li viennent les degoitts^les 
discordes , les m^pris ; et c'est autant de 
perdu. pour la post^rit^. A peine a-t-on trois 
ans de mariage 9 qu'on en neglige Tessentiel : 



lA 



1^6 L E T T R E S 

6n passe ensemble trente ans de frbideur : il 
se forme des separations intestines anssi fortes ^ 
et pei)t - etr^ plus pernicieuses , que si elle? 
etoient publiques : chacun ^t et reste de son 
c6t6 ; et tout cela au prejudice des races fii* 
tures. Bientdt un.homme, degofit^ d'une 
femme dternelle , se livrera aux fiUes-de joie 2 
commerce honteux et si contraire k la sociiti i 
lequel f sans rehfiplir Tobjet du mariage » n'en 
reprdsente tout au plus que les plaisiirs. 

Si , de deux personnels ainsi li6es , tl 7 en 
a^ne qui n'est pas propre au dessein de la 
nature , et ^ la propagation de I'espice » soit 
par son dge, elle enseVelit I'autre arec elle^ 
et la tend aussi inutile qu*elle Test dle*m$ihe* 

II ne faut done point s^^conner si Ton Voit^ 
(hez les chr6tiens , tant de mariages foumir 
un si petit nombre de citoyens. Le divorce 
est aboli : les mariages mal assortis ne se rac- 
commodent plus : les fenimes ne passent plus, 
comme chez les Romains , successivement 
dans les mains de plusieurs maris ^ qui en 
tiroient^ dans le chemin^ le meilleur parti 
qu'il ^toit possible. 

J'ose le dire : si , dans une r^publique comme 
Lac^d^mone , oil les citoyens Etoient sans cesse 
gdn^s par des loix singuU^res et subtiles , et 
'dans laquelle il n'y avoit qu*une £iiiiille,qui 
^toit la r^publique ^ il avoit ^t^ i6tabH que les 
maris changeassent de femmes tous les ans^ 
il en seroit n6 un peuple innombrable. 

II est assez difficile de fatre bien comprendre 

la 



P.E & S kVt R S. 

la rai«on qui a .port^ les^:hreuens k abolir le 
divorce* Le mariage » c^^ez. tQ\\te$ les nfitions 
4u monde » est un C9iitrat su&ceptible de toutes 
ks conventions} et on nVn a du bannir jque 
^eUes qui auroient pu en affoiblir Tobjet : mais 
les Chretiens ne 1^ regardentpas dans ce point 
de vue; aussi oi)t-ils bien de la peine k dire 
4se que jc'est, lis ,ne Je font |^as consis^^r dans 
le plaisir des ^eps i au contraire » comme je 
te I'ai ,deji dit, il semble qu'il^ veulem Ten 
bannir autant qo'ils peu^ent : mais c'est une 
image 9 une figure » et quelque chose de mys« 
t^ei£x r^que (e ne cpmprends point. 



LETTRE CXVIL 



UsBEK 40 mcmi. 



L 



lA prohibiticm da divorce n'e^t pas la seule 
cause de la depopulation des pays chrdtiens : 
le grand nombre d*eunuques quails ont parmi 
•eux iti'en est pas une moins considerable. 
^ Je patle des prfttras » et des dervis de Tub 
et de Tautre seze^qui se vouept k une con* 
tinence ^ternelle x c'esi chez l^s ^hr^tiens, la 
•vertu par excellence ; en quoi ]e ne les com* 
prends pas » ne sachant ce que c'^t qu'une 
Vertu dont U ne r^suite rien* 

Tom ir. Pp 



Je trouve que leWs dbcttfuffc se-conindnai 
ftianifestemetit, quandais dis«fnt que te mamg© 
est samt, et que le cdlibtt^^ui lui estojjpos^^ 
Test encore daVantafee ; sunk compter qu'eii 
fait de preceptes et de dogmes fondamentauK ,f 
le bien est tou jours le mieuXtf ' 

Le riombre de des getis^faisaAt^ '^rl^fewioii 
de celibat est proiigtenx. Les pircfs^^OttAam*- 
Wient autrefois les^fens-dfei *b bfercfrau : Jau* 
jourd'hui , ils «"y vbuent tuXHra^teiefr d^s Tflge 
de quatorte ans ; «« qui revietit fc-pcu-pr6s 4 

la mSnie chose. 

Ce mitrer ^e cbntinewte a wiiagi^ pWrt 
ndliolnmefi f qtfe 4e^ ^pestes et les guerres les 
plus«sa«glaii«w n'oiit jamais fait. On voit , dans 
chaque maison religieuse , une famille iter- 
nelle f ^ti il "TO nail personnc ^-^ ^qw €cbIf0- 
tient «UK d«p«ns de toutes les ?utres. Ces mai- 
sonssont toujourt oatrertes^ c6m«ie *utant 
de gouflfres ou s'ensevelissent les races futures* 

Cette poKfiqdfe tel fteft ^ifiSrente de celle 

^es Romains, qui itablissoient des loix p^nal^s 

xbrttre <eux xjtti se rbfii*>iflBit'ilw* Aoi* 4* 

m&f iage , ^ ^owtoieot fcmr |i'ttOC libeite $i 

cbniiraire 31 rulitil^ pdaiiqaek 

J* w le pwie ici qae 'des ^y9!»thg>Uqfm* 
TDaris' la religion ptotesimte, tmt te «i«ide 
est etidtoit de<aire*de5ai&«i telle ne spMflfcp 
ni p*^tres ,' ni ctervisi «tsi , !4w*. WtftWifi«- 
mcnt de cette religion , qoidDamewit t©¥t «« 
premiers temps , «es feadaieuM n'«v©ieW 4^ 
accuses sans cesse d'tatevpewice^ ilnefa^f 



•>k 



P E R S A N E S. 199 

pas douter qu^apris avoir rendu la pratique 
du mariage universelte , ils n'en eussent encore 
adouci 1e joiig'^ et ^ehever d'dter toute la 
barri^re qui separe ^ en ce poiht , h Nazardea 
et Nfahomet. * 

' Mais , quoi qu'il en soil , il est certain que 
la religion donne aux proteslans un avantage 
infini sur les cathoHques. 

]*ose le dire ;; thus Tetat priSsent oti est 
FEurope 9 il n'est pas possible que la religion 
tatholioue y subsiste cinq cent ans. 

Avant Tabaissement de la puissance d*Es^ 
pagne 9 les catholiques ^toient beaucoup plus 
forts que les protestans. Ces derniers sont peu- 
&-peu parvenus k dn dquilibre. Les protestans 
deviendront plus ricbes et plus puissans , et 
les catboKques' plus foibles. 
' Les pays protestans doivent ^tre 9 et sont 
r^ellement plus peupl^s que les catholiques : 
d'oii il suit^ premi^rement , que les tributs y 
sont plus considerables p parce quHls aug- 
meqtent k proportion du nombre de ceux qm 
les paient : secondement , que les t^res y 
sont mieux cidtiv^ : eafin , que le commerce 
y fleurit davantage 9 parce qu'il y a plus de 
gens qui ont une fortune k faire ; et qu'avec 
plus de besoins 9 on y a plus de ressources 
pour les remplin Quand il ii'y a que le nombre 
de gens suffisant pour la culture des terres, 
il faut que le commerce p^risse ; et » lorsqu'il 
n'y a que celui qui est n^cessaire pour entre- 
tenir le commerce ^ il faut que la culture des 

Pp 1 



300 L E T T R E S 

terres manque : c'est-^-dire ^ il fkixt que tous 
les deux tombent en m&me temps » parce que 
Von ne s'attache jamais k I'un^ que ce ne soit 
iiux d^pens de I'autre. 

Quant aux pays catholiques , non-seulement 
la culture des terres y est abandonn^e » mais 
m6me Tindustrie y est pernicieuse : elle ne 
consiste qu'^ apprendre cinq pu ^iicpiots d'une 
langue morte. D^s qu'un bomme a cette pro^ 
vision pardevers lui , il ne doit plus s'embar* 
rasser de sa fortune ; il trouve dans Xe cloitre , 
une vie tranquille , qui , dans le monde » 
lui auroit cout6 des sueurs et des peines. 

Ce n'est pas tout. Les dervis ont en leurs 
mains presque toutes les richesses de I'istat ; 
c'est une soci^t^ de gens ayares , qui prennent 
toujours , et ne rendent jamais ; .lis accumulent 
sans cesse des revepus, pour acquerir des 
capitaux, Tant de richesses tombent' , pour 
ainsi dire, en paralysie ; plus de circulation; 
plus de commerce 9 plus d'arts , plus de manu- 
factures. ■ , ' 

II n'y a point de prince protestant qui ne 
Jeve sur ses peuples beaucpup plus d'impots , 
'que le pape n'en l^ve sur ses sujets : cependant 
<:es derniers sont pauvres pendant que les 
autres vivent dans I'opulence. Le commerce 
xanime tout chez les uns , et le. monachisme 
porte la mort par-f out chez les autre^s. 

Df Pans 9 k 26'deU b^u 



»^ 



P £ R S A N E S. 301 



LfeTTRECXVIIL 

» 

UsBEK au mime. 

^ o u s n'avons plus rien k dire de TAsie et 
de TEurope ; passons i TAfrique. On ne peut 
guire parler que de sts cdtes, parce qu'on 
n'en connoit pas rint^rieur. 

Celles de Barbarie » oil la religion maho- 
m^tane est Stabile , ne sont plus si peupl^es 
qu'elles 6toient du temps des Romains , par 
les raisons que }e t'al d^ja dites. Quant aux 
i;dtes de la Guin^e » elles 4oivent 6tre furieu- 
sement d^garnies depuis deux cent ans , que 
les petits rois , ou chefs 4es villages ^ vendent 
Jeurs sujets aux princes de I'Europe » pour les 
porter dans ieurs colonies en Am^rique. 

Ce qu'il y a de singulier , c'est que cette 
Am^rique qui re$oit tous les ans tant de nou* 
Yf aux babitans , est elle-in6me d^serte 9 et nei 
proiite point des pertes continuelles de I'Afrio 
que. Ces esclaves 9 qu*on transporte dans un 
autre climat , y p^rissent k milliers : et les 
travaux des mines oil Ton occupe sans cesse et 
les naturels dii pays et les etr^ngers , les exha- 
laisons malignes qui en sortent , . le vif-argent 
dont il faut faire un continuel usage , les d^« 
truisent sans ressource*. 

U n*y a rien de si extravagant que de faire 
p^rir un nombre innombrable d'hommes , pour 



jOl ;Le T' T R E S 

tirer du fond de la terre Tor et I'argent , ces 
m^taux d'eux-fn6mes absohnnent nratites-, et 
qui ne font des richesses > que parce <ju'on les 
a choisis pour en etre les signes. ' 

De Paris , U dernier de la 
lune de Chahban , iyt8* 



LETTRE C X IX. 



Us B B K au m£me. 

JLa fi£condit<S d^un peuple depend qvtelquefoi^ 
des plus petites circonstances du mpnde ; de 
mani^re qall ne faut souvent qu'un nouveaii 
tour dans son imagtnation , pour le rendre 
beaucoup plus nombreitx qoll n*^toit. 

Les Juifs y toti}ours exterminis » et toujour^ 
renaissans, ont r^par^ leurs pertes et leurs 
destructions continueUes , par cette seule es* 
p^rance qu'ont parmi eux toutes les families i 
d'y voir naitre tin rot , qui sera le maitire de 

la terre. 

Les anciens rois de Perse n^avoient tant de 
milliers de sujets , qu'i cause de ce dogtne 
de la religion des mages , que les actes les 
plus agriables k Dieu que les hommes puis- 
sent feire , c'etoit un enfent , labourer un 
champ , et planter un arbre. 

Si la Chine a dans son sein un peuple si 
prodigieux , cela ne vient que June certaine 
tnani^re de penser : car , comme les ehfaos 



P E R S.A/N E -S. 30 J 

MgafdMt teurs pires comme des dieux ; qu'its 
Iti rC5pe<iteiit comme tds 6hs cctte yie ; qu'ils 
les heiioitnt aprte leur more par des sacrifices ^ 
daos lesquels ils croient que leurs ames anean* 
ties dan^ le Tyen , reprennent une nouvelle 
vie ; chacun est port6 k augmenter une famille 
st s o umisc 4aftS"Cettevie^et4i n<^cessair exlan& 
Tautre. . 

D'ufi autK €Ot6 f les pays ^les Mahometans 
devienhent tous les jours des deserts 9 k cause 
d*une opinion , qui , tonte sainte qu'elle est , 
ne laisse pas d*avoir des effetstr^s-pernicieuxy 
Iw^if bile est enracia^ dans les esprits. Nous 
iMus regardons Qontme 6e^ V4oyag8urs qui oe 
Abivent pMser qu^i une autre patiie z ks 
frayaux utiles et duraifates^ iessoiiis pooras^ 
wret la foitttue deAOS enfans 9 lesprajets qui 
te n deiit ainde^ d'ttue vie courte et pasaager,e , 
nous paroisBeM ^jaelque^cbMe^^egrtrava^ftit 
l^ranqtuUeis pour iie. pr^nt', • sans iiiqiiitoide 
p6i!ir raveKh*) iioas nepreiions la peine, M 
de reparer les ^difiote pi^Hcs , ni de4^idbet 
4e«4et^ii inctilits ;• ni dK oultWer <eltes^ qui 
^om m itBt 4e recevoW nos aoins 1 nous vivoni 
dans tine Ynsensrbilit^ ^en^raie ^ etoouv Uuasons 
^ut faiite 4'4a t>rtmilettce. . J ; ♦ / 

GVsft tinPespt% ide.VMJftii qma <^aMi ^ chez 

ies Eiilr<>pl6^»9^f%i}4l(te4roit d^inesse , isi ^6^ 

iktrdMBle'i la f rOpagaiMH ^ ' en ce 4|u'il portly 

I'attention d'un pere sur un seul de ses enC^ns, 

-et ditonrne «es yetiK 'de fo4s lesautres ; en ce 

qtfil f*6blige| pour rmdre aolkle la ^fortune 



304 L E T T R E S 

d'un seul , de s'opposer k retablisseflieat dt 
pliisieurs ; enfin , en ce qu^il detrutt l-egalit^. 
des citoyens » iqui en fait toute Topulence* ^ 

De Paris, U 4de la buu 
de Riama^an, lyiSm 



■f 



LETTRE CXX. 



J/S B E K au mime 

LjES pays habitds par les Snuvages sent 
ordinairement pen peuples , par r^loigoement 
qu*ils ont presque tons pour le travail et U| 
culture de la terre. Cette malheureuse aversioa 
est si forte , que , lorsqu'ils font quelque im« 
pr^cation contre quelqu'un de leurs ennemis » 
ils ne.lui souhaitent autre chose que d'etre 
riduil i labourer un champ ; croyant qu'il tfy 
a que la chasse et la pdche qui sQient un excr« 
cice noble et digne d'eux. 

Mais 9 comme il y a souvept des amines oil 
la chasse et la p£che req4ent tris-peu , ils sont 
ddsoles par des famines friquentes : sans comp 
ter qu'il n*y a pas de pays si abondant en 
gibier et en poisson , qu*il puisse donne?*la 
subsistance a un grand peuple , parce que les 
animaux fuient toujours les endroits trop ha- 
bitus. 

D'ailleurs , les bourgades de Sauvages ^ au 
nombre de deux ou trois cent habitans » d^- 

tach^es 



P E R S A N E «• 30$ 

tach^es les unes des autres , ayant des interets 
anssi s^par^s que ceux de deux empires , ne 
peuvent pas se soutenir » parce qu'elles n'ont 
pas la ressource des grands ^tats , dont toutes 
les parties se r^pondent , et se secourent mu« 
tuellement. 

II y a 9 chez les Sauvages , une autre cou« 
tume , qui h'est pas moins pernicieuse que la 
premiere ; c^est la cruelle habitude oil sont les 
femmes de se faire avorter, afin que leur 
grossesse ne les rende pas d^sagreables k leurs 
maris. 

II y a ici des loix terribles centre ce d6« 
sprdre ; elles vont jusques k la fureur. Toiite 
fille qui n'a point it6 declarer sa grossesse au 
magistrate est punie de mort> si son fruit 
p^rit : la pudeur et la honte » les accident 
mSmQ I ne Tezcusent pas. 

De Paris ^ U ^ de la bmei 
JeRAamaian^ t^iS^ 



m 



^(MW /£( Q<i 



3«5 L £ t T R E S 



LETTRE CXXI. 

t 

U S B E K au mcme, 

l_j'£ F F E T ordinaire des colonies est d'affoiblir 
les pays d'oii on les tire, sans peupler ceux 
oil on les envoie. 

II £ciut que les hommes restent oil ils sont : 
il y ^ des maladies qui viennent de ce qu'on^ 
change un bon air contre un mauvais ; d'autres 
qui viennent pr^cis^ment de ce qu'6n en 
change. 

L'air se charge y comme les plantes , des 
particules de la teme de chaque pays. U agit 
tellement sur nous , que notre temperament en 
est &ti. Lorsque nous sommes transport's 
dans un autre pays^ nous devenons malades. 
Les liquides 'tant accoutum's i une certaine 
consistance , les solides i une certaine dispo- 
sition y tous les deux ^ un certain degr' de 
mouvement , n'en peuvent plus souffrir d'aur 
tres 9 et ils r'sistent k un nouveau pli. 

Quand un pays est desert , c'est un pr^ug^ 
de quelque vice particulier de la nature du 
terrein ou du climat : ainsi , quand on ote 
les hommes d*un ciel heureux , pour les en* 
voyer dans un tel pays y on fait precis'ment 
le contraire de ce qu'on se propose. 

Les Romains savoient cela par experience : 
i "; .-V ' . -^ 



i 



P E^ R S A N E S. 307 

i!s rel^guoient tous les criminels en Sardaigne ; 
et ils y faisoient passer des Juifs. II fallut se 
consoler de leur perte ; chose que le m^pris 
qu*ils avoient pour ces miserables rendoit tres- 
i^cite. 

Le grand Cha-Abas ^ voulant oter aux Turcs 
le moyen d'entretenir de grosses armies sur 
les fronti^res y transporta presque tous les 
Arm^niens hors de leurs pays , et en envoya 
plus de vingt mille families dans la province 
de Guilan , qui p^rirent presque toutes en tres« 
^u de temps. 

Tous les transports de peuples faits k Cons« 
tantinople n'ont jamais r^ussi. 

Ce nombre prodigieux de nigres , dont 
iious avons parl^ , n'a point rempli I'Ameriqtte. 

Depuis la destruction des Juifs sous Adrien, 
la Palestine est sans habitans. 

|1 faut done avouer que les grandes destruc** 
fions sont presque inseparables , parce qu'un 
peuple qui manque k un certain point restt 
dans le mdme ^tat : et si , par hasard y il se 
i^ablit 9 il faut des si^cles pour cela. 

Que si dans un ^t de d^faillance , la 
moindre des circonstances dont je t'ai parM 
yient k concourir y non-seulement il ne se 
r^pare pas , mais il d^perit tous les jours , et 
tend k son an^antissement. 

L'expulsion de$ Maures d'Espagne se fait 
tacore sentir comme le premier jour : bien 
loin que ce vuide se rempUsse y il devient tous 
les jours plus grand* 

Qq X 



308 L £ T T R £ S 

Depuis la devastation de rAnverique, les 
Espagnols , qui ont pris la place d^ ses anciens 
habitans , n'ont pu la repeupler : aiV contraire p 
par une fatalite que je ferois mieux dte nommer 
une justice divine , les destructeurs se de- 
truisent eux - mSmes et se consument tous les 
jours. 

Les princes ne doivent done point songer 
k peupler de grands pays par des colonies* Je 
ne dis pas qu'elles ne r^ussissent quelquefois: 
U y a des climats si heureux ^ que I'esp&ce s'y. 
multiplie toujours ; t^moin ces isles (*^) qui 
ont ^t^ peupl^es par des malades que quelques 
vaisseaux y avoient abandonnes , et qui re- 
couvroient aussi-tdt la sant^. 

Mais 9 quand ces colonies r^ussiroieat , au 
lieu d'augmenter la puissance , elles ne feroient 
que la partager ; k moins qu'elles .n'eussenC 
tr^s-peu d'etendue ^ comme sont celles que 
Ton envoie pour occuper quelque place pour 
le commerce. 

Les Carthaginois avoient ^ comme les Espa« 
gnols y decouvert TAmerique , ou au moin^ 
de grandes isles dans lesquelles ils faisoient 
un commercie prodigieux; mais, quand ils 
virent le nombre deleurs habitans diminuer, 
cette sage r^publique defendit k s^s sujets ce 
commerce et cette navigation. 

fose le dire : au lieu de faire. passer les 
Espagnols dans les Indes ^ il faudroit fair« 

{*) L'auteur park peut-itrc de Tisle de Bourb6n«r 



Persanes. 309 

repasser les Indiens et les Motifs en Espagne ; 
II faudrojt rendre k cette monarchie tous ses 
peuples disperses : et , si la moiti^ seulement 
des grandes colonies se conservoit, TEspagne 
deviendroit la puissance de TEurope la plus 
redoutable. 

On pent comparer les empires k un arbre 
dont les branches trop ^tendues otent tout le 
sue du tronc , et ne servent qa^k faire de Tom- 
brage. 

Rien n'est plus propre k corriger les prince^ 
de la fureur des conquetes loihtaines ; kjue 
f exemple des Portugais et des Espagnols. 
' Ces deux nations ayant conquis avec une 
rapidit^ inconceyable des rpyaum^s immenses^ 
pttts^ofllnic^ de leurs victoires, que les peuples 
▼aincus de leur d^&ite, song^rent aux-moyen^r' 
die les conserirer; et'j^ifirent chacune^ pour 
cela, une Yoie difffrente. 

Les Espagnols , d^sesp^rant de retenir les 
nations yaineues dans la fiddlit^'^^prirent-le 
^Vfi it Its e^tei'minei' , et d'y 6ii^oy^ a*Es^ 
pttgnedes peuples fiddles : jamais desseinhdr*^ 
#ible nt flit plus ponctuellement e^^eut^. On^ 
Vitun peuple^ aussi nombreiix que tous ceur 
de TEiirope ensemble 9 disparoitri d^ la terre ,- 
kYfLTTivie d? c? s ^barbares ^ qui semblerent, 
en d^cOuvVahf^les'IhdeSj n'avoir pens6 qu*i 
d^cbuvrir aux hommes quel ^toit le dernier 
p^riode de la cruaut^. 

Par cette barbarie , ils conserv^rent ce pays 
sous leur domination. Jugez par-U combien 



310 L £ T T R £ S 

les conquStes sont funestes , puisque les effets 
en sont tels. Car enfin , ce remade affreux etoic 
unique. Comment auroient-ils pu retenir tant 
de millions d'hommes dans Tobeissance ? Com- 
ment soutenir une guerre civile de si loin? 
Que seroient-ils devenus , s'ils avoient donnd 
le temps k ces peuples de revenir de Tadmi- 
ration oil ils ^toient de I'arrivee de ces nou- 
veaux dieux , et de la crainte de leurs foudres ? 

Quant aux Portugais , ils prirent une voie 
toute oppos^e ; its i]'employ^r;em pas les cruau- 
tes : aussi furent-ils bientot chasses de tDU& 
les pays qu'ils avoient decouverts. Les Hoi- 
landois favoriserent la rebellion de ces peu« 
pks p et eft profit^rent. . 

Quel prince envieroit le sort de ces con<^ 
^uerans ? qiu voudroit de c^s conqu&te$; k 
ces conditions ? Les uns ea fureat aussi -^ tot 
chassis ; les autres en firent des . d^rts 9 et 
r^endirent leur propre pays un desert encore. 

C'est le destin des heros de; se ruiner ,k coa-^ 
quirir ides.pays qu'il$ perdent soudain, oukf 
spumei;tre dfss nations qu'ils sont oiblig^s eux<^ 
m^mes de defruire ; comme cet insen^e qui 
s^ consumoit ^ acheter des statues qu*il jettoit 
dans la mer ^ et des glaces qu'il brisoit aussi-tdt« 

r Dt Paris ^ le 18 <k U lun^ 

d€ Rhama^an^ 1718^ 



I 

P E R S A N E $. 311 



LETTRE CXXII. 

USBEK au mimw 

XjA douceur du gouvernement contribu^ 
merveilleusement ^ la propagation de Tesp^ce. 
Toutes les r^publiques en sont une preuve' 
constante; et, plus que toutes , la Suisse et 
la HoUande , qui sont les deux plus mauvais 
pays de I'Europe , si Ton considere la nature 
du terrein, et qui cependant sont les plus 
peupl^s. 

Rien n^attire plus les Strangers ^ que la 
iibert^, et fopulence qui la suit toujours : 
l^une se fait rechercher par elle-m8me 9 ^t nous 
sommes conduits par nos besoins dans les pays 
oil Ton trottve Tautrc. 
^ Uesp^ce ^e multiplie dans uq pays oil I'abon- « 
dance^ fournlt aux enj&uis , sans rien diminuer^ 
de la iubsistahce des p^es. 

Uegalitd m8fne des citbyens, qui produit 
ordinairement I'^galit^ dans les fortunes ^ porte 
r^bphd^nce et la vie dans toutes les parties, 
du cojTjps jpolltique t et la r^pand par-tout. , 

n li'en est pas de mSme des pays spumis aa 
pouvonr arbitraire : le pnnce j les courtisans^ 
^t quelques partipuliers 9 poss&dent tputes les 
richesses , pendant que tous les autres g^mis« 
^ent j^s une pauVret^ extreme. 



3J2 i E T T R E S -' 

Si un homme est mal ^ son aise , et qu'il 
senie qu'il fera des enfans plus pauvres. que, 
liii , il ne se mariera pas ; ou , s'il se marie, 
il craindra d'avoiri^n trop grand nombre 4'en- 
fans^'qifi pourroient acliever de derahger sa 
fortune , et qui descendroi^Dt de la condition 
de leur pere> 

J'avoue que le * , ^tant 

une fois mari^, p it, spit 

qu^il soit riche , ;;cette- 

consideration ne mjours 

un heritage sQr k qui est 

son hoyau ; et i _ suivre 

aveugliment Tinstinct de la nature. 

Mais h quoi sert , dans un ^tat , ce nombre 
d*enfans qui languissent dans la. misere ? lis 
p^risseot ^resque tons , k mesure qu'ils nais- ■ 
sent : ils ne prosp^rent jamais : foibtes et di^ 
biles , ils meurent en detail de mille manl^res, 
tandis qu'ils sont emportes en gros par les fri- 
quenjes ptaladies populaires , que la misere et 
la mauvaise nourriture produisent toujours: 
ceux qui en ^chappent , atteignent Vige viiil , 
sans en avoir la force , et languissent tout le 
rest^ de leur vie. 

l^s hommes sont comme les plantes , qui 
ne croissent jamais heureusement , si elles ne 
sont bien cultivtfes : cbeZ les peuples mis^ 
rabies, I'esp^c^ P^^t ^ ^^^^ (juel^uefoU 
d^^n^re. - 

La France pent fourair un grand exemple 
4$ tout cecit Dims l^s guerres pass^es , la 



P E'R^S.AN E S. 31} 

craiAte oil etotent tous les enfans de famille 
4'£tre enrdl6s dans la miljce les obligeoit de 
se oiarier , et cfcla dans yn Sge trop tendye e^t 
dans Ic son de Jar-pauvrete* De taot de ma- 
nages , il naissoit tieh des cn&os 9 que I'oq 
cherche encore en: France ^ et que la. misere^ 
la ^mineet les maladies^P-ont fait disparoitre. 
. Que si , darts ufk ml aus^^i heureux , d^ips 
iin .rdyautte aM§si pplioij^qtt? ,1a France. ,f on 
fait jde pareities.rciaai^€S ^ cpie se«4rce4afiS: 
ks a^tres .itats i) ii, . yj 

DtBarisj U itj de JaJumi 

\ .. , .• .: '.; (\ de Rhama\an^ ijiS. 






• / i J .. , ^/ vU ;j i i. d J 
UsBEK au mollc^ I^enemet Ah^ 
gardiih ies trois iomteaux a Com* 

Q. r- 4^. 1-. 
UE nous servent les jeiines des itnmauinS| 

eiLJ€S.<iiU<ieS).d«$, i«ctl|aks? Xft main de Dieul 
s'lest : deiw fewt aj^esantie suy I lefi . ;enf#ns de^ ; 
laJoiiv.te-$PleU s'ot»scurcit, et s«mblefl*e-. 
clwrec:plos ^pie lewrs .d^fakes :. ieurs .armees , 
s'jfcsejpbjtBitrt .e^.ell*!?^^ sont.d?Bs;E^es,pomme ; 

•l^'^mpire 4«s. Osmanljps est %anldpar les 
deux plUis g^nds ^^cs qu'il ait jamais r^9us. 
Un moufti'ClM^kn..nf: le.sfiutient ;gu>vsc 
p«ne.::V> grai¥lsWiir.4!Ai|«i3??g?ie e5;ls,fl&iu , 
Tom IF, Rr 



3^4 L £' T T» Etf 

d^Omflf: il pone p€iii^t#ut< Ist aoEfoe du rid V 

irrit^ conite leur rebeUiatD Ai lour perfidie. > 

' Esprit sacr^ des-imtfrdionsi, tu pkurts mnb 

et four sur les enfens du: pMpfaise ^& le dn&c 

lestafblie' Omar a d^i^d^i :: te9 emmiHw sfd«» 

iiieuventi^ la vued^ lein!s«infidlieiift'::ttrdsme» 

leur conyersion , et iid» pas tour >partt? : tu 

vofidr0kl«s v<>ir r^uniS'S<$a( i^mdivdid!ii&lr^ 

par ks^famvesd^ seimr;. wmM^^dmpmr^i 

dans les montagnes et dans fell idAstfiffiy par 

IfttinteUr des^iofidMesi 

De Paris y k i di la bmt 
de Chahaly i^ig. 



A Vtnist. 






-» 



UEX petit ati^ie'fnotif'decc^iaMirdlit^*) 
immenses qoe les [mhees versienf sur lefOS'- 
courtisans? Veulent- tfs* se les aOdcUef ii il^^ 
leur sont d^a acquis auraat q^lb' jieavwt 
rStre. Et'y d'ailkursj' soils'- attpiidrmt^qHd^r 

ques-uns de leurs sujets en les adietUir^viiL 
faut bieh, par la ikidjttieraitofi^'^'ilSQif'per* 
dent uhe infinite dTautres eti les dpp^vriBsWtJj 
Quand ;e pense i lasitUatiott'desptiiMeSt^ 
tottjours entour^ d'liotfunes!' airidM •c'insar. 



\ 



» 



P:E RS AtN:^ts. 9I| 

fiahle&^ )e ne puis que les plaindre;' et )e les 
pluitts encore davaotage » torsqu'ils' n^otu (>a« 
U forpe de rdsister ^ d^s demandes tou)oura 
m^Feuse$ )l qewKi qui. ne 4€ias^i)4?<)| rij^q. m 
. |Je n'eiYt^ids jantia^s patleJ^ de^l^wrs .liberal* 
fe^:>. d^stgraces ct^ d4«^n$H)ns c]p>?iIStai(fopry« 
dieat, que je ne«»e Uvfe* j^ .mUle fc&eimns^ 
tme foule d'idees se pr^sente ^ npii esprit; 
yl me sembie ^pie i'eotefids puktttr loe^le ^r- 

MMnMMe*: *••• • > 'i.-- .jri : .. I •• 

:: . ' . .' . • . I'' ..; T ;: u .^f n. . i ; •. . 

^[M Is] Mtir^e M&tig^b}e : flfii ^^u^ - ^m 
IK de nosjn^ts k ncruf deijiao^er des pensmis^ 
M ayant exerc^ sans reliche notre tnagm&omiot 
n:WQy9in yi.oouaiMaiStcnfiii^c^^.iild.tiulti* 
{^/itMde de&jrequdtesqnftla>niQb 
)^ict^dk»:tmt £utjiifi4K'kt>lt:;|>ma)gfMdie 
». ^tiUoittfile 4ii»lo6fle, lis ^loutjont^fi^rdij^iii 
n qvfiU n'ont point mmfuit 1dkp¥is -f^Otse 
iff av^^ieatofi^ la*fOOiiimMieiy-^M$e:tfouver 
M.ii ootse fever; qite«nis his avoM .touiouss 
«) wiks suc'AOttn fMissAge, ckiisiahtlksu CiMttoie 
m lidear homts i et>q«'iU is sfuK estrdmeatent 
Mi.dbvda pow i^gatdtr^ (Svr.les ipasdes les 
u^^ fdur hmiteB > n^tte ' «^6fike. Nous avons 
# nAne ttfu plu^ieara t e q ctos de b pact de 
ii> 4]uciqiies persooiiea nki bou seiee » <pii nous 
*H!4mt MippCi do finn anention qu'U cat no- 
M toire qu*elles sont d^tia entretiett .tres*diffi- 
^ oHe : inelKiest^uDes mfime trSs-wrann^es 
^ aMsoflt prii, branlaat la; ttee , defaireat- 
m^temomi qu^d^ voDt &at l^memeiit de k 

Rr X 



y\6 -L E T'T R E'S- 

» cour des rois nos pr^d^cess^urs ; et qiie , si 
tf les g^n^raux de leurs arbees ont rendu T^tat 
if redoutable par leurs faits militaires ^ elUs 
9f n'ontp6ifTt I'^nddla'coui'inoms ci\^e par 
n leut^s ihtrigues. 'Ainsi; desiraiit trailer les 
n 'SU{)p)iiahs avec bont^ y et leur eccot'd^ 
H 't^utes leurs pri^r^s , nous avons ordonu^ 
p> ce qui suit : " > • - , . . c. 

' ^ 'Que tout Uboureur^i ay^ht cin^ fen&ns> 
9f retranchera journellement la cinqiii^m^partiifc 
># du pain qu'il leur donne. Enjoignons aux 
W}^ct^s d^ f^mlUe^d^'ifatreJia diminutions 
» SUP ^cfati€uh d/!sux>y aussi ^uste qcre> faire sii 

' K «» * D^reiidon5'express6Di6nt < i tou$ ceuK qin 
^ «3Jt)^^f|^llPik' lanoulba^etle lears :lu&riiage9i 

W <3y;3quli4esloni'^4^^^^ ^>^e ile>'&t^ei( 
iitnfj^^f^itdriQittune i^paracioit;, . iie :^pieiqu« 
wi'#4^tee'QtfeUe'soit.'i :./'<; n-''^ -^fi'' : «^ 
"iivi^^Ord^ndons^^fiiei'tmitei 'pciisoiuier' qui 
^(i^xe^f^cirat it des . ttavauv yiLs. et iin^ohanH 
HK^^fm^ ^ UesKfuellos ^I'onr junais ^t6;au? lever 
4f de' viotfe ' Majestd > o'achetrnt d^omait 
^id'habit^', 4 ieax^, il;knr^feni«e^etii<J6ui$ 
•0 enfans, que.de quatre ans^en quatre ansec 
» leurinterdis0asenioiitre^'ire9<*^iokeflmiH 
.>» res petites t^fxnuissancesiqo'iis avQie4t:^iir 

» tume de faire^dans;lettrstfitsnilleS|Jpes*pcinr 
ii cipalds fetes .de4'annie,.'^^ •//.::!» o^.j *> 
n Et 9 d'autant que nous. demiettrons atertis 
» que la pi upart . des boui^eoos de ix>s . boofies 
n Yilles sont^ntierement ocGup^S'i poutrnw^ 



P E R S A N E S. )I7 

» fi^abiisseinent de leurs filles » lesquelles ne 
$^ St sont rendues recommandables , dans 
91 notre etat , que par une triste et ennuyeuse 
i» modestie ; nous ordonnons qu'ils attendront 
^ k les marier , jusqu'i cfe qu'ayaiit atteint 
n YSige limits par les ordonnances , elles 
h viennent k les y contraindre. D^fendons 
If k nos magistrats de pourvoir k T^ducation 
n de leurs enfans n. 

• • De Paris f U premier de Is^. 

luiu de Chalval ^ ijiS* . 



L E TT R E ex X V. , 

■'■'- • ' • ■; Kicj i **'\ •'••• ; - ■'• 

' ^ J r 

A^^ est biien embaita^s^. ' dans . toutes les 
Religions y quand il s*agit de donner une id^e des 
plaisirs qui sont destines k ceiix qu^ ont bien 
V^'cti. On ^Qouy'ante ' facHement les' m^cban^ 
|)araae lohgue suitel de peines'^ dont onies 
ni^nace : .itials , pour' l*s* gens vertueux , on 
116 salt que leur protiiettre.' ir semble que la 
nature des plalsirs s6it d'etre d*une courte 
diif^e ; rimagination a peine k eii repr^senter 
"aVutres.- ' " ''^ '.' ' ''.\ '' \ 

fai yu des. descriptions du pfiriadis , capables 
'^y faire ' renoncer tous les gens de bon sehs : 
les lins fbnt jbuer sans cesse de 1^ fl&te ces 
ombres heuretises; d'autres les condamhent 



3i8 L £ T T i^ E s 

9u ^supplice de se promenier eteraellemetit ; 
d'wtr^s c;iifin 9 qui Us &>nx rdver li-haut au^ 
iaaitr<«ses td'ici*bas , n'ont pas cm ^ue cei\t 
tnilUpf^ d'anf^s f^^enf un terme asse;^ ^g^^ 
pour ^e^r ot^r k g|?&t 4e ccis iaguij^uide;; 
afiiQuivus^. 
h «e 9ouvWm59 a -ce prppps^ .d'unc Jjus,-? 

avoit ^t^ dans le pays du Mogol ; elle &<;( 
voir qiue les prfitres indiens ne sont pas moins 
steriles que les autres , dans les id^es qu'ils 
ont des plaisirs du paradis. 

U N E femme , qui venoit de perdre son 
mari 9^ wint en c^mofie ph^ If gOMVfrneur 
de la yille lui demander la permission de se 
briiler : mais ^ xomtqf 9 d^i^ ^s pays soumis 
aux Mahometans 9 on abolit, tant qu'on peut, 

ffttp cruelle cputime* U k r^fos^r abspli^mri*. 

tprsjj»*elle yit ?rs pridr^ iiTipui5»n^s^ 

pile SiC jetta d?P$ u« ftiri^ux enjportemenl; 

yoy»9 4w>it-eJle, epmme 00 fs? |6n^! 11 

fm sera 5Wl««»^«t p9S pWiii? i iwe pjiuvxe 
^n^e 4p sc l?ruler, <wand elle en a enyie? 
A-t'On iums nien vu de pjarejl? Ma m^re^ 
nm tapte 9 n^ es sqe^rs 9 se sont l>ien brftl^es ) 
^p qiumd je V4i$ deqiander perqii^slpn 4 c^. 
maudit gouverneur 9 il se £lclie , et se met 
^ crier conime un <?qr?ge^ .^ 

. U se tix>uya-l^ pa' h^rd iin }eune }>Anze ; 
jbomoie in^ele 9 lui dit le gouyemeur 9 est- 
4^\toi qui as mis cette f^^vx 4iW$ Tesprit d$ 



P E R S A N E S. 3:19^ 

cette femme ? Non y dit-il y je ne lui ai jamais 
parU : mais sidte irfcir croir, clle con]som« 
mera son sacrifice ; i^Ue fera une.action agreable 
au dieu Br^ttndtt aussi M ^erp^t-etle ^ien r^ 
compens^e ; car elle retrouvera , dans Tautre 
monde » son* mftri^y et^Ub rteMktHencera avec 
lui un second manage. Que dites-vous ^ dit 
la femme surprise; Je retrdViverai mon mari } 
Ah ! je ne me brule pas. II ^toit jaloux^ cha- 
grtfly & d^Hea» ^ TMn^ tp&y si.le dk\x^ 
HtSiSit' n*^ ]f^2i^ 6rit Mr'l« qud^erdftftnie^ 
^(Bieine^f iti^^d p^6^ bBsoik dis'^oi. lite hrMer 
l^t- loih..' pa sioidemmt le bout da> d<!>igt 
]^tir le ]^fi^i^du^fonddesf^6nfi}rS4 Detnc tieusF 
BoiizeiS'y ^1 me sidmoi^ffr et qid ssvoi^ir 

gai<de' Ai is^ WM dSie: mais: si le^^ dteii BrMHtf 
n'si ^e ^ piif^m ^ avdf ftifrev je rcMo^ne i^ 
cette beatitude. Monsieur le gouv^nieur , f^ 
itttf fkis* idfahoiil^iane^ Bt^pburvotis*^ (Ut-cUe 
^K^^gttdiMt^ le boAI»9 VbUis^pisfU^e£vs)^Vk>i» 
TMlite V aSlM dii^ iriil^a' nfiui*^ que^ jie laxw 

fattest hiixk ' 



*' 



«i 



3io Lettres 



LETTRECXXyL . 

Rica k Usbbk, 
A * * *. 

J E t*atten4s ici demain : cependant je t*ef^•^ 
voie tes lettres d*Ispahan. Les miennes portent' 
que rambassadeur du grand Mogol a refu. 
ordre de sortir du royaume. On aJQiite qu'on 
a fait arrSter le prince , OQcle 4u roi , qui 
^t charg^ de son: Education ; qu'on ^I'a fc^iti 
conduire dans UA chlteaa » ok il est i^es-^p^oi-. 
tement gard^» et qu'on Ta. privie de tousi^s. 
honneurs. Je suis f ouch4 du sort de ce prince ^ 
Qt je le plains. 

' Je- te Tavouca Usbek^ je n'ai jamaiet.yu 
chiller l^s larmes de perso^Aneisa^s* en ^4tr^. 
stftendri, : je sens dei'hu^ianif^ pou^; l|?s ^laU 
heureux, comme s'il n'y avpjt qu'ejix^quL 
fussent , hommes : et les grands mdme , pour' 
lesquels je trouve dans mon coeur de la duret6 
quand ils sont eleves ^ je les aime si-tot qu'ils 
tombent. 

En efFet , qu'ont*iIs \ faire dans la prospi- 
rit^ d'une inutile tenofesse? elle approche 
trop de r^galit^. Ils aiment bien mieux du 
respect , qui ne demande point de retoun 
Mais , si-tdt qu*xls sont ddchus de leur grandeur, 

U 



F E & S A N E S« 3 tl 

il n*y a que nos plaintes qui puissent leur. 
en rappeller Hdeel 

Je trouve quelque chose de bien naif , et 
ifidme de bien grand ^ dans les paroles d'un 
prince , qui , pr^s de tomber entre les mains 
de ses ennemis , voyafit s^s courtisans autour 
de lui qui pleuroient : je sens , leur dit-il » 
^ yos larmes , que je suis encore votre roL 

Di Paris^ U j de la turn 
de Chalvalf 1718m 

M i I ■ ) ■ > 

« 

L E T T R E CXXVII, 

RlCA k iBBEH. 

X U as oui parler mille fois du faiheux roi 
de Su^de. : il assi^geoit une place ^ dans un 
rpyaume qu'on nomme la Nonr^ge : comme 
il visitoit la tranch^e , s^ul avec un ingdnieur , 
il a ref u un coup dani^ la t£te 9 dont il est 
mort. On a ^t sur le champ arrdter son pre- 
mier ministre : les ^tats se sont as$embl^s » 
et I'ont condamn^ k perdre la tSte. 
« n 4toit accuse d'un grand crime : c*^toit 
d'avoir calomni^ la nation , et de lui avoir 
£iit perdre la confiance de son roi : forfait 
qui., selon moi , m^rite mille morts. 
Car enfin^ si c'est ^ne mauvaise action de 
Tom IF. S$ 



3ii" Lettrbs 

noircir dans I'esprit du prince le dernier de 
ses sujets , (ju*est-ce , lorsque Ton noirdt fat 
nation enti^re, et qu'bn lui 6te b bienveil- 
lance de celui que la providence a icabli pour 
faire son bonheur? 

Je voudrois que les hotnmes pavlassent auz 
rois^ comme les anges parlenr anotre saint 
proph^ce. 

. Tu sals que > dans les banquets sacr^s , oil 
le seigneur des seigneurs descend du plus su<- 
blime trone du n)onde> pour se communi- 
qtter k ses esclaves-y ^e me suis fait une iol 
c^v^re de captiver une langue indocile : on 
ne m'a jamais vu abandbnoer une seute parole 
qui put 6tre am^e au dernier de ses sujets. 
Quand il m'a (atliv etsseii d^Stre sobre , je n*ai 
point cess^ d'etre honn&te homme; et , dans 
cette ^preuve de ne>tre &d6^6 , j'ai risqu^ ma 
vie 5 et jamais ma vertu. 

Je ne sais comment it anwe qull rfy a 
presque jamais <le prince si nf^chant , que s(ni 
mini$tre ne le soit encore dk vantage ; s'il feit 
quelqiie action matnraise ^ ette a^ pijesquetoiH 
jours eti sugg^ree : de4nani4re que Tambitfon 
d^s princes n'est jamais si dangereuse, que^ 
H bassesse d'ame de ses conseiRers. Mais com* 

Sreqds-tu qifon hontme, qui rffest que d'hief 
ins U ipinistire , qui pent^ferie rCj sera pas 
djemain, puisse devenir dpns-iaftmomeMf$n^ 
Aemi de lui-m^me, de sa familte, de sa pa- 
trie J et d\i peuple qui naitra k jtimais de aeliii 
qu'il va faire opprimer ? - - . 



P E It 9 A N E «. iti 

' Vn prince a des passions ; le ministre les 
femue : c^est de ce cdt6-U qu*!! dirige son 
niinist^re : il nV point d'autre but , ni n'en 
veat connoitre. Les courtisans le siduisent 
par leurs louanges ; et lui le flatte plus dan* 
gereusement par ses conseils , par les desseins 
qu'il lui inspire 9 et par les maximes qu^il lui 
jpropose. ^ ' 

De Pans', U ly de la lune 
de Saphar^ ijip. 



»*a^ 



L ETT R E CXXVIIL 



RrCA i USBMK. 



• * # 



Je passdis I'aiftre jotir iur le Pont - Neuf 
avec un de mes amis : il rencontra un honime 
de sa connoissance ^ qu'il me dit 6tre tin g^o- 
mi&tre; et H rfy avoit rfcn qui tfyparftt , car 
il ^oit dans une r^Terte ptofonde : il fallut 
que mon ami le tirSt long^emps par la man^* 
cne 9 et le secoult pour le feire descendre 
)usqu'i lui 9 taut il ^toit occupii d*une courbe^ 
qui le tourmentoit peut-6tre depuis plus de 
liuit jours. Us se firent tous deux beaucoup 
d*honn£tet6s 9 et s'apprirent r^ciproquement 
quelques nouvelles litt6^tres.'Cis di^cours le^ 
nen&rent jusques sur la p6rte ttTim cafS ^ oti 
fentnd dvec^eut. 



P4 Let t.il.e s f 

Je remarquai que notre g^om^lre^ y iiit 
r€(u de tout le monde avec empressjement ^ 
et que les garfonsdu cafd en faisoient beau- 
coup plus de cas que de deux mousquetaires 
qui ctoient dans un coin. Pour lui , il parut 
qu'il se trouvoit dans un lieu agreable ; car it 
derida un peu son visage , et se xnit k rire ^ 
comme s'il n'avoit pas eii la moihdre teinture 
de geom^trie. 

Cependant son esprit r^gulier toisoit tout 
ce qui se disoit dans la conversation. II res^ 
S^mbloit^ celui qui , dans trnjardin, coupoit 
avec son ^pee la t8te des fleurs qui s'elevoient 
au-dessus des autres* Martyr de sa justesse, 
il ^toit ofFens^ d'une saillle , cotnme une vue 
delicate est offens^e' par uhe Fumi^re trop 
vive. Rien pour lui n'dtoit indifferent , pourvu 
qu'il fibt vrai. Aussi sa conversation ^toit-elle 
singuUire. ; II ' 6toit . arrivd ce ' jour - Ik de la 
xampagne avec un homme qui avoit Vu un 
.chiteau superbe ^ et des lardins magnifiques ; 
et il n'avoit vu, lui , qu'un bitiment de soixante 
pieds de long sur trente^'cinq de large ; etun 
bosquet barlong de dix arpens : il auroit fort 
souhait^ que les regies de la perspective eus* 
sent 6t& tellement observ^es , que les allies 
des avenues eussent paru par-tout de m^me 
jlargeur ^ et il auroit xlohne^, pour cela-, ^ne 
-methode inifaillible, II parut fort sati$fait d'un 
cadran qu'il y avoit dimfil^ , d*une structure 
fort singuliere ; et il s'echauffa fort contre un 
savant, qui ^toit aupres de moi , quiiQaiheU'- 



P E R S A N E. S. )lf 

Teusetnent lui demanda si ce czdrin marquoic 
les heures babylonieimes. Un nouvelliste parla 
du bombardement du chiteau de Fontarabie ; 
et il nous donna soudain les propri^tes *de la 
ligne que les bombes avoient d^crites en Tair ; 
et , charme de savoir cela , il voulut en ignorer 
enti^rement le succ^s. Un homme se plaignoit 
d*avoir 6t6 rum6 L'hiver d'auparavant , par 
une inondation : ce que vous me dites-U m*est 
fort agr^able , dit alors le g^omirre : je vois 
que je ne me suis pas trompe dans Tobser* 
vation que j'ai fiiite, et qu'il est au moins 
tomb^ 9 sur la terre 9 deux pouces d'eau plus 
que Tann^e pass^e. 

Un moment , apr^s ^ il sortit 9 et nous le 
suivimes. Comme il alloit assez vite , et qu'il 
n^gligeoit de i;egarder devant lui , il fnt ren- 
contre directement par un autri homme : ils 
se choqu^ent rudement ; et , de ce coup » ils 
re]aillirent chaeun de leur c6te , en raison r^- 
ciproque de leur vitesse et de leurs masses* 
Quand ils furent un peu revenus de leur ^our- 
dissement , cet homme , portant la main sur 
le front 9 dit au gtom^tre i )e suis bien aise 
qiie vous m'ayez heurt^ , car j'ai une grande 
nouvelle a vous apprendre. Je viens de donner 
mon Horace au public. Comment ! dit le g^o- 
m^tre : il y a deux mille ans qu'il y est. Vous 
ne m'entendez pas , reprit Tautre : c'est une 
traduction de cet ancien auteur ^ que je viens 
de mettre au jour : il y a vingt ans que je 
m'occiq^e k faire des traductions. 



|X^ L E T T R E S 

: Quoi , Moasieiir ! dit le fooiDitnt » il y a 
vingt ans qae vous ae peasez pas ? Voas parlcz 
poiir les aiitres , ct Us paiaent pour tods* 
Monsieur , dit le savaat , crojrea-v^us que je 
fi*aie pas readv un graod aervice au puUic ^ 
de kii readre la kctace des bons aqieurs A» 
mili^re^ ie ne dis pas toutti^«*fait cda : j^esmne 
autant qu'un autre les sublimes gdnies que 
vous travestissez : mats vous ne leur ressem« 
blerez point; car si vous traduisez toi^ours^ 
on ne vous traduira jamais. 

Les traductions sont comme ces monnbiet 
de cuivre , qui ont bien la nt&ne valeur qu^e 
pi^ce d'or , et m£me sont d'on pb» grand 
nsage pour le peuple^ mats elles sont itou- 
|ours foibles et d*un mauvais aloi. 

Vous vouleEf dhes^voQs , fiure nwiltra 
parmi nous ces illnstres morts ; et j^oue 
que vous leur donnez bien un corps ; maia 
vous ne leur rendez pas la vie ; it y man^pie 
toujours un esprit pour les animer. 

Que ne vous appliquez - vous plutdt k la 
recherche de tant de belles virit^ , qu'un 
calcul &cile nous £ut d^couvrir tous les jours) 
Apris ce petit conseil » ils se s^paricent , je 
crois f tr^Mn^contens I'un de Tautve. 

Dt Parisf U dernkr de irhuu 
de RhiHat, j, i/fp. 



Persahes. yxf 



LETTRE CXXIX. 

« 

USBBK k RnkDt. 
A Vtmse. 



L 



A plupart des l^fshtenrs ont (xi des' 
fcommes born^ » que le h'asard a mis ^ la t6te 
des antres , et qui n*ont presque consult^ que 
lieurs pr^}ugi6s et leurs fitntaisres. 
* D semMe qul!s aient m^cannu la grandeur 
€t fa digiriti mftine de leur ouvrage : its sef 
flOttt amusdy ^ faire des institutions puMles^' 
avec tesquelles ils se sont , iL h v^rit6 , con- 
iorm^ aur petits esprtts , oiais ^ictidxxii 
anpr^s des gens de bon sens. 

lis se spnt jett^s dans descMtails xnutiles; 
Hs ont donne dans let cas parriculiers : ce qyi 
Atarqtteun g^e Strait ^ qutnevoitleschoses 
qne piur parties , et xx'embrasse rien <f une yue 
gdn^ralie. 

^ Qaelques-nns ont afltct^ de se senrir d^ne 
atit^ langne qtre la vufjgatre ; ckose absurde 
pour utr feiseur de \k>xx ;. commentf peut-on 
les observer, sr eHes ne sont pas connues ? 

lis ont souvent aboli sans n^cessit^ celtes 
iqiff!stjnttiouT&s ^ablies ; c'est-S-dire , qu'ils 
ont }ettd les peoples dans les desordres ins^« 
pardkies des cfaangiediens. 



3^8 Lett RES 

II est vrai que , par une bizarrerie qui vient 
plutot de la nature que de Tesprit des hom- 
ines , il est quelquefois necessaire de changer 
certaines loix. Mais le cas est rare ; et , Iors« 
qu'il arrive, il n'y faut toucher que d'une 
main tremblante : on y doit, observer tant de 
solemnites , et apporter tant de precautions , 
que le peuple en . conclue naturellement que 
les loix sont bien saintes , puisqu*il faut tant 
de formalitis pour les abroger. 

Souvent ils les ont faites trop subtiles » et 
ont suivi des id6es logiciennes, plutot que 
l^equit6 naturelle. Dans la suite , elles ont 6t& 
trouvees trop dures ; et , par un esprit d'e- 
quite 9 on a cru devoir s'en ^carter : mais ce 
remade ^toit un nouveau maL Quelles que 
soient les loix , il faut toujours les suiyre p 
et les regarder comme la conscieiice pubKque ^ 
k laquelle celle des particuliers doit se coa*^. 
former toujours. 

II faut pourtant avouer que quelques - uqs 
d'entre eux ont eu une attention qui oiarcpie 
beaucoup de sagesse ; c'est qu'Us ont donn^ 
aux peres une grande autorit6 sur leurs en« 
fans. Rien ne soulage plus les magistrats , rien 
ne ddgarnit plus les tribunaux ^ rien enfin ne 
repand ' plus de tranquillity dans un ^tat , oU 
les moeurs font toujours de ineilleurs dtoyen^ 
que les loix« 

Cesx f de toutes les puissances ^ cellp dqnt 
on abus^ le moins : c'est la plus saa^e de 
toutes les magistratiires ; c'est la seule qui ne 

depend 



^ 



P E R S A N E S« 329 

depend pas des conventions , et qui les a m6me 
prec^d^es. 

> On remarque que , dans les pays oil Ton 
met dans les mains paternelles plus de r^^* 
Compenses et de ptlnitions , les families sent 
mieux r^gl^es : les pires sont I'image du crea- 
teur de Tunivers , qui , quoiqu'il puisse con«» 
duire les hommes par son amour, ne laisse* 
pa$ de se les attache? encore par les moti6 
de Tesp^rance et de la crainte. 

Je ne finirai pas cette lettre sans te fairer 
remarquer la bizarrerie de Tesprit des Francois*. 
On dit qu'ils ont retenu , des loix romaines , 
unnombre infini de choses inutiles , et m^me 
pis ; et ils n'ont pat pris d'elles la puissance 
paterhelle , ' qu^elies ont labile comme la; 
premiere autorit^ l^giffane. ) 

Di Pans, U 4 de la lunt 
de Gemmadi^ 2^ $ji^m 



LETTRE CXXxi 

1 . ' ' 


1. 


HtCA i •**. 


f 



JE te parlerai , dans cette lettre » d^urief 
certaine nation qu*on appielle les nouf ellistes, 
qui s'assemlilent dans unjardin mag^ifiqiie^ 
oh leiir disivet^ est toujours occup^e. Us sdAl 
tres-inutiles k T^tat; et leurs discours de cim 
^ante ans n'ont pas un effet different de celui 
Tomt ir^ Tt 



330 L E T T R E S 

qu'auroit pU produire Un silence sussi loag t 
cepeodant ils se croient considerables i parce 
qu'ils s'entretieniient de pro)ets magnifiqucSy 
ec traitent de grands int^r^ts. 

La base de leurs conversationf est una cu^ 
riostte frivole et ridicule : il n'y a point de 
cabinet si mysterieux » qu'ils ne pr^endent 
pen^trer ; ils ne sauroient consentir k ignorer 
quelque chose ; ils savent comhien Qotre au« 
guste Sultan a de femiAes? » . ^oinbieti il fait, 
d'enfans toures les ann^QS i Cjt |. quoiqu'ils ne 
fassent aiicuxie d^pen^e 0n espioai i ils soot 
instruits des mesures qu'il presMi pow humilitr 
I'empereur des Turcs et cAvk dt$ Mogols. 
i I A peine entails 6pmU le pr^at , q^'ils sie 
^ pr^cipitent dans raveniri (H, ms^rchantau- 
devant de la Providencb # ! ils \^ pr^vienaent 
sur toutes les demarches des hommes. lis con- 
duisent un gifneral par la main ; et , apris 
Tavoir loud de mille sottises , qu*il n*a pas 
faites^.ilslui ea pr^parent mille autres qu'il 
ne fera pas. 

II {qhi yoler le$ arfnuief cqmme Its jruesy 
et tomber les murailles comme des cartons: 
ils ont des ponts sur (outes \^ rivieres , des 
routes secretes dans toutes les montagnes , des 
^Mgtisin.s immenses dans les sables briilan^ i 
U, t^ ie^r manque que le bp^ sens, 
^ U y a VA homme,, ayec qui }e loge^ qui 
' fefut c?ttc lettre d'un .qouvelliste : dobme 
elle <a'^ paru singuliere > >e la gardaii la voidu 



P'E R'S A N E S. )|I 

» 

MOMSIKVR, 

n Js me trompe fafement dans mes con-- 
^ lectures sur les affaires du temps. Le pre- 
M mier Janvier 171 1 9 je predis que Tempereur 
n , Joseph mpurroit dans le cours de Tann^e : 
w il est vrai que « comme il se portoit fort 
k bien , je crus que je me ferois moquer de 
n mox f si je m'expliquois d'une mani^re 
i^ bien claire ; ce qui fit que je me servis de 
n termes un peu ^nigmatiques : mais les gens 
n qui sayent raisonner m'entendirent bien. Le 
nij avril de la m^que ann^e, il mourut de 
n la petite-v^le. 

n f)h% que la guerre Ait d^clar^e entre 
n FEmpereur et les ifurcs, j'allai chercher 
j» nos Messieurs dans tous les coins des Tui« 
» leries ; je les ascemblai pr^s du bassin ^ et 
H leur predis qu'on feroit le siSge de Belgrade ^ 
I* et qu'il seroit pris, jTai ix& assez heureui: 
« pour que ma p^^diction ait Hi accompiie.. 
» Il est vrai que » vers le milieu du siege ^ 
» je pariai cent pistoles qu^il seroit pris le 
» 1% aout O ; il ne ^t pris que le lende* 
If Main : ptut-on perdre & si beau jeu ! 
. n torsque je vis que la ^otxt dISspagne 
i» 4^barquoit en Sardaigne , je jugeai qu'elle 
s» en fbroit la Gonqu£te : je le dis , et cela se 
If ttottva yrai« Enfl^ de ce succes ^ j'ajout^i 



/ 



351 L E T T R E S * 

» que cette flotte victorieuse iroit d^barquer 
n i Final , pour faire la conqiiSte <lu Milanes. 
M Comme )e trouvai de la resistance k faire 
H recevoir cette idie , je voulus U sputenir 
>f glorieusement : ]e pariai cinquante pistoles ^ 
ff et je les perdis encore : car ce diable d'Al- 
M b^roni y malgre la foi des traites , envoy a 
yp sa flotte en Sicile , et trompa tout k la fois 
M deux grands politiques , le due de Savoie ^ 
» et moi, 

>p Tout cela ^ Monsieur , 'me d^routfc si forf^ 
>» que j'ai resolu de predire totijours , et de 
h ne parier jamais. Autrefois noiis ne con- 
n noissions point aux Tuileries Tusage de$ 
>f parisy et feu Monsieur te comte de'L. ne 
H les souffroi^ g.u^re^ v <nais , depuis c^u^une 
» troupe de petits-maitres s'est tn&\6e parmi 
» nous 9 nous* ne savdns plus oii nous som« 
>» mes. A peine ouvrons-nous la bouch^ pour 
ff dire une nouvelle , qu'ua de ces jeunes 
}f gens propose de parier contre. 

tf L'autre jour . cofndie I'ouvrois mon ma- 
W nuscrit , et acdommodois mes lunettes sur 
ff mon nez , un de ces fa)ifarOns , saisissant 
^ justement Timer vatle du premier mot au 
H second 9 me dit : je parie cent pistoles que 
H non. Je fis s^n^blant de n'afvojr pas Yait d^t- 
ff tention k cette extravagance ; et > repr^n'ant 
pf la parole d'unfe voix- plus*foi^e i je dis : 
» Monsieur le marshal de *** ayant appris... 
'ff Cela est faux , me dit-il : vous avez tou«> 
»» jours des nouvelles extravagant^s ; ii n'y 



» a pas le sens commun k tout cela. 1e vous 
» prie. Monsieur, ile mc faire le plaisir de 
» me prater trente pistoles ; car je tous 
»,ay9itt que ces p^ris m'oDt fort^ dei;ans^. Je 
tt-ypus «nvoie la oopie.de, ftie$; <^?V lettres, 
Mcpie j'ai Rentes au mini^tre. le suisV &c* , 

. tsTTRES ffitp ftmivtUU/e aif mirtlftn. .. 



» i 

*» 1 

» 1 

» J 

>> ^ notre nation. Si votre grandeur yeut m'ac- 
» corder , un priviUge :'. mdh deSsein' est'dS 
» prouver que',|depiiis le cojhmen'^ement 'd{j 
n la monarchic;' ies'Fr(ih(oisn*bnt Jamais ^td 
tt battust et^qtie .ce*que les historiens ont dit 
» )u$qu*ici de no9 d^savantages., sont de v£- 
n ritables ihipostures. Je suis obligi de les 
M redresser en bien des occasions ; et j'ose 
» me flaner que je bi^ sur-tout dans la cri- 
n tique. Je suis , Monseigneur , &c. 



1)4 



L 'E T 'T 11 E S 



M O N S 1 1 G M 1 V R 9 

u 0£ptns la perte ijae notis aroiis fikt AH 
n Mon^eur le comte de L. , nous rous Sup*- 
»plions d'avoir la bontd de nbns |>ermettit 
» d'^lire un president. Le desordre se met 
»» dans nos confi&rences ; €t let affidres d'etat 
H n'y sont pas trait^es avec la m£me discus- 
M sion que par le, pa^s^ :i nps jcuiies^gens 
H vivent absolument sans egard pour les an- 
if ciens ^ et eatre eux sans discipline : c'est le 
1^ veritable conseil de Roboam , oh les jeunes 
» imposent aux yieiUards. Nous avons beau 
^ leur representer que nous ^tions paisibles 
u possesseurs des Tuilenes . yingi ans avant 
H qu*ils fussent au m.onde.: je -crois qu'ils nous' 
$0 en chasseront i la fin; et qu'oblig^s de 
n qui|^r ces lievix j oh nous avons tant de 
n fois ^voqu6 les ombres de nos li^os fran* 
^ 901S % il iaudra que nous allions teniir ho$ 
II conferences au jardin du roi , oil dans quel- 
• que lieu plus wmi^ le sui$'.»f. 



# 



■ 



» « 



3:..\ 



P E^R 9. A K E'S. 3}f 






4/ K^^^ ^i Glioses qui. a k plus eirerc^ mtk 
curiosity isa. arriTant en Europe^ cVst. l%ist 
toire eti'orij^ (le$ r^publiques.. Ta sais que 
k 'plt^MLft des Asiatkpies:ii'Qiit pas seutemcnt 
YtA&t de ctete sorte de gcntyernement » et que 
Ftm^nation ne les a pas servis jusqu^iik letif 
iaire €9mprendre qu^il puisse y eu avoir sur 
]fb tscat d'autre qoeilt despDtiqm. . < : . :> 
::.l^siBteoiiers.fOuveriieinebs que Bousrcon^ 
Mosicas etoSeat noiiarchiques : ce- ne fat que 
fftf ;]iasard ^ et par la succesnon des su^des^ 
fine lea rtpublkpies se fprmirent.. 
'. : La: <«rtee layaot . iitk abimde par (Utt> d^kige ^ 
dbiiKMiviiaiEiIfaaEhaiiis vinrentia'peupief': elk 
lara t prcstfiie ttdeies ses cdlbsRs. - d'£gy pie . iet 
dea ^oiitr^es ^de : k'Aae . tes plus * ^voisiiies :» et ^ 
(oottne tses pays'^toient gouvecn6s. par des 
fois » les pcuples qui en sonirem furevt goc^ 
vemes de m6me* Mais la^aiBiie deces princa 
dtmnaftt trop'pesante ^ on seeaba:le jdug ; 
e| t ^ d^isi de tanc de roy aumes y s'^ieioir^ 
ces r^obbques, qin firent'Sifort fleurir la 
Gcdce>> seule poli^ an milieu des' barbares. 
- LVidDur ick la liberti.^ }a iudne dt% rois^ 
conserva long-temps la Gr^'fbfU^^ilx^fei^ 






<. 



dance , et ^tendit au loin le gouvetnement 
r^publicain. Les viUes grpcmies |rouv^ei« des 
alli^es dans VAsie mineure i ell*> y-cnyoytrent 
des colonies aussi litres cfH'elles, qui leur 
servirent de felnpartif contte' hi entrepnse^ 
des rois de Perse. Ce n^est pas tout : la Grhcc 
peupla I'ltalie ; I'ltalie , I'Espagne , et peuty 
Im lesGauleif. On sait que-cecfe ^wide He* 
o6ne , si fameuse chez les anoiens, SteH^m 
eopimencement b Gr^e , qmsj^s-vomnstet 
gardoient comme un s^our Ae U&v^ i'M 
Grecs, qui ne trouvoient point cher eox ce 
pays heureiix , I'allerent chercher <n IttUe; 
cenx..d'ItaUe , en Espagne.; ceux d'Espagne , 
dans la B^ttope o^ te Portugal^: -de manifere 
que>n)tttes ces regions portfeEent.oeiWjm'ckez 
les anciens. Ces colodies grecqaes appaethnM 
avec elles un esprit de libert^ , qu'elles avdieftf 
oris dans ce:.doux pays. Aiiisi , on ne "«M« 
gaiti ,' dans ces. teiriiJs tecid^s < de mocrarchie 
dans:l'Italie ,. I'Espagne > iesrGaules. Twverr^ 
bient6t que les peuples du Nord et d'^jUemagn* 
pf itoient. pas , raoins lilires i et ^ st i*atttaoW9 
iss vestiges de quelque royaut6 parmieuxi 
€'est xm'on a prb pour des rois les diefs des 
armees ou des ripubliques. • ' ' 

Toutlceci se passoit en Europe t car, poitt 
i'Asie et TAfrique , elles ont tbujours iti ac* 
cbbi&es sons le despotism^ ,. si voUs en ex* 
ceptez quelques villes de I'Asie mineure dont 
jious avons parli, jct la* riipUbUque de Ciur-. 

^ge ea . Afiaque« s ■ i ' -'- ' 

1^ 



P E"R' S A N E S. 339' 

' Le monde fut partag^ entre deux puissantes 
f^ubliques , celle de Rome et celle de Car- 
thage : il n'y a rien de si connu que les com- 
nencemens de la rcfpubtique romaine ^ et rieti 
qui le soit si peu que rorigine de Carthage. 
On ignore absolument la suite des princes 
Africains depuis Didon , et comme ils per- 
dirent leur puissance. C'eiit ^te un grdnd bon- 
heur pour le monde^ue ragrandissement pro- 
digieux de la r^publique romaine , s'il n'y 
avoit pas eu cette difference injuste entre les 
citoyens romains et les peuples vaincus; si 
Ton avoit donn^ aux gouverneurs des pro- 
vinces ufie autbrite moins grande ; si les loix 
isi saintes pour emplcher leur tyranme » avoient 
'6ti observ^es ; et slls ne s^etoient pasiservis^ 
pour les faire taire ^ des i^Smes tresors que 
-ieur injustice avoit amasses. 

C^sar opprima la r^publique romaine; et 
la soumit i un pOuvoir arbitraire. 
. L'Europe g^mit long-temps sous un gouver- 
^nfiment militaire et violent; et la douceur 
romaine filt ohang^e en une cruelle oppression. 

Cependant une infinite de nations inconnues 
jsortirent du Nord , se r^pandirent comme des 
torrens dans les provinces romaines i et ^ 
trouvant autant de facility k faire des con- 
quotes qu'k exercer leurs pirateries , elles de^ 
membr^rent Tempire , et fond^rent des royau- 
mes. Ces peuples itoient libres ; et ils bor<« 
noient si fort Tautoht^ de leurs rois, qu*ils 
n'etoient proprement que des chefs ou des 

Tomir. Vv 



\ 



33S L E T T R E S 

g^n^raux. Ainsi ces royaumes ^ quoique foodU 
par la force , ne sentirent point le joug du 
vainqueur. Lorsque les peuples d'Asie , coming 
Us Turcs et les Tartares , fireat des conquetes , 
soumis k la volonte d'un seul 9 ils n^ son* 
g^rent qu*i lui donner de nouveaux sujets^ 
et k ^tablir , par les armes , son autorit^ vio- 
lente : mais les peuples du Nord f libres dans 
leurs pays , s'emparaot des provinces ro* 
maines 9 ne donnerent point k leurs chefe une 
grande autorit^. Quelques-uns mSme de ces 
peuples 9 comme les Vandales en Afiique^ 
les Goths en Espagne , d^posoient leurs rois 
dis qu*ils n'en 6toient pas satis&its : et 9 chez 
les autres , raut<^it^ du prince itoit born^e 
de mille mani^res difFf^rentes : un grand nombre 
de seigneurs la partageoient avec lui ; les 
guerres n*^toient. entreprises quc^ de leui- con- 
sentement : les d^pouilles etoient partagees 
entre le chef et les soldats ; aucun impot ea 
£aveur du prince ; les loix Etoient faites dans 
les assemblees de la nation. Voili le principe 
fondamental de tous ces ^tats , qui $6 for- 
m^ent des debris de Tempire romain« 

De Vause^ U 20 dt U buu 
it Rh^f i^ip* 



Persanes. 



339 



L ETT RE CX X X I L 

Rica A ♦»♦. 

J E fus 9 il y a cinq ou six mois , dans un 
caf6 : Yy reman|uai un gentilhomme assez 
Hen mis , qui se faisoit ecouter : il parloit 
du plaisir qu'il y avoit de vivre k Paris ; il 
d^ploroit sa situation d'etre oblige d'aller 
languir dans- la province. J'ai , dit-il , quinze 
mille liyres de rente en fonds de terre » et 
je me croirob plus heureux, si j*ayois le 
quart de ce bien-U en argent et en effets por* 
UiAes par-tout» J^ai beau presser mes fermiers^ 
les accabler de frais de justice » je ne fais que 
les rendre plus tnsolvables : je n'ai jamais pu 
Toir cent pistoles k la fois. Si je devois dix 
mille francs , on me feroit saisir toutes mes 
terces ; et je serois k Tbopital. 
. Jet sortis sans avoir fait grande attention 
h tout ce discours : mais , me trouvant bier 
dans ce quartier » j'entrai dans la m8me mai- 
son ; et j'y vis un bomme grave , d'un visage 
pdle et along^ » qui 9 au milieu de cinq ou 
m discoureurs , paroissoit morne et pensif , 
|usqu'i ce que , prenant brusquement la pa- 
f ole : oui , Messieurs , dit-il en haussant la 
voix f je suis ruin^ ; je n'ai plus de quoi 
vivre : car j'ai actueUement chez moi deux 

Vv 1 



340 L E T T R E S 

cent mille livres de billets de banque , et cent 
mille ecus d'argent : je me trouve dans une 
situation afFreuse ; je me suis cru riche , et 
me voili k Thopital : au moins si j'acvois scu- 
lement une petite terre oti je puisse me retirer, 
je serois siir d'ivoir de quoi vivre ; mais je 
n'ai pas grand comme ce chapeau de fonds de 

terre. 

Je tournai , par hasard , la t£te d'un autre 
cote ; et je vis un autre homme qui faisoit 
des grimaces de poss^d^. A qui se fier d&pr* 
mais? s'6crioit-il. II y a un traitrei que je 
croyois si fort de mes amis , que je lui avois 
prSt^ mon argent , et il me I'a rendu ! quelle 
perfidie horrible ! il a beau faire ; dans mon 
esprit , il sera toujours deshonord. 

Tout pr^s de*U , ^toit un homme tris-inal 
v6tu , qui , ^levant les yeux au ciel , disoit; 
Dieu benisse les projets de nos ministres! 
puiss£-je voir les actions^ deux mille , et 
tous les laquais de Paris plus riches que leurs 
maitres ! Teus la curiosite de demanddr son 
nom. Cest un* homme extremement pauvre^ 
me dit-on ; atissi a^t-il un pauvre metier : il 
est g^nealogiste ; et il espere que son art 
rendra , si les fortunes continuent ; et que 
tous ces nouveaux riches auront besoin de 
lui , pour reformer leur nom ^ d^crasser leurs 
anc6tres , et orner leurs carrosses : il s^itnz^ 
gine qu*il va faire autant de gens de qualiti 
qu'il voudra ; et il tressaillit de joie , de voir 
multiplier ses pratiques. 



^ 



P E K S A N % S» 341 

Enfin )e vis entrer un vieillard pile et sec, 
T^ue je reconnas pour nouvelliste 9 avam qu'il 
se fHit assis : il n'^toit pas du nombre de ceux 
qui ont une assurance victorieuse contre tous 
les revers ,. et pr^sagent toujours le^ victoires 
et les trophees; c'etoit, aa contraire, un de 
ces trembleurs 9 qui n'ont que des nouvelles 
tristes. Les affaires vont bien mal du c6te 
d'Espagne , dit-il : nous n'avqns poiiit de ca- 
yal^rie sur la fronti^e ^ et il est k craindre 
que le prince Pio , qui a un grbs corps ^ ne 
fasse contribuer tout le Languedoc. II y avoit, 
vis- & -vis de moi, un philosophe assez mal 
^ ordre 9 qui prenoit le nouvelliste en piti^^ 
ex baussoit les ^p^ules^.^ mesure que Tautre 
liaussoit la voix* Je ai*approchai de ]ui , et il 
me dit k rpreille : vous voyez que ce fat nous 
e'ntretient, ily a une heure, de sa frayeur 
pour le L^nguedoc : et moi , j'apperf us hier 
au. soir une tache dans le soleil ■, qui , si elle 
augmentoit , . pouproit fsdre tomber toute la 
nature en^ engourdissement , et je n'ai pas dit 
un seul mot, / 



»- •♦ . » 



De Paris ^ k 1^ de la bau 
dc Rhama^an^ 1^1 p% 



# 



34« 



" Lett&es 



L E T T R E CXXXIIL 

Rica A ♦♦♦. 

J'allai 9 Tautre jour, voir one grander 
biblioth^que dans un couvent de dervis , qui 
en sont comme \ts d^positatres , mats qui sont 
obliges d'y laisser entrer tout le monde ^ 
certaines heures. 

En entrant, je vis un homme grave, qui 
se promenoit au milieu d'un noo^re innom- 
brable de volumes qui Tentouroient. fallai k 
lui , et le priai de me dire quels ^xent quel* 
ques-uns de ces livres , que je voyois mieux 
rfelids que les autres. Monsieur j me dit41 , 
j'habite ici wie terre ^tirangii^e ; je n^ eoniidis 
personne. Bien de& gens me- font de paretUes 
questions; mais^vpus voycz bito queje n'irar 
pas lire tous ces livres pour les setisfeire :: 
|Vi mo» biblioth^caire qui vo«t doimera sa» 
tisifactiofi ; car il s'oceupe mnt et jour kt di- 
chtffirr tout oe que vo^us voyeatJit ; c'est un* 
homme qui n'est bon k rien , et qui nous est 
tr^ ik charge , patce qu'il ne travaille point 
pour le couvent. Mais j'entcnds ITieure du 
r^fectoire qui sonne. Ceux qui, comme moi, 
sont ii la tSte d'une com munaut^ , doi vent toe 
les premiers 4 tous les exercices. En disant cela, 
le moine me poussa de hors , ferma la porte ; 
et, comme s'il eut voli , disparut i rats yeux. 

J)€ Park^ U zi de la bin$ 
d€ JUutma^an^ ipf. 



P E R S A N S'S. 



345 



LETTRE CXXXIV. 

J E retoumai le lendemain k cette biblioth^ue; 
oil je trouvai tout un autre homme que celui 
que }*«ybis ru la premise fois. Son air 6toit 
simple 9 9a physionomie spirituelle , et son 
abord treft-a&ble. Dh$ que je lui eus fait con- 
noitre ma curiosity » il se mit en devoir de 
h satisfaire , et mSme^ en quafit^ d'^tranger^ 
de m'instruire. 

* Mon p^e , lui das«je $ queb sont ces gros 
volumes qui tiennAst tout xe c6t£ de biblio- 
A^e? Ge soht^-me dit^^L, lei interpr^es 
de r^criture. U y en a un gtand n<Mnbre 1 lal 
f epartis*je : il faut que F^ciiture i&t bien obscure 
autrefois , et bien claire k present Reste-t-il 
encore quelques doutes ? peut*il y avoir des> 
points contest^? ?il j en «» bon Dienl s^il 
yen a! me r^oadit^iL : il y en a presque autant 
que de lignes. Oui ? lui.cUs^jc; Et qn'ont done 
fidt tons ces auteurs ? Ces autenrs , merepartit-il^ 
nfont point cherch^ dans T^criture ce qu*il fiiut 
oroire « mnis ce quHls croient euix-m8mes ; ils 
Be I'ont- point regard^e comme un livre oil* 
hxAtnt contenus les dogmes qa'ils devoient 
tecevoir , mais comme un ouvrage qui pourroit 
doniierdefaiitt)rit^4 leurs propres id^es : c'est 



- « 



3^44 . L E T T R E ^Z. 

pour cela qu'ils en ont corrompu tous les sens^ 
et ont donnd la torture k tous les passages. 
Cest un pays oil les hprntnesde toutes. les 
sectes font des descehtes , et vont contort au 
pillage ; c'est un champ de bataille oil les na- 
tions ennemied qui se rencontrent livrent bien 
des combats , oil Ton s'attaque , oil Ton s'escaP- 
jnouche de bien des manieres. . ' 

Tout pr^s de-lA , voiis voyezles livrcs a^a&* 
tiqaes ou de devotion; ensuite'ies.livres^dp 
morale 9 bien plus ^ utiles ; . ceux de ; th4ologie i 
doublement inintelligibles , et 'par la matiere 
qui y est traitee , et par la mahi^re de la traitier ; 
les ouTrages des mystiques , c'cst-i^dire , des 
d6vots qui ont le coeur tendre. Ah 9 mon ip^rei 
hii dis-^ zmn moment ;• n'alUz. pas jskvite; 
parleumoide ces.my8tiques«.MDnsieur<y dit41 r 
la devotion echaiiffe-onxoeur disposi k la teh^ 
dres^e , etloi; fait envoyer des es[ifit9 am cerveau 
qui r^chauffent de m&ne 9 d'oii naissent lea 
extases et les ravissemens. Cet ^at est le delire 
de la devotidn;( squvent.il se perfectionne ^ 
ou plutot d^en^pe mn qiiidtisine : vous sayez[ 
qu'un . qui6tiste n'estaiiitce chose ^'ua Uonunor 
fi>u, devot et':libertin.. ' ' |i 

, Voyez les casuistes , qui mettent au )our lea 
secrete' de la nuit; qiii forinehty dan$ leur imin 
gination , tous . les . jnonstres^ que le d^oKm 
d'amour peut pD»duire ^ les rassemUent i . lea 
oomparenty et en font I'objet kernel ^e.ieMii 
pensdes : heureux si leur cceiir ne se met paa 
de la partie , et ne ^evient pas lui-oiSaie: com-. 

pUc«? 



« 



r 



P E R S A N £ S. 345 

pKce de tant d'egaremens si na'ivement decrits^ 
et si nuementpeints ! 

Vous voyez, monsieur ^ que je penselibre- 
inent, et que je vous dis tout ce que je pense. 
Je suis naturellement naif » et plus encore avec 
vous qui 8tes un etranger, qui voulez savoir 
les choses y et les savoir telles qu'elles sont. 
Si je voulois, je ne vous parlerois de tout 
ceci qu'avec admiration; je vous dirois sans 
cesse 9 cela est divin i cela est respectable ! il 
y a du merveiileux ! Et il en arriveroit ^ de 
deux choses Tune ^ ou que )e vous trompe* 
rois , ou que je me d^shonorerois dans votre 
esprit. 

Nous en restimes-U ; une afiaire , qui survint 
au dervis^ rompit notre conversation jusqu'au 
lendemain« 

Dc Paris ^ U 2j dt la lun§ 
de Rhama^an, tjig* 



LETTRECXXXV. " 

Rica au mSnu. 

J E revins & llieure marquee ; et mon homme 
me mena pr^cisement dans Tendroit oil nous 
nous etions quittes. Voici j me dit-il , les grarn* 
mairiens, les glossateurs, et les commentateurs. 
Mon p^re, lui dis-je, tons ces gens-1^ ne 
peuvent-ils pas se diispenser d'avoir du boa 
Tom IV. Xx 



(^ 







I 346 L E T T R K S 

; sens? Oiii, dit-il, ils le peuveqt; et mSmeU 

' n'y paroit pas , leiirs ouvrages n'en soot pas 

plus mauvais ; ce qui est tr^s-commode pour 

eux. Cela est vrai , lui dis-j&; et je connois 

bien des philosophes qui feroient bien de s'ap- 

I pliquer k ces sortes de sciences, 

I Voil^ , poursqivit-il , les orateurs ^ qui ont 

le talent de persuader iqd^pendaqiment des^rat- 
sons ; et les geon^etres , qui obUgent un hopune p 
malgre lui ^ d'etre p^rsuad^ 9 et le conyainquent 
avec tyrannie? 

Voici leslivres de m^ts^physique^ qui traiten^ 
de si grand^ intir^s , et d^^is lesquelf rinfini 
se rencontre par-tout ; les livres de physique ^ 
qui qe trpuvent pas plus de merveill^]^ dans 
reconooiie du vaste univers^ qim d^o; la ma«* 
chine la plus simple de nos artisi^ns. 

Les livres de m^decine; ces monumens de 
la fragility de la nature et de la puissance de 
Tart , qui font trembler quand ils traitent des 
maladies m8me les plus l^gi^res , tant ils nous 
rendent la mort pr^sente ; mais qui nous mettent 
dan; une security emigre, quand ils parlent de 
la vertu des remedes, comme si nous etions 
devenus immortels% 

Tout pres de-Ik, sont les livres d'anatomie, 

' qui contiennent bien moins la description des 

parties du corps humain , que les noms bar- 

J>ares qu'on leur a donnes ; chose qui ne^uerit 

^ ai le malade de son mal, ni le niiedecin de 

son ignorance. 

' ' Voici la chymie, qui habite^ tantot llio- 



./ 



Persanes. 347 

^kal , et tant6t les petites maisons , comme 
des demeures qui lui sont ^galement propres. 
Voici les livres de science , ou plutot d'igno* 
ranee occulte ; tels sont ceux qui- contiennenf 
quelque espice de diablerie : execrables , selon 
la plupart des gens ; pitoyables , selon moi. 
Tels sont encore les livres d'astrologie judi- 
ciaire. Que dites-TOus^ mon p&re ? Les livres 
d'astrologie judiciaire^ repartis-je avec feu. 
Et ee sont ceux ^nt nous fiiisons le plus de 
cas en Perse. lis r^glent toutes les actions de 
notre vie » et nous d^terminent dans toutes 
nos entreprises : les astrologues sont propre- 
inent nos directeurs*; ils font plus, ils entrent 
dans le goumtMAieiit de Fl^at. Si cola est^ 
medit-ily yMs vivez sous un )oag Imc^ plus 
durqae celftt de la raison : voil4 le plas^tfaAige. 
de tous les^empkes : je plains bietinne families 
et encore plus one nation , qui se laisse si fort 
dominer par left pbnites. Nous nous servons , 
lui repartts-je 9 de Pastrologie , comme vous 
VOVis serves de t -tflg^bre. Chaque nation a sa 
sdtoiice, selon la<pielle elle resle sa politique. 
Totts tes astrologues ensemble n'ont }amaia 
feic taitt de softises en notre Perse, qu'un seul 
de vos alg^brisies en a fait ici. Croyez-vous 
que le concours fortuit des a^tres ne soit pas 
line r&gle aussi sftre que les beaux raisonne- 
mens de votre faiseur de systSme? Si Ton 
comptoit les voix U-dessus en France et en Perse, 
ce seroit un beau snjet de triomphe pour Tastro* 
logie ; vous verriez les calculateurs bien hu- 

Xx z 



348 L E T T R E S 

mili^s : quel accablant corollaire n'en pourroiN; 
on pas tirer contre eux } 

Notre dispute fut interrooipue ^ et il fallut 
nous quitter. 

De Paris ^ U 26 dt Ubmt 
dc RJumuvpn^ lyig. 



LETTRE CXXXVI. 

Rica au mimt. 

JLIans Tentrevue suivante 9 mon savant me 
mena dans un cabinet particulien Void les 
livres d'histoire moderne 9 me dit*il. Voyez » 
premi^rementy les historiens de I'^glise et des. 
papes; livres que je lis pour m*^difier, et qui 
font souvent en moi un effet tout contraire. 

\A y ce sont ceux qui ont ^crit de la deca* 
dence du formidable empire romain, qui s'etoit 
form^ du debris de tant de monarchies 9 et sur- 
la chute duquel il s'en forma aussi tant de nour- 
velles. Un nombre infini de peuples barbareSf 
aussi inconnus que les pays qii'ils habitoient^ 
parurent tout-^coup, Tinond^rent, le rava- 
gerenty 1^ depecerentj et fondirent tous les 
royaumes que vous voyez k present en Europe* 
Ces peuples n'etoient point proprement bar- 
bares y puisqu'ils etoient libres : mais ils le^ 
sont devenus , depuis que, soumis pour la plu- 
part k une puissance absoluey ils ont perdu 



Persanes. 349 

cette douce liberty , si conforme k la raisoa, 
k I'humanit^ et it la nature. 

Vous voyez ici les historiens de Templre 
d'AUemagne » qui n'est qu'une ombre du pre- 
mier empire ; mais qui est , je crois , la seule 
puissance qui soit sur la terre que la division 
n'a point affoiblie ; la seule , je crois encore ». 
qui se fortifie ck mesure de ses pertes; et qui, 
lente k profiter des succ^s, devient indomptable 
par ses d^faites. 

Voici les historiens de France , oil Ton volt 
d'abord la puissance des rois se former, mourir 
deux fois, renaitre de mSme, languir ensuite 
pendant plusieurs slides; mais, prenant in* 
sensiblement des forces , accrue de toutes parts p 
monter k son dernier p^riode : semblable k 
ces fleuves qui, dans leur course , perdent leurs 
eauxy ou se cachent sous terre; puis, repa« 
roissant de nouveau, grossis par les rivieres: 
qui s'y jettent, entrainent avec rapidite tout 
ce qui s'oppose k leur passage. 

Ul j vous voyez la nation espagnole sortir 
de quelques montagnes : les princes maho* 
m^tans subjugu^s aussi insensiblement qu'ils 
avoient rapidement conquis : tant de royaumes 
r^unis dans une vaste monarchie, qui devint 
presque la seule; jusqu'^ ce qu'accablee de 
sa propre grandeur et de sa fausse opulence » 
elle perdit sa force et sa reputation mSme^. 
et ne conserva que Torgueil de sa premiere 
puissance. 

Ce sont ici les historiens d'Angleterre > oii 



350 L E T T R E S 

Ton volt la liberte sortir satns cesse des feux 
de la discorde et de la sedition ; le prince 
toujours chancelant sur un trone inebranlable ; 
une nation' impatiente t S9ge dans sa furqur 
mSme ; et qui , maitresse de la mer ( ^hose 
inouie jusqu'alors) mSle le commeFce ay^c 

Tempire. 

Tout pr^s deJk^ sont les historiens 4e qette. 
autre reine de la mer , la r^pUbUque de HoU 
lande , si respectee en Europe., et si iormi- 
dable en Asie , oik aes negomns voidat tmt 
de rois proatem^ devant eux. 

Les historiens d'lfalie yous repr^enient une 
nation autrefois maitresse du mendcs imjiEMr* 
d'hui esclave de toutes les antres} MS princes 
divis^s6t£9iblesvetsaiisairtre attsibut de 9011^ 
yerainvti » qo'uiie ¥asne poUnque^ 

VoiU les htstcriens dea republ«iufs» de h^ 
Suisse, qui est Ttmage de h llhmii 4e Ve* 
nise Y cpii n'a denssonrees qu'en son ^nfimie; 
et de G^nes , qui n'est supei^be que 'pstr st$ 
bStimetts, 

Voici ceox da Noord, et tAtre 4Mtres de la 
Pologne, qui use si mal de sa Ubepie el du 
droit qu'elle a d'ilire ses ro^, qu'il sembl^ 
qu'elle veuille consoler par-U les peuples sea 
voisins 9 qui ont perdu Tun et Tautfe* 

L^-dessus, nous nous s^parimes jusqu'aa 
lendemain, 

iPi PdrU, I* a de U bum 



Pe&sakes. 



35» 



LETT RE CXXXVIL 

Rica au mime. 

JLe lendemain, il me mena dans un autre 
cabinet Ce sont id les poetes, me dit-il; 
c'esc^'^-dire ces autetirs ^ dont le metier est 
de mettre des cntraves au bon sens , et d*ac- 
cabler la raison sous les agrimens, comoie 
OO' eosevelissoit autrefois- les femmes sous leurs 
ornemens et leurs panires. Vous le3 connoissez; 
ils lie sont pas rares chez les Orientaux , oh 
Ifi soleil plus ardeatsemble ^chauffer les ima« 
giaattonsvmdne. 

Vxnlk les poemes 6piqu^* Eh! qu'est-ce 
que les poemes epiques? En v6rit^) me dit*!!^ 
fejn'eh saisrien : les connoisseiilrs disent qu*on 
n'en a jamais fait que deux; et que Us autres^ 
qu*on donae sous ce nom ^ ne le sont point : 
c'esc aussi ce que jc ne sais pas. lis disent i de 
plus:) qu'il est impossible d'en faire de nou- 
veaux.; et cela est encore plus surprenant. 

Voici les poetess^ dramatiques > qui , selon 
iBoi , sont les poetes par excellence ^ et les 
maitres des- passions^ II y en a de deux sortes , 
les comiques, qui nous remuent si doucement, 
et les tragiques ^ qui nous troublent et nous 
agitentavec tant de violence. 

Voiciles lyriqueS) que je m^prise autant 



35^ Lettres 

que j'estime les autres^ et qui font de leur 
att une harmonieuse extravagance. 

On voit ensuite les auteurs des idylles et 
des eglogues , qui plaisent , mSme aux gens 
de cour, par Tidee qu'ils leur donnent d'une 
certaine tranquillite qu'ils n'ont pas , et qu*ils 
leur montrent dans la condition des bergers. 
- ' De tous les auteurs que nous avons vus , 
voici les plus dangereux : ce sont ceux qui 
aiguisent les ^pigrammes , qui sont de petites 
. fleches deli^es , qui font une plaie profonde et 
inaccessible aux rem^des. 

Vous voyez ici les romans ^ dont les auteurs 
sont des esp^ces de poetes , et qui outrent 
^galement le langage de Tesprit et celui du 
coeur i lis passent leur vie k chercher la na- 
ture f et la manquent toujoiurs ; leurs h^ros y. 
sont aussi Strangers que les dragons aiUs et 
les hippocentaures. 

fai VU9 lui dis-je^ quelques-uns de vos 
romans : et , si vous voyiez les notres ^ vous 
en seriez encore plus choqui. Us sont aussi 
peu naturels , et d*ailleurs extr^mement g8n6s 
par nos moeurs : il faut dix ann^es de passion, 
avant qu*un amant ait pu voir, seulement le 
visage de sa maitresse. Cependant les auteurs 
sont forces de ifaire passer les lecteurs dans 
.ces ennuyeux pr61iminaires. Qr^ il est im« 
possible que les incidens soient varies : on a 
recours k un artifice pire que le mal mSme 
quW veut gu^rir ; c'est aux prodiges. le suis 
^iir que vous ne trpuvere^ pas Eon qu'une 

magicienne 



t^ERSANES. 3(3 

magicienne fasse sortir une armee de dessous 
terre; qu*un h^ros, lui seul, en d^truiseune 
de cent tnille hommes. Cependant, voiU nos 
romans : ces aventures froides , et souvent 
r^p^t^es f nous font languir ; et ces prodiges 
extravagans nous r^voltent. 

De Paris f U 6 de la lune 
di Chaivalf 17 ig. 



L E T T R E CXXXVIIL 

Rica a Ibbeh. 

A StnUne. 

JLes ministres se tucc^dent et se c^tniiseot 
ici, comme les saisons : depuis trois ans^ j'ai 
IrU: changer quatre fois de systSme sur les 
finances. On l&ve aujourd'hui les tributs en 
Turquie et en Perse 9 comme les levoient les 
fmdateurs de ces empires : il s'en faut bien 
qu*Sl en soit ici de m£me. II tsi vrai que nous 
xCy roettons pas tant d'esprit que les occiden* 
taux. Nous croyons qu'il n'y a pas plus de 
diffibrence entre Fadministratton des revemis 
du prince et celle des'biens d'un parliculier^ 
qu'il y en a entre compter cent mille tomans ^ 
ou en compter cent : mais il y a ici bien plus 
de finesse et de myst^e. II hxxt que de grands 
g^nies travaillent nuit et jour; qu'ils enfantent 
Tom IF. Ty 



354 Lettres; 

sans cesse ^ et avec douleur ^ <le nouveaux pro-» 
jets ; qu'ils ecoutent les avis d'jtne infinite <le 
gens qui travalllent pour eux saas ai ^re {u:i6s ; 
qu'ils se retirent et viv^at ^iaiis le fpad d*iin 
cabinet impenetrable aiilc grands, et sacr4 aux 
petits ; qu'ils aient toujours la i£(te remplie de 
secrets importans , de desseins miraculeux , de 
systemes nouveaux ; et qu'absorbes dans les 
meditations , ils soient priv^s de Tusage de la 
parole, et quelquefois m6me de celui de la 
politesse. 

Jibs que te ieu roi eut fermi ies yeux ^ on 
pensa k ^tablir une nouvelle administration. 
On sentoit qH'on ^toit tital ; «iaxsL on ne savoit 
comment faire pour £tre mieux. On ne s'itoit 
pas bien trouv^ de Ymdohxi sans bornes des 
ministres pr^cedens; on Ta voulu partager. 
On cr^a , pour cet efet, fix ou sept conscils; 
ec ce iBiaistere est peut-ctre cekii 4k tons x]ui 
ft gouveme la f raace iavec plus de sens : H 
Aur^e en fid courte , «um Uea que oeUe dil 
fcten qu'elk prodkusiL 

La irance , k la inort ^u feu roi , etoit tiii 
corps accaWe de miHe maux 2 N*** prit k 
fer k la main, retrancha les chairs inwtiles^ 
tt appliqua quekpies remedes topiques* Mais 
il restoit toujours un vice inteneiir i :g«erii^ 
Un Stranger est venu , qui a entrepns 'cette 
cure : apres bien des ceiaedes violens il a cm 
hii avoir rendu son embDnpcunt; et il I'a :se«»- 
lement rendue 'bouffie. 
. Tous ceux q\«i ^toieat riches il y a six tnois^ 



■♦ •. 



P E R S A N E S. ^55. 

sent k present dans la pauvrete, et ceux qui 
n*avoieiit pas de paia^regorgent de richesses. 
Jamfais ces deux extr^mites ne se sont tauch^es 
de si pr^s. L'itranger a tourn6 T^tat comme 
un frippier tourne un habit : il fait paroitre 
dessus ce qui ^toit dessous; et ce qui ^oit 
dessus ^ il le met k Tenvers. Quelles fortunes 
inesp^r^es , incroyables mfime k ceux qui les 
ont faitesI'Dieu ne tire pas plus rapidement 
les hommes du neant. Que de valets servis 
par leurs camarades ^ et peut-dtre demain par 
leurs maitres ! 

Tout ceci produit souvent des choses bi-« 
aarres. Les laquais qui avoient fait fortune 
sous le r^gne pass^^ vantent aujourd^ni leur 
naissance : ils rendent , k ceux qiu viennent 
de quitter leur livr^e dans une certaine rue 9 
tout le m^pris qu'on avoit pour eux il y a six 
inois : ils crient de toute leur force. La no- 
blesse est ruin^e ; quel d^sordre dans F^tat I 
quelle confusion dans les rangs ! on ne voit 
que des inconnus faire fortune I Je te promets 
que ceux-ci prendront bien leur revanche sur 
iceux qui viendront apr&s eux ; et que 9 dans 
irente ans , ces gens de quality feront bien da 
bruit. 

Di Paris , U premUr de U 
lime Je Ziihag^f lyiOm 



yy» 



3 5<$ Lettres 

LETTRE CXXXIX. 

m 
f 

Rica au mime. 

Voici un grand exempte de la tendresse 
conjugale, non-seulement dans une femm)^^ 
inai& dans une reine. La reine de Su^de vou- 
lant , k toute force y associer le prince son 
^poux k la couronne , . pour applanir toutes 
les difficult4s9 a.envoye aux 6tats une declara- 
tion , par laquelle elle se d^siste de la regency ,' 
en cas qu'ii soit elu. 

II y a soixante et qaelques annees^ qu'une. 
autre rein^ , nomm^e Christine , abdiqua la 
couronne, pour se donner toute enti&re ii la 
philosophie. Je ne sais lequel de ces deux 
exemples nous devons admirer davantage. 
- Quoiqu^ j'approuve assez que chacun se 
tienne ferme dans le poste oil la nature Ta 
xnis ; et que je puisse louer la foiblesse de 
ceux qui, se trQuvant au-dessous de leur dtatji 
le quittent comme par une esp^ce de deser- 
tion ; je suis cependant frappd de la grandeuij 
d'ame de ces deux princesses, et de voir Tes- 
prit de Tune et le coeur de Tautre superieurs 
\ leur fortune.. Christine a song^ a connoitre^ 
dans le temps (jue les autres ne songent qu'a 
jouir : et I'autre ne veut jouir que pour mettre 
tout son bonheur €ntre les mains de son auguste 
epoux. 

De PariSy k 2^ de la huu 
di Makarram, ij2Q^ 



Per s.a n e s. 3)^7 



LETTRE CXL. 

Rica ti Usbek. 



* 



Lj£ parlement de Paris vient d'etre ttMffxL 
dans une petite ville qu*oiv appelle Pontoise. 
Le conseil lui a enyay^ enregistrer ou apprau- 
ver line declaration qui le de^honore ; et il Vw 
enregistr^ d'uae inanidre qui d^honore le 
conseil* » ^ .. • .> . 

On menace d-un pareit traitement quelques* 
parlemens du royaume. 

Ces compagnies sont toujours odieuses : eltes 
jd'ap^wochent des rois^ que pour leur dire de 
tristes v^rit^s :^t, pendant qu^une foule de 
courtisans leur representent sans cesseun peuple' 
heureux sous leur gouvernement, etles vienrnent 
d^mentir la flatterie , et apporter aux pieds du 
trone li^s gdmissemens et les larmes dont elles 
sont d^pdsitakes/ 

' Ctst un plesant fardeau ^ mon cher Usbek^ 
que celui de la verity , lorsqu'it faut la pbrter 
Jusqu^aiix princes ! lb doivent bien penser qu^ 
ceux qui s^y determinent y sont contraints; 
et qu*ils ne se resoudroient jamais k faire des 
d^arcfe^s si tristes et si afBigeantes pour ceux 
qui les font ^ s*ils n*y itoient iorcis par leur de- 
voir 9 leur respect ^ et m8me leur amour. 

Dc Paris ^ U 21 de la luni 



35$: L E T T R. E S 



LETTRE CXLL 



RlC4 aju'mimt^ 

« - ■ 

yitiKi te v6ir sur la €11 de^ U semaine* Que 
l^s )aur$ cQUleront agr&iblement ave^ tot ! , 
, Je fu» pre^nt^ , il 7 a quclqoes jours » Ji; 
une dame de la cMr^ qtu avoir quelque 
«nvte de Voir ma figurjeitrangke. Je la trouvai 
belie 9 digne des regards de notre moqarquet 
ts, d*Mn rang auguste dfUi9 le UeiU sacf 4 oil son 
coeur repose. 

Elle me fit mille questions sur les mceurs 
des Persaiis^ et sur la mani^re de vivre de&r 
Persanes« U me parut que la vie du serrait 
ii*dtoit pas de son gout » et 4{u*eUe trouvoic 
de la repugnance k voir ua homme partag^ 
edtredix ou douze femmesi* EUe ne put voir, 
sans envie, U bonheur de Tun; et sans pitiii^ 
la condition des autres. Comme ell($ aime la 
lecture » sur*tout celle de^ poetes et des rooyans , 
elle souhaita que je parlasse des ndtres. C€ 
que je lui en dis redoubla sa curiosity : elle 
me pria de lui faire traduire on fragment de 
quelques-uns de ceux que j'ai apport^s. Je le 
i^s ; et je lui envoyai f quelques jours ypr^ , 
un conte persan. Peut-^e seras-tu bien aise 
de le voir travesti« 

PV TSMPS de Cheik^ali^Can 9 il y avoit. 



Peksanes. 359 

€n Perse 9 use iemme nominee Zul^a : elle 
savQit par CQMr font le SBMt alcorati ; iJ n^ 
avoit posit de dervis qui wf endfit misixx qu'elle 
ies mtbictkkns des taints proph^^ ; ks doc- 
jteurs iacabes tt'avnte«t rian dit de ri my sl/6rtettx , 
^lelle n'ca covptk lom Ies sens ; et elle 
lOfgnoit^ & taot ile oMnoissao^eis « an oertaia 
ctrad^e d'esprii tnifiiui » tpu laissdt k peine 
deviner at elle T^idait aanisiir ceux k qui cUe 
{Qiloit f Oil les sistnnis* 
: Ui 90ur qa^eUe ^toit arec ses compagnes 
dans une des salles du serrail , une d'eUes liti 
deiiUMda tt fa'elle pensoit de I'aatce vie ; et 
ai leUe iajoutoiiC fei i €M» ^m^ienne ttadhion 
de aw dMteurs^ ipie le pandss n'est £ut que 
pour Ies liQfliines* 

. C'«et ;le SMtkneot coimnstn « leur iditrelle ; 
il ay a nen que Ton n'ait fait pour di^girader 
iiotre Matt. II y a flidme one nation tipaAAvKt 
par ioiite ia Perse .# qa'on appeile la oattoa 
jmve$ qtusPtttioAl^ parrausortt^ de ses hvte^ 
sics&f ip]etiousti!airoi)S|)ona d^me. 
i Casoptiiioai si aainriflnses n'om d!auli« ori* 
pxtt qac i'off;gueil des homoies , qoi veulent 
porter leur sup^iorit^ an • deli mbtnt de leur 
vie;et ne peosent pas tpie, dans le grand | our ^ 
tellies ieSi GeBattnres.^Mroattont ideiumt Dieu 
e^mam fe^n^abt^ sansjqu'il y ak eatre elies 
de :^pn6rx>gati v^ tfat eelles jqise la vertu y aura 
iMSes. 

« Dieu nei Sf boirneca -potnt dans aes T^ootn- 
pwses :. et xomme les.l4MBaa»ca^iii6af»iit biao 



« *• 



3^0 L E T T R E S 

v^cu 9 et bien \xs& de Tempire qulls ont ici*' 
bas sur nous , seront dans un paradis plein de 
beautes celestes et ravissantes, et telles que. 
Si un mortel les avoit vues ^ il se donneroic 
aossi-tdt la mort, dansrimpatience d'en jouir ; 
aussi les femmes vertueuses iront dans un lieu 
de d^lices , oil elles seront eni vrees d'un torrent 
^e volupt^s, avec des homntes divins qui leur 
seront soumis : chacune d'elles aura un serrail ^ 
dans lequel ils seront enferm& ; et des eunuquey 
encore plus fideles que les notres | pour 1^$ 
garden 

Tai lu , ajouta«-t«elle , dans un livre arabe 
qu'un homme , nomm^ Ibrahim , ^toit d'une 
jalousie insupportable* II 9V<Mt douze ktaaas 
extrSmement belles , qu'il traitoit d'une mani^^ 
tres-dure : il ne se fioit plus k ses eunuques ^ 
ni auf murs de son serrail ; il les tenoit presque 
toujours sous la clef, ^nferm^es dans leuf 
chambre , sans qa*elles pussent se voir , ni sn 
parler ; car il.^toit m6niQ jaloux d*une amitid 
innocente i toutes ses actions prenoient la 
teinture de sa brutalite naturelle : jamais une 
douce parole ne sortit de sa bouche ; et jamais 
il ne fit le moindre signe, qui n'^joutiit quelqu^ 
chose k la rigiieur de leur esclavage. 

Un jour quHl . les i avpit toutes assemblies 
dans une salle de soa.senail, une dVntra 
elles , plus bardie que les autres » lui reprocha 
son mauvais naturel. Quand on cherche si fort 
les moyens de se fair^ craiadre ^ lui dit-ette , 
oa troupe .ioi^oitcs auiiaravantxeitx de se fain^ 

hair. 



P E R S A 1J"E^. J(Jt 

hav. iTods sotnmes $^ matheuf eases , -que hoiis 
ne pouvons ' nous empScher de desirer mi 
changement : d*autres 9 k tm place , souhai- 
teroient yotre liiort ; je ne soubaite que la 
untone; et, iie pbuvant^^er d'etre s^pa^ee 
de vottS' que p&r44, il iite sera encore ^ien 
doox d'en^tre'septar^iew Cedi^cdurs ,'q\ii autoit 
^ le toucher ^ le fit entrer dans une furieuse 
GoUre i il tir^ son poignard , et le lai plongea' 
dans le s^n. Mes chafes compagnes » dit-elle' 
d'nne voiz^mourante, si le del a piti^ de 
ma yertu> vous serez veng^ks/A ces mots 9' 
eHsejquitta cette vie infortun^e, pour aller dans 
le s^jour des d^lices » oti les femmes qui oat 
bien v^cu jouissent d'un bonheur qui se renou*' 
veUe toU]ours. ' r 

* lyabordr elle vit une prairie tiiinte 9 done 
la verdure ^oit relev^epar les peifttures dea 
flcurs les plus vives : un rui^sfaiu, dont lea 
eaux ^ienit plus pures que le crystal , y lai- 
soit un nombre infini de detours. Elle entra 
ensuite dans des bocages charmans , dont le 
silencen'eat interrompu que parie doox chant* 
des otseaux. De magnifiques jardins se prd-* 
senterent ensutte; la nature les avoit orn6s: 
avec sa simplicity, et toute sa magnificence. 
Elle trouva enfin un palais superbe pr^pard* 
pour elle 9 et rempli d'hommes celestes , des«< 
tin^S'^ ses plaisirs. 

Deux d'entre eux se prisent&rent anssi«-t6t 
pour la d^shabiller : jd^utres la mirent dans 
1q bain , et la parfum^rcnt des plus d^licieuses 
Tome IV ^ Zz 



f 



t 



J(fi L:E T r RES 

essences >: oa lui douuHi (iiwile 4os;)ia]>|t^ Sok! 
Raiment plus riches que les siens : upr^ quoi , 
on la meaa dan$ u^e.graihde smiles oil elle^ 
trouva^ lUL feu fait aye0 4q» bois: pf^itttAn$^ 
et une table coavertedes mets h^ fl^S:^ufaiu 
Toitf ^mbbit «piic9Uf}ir. atx cf nsaeoiMe. dei 
ses sens : elle eme^Kkfit* d'uo cdt^^ uAemn^) 
sique d'autant plus divuif c^'eUf^.^k pluSi 
^ndre ; die Tautre » elle ne vojroit q^e cks. 
danses 4e ees hofon^^s diviiu'» Misqi^dmeftfi 
occupii ^ lui [ilaire. Cepeiodaol latt jfe plaim^ ^ 
1)6 devoiefit servir qu'a- U CQr^duir^: insenslflt 
bleaeot k desr plaisirs plosgraind^, Qni la mena 
dans sa chattkre ; ^»;aprib Tavoar encore une 
fosis d&babillee • Oft la pOrta dans un lit m* . 
perbe, oil deux hommes d*une.beaut^ cbaiy^ 
mante Ja recureM dans leurs bras. Cftst pour 
Iprs qu'eUe ^t eniivr^e^ et que tes faWsse^f 
iiien» pass^neot mSiine ses desies.. Je suis touyts^ 
hors de mot ^ Uur dtfott^eUe : yt cmirois 
nourir , si je n'^ois si^e die mon iflunortalitB. 
C*eii est trop , latssez^moj ^ f e soccombe sow 
la violence, des plakira. Out » voos reodeis 
im peu le calme k ines sens; )6 conunenceiL. 
respirer , et k reventr k moi - m&me. UPoh ■ 
vient que Too a ote les: flambeaux i Queme: 
piiU-je k pjreseitt considerer votre beautii di- 
vineJ .que ne puis-je voirA., Mai$^ pourquoi { 
voir ? Vous me faites rentcer dabs mes pre* i 
miers transpotis. O dieuxJ que ces t^ncfaies 
sont aimables 1 Quoi f je serai xmoionielle ; * 
el. immortelle avec voosi je serai .^^ Nbn, 



P B R S A N E S. 3^3 

fe votts demadde grace ; car je vols bien que 
^'Wts 6te^ gens &"n'en demander jamais. 
' Aprils plttsieurs commandemetts reit^rds, 
c€He Alt ^hiit i niait elle nfe le fiit qUe lors- 
^'eUe voulut l^tre hieh s^rieu^ement. Elte se 
Ir^posa languisssunme^t, et s'eildonnit dans letirs 
•bras. Deux momens de ^ommeil riiparirent s^ 
lassitude : elle re^ deta baisers qui renflam- 
a^ent soudain '^ et lui firent ouvtir les yeui^. 
Jt 5ui$ inqui^te 9 dit'-elle; je trains que trotis 
oe oi^aimiez pins. C6toif un doute dans lequel 
elle ne' voaloit pas tester long-temps : aussi 
cut^elte avec eux tous les iclaircissemens qu'ellie 
pouvoit desirer. Je suts ddsabu^e , s^ecria^t^elle;; 
fardon , pardon ; }e suis sftre de vous. Vbas 
»e mt dites rien ; niai^ vouis poiivet ;mient 
^oe tout ce que voos.nie p6urriet dire : oui. 
Old , )e vous le confesse » on n'a jamais tailt 
tuni6 Mais ^ quoi I rous vous dispute? tous 
deuit rhonneur de in^ persuader ! Ab ! ii 
vous' vous ^ipntet ^ si vous joignet rambr- 
:^Oii^ pkisir de ma dti&ite, je suis perdue; 
Vous^serte tous deux vaxnqueurs, il h'y aura 
i^ moi de vaincue : mais je vous yendrat bieh 
cher la victoire. 

T Toiit eeci ne fut interr om^u que par le jour. 
St^ 4(^es et aitnables domestiques entrirent 
'dans la ehambre » et firent lever ces deux jeunes 
hommes , qoe deux vieillards ramen^rent dans 
les lieux o^ ib ftoient gardes pour ses piaisirs, 
Elle se leva ^nsuite » et parut d'abord ii cette 
«our idoKCK datns les-diarmes ^^ d^sfaabitt^ 

Zz X 



3^4 L E T T R E S ' 

simple , et ensuite couverte des plus ^ooiptueinc 
ornemens. Cette nuitTavoit embelUe; eUeavoic 
donne de Xa vie k son feint, et de I'es^i^res^ion 
^ sts graces. Ce ne fut, pendant tout \^ jouiy, 
que danseSy que concerts, que festins, que 
jeux, que promenades i et Ton remarquok 
qu'Anais se d^roboit de temps en temps, tt 
.voloit vers ses deux jeunes h^rps :: apr^fc 
quelque^ pr^cieux instan; d'entrevue , elic 
revenoit vers la troupe qu'elle avoit quitt^e^ 
:tau]ours ayec un visage plus sereypu; Eiifio> 
sur le soir, on la perdit tout*^-fait : elle alU 
s'enfermer dans le serrail , oil elle vpuloit^ 
disoit-ellej fai^e connoissanoe av^c ces c^ptifi^ 
immorteUqui deyoie^t k jamais vivre ay^c ell^ 
.Elle visita done le$ app^rtemei^s de qesrtiew 
ies plus texul^ et les plus charmaos, oii^Uc 
compta. cinquante esclaves d'une beauti^ mt^ 
raaileuse : elle erra toi^e; la nui| de chaixibre 
.en xhambre , recevant par^tput.des .hpmniagids 
.toujours differens.^ et toujours les m^m^v . v 

VoiU comment Timmoir^elle .Anai^ $%%^\t 
.sa vie, tantot dans d^s plais^rs ^clatans , t^nt^t 
,dans des plaisirs solitaires; admir^e d'un^ 
troupe brillante, aimee d*ua amant ^perdu; 
souyent e^le q^ittoif UQ palgis enchant^^ pour 
aller dans . une .grotte ^ champdtr«^ : les ^eups 
sembloient naitre spus ses pas , et les jjeux s^ 
presentoient en. fpule au'-^eyani; ^'elle^ , ) 

11 y avoit plus de huit jours quelle ^toic 
dans cette demeure heureuse , que , toujours 
hors d'elle-mSo^e* elle. n'avoit pas fait une 



P E R S A K £ S. ^65 

seule reflexion : elle avoit joui de son boi^bMr 
sans le connoitre, et sans avoir eu un seul 
de ces momens tranquilles^ oh Tame se rendj 
pour ainsi dire , compte k elle - mSme 9 et 
V^coute dans le silence des passions* 

Les bienheureux ont des plaisirs si vifs^ 
qu*ils peuvent rarement jouir de cette libert6 
d'esprit : c^est pour cela qu*attach^s invinci- 
blement aux objets presens , ils perdent en- 
ti^rement la m^moire des choses pass^es , et 
n'ont plus aucun souci de ce qu*ils ont connu 
ou aim^ dans Tautre vie. 

Mais Anais » dont Tesprit ^toit vraiment 
philosophe , avoit pass6 presque toute sa vie 
\ mddxter : elle avoit pouss6 ses reflexions 
beaucoup plus loin qu*on n'auroit dft Tattendre 
d'une femme laiss^e k elle-mSme. La retraite 
austere que son mari lui avoit fait garder ne 
lui avoit laiss6 que cet avantage. 

C'est cette force d*esprit qui lui avoit fait 
in^priser la crainte dont ses compagnes ^toient 
frapp^eSy et la'mort qui devoit 6tre la fin 
de ses peines , tet le commencement de sa 
fflicit^. 

Ainsi elle sortit peu k peu de Tivresse des 
plaisirs 9 et s*enferma seule dans un apparte-^ 
inetit de son palais* Elle se laissa alter k des 
reflexions bien douces sur sa condition pass^e^ 
et siir sa fi!licit6 pr^sente ;^ elle ne put s'em* 
pScher de s'attendrir sur le ntalheurtde ses 
compagnes : on est s^osiblie^ des tourmens 
que Ton a partag^s. Anais ne se tint pas dans 



^66 L E T T R E S 

les simples borneS de la compassion : plM 
tendre envers ces infortun^es , elle se seotit 
port^e k les secourir, 

EUe donna ordre it un de ces jeunes hornmes 
qui ^toient aupres d'elle » de prendre la figure 
de son mari ; dialler dans son serrail ^ de s*en 
rendre maitre , de Ten chasser ; et d*y rester 
a sa place , jusqu*^ ce qu*elle le rappell4t. 

L'ex^tttion Kit prompte : il fen^Ut les airs> 
arriva k la porte du serrail d*Ibrahim ^ qui 
a'y 6toit pas. U frappe ; tout lui est ouvert ; 
les eunuques tombent k ses pieds* 11 vole vers 
les appartemens oil las femmes d*Ibrahim 
^toient enfcrm^s. II avoit, en passant t pris 
Jes cleft dans la poche de ce jaloux , k qui 
il s'^it rendu invisible. II entre , et les sur^ • 
pfend d'abord par son air doax et affiible; 
ct , bientot apris f il les surprend davantage 
par ses empressemens , et par la rapidit^ de 
ses entrepriseSi Toutes^ eurent leur part de 
r^tonnement ; et elles Tauroient pris pour uo 
aongt f a*il y eut eu moins de r^ajit^. 

Fondant que ces nouvelles scenes se jouent 
dans le serrail , Ibrahim heurte , se nomme j 
teinpftte et crie, iAf>r^s avoir assuy^ bien des 
diificuti^s , il entre » et jette les eunuques dans 
un d^sordre extrdmer i) viarche k grands pas f 
mais il i^iiule en arri^re 9 et tombe des nues ^ 
quand U voit le faux Ibrahim , u veritable 
image 9 dans toutes les liberty d'un maitre* 
II one an secours ; il veut que les eunuques 
Ivix aid«nt k tuer ^et imposteiir : mais il A'estpas 



P £ R S A N E S. 567 

ab& n Ji'i plus qu*une bien foible ressource ; 
€?€6t dr s*^n rappoiter aa jugemeot de see 
femmes. Dans uae heure , le faux Ibrahim 
asraita&luit tois ses }ttgeSt L'autre est tfhass^, 
•t tnmid ifidignemem hors du serrail ; et it 
aiuf oit f eftt la mort milie fois 9 si son rival 
n'avoit ordonn^ qu'on liti saov&t la vie. Enfin ^ 
k nouvel Ibrahim , rest^ maitre du champ de 
bataiile, se montra de plus en plus dtgne 
d'tfa tel dioixy et se sigiiala par des miracles 
jttsqa'akm inconmis. Vom ne ressemblez pas 
^ Ibrahim, disoi««it €€$ femmes« Dites plut6t 
cpie cet imposteur ne me ressemble pas , disoif 
le triomphaitt Ibrahim : comment raut*il faire 
pomr tere ^vocre ipoax , si ce que )e feis ne 
suffic pas? 

' Ah! dRius fl^#vo«s garde de douter, direnc 
left £nbmes s si vons n'Stes pas Ibrahim , il 
isePM suftt que vous acyez si bien mdrit^ de 
Vbtte : vous Ices plus Ibrahim en un jour , 
qis'il ne t'a 6vk dofis le cours de diic amines. 
Vovs me promettet done, reprtt-il , que vous 
"wus d^ckrerez en ma fiveur contre cet im- 
posteur i N'en doufez pas , dirent-^eties d*une 
iMnmune voix : nous vous joroos une fid^litd 
dscm^ile : nous n'avons 6U que trop long* 
tamps abus^es : le tfe^aitre nfe soupf onnoit point 
noq^ vertu, il ne soupfonnoic qae sa foi-' 
Uesse X nous voyons bien que les homfmea 
ne sofSt point faits comme lui} c'est k vous, 
sons douSte , quails ressemblent ; si vous sa viev 
oombkA vous nous le faites hair ! Ah I je 



C68 L E T T R. E S 

vous donnerai souvent de nouveaux sujetf 
de haine, reprit le faux Ibrahim; vous ne 
conaoissez point encore tout le tort qu'U 
vous a fait. Nous jugeons de son. ^justice 
par la grandeur de votre vengeance, reprirent- 
elies. Oui, vous avez raison, dit rhomme divin;- 
j'ai mesur6 I'expiation au crime : je suis bien 
aise que vous soyez contentes de ma mani^re 
de punir. Mais » dirent ces femmes , si cet^ 
imposteur revient , que ferons r nous ? II lui 
seroit 9 je crois , difficile de vous tromper » 
repondit-il : dans la place que j'occupe au-f 
pres de vous » on ne se soutient guere par la 
ruse. ; et d'ailleurs je I'enverrai si loin , que 
yous n'entendrez plus parler de.lui. Pour lor$» 
je prendrai sur moi le soin de votre bonheur« 
Je ne serai point jaloux; je saiu^t m'assiurer 
de yous , sans vous g&ner ; j'ai assez bonne . 
opinion de nion m^rite, pour croire que vous 
qie serez fidelles : si vous n'^tiez pas vertueuses 
avec moi 9 avec qui le seriez-vous? Cette con-? 
versation dura long -temps entre lui et ces 
femmes 9 qui » plus frappees de la difference des 
deux Ibrahims , que de leur ressemblance , ne 
songeoient pas m&me ^ se faire ^claircir de tant 
de merveilles. Enfin , le mari d^sesp^r^ revint 
encore les troubler : il trouva tpute sa maisoa. 
dans la joie ^ et ses fepime$ plus incredules que 
jamais. La place n*^toit pas tenable pour un 
jaloux i il sortit furieu^ : et un instant apr^s , le 
faux Ibrahim le suivit , le prit , le transpona daqs 
|es 91x^9 et le l^issa k deux mille Ueue« 4c-U, 

O 



P E R S A N E S. 3(^9 

O Dieux! dans quelle desolation se trou- 
vereht ces femmes , dans Tabsence de leur 
cher It>rahiai I Dqk leurs eupuq^es ayoient 
repris*lear^everit6'naturelle; toute la maison 
etoit en larmes]; elles s'imaginoietu quelquefois 
que tout ^ce qui leur etoit arriv6 n'etoit qu'un 
songe ; elles se regardpient toutes les unes les 
autres, et se rappelloient les moindres cir- 
constances de ces etranges aventures. Enfin le 
cfleste Ibrahim jrevint, toujours plus aimable ; 
il leur pariit qu6 son voyage n*avoit'pas ^te 
penible. Le nouveau maitre prit une cpnduite 
si opposee k celle de t'autre , qu'elle surprit 
tous les voisins. II cong^dia tous les eunuquesy 
rendit'sa imaison accessible 4 toiit le monde : 
il ne voulttt pas m&me Souffrir que ses femmes 
se Toilassent. C^toit une chose singuli^re de 
les voir ^ dans les festins , parmi des hommeSy 
aussi libres qu*eux. Ibrahim crut, avec raison, 
que les coutumes du pays n'etoient pas faites 
pour des citoyens comme lui. Cependant il 
ne se refusoit aucune d^pense : il dissipa ave€ 
une immense profiision les biens du jaloux, 
qui , de retour trois ans apr^s des pays lointains 
oU il avoit 6t6 transport^ ^ ne trouva plus que 
ses femmes, et trente-six enfans. 

De Paris ^ le id de la tunc 
de Gemmadi^ 17^. 



Tomt /r. Aaa 



370 L E T T R E S 



LETTRE CXLIL 

Rica a Usbsk. 

A * * *» 

Voici une lettre que }e re^us faler d'ua 
savant : elle te paroitra singulidre. 

Monsieur, 

« II y a six mois que j'd reiueilU la sac^ 
M cession d*un oncle tr^SHtiche qui m*a kiss^ 
M cinq ou six cent mtUe livres^ et une maisoa 
)» superbement noeubl^. II y a plaisir d'avoir 
» du bien , lorsqu'on en saic faire un bon 
M usage. Je n'ai point d'aiabitioo y ni de goCtt 
If pour les plaisirs : }e stiis presque tbujours 
>f enferm^ dans un cabinet, oil }e meae la 
» vie d'un savant. C 'est dans ce lieu que I'oti 
M trouve un curieux amateur de la venerable 
»> antiquite. 

>f Lorsque mon oncle eut ferni^ les yeux, 
>> j'aurois fortsouhaite de le faire enterrer avec 
» les ceremonies obferv^es paries anciens Grecs 
» et Romains : mais je n'avois pour lors ni 
»> lacrymatoires , ni urnes 9 ni lampes antiques. 

» Mais y depuis y je me suis bien pourvu 
» de ces precieuses raret^s. II y a quelques 



*•. 



P E R S A N E S. 371 

H jours que \e vendis ma vaisselle d'argent » 
» pour acheter une lampe de terre qui avoit 
» $ervi k un philosophe stoicien. Je me suis 
'» ddfait de toutes les glaces dont mon oncle 
» . avoit couvert presque tous les murs de ses 
'M appartemens , poiu- avoir un petit miroir un 
rH peu f^le 9 qui fut autrefois k Tusage de Vir- 
31 gile : je suis charme d'y voir ma figure re- 
yp prisentee^ au lieu de celle du cygne de 
M Mantoue. Ce n'est pas tout : j'ai achete cent 
*!» louis d'ot cinq ou six pieces d'une monnoie 
^ de cui vre qui avoit cours il y a deux mille ans. 
"n Je ne sache pas avoir k present dans ma 
H maison un seul meuble qui n'ait 6t6 fait avant 
H la decadence de Tempire. J'ai un petit cabinet 
jf de.manuscrits fort pr^cieux et fort chers: 
:h quoique je me tue la vue k les lire » j'aifaie 
jf beaucoup mieux m'en servir , que des exem- 
^ plaires imprimis , qui ne sont pas si corrects , 
M et que tout le monde a entre les mains. Quoi* 
>» que je ne sorte presque jamais , je ne laisse 
«► pas <f avoir une passion d^mesuree de con- 
*» iioitr« toils les anciens chemins qui etoient 
9^ du temps des Romains. II y en a un qui est 
$^ pr^s de^hez moi , qu'un proconsul des Gaules 
» fit faire 9 il y a environ douze cent ans : lors- 
H que je vais k ma maison de campagne , je ne 
H manque jamais d'y passer , quoiqu'il soit 
H tr^s-incommode 9 etqu*il m'alonge de plus 
n d'une lieue : mais ce qui me fait enrager , 
M c*est qu'on y a mis des poteaux de bois de 
H distance «n distance 9 pour marquer T^oi* 

Aaa z 



372 L E T T R E S 

» gnement des villes voifines. Je.suis disespM 
M de voir ces mis6rables indices , au lieu des 
>» colonnes milliaires qui y ^toient autrefois : 
M je ne doute pas que je ne les fasse r^tablir 
n par mes h^ritiers , et que je ne les engage k 
» cette depense par mon testament. Si vous 
M avez, monsieur , quelque manuscrit persan, 
>» vous me ferez plaisir de m'en accommoder: 
>» je vous le paierai tout ce que vous voudrez ; 
» et ]e vous donnerai pardessus le marche , 
» quelques ouvrages de ma fa^on, par lesquels 
ff vous verrez que je ne suis point un membre 
if inutile de la r^publique des lettres. Vous y 
n remarquerezy entre autres, une dissertation ^ 
H oil je fais voir que la couronne dont on se 
» servoit autrefois dans les triomphes , ^tok 
M de chSne , et non pas de laurier : vous< en 
>» admirerez uae autre » oii je prouve 9 par de 
» doctes conjectures tiroes des plus graves 
if auteurs Grecs y que Cambyse fut bless6 i la 
>f jambe gauche , et non pas k la droite ; une 
w autre 9 oii je d^montre qu'un petit front etok 
M une beaute tres-recherch^e chez les Romains* 
» Je vous enverrai encore un volume in-quario^^ 
» en forme d'explication d'un vers du sixieme 
ff livre de I'Eneide de Virgile. Vous ne recevrez 
>f tout ceci que dans quelques jours; et, quant 
ff k present 9 je me contente de vous envoyer 
» ce fragment d'un ancien mythologiste grep, 
>» qui n'avoit point paru jusques ici, et que 
9f j'ai decouvert dans la poussi^re d'une biblio* 
M th^que. Je vous quitte pour uae affak.e im- 



P E R S A N £ S« 3^J 

>» portante que j'ai sur Us bras : il s'agit de 
f^ restttuer un beau passage de Pline le natu- 
» raliste , que les copistes du cinquieme siecle 
n ont etrangement defigur^, 

Je suis y &c. 
Fragment J!un anckn mythologisu. 

« Dans une ile pr^s des Orcades, il na« 
<H quit ttu enfaht , qui avoit pour pqre. Eole , 
^' dieu de^ vents » et poiir mere une nymphe 
n de Cal6donie. On dit de lui qu'il apprit tout 
>r seul k compter avec ses doigts ; et que » d^s 
M rSge dequatre ans , il distinguoit si p^arfaite- 
'» ment ies mtoux ^ .que samere ay apt vpulu 
» lui donner xme bague-de. UitOHf^u Ueu d'une 
■ i¥ d^oTy il reconnut la tromperie ^ et la jetta 
^ par terrc. 

» D^s qu'il fut grand.^ son p^re lui apprit 
•H le secret (Fenfermer .les T^iits. dans des 
'p^ outrei, qu!il vendoit ensiule ii tous lesyoya- 
>» 'geurs : mais , commeJajnarcbandise^'^toit 
s^ pas fott piisee dans son pays, il 1^ quitta, 
>» et se mit'^ conrir le monde» en cobpagnie 
'^de I'aveugle dicu^djii basard. 

M II apprit ^ danfe'.^es voyages » que 5 dans 

^^ii la B^tique » Tor i^eluisoit de tputes parts ; 

i^. cek fit qu*ily pr^cit)it«r4eis p&§; II y fut fort 

-H raal ref li de Satuf ai » ^jui reg/Eppit, pour lors : 

)#i«nais ^ dieu/ayant quitt6.)a t^rre f U s^avisa 

9» d'aller dans .tousfJle$ Cajrrefours* oii il crioit 



\ 

I 



» vehif ) vous trie ferez pliaisir^ 'et jevoitS 

H en aurai une reconribis^ance eterrieHei * <^ 

- -M^ Le BsA'EdifF paVlci<-i >deS'gensr qiii'h> 

' » 'vbieht ' p^$ gi^tfd*' ehvie ' de tire J ik' rife 

'>f 'piireht ■pdnrtaht* shn- ^mp^Her > ce qui fit 

» qu'il s*en retourna bien conflis. Mdis,^rt*- 

w preniant courage , il hasarda en<i6f e VLtve petite 

-» priere. "Je sais que vous avei'des piei^rtt 

•>> priicieuses ': /aii horn ^dc"Jupitfet*y ^ifafle^ 

<.>>vo»s-erf;; fieri he voiis- ijifJauHrHt <:oriim^ 

•H ceS' s6A^$ de chosei ; dtfrfUe^ - V6us- tii> 

>>' Vdusdi's^e?. -Si voiis ne'le pouvez pas'p^ 

» vous-m8mes , je v6us donnerai des Hommeis 

* » d'allaires excellens. Que de richesses vortt 

•H cotiler cHex Vous, si vous faites ce que jfe 

-H vous conseille 1 Otii » je vou$ ptbthetstotft 

• fp ce qu*il y* ^ der plus piir dans nies oiitresi* 

H £nfin , il monta sui^ tm treteau i et , prenant 

H line voix plus assurise ^ il dit : Peuples de 

>» B^tique , )*ai compTar^ Theureux etat dans 

» lequei vous ^es y aVec^ celui oii }e Vous 

» trouvat',' loreque'j'arrivai ici ; je vousVois 

n le plus riche peuple de k terre : mais , pour 

' H achever votre fortune , souffrez que je vtous 

n 6te la moitie de vos biens. A ces mots, 

' » d'une aile leg&re , le fils d'Eole disparut et 

M laissa ses auditeurs dans une consternation 

: H inexprimablie ; ce qui fit qu*il reyint le len- 

•H demain, et parlaainsi : J6 in*appei'9us hier 

H que mon discours vous deplut extrSmement. 

f> Eh bien , prenez que je ne vous aie rien dit. 

>» (1 est vrai ; la moitie , c'est trop. 1\ n'y a 



Persanes. 377 

» qu'^ prendre d'autres expediens y pour arriver 
» au but que je me suis propose. Assemblons 
)^ nos richesses dans un meme endroit ; nous 
n le pouvon^ facilement , car elles ne tiennent 
» pas un gros volume. Aussi-tot il en disparut 
H les trois quarts >». 

De Paris ^ U g de la lune 
dt Chahban , 1720. 

LETTRE CXLIIL 

Rica d Nathan abl Lkri^ midtcmjuify 

d Livourne, 

1 U me demandes ce que je pense de la 
yertu des amulettes 9 et de la puissance des 
talismans. Pourquoi t'adresses-tu k moi ? Tu 
es Juif 9 et je suis Mahometan ; c'est-^-dire ^ 
que nous sommes tous deux bien cr^dules. 

Je porte toujours sur moi plus de deux mille 
passages du saint alcoran : j'attache k mes 
bras un petit paquet , oil sont ecrits les nom$ 
de plus de deux cent dervis : ceux d'Hali , de 
Fatm6 , et de tous les purs , sont caches en plu$ 
de vingt endroits de mes habits. 

Cependant je ne d^sapprouve point ceux 
qui rejettent cette yertu que Ton attribue k 
de certaines paroles. II nous est bien plus dif- 
ficile de r^pondre k leurs raisonnemens , qu'4 
eux de r^pondre k nos experiences. 

Je porte tous ces chiffons sacr^s , par une 
longue habitude y pour me conformer k unc 

Tamtir. Bbb 



J78 Lettres 

pratique universelle : je crois que > s*ils n'ont 
pas plus de vertu que les bagues et les autres 
ornemens dont on se pare , ils n'en ont pas 
moins. Mais toi ^ tu mets toute ta confiance 
sur quelques lettres myst^rieuses ;> et y sans 
cette sauve-garde^ tu serois dans un effroi 
continuel. 

Les hommes sont bien malheureux ! lis 
flottent sans cesse entre de fausses espdrances 
et des craintes ridicules : et , au lieu de s'ap- 
puyer sur la raisoit, ils se font des monstres 
qui les intimident , ou des fantomes qui les 
s^duisent. 

Quel effet veux-tu que produise Tarrange- 
ment de certaines lettres ? quel effet veux-tu 
que leur derangement puisse troubler ? quelle 
relation ont-elles avec leS vents , pour appaiser 
les teinp6tes ; avec la poudre h canon , pour 
en vaincre Teffort ; avec ce que les medecins 
appellent Thumeur peccante , et la cause mor- 
bifique des maladies , pour les gu^rir ? 

Ce qu'il y a d'extraordinaire , c*est que ceux 
qui fatiguent leur raison pour lui' feire rap- 
porter de certains ^v^nemens k des vertus 
occultes , n'ont pas un moindre effort k faire 
pour s'empecher d'en voir la veritable cause. 

Tu me diras que de certains prestiges ont 
fait gagner une bataille ; et moi , je re dirai 
qu'il faut que tu t'aveugles, pour ne pas trou- 
ver , dans la situation du terrein , dans le 
nombre ou dans le courage dessoldats, dans 
Texpiirience des capitaines ^ des causes suffi<i 



P E R S AN E s. y;^ 

nnlcs pour produire cec e6Fet dont tu veux 
ignorer la cause* 

Je te passe , pour un moment , qu'il y ah 
iti prestiges ; passe^-mpi^ i montour, pour 
tto moment , qu'il n'y en ait point ; c^r ceU 
n'est pas impossible* Ce que tu ^n'^ccorde^ 
q'empeche pas que deux armies ne pviissent se 
hattre : veux*>ttt que » dans ce f as-1^ , aucune 
des deux ne puisse remport^r la victoire ? 
. Crois • tu que Ifur sort restera incertain ^ 
jusqu'ik ce qu'une puissance invisible vienne. 
le d^termtfter } que tous les coups seront per- 
dus ; toute la prudence t vaine ; et tout le 
courage 9 inutile ? 

Pen$es-tu que h rnort , dans ces occasions , 
rendue pT4$fDt^ d#, mille manieres , ne puisse 
pas produire] dans les esprits ces terreurs pa- 
niques qtie tu da Unt de peine 4 e^pliqu^r ? 
Veux*tu que , dans une arm^^ d$ cent milU 
faooimes 9 il ne puiMe pas y avoir un seul 
faoQime timide ? Croi«Hu que le decouragement 
de celui**C2 ne puisne pas prjoduire le decoura- 
gcmencd'un autre ? quele second, qui quitte un 
troisi^me , ne lui fasse pas bientot abi^ndonner 
un quatri^me ? II n'en faut pas davantage pour 
que le d^sespoir de vaincre saisisse soudain 
toute une arm^e 9 et la saisisse d'autant plus 
facilement , qu'elle se trouve plus nombreuse. 

Tout le monde sait y et tout le monde sent 
que les hommes 9 comme toutes les creatures 
qui tendent k conserver leur Stre , aimenf 
passionn^ment la vie : on sait cela en g^n^ral ; 

Bbb % 



380 L £ T t R £ S 

et on cherche pourquoi , dans une certatne 
occasion particuli^re 9 ils ont craint de la 
perdre ! 

Quotqiie les livres sacr^s de toutes les 
nations soient remplis de ces terreurs paniques 
ou surnaturelles 9 je n'imagine rien de si fri- 
voie ; parce que » pour s'assurer qu'un effet , 
qui pent Stre produit par cent mille causes na« 
turelles , est surnaturel 9 il faut avoir aupa- 
ravant examine si aucune de ces causes n'a 
agi : ce qui est impossible. 

Je ne t*en dirai pas davantage , Nathanael : 
il me semble que la mati^re ne m^rite pas d*^re 
si s^rieusement trait^e. 

De Pans ^ Ic 10 de la ium 
de Chahban, lytp. 

P. S, Com ME je finissois, j'ai entendu 
crier dans la rue une lettre d*un m^decin de 
province k un m^decin de Paris (car ici toutes 
les bagatelles s'impriment9 se publienty et 
s'ach^tent). J*ai cru que ]e ferois bien de te 
Tenvoyer 9 parce qu'elle a du rapport k notre 
sujet (•)• 

(*) L'auteur^ dans le manuscrh quU avoit confiij de son 
vivant^ aux lihrairesy a ju§i a propos de fatre des reiran^ 
chemens* On n'a pas cru devoir en priver le lecteur ^ qui 
Us trouvera ici en notes, 

II y a bien des choses que ]e nVntends pas : mais 
toi, qui es midecin^ tu dois entendre le langage de 
tes confreres. 



P £ R S A N E S. 3S1 

Lettre Jtun nUduin dt province a un nUdccin 

de Paris. 



«( II y avoit , dans notre ville , un malade qui 

M ne dormoit point depuis trente-cinq jours. 

M Son m^decin lui ordonna Topium : niais il ne 

n pouvoit se r^soudre k le prendre ; et il avoit 

>» la coupe a la main , qu'il ^toit plus indeter- 

» niin6 que jamais. Enfin , il dit ^ son m^decin : 

v> Monsieur y je vous demande quartier seule- 

» ment jusqu'ik demain : )e connois imhomme 

n qui n'exerce pas la m^decine , mais qui a chez 

» lui un nombre innombrable de rem^des 

>» contre I'insomnie ; souffrez que je I'envoie 

n qu^rir : et, si je ne dors pas cette nuit, je 

H vous promets que je reviendrai k vous. Le 

y^ m^decin congedie j le malade fit termer les 

M rideaux , et dit k un petit laquais : tiens ^ 

^ va-t-en chez M. Anis , et dis-lui qu'il vienne 

n me parler. M. Anis arrive. Mon cher M. Anis, 

M je me meurs ; je ne puis dormir : n'auriez. 

i» vous point , dans votre boutique , la C. du 

n G. 9 ou bien quelque livre de devotion com- 

>» pos^ par un R. P. J. que vous n'ayez pas pu 

n vendre ? car souvent les rem^des les plus 

>» gardes sont les meilleurs. Monsieur , dit le 

» libraire , j*ai chez moi la Cour sainte du pere 

» Caussin , en six volumes , k vocre service ; 

» je vais vous Tenvoyer : je souhaite que vous 

» vous en trouviez bien. Si vous voule^ les 



ySl L E T T RE S 

H oeuvres du R. P. Rodrigu^s, jesulte espa-- 
>f gnoly ne vous en faites faute. Mais , croyez** 
>f moi, tenons-nous- en au pere Caussin : j*es- 
» pere , avec I'aide de Dieu , qu'une periode du 
» pere Caussin vous fera autant d'efFet qu'un 
n feuillet tout entier de la C. du G. Li-dessus , 
H M. Aois sortit , et courut chercher le rtmhde 
» i sa boutique. La Cour sainte arrive : on en 
>» secoue la poudre : le fils du malade, jeune 
M ecolier, commence k la lire : il en sentit 
n le premier Teffet ; & la secoade page , il 
H ne prononfoit plus que d*une voix mal ar<* 
n ticuUe » et dcjk toute la compagnic se seittoit 
» afibiblie : un instant apr^ , tput ronfla ^ ei^ 
H cept^ le malade , qui , apr^s avoir iti long-* 
m temps 6prouv6 ^ s'assoupit i la fin. 

V Le medecin arrive de grand matin. Eh 
n bien , a-t«on pris mon opium ? On ne lui 
i» r^pondit rien : ia femme ^ la filie y le petit 
H garfon , tout transportes de joie , lui nion«> 
n trent le P. Caussin. 11 oemande ce que c'est t 
n on lui dit , vive le P. Caussin } II f?at I'en* 
» voyer relier. Qui I'eut dit } qui Veikt cru } 
n c'est un miracle. Tenez , Monsieur ; voyez 
»# done le P. Caussin ; c est ce volume*'!^ qui 
» a fait dormir mon pire. Et U-dessus , on 
»» lui ezpliqua la chose comme elle s'itoit 
n passee (*) »• 

(*) Voyes la note de la page }8o. 

Le raidecin itoit no homme subtil , reinpll des mys- 
lires de la cabalc, ec dc la puissance dcs paroles et 



Persanes. 383 

des esprits : cela le frappa ; et , apres plusieurs riflexions , 
il risolut de changer absolument sa pratique. Voila un 
fait bien siogulier! disoit-il. Je tiens une experience; 
il £iut la pousser plus loin* Eh I pourquoi un esprit ne 
pourroit-il pas transmettre a son ouvrage les monies 
qualit^s qu*il a lui-m&me ? Ne le voyons-nous pas tons 
les jours? Au moins*, cela vaut-il bien la peine de 
Tessay er. Je sub las des apothicaires ; leurs syrops , leurs 
jideps et routes les drogues galiniques ruinent les mst* 
lades et leur sant6. Changeons de mithode ; iprouvons 
la venu des esprits. Sur cette id6e, il dressa une nou- 
velle pharmacie, comme vous allez voir par la des- 
cription que je vous vais faire des principaux remedes 
qu'il mit en pratique. 

Tisane purgattvt, 

Prenez trois feuilles de la logique d* Aristote , en grec ; 
deux feuilles d'un traiti de thiologie scholastique , le 
plus aigu , comme , par exemple , du subtil Scot; quatre 
de Paracelse ; une d* Avicenne ; six d'Averroes ; trois 
de Porphire ; autant de Plotin ; autant de Jamblique. 
Faites infuser le tout* pendant vingt-quatre heures, et 
prenez«en quatre prises par jour. 

Purgaufphu violenu 

Prenez dix A** du C*** , concemant la B** et W 
C** des r* : £iites-]es distiller au bain-marie ; mortifies 
unegoutte de Thumeur acre et piquante qui en viendra, 
dans un verre d*eau commune ; avalez le tout avec 
confiance. 

Vomuf. 

Prenez six harangues; une doUzaine d'oraisons Ai- 
nebVes indiffiremment , prenant garde pourtant de ne 
point se servir de celles de M. de N. ; un recueil de 
nouveaux opica; cinquante romans; trente mimoires 



384 L E T T R E S 

nouvcaux. Mettez le tout dans un matras; laissez-le eif 
digestion pendant deux jours : puis faites-le distiller au 
feu de sable. £t, si tout cela ne suffit pas. 

Autre plus puissant. 

Prenez une feullle de papier marbri , qui ait servi ^ 
couvrir un recueil At% pieces des J. F. ; faites-la infuser 
Tespace de trois minutes ; faites chauffer une cuillerie 
de cette infusion , et avalez« 

Rjtmtdc tris'Simple pour guirir de I'asthme, 

Lisez tous les ouvrages du riy trend pere Maimbourg i 
ci*devant jisuite, prenant garde de ne vous arr^ter 
qu*a la fin de chaque piriode : et vous sentirez la fa* 
etilti de respirer vous revenir peu-i-peu , sans qu*il 
soit besom de rtitirer le reniede. 

Pour preserver de la gale g gratele g teigne , farcin des 

cheyaux. 

Prenez trois categories d*Aristote, deux degr& mh* 
taphysiques , une distinction , six vers de Chapelain , 
une phrase tir^e des lettres de M. Tabbi de SaintCyran: 
icrivez le tout sur un morceau de papier « que vous 
pHerez , attacherez i un ruban » et porterez au coL 

Muraculum chymicum, de violent^ fermentadone^ cum 

fumo> igne et flamml 

Mlsce QuesnelDanam infusionem^ cum infusione LaUe* 
maniand ; fiat fermenxauo cum magna vi , impetu et tomtru^ 
acidis pugaandius , et invicem penetranahus alcaUnos sales: 
fiet tvaporauo ardentiutft spirituum. Pone Rquorem ferment 
tatum in alamhico :. fiUul Indi exfrahes , et nihil invenUs 
rtifi ca^ut mgrtuumm 

litattivusu 



Persanes. 385 

Lenttiyuni* 

Recipe H^oIbUi ofiodhu chartas duas; Escoharis relaxa" 
mi paginas sex ; Vasquu emoUientis fdUumunum : infunde 
in aqua communis lib. iiij* ^d consumpuonem dmidia 
pards colemur et expnmanmr ; ei^in expressione^ dissolve 
JBauni deuravi a Tamhumi ahiuends folia iij. 

Fiat dister. 
In chlorosinif quam vulgus pallidos-colores , aitt febrini'* 

• amatoriam , appcUat. 

, Sfdpe Areimfiguras Si) ; A Thom0 Sancku de mam-' 
monio folia i]. htfundamur in aqua communis Rbras quinfue, 

Fuupusana iferiqu. 

' Voili^ les drogues que notrc midedn mit en pratique ; 
arec un succ^ imaginable. II ne vonloit pas» dBsoit-il^ 
|KXir ne pas tuincr ses malades , employer des rdn^et 
fares , et qui ne sc trouvent presque point : conune^ 
par exemple > uoe ipitre didicatoire qui n*ait f&it biiller 
personne; une prifiice trop courte; un mandement fait 
par un.i^tque; et Touvrage d*un jansiniste miprisi 
par un |ansfaiiste , on bien admiri par un jtente. II 
dis<Ht que ces sortes de rem^des ne sont piopres qu*i 
emretenir la charlatanerie» comic laqueUe il avoit uno 
antipathie insunnomaUe. 



# 



Tom IK^ Ccc 



^%S Lettr.es 



iPPiiip^F^w 



LETT R E C X LI V. 

■ 

JE trouvai , il y a quelques jours, dans une 
foaison de campagne oa j'^toi^ a.ll^, deiix 
savans qui ont \Qi une grandc cpl^brite. Leur 
caract^re me parut admirable. La conversatioa 
da premier , bieii appriSci^a , (c r^ui^oit k 
ceci : ce que j'al dit est vrai , parce que je 
Tai dit. La conversation da second portoit 

sv autre cbos^ C€ que je n'ai pai» dit a'esc 
pgfi ym • parc« que je i\i Vu pM dit* 

J'aineis as^eit le prcnuer i car qu^un hommn 
soit opiniAtrf 9 eela ne me fait absolumeaf 
If ien \ mais qu*!! soit impertinent , eela me fail 

beaucoupi l^ premier d^fencl ^es opinior^; 
e'est iOft biei^ ; le MC9n4 sinaque lea ppioioo^ 

d«« aiures ) et c'eat hi biM de tout le oionde^ 
^ Ob \ man elier Utbek I q«e la vaniti itft 
mal ceux qui en ont une dose plus forte iq^ie 
celle qui est n^cessaire pour la conservation 
de la nature ! Ces gens-li veulent £tre admires , 
a force de d6plaire. Ils.f^erchent k £tre sup^« 
rieurs ; ct ils ne sont pas seulement ^gaux. 

Hommes modestes, venez, que je vous 
embrasse ! Vous faites la douceur et le charme 
de la vie. Vous cro yez que vous n*avez rien ; 
et moi, je vous dis que vous avez tout. Vous 






P E R S A N E S. 387 

pensei qiie vou$ nluimifiez personne , et vow 
humiliez tout !e diortde, Et , qaand ]t vous 
compare cbtis nton icWc avec cef hommes 
^ohf^ tjue je vois ptt-tout/je les pr^cipire 
de leur tribunal , et je les mefs 4 vos pieds. 

Ve Paris, ii 22 de la luna 

^ Chaktan^ t/20f 

L'E T T R E C X L V. 

trSBEK i ♦•». 

\J N homme dPesprif ^st Of difl^cif^ment cBfficf itd 
dans les spciet^s. II choisit pea de personiies ; 
il s'eanuie avec tout ce grand ilOmbre de gen» 
qull lui plait appellet diauVdise compsfgnie : 
il est impossible qu'il ne fasse un peu senfir 
$on d^go&t : aitfsmf dTendemis. 

S&r de plaire quand il VOirdfsr, il n^tigit 
tr^s-souvent de le faire. 

II est port6 4 la critique » parce qa'il voit 
plus de dioses qu'un autre 9 et les sent mieux. 

n mine presque toujours sa fortune ^ parce 
que soif esprit fui Ibumit pour cvlar vxt plus 
grand ifomtre de mo/ens. 

11 ^elratfe dans ses entreprise^ , parce ^t^ 
hasarde beaucoup. Sa vtie , qut se port^ to^- 
fours loin , lul fait voir des obj^ts qui soiit 
k de trop grandes dSstances. Jan^ compter 
que 9 dan^ la nsfissance* d'dn projet , i) est 
moias frapp^ des difficutt^s qon iriehnent db 

Ccc % 



}8S Lett re s ' 

la chose, que des remkdes qui sOQt de lui^ 
et qu'il tire de son propre fonds. 

II neglige les menus details , dont depend 
cependant la reussite de presque toutes les 
grandes affaires. 

L'homme mediocre , au contraire » cherche 
^ tirer parti de tout : il sent bien qu*il n'a 
rien k perdre en negligences. 

L'approbation ^miverselle est 9 plus ordir 
nairement , pour Thomnie mediocre. On est 
charm6 de donner ^ ceUu-ci; on estencbant^ 
d'dter k celui-lL Pendant que Tenvie fond sur 
Tun, et qu'on he lui pardonne rien , on suppUe 
tout en faveur de I'autre; la vanxt6 se declare 
pour lui. 

Mais 9 si un homme d'esprit a tant de d^sa* 
vantages 9 que dirpns-nous de la dure condition 
des savans ? / 

Je n'y pense jamais que je ne me rappelle 
line lettre d'un d'eux i^ un de sqs amis. La 
voici : 

M0NSIEVR9 

M Je suis un homme qui m'occupe toutes 
H les nuits a regarder , avec des lunettes de 
)f trente pieds, ces grands corps qui roulent 
p sur nos t6tes ; et , qqand je veux me djflasser, 
» je prends mespetits microscopes , et j'observe 
.^ . un ciron ou une mitte. 

^ Je ne suis point riche > et je n'ai qu'une 
n seule chambre : je n'ose mSme y &ire du 



P £ R :$ A N E S. 389 

H'feuy paree que i'y tiens mon thermometre » 
>> et que la chaleur etrang^re le feroit haussen 
H Lliivep dernier, je pensai moiirir de froid; 
H eiy quoiqUe ttou thermometre 9 qui ^toit 
n au plus has degri, in'avertit que mes mains 
n alloient se geler , je ne me d^rangeai point, 
>> £t j'ai la consolation d'Stre instruit exacte- 
M ment des changemens de temps les plus 
^ insensibles de toute I'ann^e pass^e.. 

n Je .me communique fort peu; et , de tous 
n lessens qu$ j.e yois, je n'en connois aucun, 
H Mais il y a un bomtoie ^ 3tockhoIm, un 
n autre k Leipsick , un autre k Londres f que 
n je n'ai jamais vus , et que je ne verrai sans 
H do\ite jamais , avec lesquels j'entretiens une 
n correspoddapce si exacte , que je ne laisse. 
9 pas. passer un^cpuric^^sains leur ecrire. 
' ^^ M&is^ qnoique je ne connoisse personne 
1^ dans monquartier, j'y suis dans une si mau- 
n vaise reputation » que ]e serai k la fin obligd 
s^.de }e quitter. II y . a cinq ans que j[e fus 
9 nidement ipsulte p^ uae >de mes v6isin<^s y 
n pour ayqir faitdt^sectioa d'un chien qu*eUe^ 
n- pretendoit lui appartenir. I^a, femme d\m 
>» boucher, qui se trp^va-U| se mit de la 
l»,partie. Et, pendant que celle-l^ m'ac^cabloit 
f d'inju?e$, celle^ci m'^ssQmmoit k, toups de! 
ai pferre., conjointement avec le docteur*^^ 
n^q^i: 4ioit^ayec moi, et qui r^sut iia coup 
|» terribly sur Tos. frontal et occipital.,. <lout le 
n ^ihgfi de sa raison fut. tr^s-ebranl6« 

>> Depuis jce temps -^l^^ d^s-qu'il s^^carte 



390 L E T T ft E S 

>f quelque chten au boift de la fue , it est aus'si^ 
H t6t diciii qull a passe par mes maias^ Une 
>» bonne bourgeoises qiii en atoit perda an 
H petity qi/elle aknok , disoit-eUe » ptas que 
f^ ses enfans ^ Tint Tatitre jour sf'evaaouit dbtns' 
M ma chambre; et, fie te trouvaitt pm^ elle 
>» me cita devant le magisfrat. Je crois que je 
>» ne serai jamais d^livr^ de la mafice inpor'^ 
>» tune de ces f e mmes , qui i a"iR?€ leors voi^ 
>^ glapissantes , m^^lourdissseRf SMS cesse de 
» Foraison fmi^bre de tous les atftOAMesqur 
W sont morts depnis disc ans. 
w Je suisy &c« 

Tons les sarans ^oienf antrefob KCM^de 
magte. Je n'en satis- point itoani. Chafeun disoii 
en lui-m£me : fax port^ )es talent ntituf^It 

tissi loin qu^s petivenf atlerl^eependanttin 
certain savant a des avantages sirr moi : il liul 
bien quHl y^ ait li quelque diablerie. 

' A pr^nt que ces sortes d*aOCMaito0S sonc 
tbmbies djjns le tl^cri i on a pri^ un autre tour 5 
et un savant nesatiroit guire^viter Itftpvochm 
d'irrelrgion ou dliA'^sie. a beau hfe dbsqvM 
par le people : la phrie; est faite ; elic ne se 
fermera jamais bien. C'est toujoursy pour hii| 
iin end^it malade. Un* adversaire vieiidlaf 
trente ans apiis ^ lui dire modestement : k 
Dieu ne plaise que \t dise que ce dont on 
vous accuse soit vrai ; mais tohs ti^tt ^t^^obtigii 
de vous dSfendre. Cest ainsi qii'oii foufn^ 
centre lui sa justificatioa mtmev 



Per sane s. 394 

S*il i^crit quelque histoire , et qu'il ait dc 
la noblessQ daos Tesprit 9 et quelque droiture 
dans le coeur 1 pn lui suscite milU per^^cujuons. 
Pq ira coatre liu soulever le cnagUtrat^ sui: 
iia fiut qui s*est pa$s6 il j a miile ans ; et- oa 
vcrndra que sa plucae soit captive ^ si, eUe u'est 
pas venale. 

Phis heureux cependant que ces hoaiines 
J^eSt qui abaodonoeot leur foi pour un^ 
mediocre peosipo; qu^, A premie tputes leurs 
impostures en detail , ne les Teodeot pas seulo- 
meat uoe obole; qui ^ enve^sent la constitution 
de rempire » dimimient les droits d'uae puis- 
sance f a^gmeoteof ceux d*un^ autre ^ donoeot 
«uxpnaces^ ft^eot aui| pfuples^ foot revivre 
ides droits surann^s , flatteAl les paasians qui 
fM^ en Cf6dit'd9 leur ^fnps, el h^ vic^s qui 
swt stfrie trdnej ^p^^i^t JLla po$fi4nt4.d'aar 
tant plus indignement 9 qu'eUe a toauoiits de 
snoyens de.d6truire.leur t^moignage. 

Mj|is,ce n*est ploint assez, pour un auteur, 
d'avoir^ essuy^ toutes ces insultes; ce n'est 
point assez pour lui d'avoir 6ti dans une in- 
quietude continuelle sur le succ^s de son 
ouvrage : il voit le jour , enfin , cet ouvrage 
qui lui a tant coiite ; i! lui attire des querelles 
de toutes parts. Et comment les ^viter? II 
avoit un sentiment; il Ta soutenu par ses Merits : 
il ne savoit pas qu*un homme, k deux cent 
lieues de lui, avoit dit tout le contraire. Voilk 
cependant la guerre qui se declare. 
Encore, s'il pouvoit esp^rer d*obtenir quelque 



^^ J « X il • 



391 • L E T T R E S 

consideration ! Non. 11 n'est, tout an plus^ 
estim6 que de ceux qui se sont appliques au 
inSme genre de science que lui. Uh philosophe 
a iin m^pris souverain pour un bomme qui a 
la t6te chargee de faits; et il est, k son tour^ 
regard^ comtne un visionnaire par celui qui 
a une bonne m^moire. 

Quant il ceux qui font profession d'une 
orgueilleuse ignorance , ils voudroient que tout 
!e genre bumain flkt ensbVeli dans I'oubH oil 
ils seront eux-m6nies. ' 

Uh bomme h qui il manque un talent, se 
d^dommage en le m^prisant : il dte cet obstacle 
qu'il rencontroit entre le m^rite et lui; et^ 
par-U, se trouve au niveau de celui dont il 
redoute les travaux. 

Enfin, il faut joindre, k une reputation. 
Equivoque » la privation des platsirs et la perte 
de la sant^. 

De Paris f le 26 di la bnM 
di ChMan^ ijzo* 



# 



LETTRE 






Per s a m e s. \^y 



i^mmmmmmm^^m-^mmmm^^mmmm^m^^^mm^m^f^^f:^ 



LETTRE C XL V I, ; 

4 

t/SBEK h KukDU , 

A Vtnist. 

JlL y a long -temps que Ton a dit que la 
1>onne-f6i ^toit Tame cTuii grand ministre. \ 

Ua particulier peut jouir de Tobscurit^ oil 
il se trouve; il ne se d^cr^dite que devant 
quelques gens, il se tient couvert devant le$ 
autres : mais un ministre qui manque % la 
probit6 a autant de lemoins , autant de )u^es \ 
<qu*il y a de gens qii'il gouverne. 

Oierai-je le dire? le plus grand mat que 
fait un ministre sans probit6 , n'est pas de 
desservir son prince et de ruiner son peuple : 
il y en a un autre y ^ moo avis , mille fois plus 
dangereufc; c*est le mauvais exemple qu'il 
'donne.' 

Tu sais que ]*ai long -temps voyag6 dans 
leS Indes. Ty ai vu une nation , naturellement 
g^n^reuse y pervertie en un instant , depuis le 
dernier des sujets jusqu'aux plus grands y par 
le mauvais exemple d'un ministre : j'y ai'vu 
tout un peuple J chez qui la gdn^rosit^, la 
probit^^ la candeur et la bonne- foi, ont pass6 
de tout temps pour les qualit^s naturelles^ 
devenir tout-i^-coup le dernier des peiiples ; le 
Malse commimiquer, ct n*^pargner pas-m£me 

TomciVi Ddd 



394 J- E T T, R E S 

les membres les pliis saints ; les homines les 
plus vertueux feire des €hose9 indigflies , et 
violer les premiers pringipes 4e U iustice^ sur 
ce vain pr^exte qu'on k leur avoit viol^e. 

Us appelloieot des ioix odieuses en garantie 
des actions les plus l&ches » et nommoient n^- 
cessit6, Tin justice et la perfidie. 

J'ai vu la foi des contrats bannie , les plus 
saintes conventions an^antieSy toutes les Ipix 
des families renvers^es. J'ai vu des d^biteurf 
avares, fiers d*une insolente pauvret^^ iostru* 
mens indignes de la fiireur des loix et de la 
rigueur des temps, feindre uo paiement au lien 
de le faire , et porter un couteai) dans Iq seia df 
leurs bienfaiteurs. 

' J'en ai vu d'autres^ plus indignes encore i 
acheter presque pour rien t ou plutdt rama^ser 
de terre des feuilles de ch8ne » pour les mettre 
k la place de la substance des veuves et des 
orphelins. 

. fai vu naitre soudain dans tous les cceury 
une soif insatiable des richessesl fai vu se 
former 9 en un moment, une detestable conju* 
ration de s*enrichir, non par un honnSte travail 
et une g^n^reuse industrie , mais par la ruin^ 
du prince , de Tetat et des concitoyeqs. 

^'ai vu un honnSte citoyen , dans ces temps 
malbeureux, ne se coucher qu'eh disant : J'ai 
ruin^ une famille aujoivd'hui i j'en ruinefai une 
autre demain. 

' Je vais, disoit un autre, avec un bomme 
nob: qui porte une ^critoire k la main et va 



F E R'S^A ^N E V 35(f 

fer pointiL.1^ roreille ^ assassiner tous ceux k 
qui fai de TdibligatiOA. 

Un autce disoit : je vols que j'accommode 
mes affair es' t il est vrai que lorsque j'allai f 
ii y atrois jours, faire un certain paiement, 
je lais^Bi t^ute ttAk £uitillt en Urines , tjue )e 
dissipai la dot de deux honnStes filles, que 
]'6tai r^ducation i^ un petit gar9on; le pire 
en mourra de douleur, la m&re p^rit de tris* 
fesse : iiiais je ti'ai fait que ce qui est permis 
par la loi* 

' Quel plus ^tand crime qae oelui que commet 
tLH ministfe^ lottqu'il corrompc les niasurs de 
toute ttiie Aation ^ degrade lei ames les plus 
g^n^reuses , ternit I'^clat des dignit^s , obscurcit 
h vertu ttAme f et coufbiid la plus haute nais- 
Mnce diM le mipiis ttftiversel ? 

Que dira la postdrit6 , lorsqu*!! lui faudnt 
rougir de la home de ses p^s ? Que dira le 
peuple naissant, lorsqu^l comparera le fer de 
ses aieux, avec Tor de ceux 4 qui il doit 
imm^diatement te jour ? }e ne dome pas que 
les nobres ne retranchent de leurs quartiert 
un indigne degri de noblesse qui les d&luH 
siore 9 et tie laissent la gfedration pr^ente dins 
raffireux iiiam Oh tile s'est rnise^ 

Pe PafU^ le n di la kmi 



Ddda 



39* L -E T'T.-R E S'^ 






mm" 



L E T T R E C X L V I L 

Le GRAJStD EUirVQVS d USBBt. 

A Paris. 

J^ES choses sont venues i tin ^tat qui:ne se 
peut plus soutenir : tes femmes se sont imaging 
qae ton depart leur laissoit une impunity en- 
tire ; il se passe ici des choses horribles : ]•. 
tremble moi-mdme au cruel r^cit que je yais 
te faire. 

Z^lis 9 allant il y a quelques jours k la mos^ 
quie , laissa tomber son voUe » et 
k visage d^couvert devant tout le peuple. 

Tai trouv^ Zachi couch^e avec nne de.se9 
esclavesy chose si defendue par les loix du 
serraiL 

Tdk surprise par le plus grand hasard du 
inonde , une lettre que )e Penvoie : je n'ai 
famais pu decouvrir k qiii elle etoit adressi^* 

Hier au soir^un jeune garfon fiit trouv^ 
dans le jardin du serrail, et il se sauva par* 
dessus les murailles. 

AJQute k cela cc; qui n'est pas parvenu k 
ma connoissance ; car stirement tu es trahi. 
Tattends tes ordres ; et y jusqu'i Theureux mo- 
ment que je les recevrai , je vais £tre dans 
une situation mortelle. Mais, si tu ne mets 



L 



•» 



• I »•• 



P:E ^« A ^ « S 3®7, 

toutes ces femmes 1^ ma discr^tioa, je ne te 
tipoods d'aucune d'elles p .et j'aund tQus lea. 
yours d^s nouvelles aussl tristes i te mander. 

luM de Rhigik g ijij. 

% ■ ** 3 • • t 

LETTRE CXLVIII. 

USMBX du P^REMISR Eirjrtrqf/d.. 

Ri . . - ,--1.11;"' 

ECEVEZy par cette lettre, un pouvoif 
Mn$ boities sur tout le serrail : 'Ootpmandez 
ayec aiitant' d*autorit6 que moi-mime; que lat 
cimnte et la t^creur mar chent avec votiul : icourezr 
4*appaneineM ea ^appartemens .povter. lesf. fVL^ 
Ii]ti0fl»r et ks. chitiinens:.: que. tout nav« /dans 
la consternation } que tout fonde en laraier 
d^vant lyoiis : interrogez iout le serrail; €6m- 
inencez! par Ids esclaves ; n?^pargncs(: pas mott 
atttouis^ : ique tout'sufaisse ' rot^t imhnaal c ne^* 
doutable : mettes au jour 1^ laeerets. lea p|us 
liSidids ; pwifiez ce > Uad znfame 4 'etl fidtei-y 
Mutrer la .vertu^bannie^ Car^ d^sce^m^msnt j 
]e niets sur votre t6te les moindres fiiuie^' qui 
$e cominettironti Je soupfOfine Zelis d'etre celle 
i qui la leitteiquevQUs a v.ez surprise s'adressoit': 
ezaminez Qela avec des yeux de \ytuu 

Di **'^, le II de la lune 
de Zilhagi^ iyi8. 



» f ft •" 



J'jR ^ * * ♦ * 'fe » ^^ 

hilt iiiiiih \ i li i < n i timmm^i^hiiMt^i^^mitmtHuih^* 

. .LET T;aE C X L I X. 

A Parts. . — . 

gnifique seigneur : comme je suis le plus vieut 
de tes esclaves^ ^ai {irh ra plads, jusqu*^ ce 
que tu aies fait connoitre sur qui tu yeux jettec; 

Ifsycnm • 

DeuB fours Upris sa mort , on m^tffpotttk 
uiie de tea Icctrcs qui lui ^oit adreiB^ c )4 
me suis: Men gard6 de Fourrir; je Tai enVo? 
lepp^e'avec respect^ et Tai ferries jusqu'i 
OB ^uc tn nt^aies fait connoitre its sacrdeii 
Tolont)esk 

- ifier^ «B tscllite vint » au inilieu de la miit# 
me dire qu^l arolt trouvi un jeuife homme 
dans le sertrail : je me lerai ^ j'examinaila chosef 
ft je trouvai que c'itoit ime vision. 

Je ttt bftse las pieds ^ sublime seigneur ;.«t 
je te prie de compter sur mon zile ^ moo 
ci^Meoce «t ma yieillesse. 

J7a sefhM Jfl^aksn, h 9 ^U 
tow afe ^imaAf li iftfm \ 



F S R Sv A K r S. <)99 



,L,ETTRE CU 



I I.. » ^ 



b«. 



U S B E K it N A K S I T, 



I 



!if » Mmn^ JCbpahan, 



JVl ALHEVREVX qoe VOIU dtesi VOUS VTflt 

retardement peut me d^Msp^r^rj ^ ypus de* 

^U woitji dd «M|, %sfl^tim,viknmn 
|HMr4MPMIiH« m*^Ytt:U«^a«i« 97«lit d« 

inpwiir. Si vons ^vMf, onyeit 1« ptiquft qui 
iui <ft adrts^t v<)u$ y awira trouV^ dcf 



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r .■ •• 






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4ed '-U H- T T H- E^ i- 



* • ^ I' 



L^E^T T R E ^CX L 

• • _ _ • ■* 

SOLIM a USBEK. 

Sr je gafabife'^ltti loiig-^ftips'le sifcncev j* 
fietdU miis^ coupaU^ ^ue'^iis ces ciitaimdi 
qufe ^ tu is- dasis le serraiK • ^ ^' '^ 

1*^6}^ k! dotiftd'eht'dv gnriML euhuque / Id 
plu^; iidele ^d(^ tes cseUve^. LoMqu'il ' se vil 

ces pfeirdleii' :'ie iiie teeiti^ > ftiilis te ieul cHagriii 
<jttc j'alef cfr quitttfnt 4a \Vic ; i'cst que met 
d«toters i^giirdb oht trouv^ les ' famines de 
liibn ^aStre crifmineHes. Le ciel paisse It ga« 
laritir detous les malheiifs que )e pl-iyois I 
PuiMei »- apr&s ma mdrt; mon ombVe inena^ 
c^nte yeDir ^yertir €es perfides de leur devoir , 
et i^s inUfnid^i' f nc<>f c ' Voil^ les clefs de ces 
redoutables lieux ; va les porter au plus vieux 
des noirs. Mais si, apr&s ma mort» il manque 
de vigilance 9 songe ^ en avertir ton maitre« 
En achevant ces mots^ il expira dans mes bras. 
Je sais qu*il t'^criv^^ quelque temps avant 
sa morty sur la conduite de tes femmes : il 
y a, dans le serrail, Une lettre qui auroit 
port^ la terreur avec elle » si elle avoit iii 
Quverte* CelU que tu as ^crite depuis a iii 

surprise 



P E R S A M E S. 401 

surprise k troi$ lieues d'id. Je ne sais ce que 
c*est ; tout se tourne malheureusement. 

Cependant tes femmes ne gardent plus aucune 
retenue : depuis la mort du grand eunuque, 
il senable que tout leur soit permis : la seule 
Rox^ne est rest^e dans le devoir , et conserve 
de la modestie. On voit les moeurs se cor- 
rompre tous les jours. On ne trouve plus sur 
le visage de tes femmes cette vertu m&le et 
siyhre qui y r^gnoit autrefois : une joie nou* 
velle » r^pandue dans ces lieux^ est un t^oi* 
gnagne infaillible 9 selon moi ^ de quelque 
satisfaction nouvelle. Dans les plus petites 
choses , je remarque des liben^s jusqu'alors 
«nc6nnues. II r^gne 9 aiSme parmi t^$ esdaves 9 
line certaine indolence pour leur devoir , et 
pour Tobservation des r^les » qui me sur- 
prend ; ib n*ont plus ce z^le ardent pour ton 
service , qui sembloit animer tout le serrail. 

Tes femmes ont it6 huit jours k la cam- 
pagne , k une de tes maisons les plus aban- 
:donn^es. On dit que I'esclave qui en a soin 
a iti gagn£ ; et qu*un jour , avant qu*elles 
arrivassent , il avoit fait cacher deux hommes 
dans un r^duit de pierre qui est dans la muraille 
de la principale chambre, d*oii ils sortoient 
le soir, lorsque nous etions retires. Le vieux 
eunuque , qui est k present k notre tdte» est 
,un imb^cille k qui Ton £iit croire tout cei 
qu'on veut. 

Je suis agit^ d'une colere vengeresse contre 
tant de perfidies : et si le ciel vouloit, pour 

Tom IF. Eee 



402 L E T T B. £ S . 

le bien de ton service , que tu me jugeasses 
capable de gouverner, )e te promets que, si 
tes femmes n'^toient pas vertueuses, au moins 
elles seroient fideUes. 

Du serrail ^hpahatig le 6 d$ U 
Uau de RhikuAy i, ifi^ 



LETTRE CLIL 

NaRSIT <} USBEK. 

A Paris. 

R OXANE et Zdiis oat soubak^ dialler k It 
campagne : je n'ai pas cru dlevonr le leur 
refuser. Heiireux Usbek 1 tu as des femmes 
fidelles 9 et des esclaves vtgilans : je commande 
en des lieux oik la verta semble s'dtre chom 
un asyie. Compte qull ne s'y passera rien que 
tes yeux ne puissent soutenir. 

n est arriv^ un malbeur qui me met en 
grande peine. Quelques marchands Arm^niens, 
nouvellement arrives k Ispahan , avoient apporte 
une de tes lettres pour moi; j'ai envoy^ un 
esdave pour la chercher; il a et^ vol^ k son 
retour y et la lettre est perdue. Ecris-moi done 
promptement; car je m'imagine que, dans ce 
changement , tu dois avoir des choses de 
consequence k me mander. 

Du serrail de Fatmi^ le 6 de U 
bme de Rhehiah , i , lyi^^ 



P E R S A N E S. 



40) 



LETTRE CLIII. 

USBEK d SOLIH. 

« 

Au senail JthpaHan. 

JE te mets le fer I la main. Je te confie ce 
^ue i'ai a present dans le monde de plus cher » 
^ui est ma vengeance. Entre dans ce nouvel 
emploi : mais n'y porte ni coeur^ ni piti^. 
J*6cris 4 mes femmes de t'ob^ir aveugl6ment : 
^ns la confusion de tant de crimes , elles 
tomberont devant tes regards. II faut que je 
te doive mon bonheur et ^mon repos. Rends^ 
moi mon serrail comme je Tai latss^. Mais 
commence par Texpier; exterminei les cou- 
pables 9 et fais trembler ceux qui se proposoient 
de le devenir. Que ne peux-tu pas esp^rer de 
ton maitre pour des senrices si signals ? II 
ne tiendra qu'^ toi de te meftre au-dessus de 
ta condition m&ne » et de toutes les recom- 
penses que tu as jamais desir^es. 

Di Paris. U 4 de tabum 



Eee\x 



404 L E T T R E S 

LETTRE CLIV. 

USBEK a ses ftmnus. 
Au sarail ^Ispahan. 

r uissE cette lettre Stre comme la foudre 
qui tombe au milieu des eclairs et des tern* 
p6tes ! Solim est votre premier eunuque , noa 
pas pour vous garder, mais pour vous punir. 
Que tout le serrail s*abaisse devant lui« II doit 
juger vos actions passees; et, pour Tavenir^ 
il vous fera vivre sous un joug si rigoureux^ 
que vous regretterez votre liberty, si vous ne 
regrettez pas votre vertu. 

Dc Parts y U 4 de la Utm 
di Chahban^ '7'9* 

tETTRE CLV. 

UsBEK a Nessir. 
A Jspahanm 

xIeureux celui qui, connoissant tout le 
prix d'une vie douce et tranquille, repose son 
coeur au jnilieu de sa famille , et ne connoit 
d^autre terre que celle qui lui a donn^ le 
jour! 
Je vis dans un climat barbare , present k 



P E R S A N E 5. 405 

tout ce qui m'importune 9 absent de tout ce 
qui m*iat^e^e. Uue tristesse sombre me saisit; 
|e tombe dans un accablement affreux : il me 
semble que )e m*an^antis; et je ne me retrouve 
moi-mSmey que lorsqu'une sombre jalousie 
vient s'allumer , et enfanter dans mon anfie la 
crainte ^ les soup9ons » la haine et les regr lets* 

Tu me connois^ Nessir; tu as toujfours v« 
dans mon coeur coibme dans le tien* }e tit 
fierois pitii, si tu savoismon &at deplorable; 
Tattends quelquefois six mois en tiers, de$ nou-^ 
yelles du serrail : je compte tous les ipstatit^ 
qui s'6coulent; mon impatience me les alon^e. 
toujours ; et » lorsque celui qui ,a ; ^ti taoA 
attendu est prSt dVriver, il se faitd^nsnupn 
coeur line revolution soudaine:; m^.nxHiti 
tremble d'ouvrir une lettre fktale i cette ifi-r 
qoi^de qui me d^sespciroit , je I9 tr^uve T^tat 
le plus heureux oil je puisse dtre , et je craind 
d*en ^prtir pat un coup plus crUe;! p6urvmoi quo 
millemortsi ^ : ! - 1 r . ?> 

' Mais 9 quelqiie raiso;ique j'aieeiie^esortif 
.de ma patrir, quoique je dotve' ilia.vie^ m^ 
xetraitef je ne puis plusy Ne5Sir, rester dans 
cetaffceuxexil..Etllemourrois^]e pas tout de 
'm&m& 9 en proieAmes^cb^uis KJf'ai. preside 
mille foisRica de quittessq^t^ttorr^ ^trangere.: 
mais il s'oppos^ i.toutes mes resolutions; il 
m*attache ki par mitle pr^textes : il semble 
qu'il ait oubli6 sa patrie ; ou plutot , il semble 
qu'il m^ait oubli6 moi-m8me, tant il est in- 
sensible k mes d(iplaisirs. 



406 L E T T R E S 

Matheur^ux que je snjsl )e souhaiteiderevoir 
ma patrie , peut^fre pour devemr plus 4naU 
heureux encore! Eh! qu'y ferai*)e? le vais. 
rapporter ma tdte k tnes ennemis. Ce n'est 
pas torn : j'entrerai dans le sertail : il hat 
que Yy demande compte du Htnps fiinesle de 
mon absence ; et, si f y trouve des coi^>abIes^ 
que deviendrai-)€ ? £t si la seulead^ m'accable 
de si loin , que sera<e lorsqve i&a presence 
k rendra plus vive ? que sera^e , s'ii faut 
que je voie, s'il fant que fentende ce que je 
n'ose imaginer sans fr6air ? que sera-ce enfin , 
s*il faut que^ des chitimens qwe je prooo«icecai 
inoi-mime y soient des marques ^lemeUes de 
Ina Qonfosion et de mon d^espoiri • 

firai m'elifermer dans des murs plus ter-» 
ribles poul* moi que poor les femmes qui y 
font gard^es ; jy portmai tous mes $d«p(dqs j 
leurs empressemens ne m'en d^^xberont rien i 
dans mon tit , duni leurs bras , je ne jovirai 
que de mes inquietudes ; dans un tentps si pea 
propre aux reflexions, ma jalonsiie trouVera 
k en faire. Rebut indigne deia natnrehumaine.) 
esdaves vils ddnt le caeur a eti fetm^ pour 
jamais k tous les sentimens de Tamour, voiis 
ne g^miriez plus sous votre condition , si vow 
connoissiez le fflalheur de la mienne. 



/ • 



J 



P E It S A N E ^. 



407 



LETTRE CLVL 



ROXANE k USBEK. 



A Palis. 

J^'horrebr » la nait et Tepouvs^ite r^gnent 
dans le serrail : un deuil afFreux Tenvironne : 
un tigre y exerce k chaque instant toute sa 
rage. II a mis dans les supplices deux eunuques 
Uancs 9 qui n*ont arou^ que leur innocence : 
il a. rendu une partie de nos esdayes, cf nous 
a obliges de changer cntre nous ceUefl qui 
Bous restoient. Zadti et ZeQs ont re$ii «ho9 
leur dfiunbre^ daw robsciiritii de la auit» un 
traitement indigne ; le sactilfcge n'a pts craifHt 
de potter sur eiles ses viles maim. II nous 
tent enfenn^ chjaicune daos natre apparte* 
ment; et, quotque nous y soyons seules » il 
BOUS. y lair viwe sous le voile. II ne noiss 
esc plus permis de aous parler ; ce seroit uct 
crime de nous 4crire : nous n*aTons plus riea 
de libre que les pleurs. 
^ Une troupe, de noweanx eunuques est eistr^e 
dans le serrail^ oil ib nous assiegent nuit et 
four : notre soanteil est sans cesse interroropu 
par ienrs m^fiances , feintes ou y^ritablesu Ce 
qui me console ^ c'e^ que ced ne durera pas 
long^tempsy et que ces peiaes finiront avec 



408 L E T T R E S 

ma vie : elle ne sera pas longue 9 crael Usbek : 
je ne te donnerai pas le temps de faire cesser 
tous ces outrages. 

Itinc it Maiuuram^ ij2Q. 



LETTRE CLVIl 

Zachi a Usbek. 



A Paris. 

O Ciel ! un barbare m'a outrag^e jusques 
dans la mani^e de me punir ! 11 m'a inflig6 
ce chitiment qui commenee par alarmer la 
pudeur; ce chiltiment qui met dans rhumi«« 
liation extreme; ce chltiment qui ramine^ 
pour ainsi dire, i Teiifance. 

Mon ame^ cfabord an^ntie sous la hontey 
reprenotc le sendment d*eUe-m6me, et com-^ 
men^oit Jl s^ndigner, lorsque mes cris firent 
retentir les voutes de mes appartemens« Oa 
m'entendlt demander grace au plus vil de tous 
les humains, et tenter sa piti6, ^ mesure qu'il 
^toit plus inexorable. 

Depuis ce temps, son ame insolente et ser^ 
vile s*est 61ev^e sur la mienne. Sa presence , 
ses regards , ses paroles , tous les malbeurs 
viennent m'accabler. Quand je suis seule , j'ai 
du moins la consolation de verser des larmes : 
mais lorsqu'il s'offire i^ ma vue, la fureur me 

saisit : 



Persaites. 409 

saistt : je la trouve impuissante • et je tombe 
dans le d^sespoir. 

Le tigre ose rae .dire que tu. es; I'auteur de 
toutes ces barbaries. U voudrdit M'dter mon 
amour , et pro&nec jusqu'aux ^entimens de 
fflon coeur. Quaod il me pronoace le nom de 
celui que j*ume, }e ne sals plus me plaiadre* 
je ne puis plus que mourir. 
, J*ai SQitteout<tii. absence > et ]'» (po^er^fS 
mon amour par fa' force de moa amour. Xes 
nuits« les jburs» le$momeiis»toutaeti. poitf 



but Jt-JUdmrm, tf»4i 



ta 



4IQ . L,e T T R El 9, 

«-''■'■' - ' ' J Paris. ■""■" 'i. ■■■''■'' ^ 



Soyez sfiir que vous n'Stes point heureux. 
AiUeu. 



,-J 



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J 


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411 



L E T T R E C L I X. 

f * • i 

4 



* » 



JE m,e* plairis^ ihaghifique seigheiir, et Je te ' 
plami : jamais serviteur fidele n'est descendii 
dgptis Paffretix* d^sesp6i^ oit je suis, Voici te$ 
nlialheuf s et les miefi^ ; j'^ ne t'en ^cris qu'ea 

Je jure f par tous. les pcaph^es, du ciel ^ 
que 9 def)Uls quft'tu rft'aS' cdVifi^teST ffilimes , 
j*ai veill^ nuit et jour sur elles.; que je n*ai 
jamais suspendu lirT moment le cours de mes 
inquietudes. J^ai commerfc^ mon ministere par 
les chdtimens ; et je les^ ai suspendus , sans^ 
sDrtir dehfoft austtri^tf naf iiftfle: * ^: ^a »^ 

Mais, que dis-je? PdtiHqtic* te ^aoWf* JMl 
uni ficKlfte' qui t'a ^ iriiimd'?«OlibI{e tons 
tries serrtces^ pa$&& t 'fegal-de-fnbi connhe irf ^ 
traitre, ell pithJs-mdi df totfs les? crimes tjp^^ 
je n*ai pu tfmp6dier. w . o- 

ROMrte , li jUipirbe Rd*4nei'd'dd !'i'\^ui^ 
se fief dfeprhiais ? T^a s^oup^orinofc ZJelis , 'et' 
ta avoii' pour Ro^i)e utfe s6ctrrit^ erttiifere :^ 
iftais sa vcftu farouche itoit' une- cruelle im-' 
posture; c'^toJ* Ic vdile desa'perfidie. Je Yzv 
surprise dans les* bras d*tift j^Ji^ne homme^- 
qtd , dfeS qu^il' s'^t • -*\i^ dikouvert, est venu 
sur mdi ; il m^a '^6hiii^ deux coups de poi« 

Fff X 



41 1 Lettres 

gnard : les eunuques, acceurus au bruit , Font 
entour^ : il s'est defendu long-teraps ^ en a 
bless6 plusieurs ; il voulpit mSme retitrer dans 
la chambre 9 pour mourir , disoit-il^ aux yeux 
de Roxane. Mais enfin , il a c^d^ au nombref 
et il est tomb^ k nos pieds. 

Je ne sais si )'attendrai 9 sublime seqineur^ 
tes ordres s£ vires. Tu as mis ta vengeance 
en mes mains ; je ne dois pas la faire languir, 

Vu sirrail ^Ispahan p ie $ de U 
tune de Rkihlah, i, ijzo. 



LET T R E C L X. 

SOLtM k USBEK, 



J 'a I pris mon parti : tes malheurs vont disr. 
parpitre; je vais punir. 

Je sens d^^ une joie secrete : mon ame et 
b tienne vont s'appaiser : nous allons extern 
loiner le crime ; et Tinnocence va pdlir« 

O vous , qui semblez n'6tre fidtes que pour 
ignprer; tous, vos sens 9 et 6tre indign^es de' 
vos desirs mSme^ ^ernelles victimes de la 
ho^te et de la pudeur^ que ne puis-je vous 
faire entrer A grands flots dans ce serrail mal- 
heureux 9 pour vous voir ^tonn^es de tout le. 
sang que fy vais r^pandrel -- 

Du lenfiil JPispaban ^ le a de la 
, lune de Rhdhialfyif */ao« 



Persanes. 413 



LETTRE CLXL 

ROXAKK A USBEK. 

A Paris. 

Oui| ie t'ai tromp^ ; j'ai s^duit Us eunuques : 
je me suis jou^e de ta jalousie \ et j'ai su , de . 
ton affi-eux serrail ^ (aire un lieu de delices et 
de plaisirs. 

Je vais inourir; le poison va couler dans 
mes veines : car cpie ferois-}e ici » puisque Ie 
seul homme qui me retenoit i la vie n'est 
plus? Je meurs; mais man ombre s'envole. 
bien accompagn^e : je viens d'envoyf r devant « 
moi ces gardiens sacril^iges , qui ont repanda . 
le plus beau sang du monde. 

Comment as-tu pensd que je fiisse assez 
cr^dule pour m'imaginer que je ne fusse dans 
le monde que pour adorer tes caprices ? que , 
pendant que tu te permets tout ^ tu eusses le 
droit d'affliger tous mts desirs ? Non : j'ai pu 
vivre dans la servitude ; mais j'ai toujours &xi 
libre : j'ai r^form^ tes loix sur celles de la 
nature ; et mon esprit s'est toujours tenu dans 
I'ind^pendance. 

Tu devrois me rendre graces encore du 
sacrifice que je t'ai fait; de ce que je me 
suis abaiss^e jusqu'i^ te paroitrc fidelle ^ de ce 



414 Lettres .Per'Samss. 

que i'ai lichement garde dans mon coeur ce que 
j'aurois dik faire paroitre k toute la reire; 

I enfin , d£ ce que j'ai profane la vertu ^ en 

souffrant qu'on appellSt de ce nom OKI sou- 
mission k tes fantaisies. 

Tu ^tois* iiottn6 d& ne point tri^uver en 
moi les transports de Tamour : si tu m'avois 
bien connue, tu y awois trouv^ toute la vio- 
lence de la haine. 

Mais tu as en JoAg-temps Pavant^gb de croire 
qu*un coeur coixHRe le mien s'^oit soumis: 

; nous ^ioffs tous deoao heureip^ : ttr mt ci9y oi$ 

tromp^e^ et je te trompois. 
' Ce l^ffgage , sanr doute,^ te peatok iKHiveaii. 
Sieroit-il possible qtt*a^» t'avoir ac€a|>l^ d^ 
dbttleurs , ]e te forfaase encore d!admMrer> moo . 
courage? Mmp^ d&i est lait^ le poi«oi> me 
consuffle-} ma fovoe m'abaadonnr, U phime 
me tombe'des maiiit; jd sects afibibliff )4i^'4. 
ma haine : je me meors^. 

Du serrail flspaliat ^ k S ie U 
. Ume dt RAihhh ^ t, 17 jo* 

Fin dc$ Lutns Pcrsattes. 



J 



TABLE 

DES MATIERES 



ConuTtucs dans Us Lett-res Peksanes. 



A. 



Abdias iBisAtoir , jaif. 
QttMtioii qu*ll ftit i Maho- 

• met, pm 51. 

AcAdimU frattfoUi, 140. Lc 

' ptuple casse ses arr^s, 193. 
Spa dsoitoofiatre , ibid, nr- 
trait det acad^miciens , ihid» 

'A€t^€Um Leurs fnorars, 74 ec 
*tur, 

AotAM. $11 d^tob^iasance , 188. 

' Sit-il le frremiet ^e tons 

' Icia komaes? 137. 

A/nque, Son mtdrietir a tou- 
jourt M ncomnii 184. Ses 
€6cea sont beaucoup moias 

• peupt^s qti'elles ne moient 
•out l«t Gsrthagtnott et let 

• Romatns , ihid. Pourquoi , 
301. Elle a touioun M ac- 
cablde sous le despodsme > 

AgricuUare, Ua*tet ijiii ne 

souffriroit que cetart , se d^ 

peupleroit infiulliblemenc , 

269 ct suiv, 

Ainase» Ce droit est contraire 

a la propagation, 303. 
AUkymistetXevLT ea^travagance 
"■ {misatmilent d^crite , 109 
' €i nur, Lear charlatanerie , 

148. 
'Ak^ran. 11 Be siiffit pas pOur 
'ezplianer la vr»e morale, 
)o. n s'el^ve sans cesse 
contre le doeme.de la pre- 
aciettce abmue, »88, if vst 



pfem de ciiMes pnenies » 
poaipeusement expnmees , 
948. Le pricepte qu*il con- 
ttent sur les devoirs da 
manage, est contraire & la 
propagation « 189* 

AiEXAWDRc cempui i Gen- 
siskan , 1,13. 

AStmagnc, La petitessis de h, 
plupart de ses etats, rend 

' ses princes martyrs de la 

- souvetainet^ , ij7. Com- 
ment cet empire se main- 
tient, 348. 

AiliMct, Qtiand on doit re- 
noncer aceUe ^nn prince , 

141. 

Ambdssoikur ' de Perse sons 
Louis KIV; 2^3. 

Ambassadettrs, Hoit-on porter 
la jpxrre cfaee les nations 
qui ont manqu^ d*^gatds 
pour eux? 240. 
^Ambroise TsaintV Son aele 
h^roique d^g^iiere en fana- 
tisme, 156. 

Ame ( r ). Se determine-t-elle 
libremc(it et par elle*mlttf ? 
t86. ' 

Amirique, Ses mines d'or sOnt 
la cause de sa devastation, 
301. Elle ne contient pas la 
cinquantitoe parde de$ ha- 
bitant qu*elle contenoit au^ 
trefois , 183. Elle ne se re- 
peuple point, q«oiqu*on y 



[ 



4i6 



Table 



eovoie sans cesse de nou- 

yeaux habitans. Ponrquoi» 

301 St suiv, 
Amour» U se detniit lui-m^me 

dans un serrail , 17-144. 
AmouT'propn bien entendu. Ce 

que c*est, 119. 
AnmUue*. fort en usage chex 

les iui£i et chez les maho- 

m^tans, X77. 
Anaiomie^ jugement sur les 

livres oui en traicent, 346. 
Ancient, Ridicule de la que- 

relle sur let anciens et les 

modernes , 91 tt tuiv, 
AitgUurre, Un des plus puis- 

sans ^tats de TEurope , 15 7. 

Autorit^ de ses rois, 263. 

PoRrait abr^g^ de son gou- 

vernemenc, 349. 
Ang^u, Leurs maximes sur le 

gouvemement, 26% a «m- 

rantu, 
AatiquMifts* Leurs extravi- 

gances , 370 €t tuh, 
ApRiaiooir et AstartI, 

Gu^res. Leur histoire « 170 

<l nuv. 
Aragon (tots d*). Expedient 

dont on s*avtsa pour y ter^ 

miner une querelle d'^ti* 

quette , 178. 
ArmJnUns, Ne mangent que 

dupoisson « 11^ Transpor- 

0b dans la provmce du Giu- 

Ian, lis y p^rirent pretiue 

tous, 307. 



Arrii qui permet k tons let 
Francois de pronoacer la 
lectre Q comme ils jugeront 
ipropost 277. 

Arts, Sont-ils utiles ou pemi* 
deux? 265 et suh. Incom- 

Ktibles avec la raollesse et 
isivet^ , 269. Sent tous 

dans la d^peodanoe les ons 

des autres, 271. 
AseStiqius, Ltvres moins utUet 

que ceux de morale, 344. 
AsU, Rqaucoup moins peu- 

pl^ <|U*autrefois, 289. Ello 

a tou}ours M accablee sous 

le despotisroe, 136. 
Aeie muuure* Eile n a plus que 

deux ou trois de ses an- 

ciennes villes , 28). 
AsiniogU jndicUure. M^riste 

aujourdliui en Europe : gOtt« 

Teme la Perse, 347. 
^jirojio)iM#.Regardenc vwtt pi* 

ti^ les ^^nemens qui st 

passent sor la terre , )4i« . 
AvocAu. hti iuget doivent sa 

ddier des emw^faes qtt*ilt 

leur tendenty 183. 
Aateurs, La plnpart ne font 

qu'apprendre a la postMt6 

S*iu om M des sots , i67« 
plupart mesurent leur 
gloire k la grosseur de leurs 
volumes, 275 et suiv. La 
plupart craignent plus la 
criaque que les coupt de 
bUon»27iS. 



B. 



S MTtAVtVUi. Us ^toient 
toumis k leurs femifles , en 
rhonneur de Semir^mis , 98. 

BtthoM. Leur tyranme } leur 
avarice, n- 

fialk. Ville sainte, oili let 
Guibres honoroieat le io« 
Uil i 177. 



B^rhtfu. Pour te consenrer 
la conqute d'un peuple po- 
lice, ib ont M oblig^ de 
cultiver les aro, 268. Gon- 
vernementde ceux qui ont 
ditniit rempire romain « 

Buwk^ La tenreur panimie 

aua 



b E s Ma t'i 4 res: 417 

d^in seul soldat peuc ea Bomhes, Leur invefition a fait 

decider, )79. perdre la liberti i tous les 

'SdtncoM (las). Nation espa- peuples de TEurope, 265. 

gnole , inconnue dains son Sonae compagnU, Ce que c'estg' 

* bropre pays ,107. l^u 

* Beatitude itemute, Ce ddgme B<tnht>^foL Doit ^tre Tamfe du 

inal entendu , est contraire minis tire ,393. 

i la propagation , 301 ti Btufhon (isle de). Salubrity 

suivanut, de son ait , 308 ct suiv. 

Beaux esprUs, Leur portrait : Bourgiois, Depuis quand la 

leur man^e , 214 ei *uh. garde des viUes ne leur esc 

Beiram , 172. ■ plus confiee, 265. 

Voyez SerraiU Boussole. A quoi a servi son 

Bel eMpriu C*est la fureUr des invention, 266 et suiv. 

Francois , 167. ' Bnchmanes, Admettent la m^- 

•ffiftZrorAi^iiri. Examen des dif- tempsycose, 114. Cons^- 

fereos tivres qol la com- ' quences qu*ils ea tirent g 

posent» 342. tbid^ 

c. 

AMAUsns , ijfi u tmr. testantisme, 298 et m<V« 

Crfi' Oescripdon des endroits Cilihat. Cest la vertu ^ar ex* 

oil Ton s*assemble pour en cellence dans h reli^on ca* 

prendre • 92 et suiv. . tholique , 297. Sa saintet6 

* Capueins, Description de leur paroit contradictoire avec 

habilleinent, 126. Leur zUe celle qu^ les chr^deos at- 

pour former des toblisse- tribuent au tnariaset ii'dm 

mens dans les pays ecran- et suiv, Etoit puni a Rome » 

gers 9 ibid, 208. 

CMtge, Cest la seule r^pu- dremonies religieuses, Ellet 

blidue qui ait existi oans n*onc point un degr6 de 

l*A»iquev 336. La succes- bont^ par eUes-m^mes « 

sion de ses princes, depuis ii2« . 

Didon^ n^est point connue , CisAR opprime la liberte do 

ihid, Rome, 337. 

' Carthaginois. Avoient dicou* Chambre de justice % 2$0. 

viertrAm^rique, 308. Pour* Chansons satyriquu. Effets 

quoi ils en abandonn^ent qu*e]les font sur les Fran- 

le commerce, i^f^» ^ois, 280. 

Casuistes. Leurs vaines subti- Ckapelets « 8o. 

lit^ , 146 et suiv. Dangers . Charitd. Cest une des princi- 

que court continuellement pales vertus dans toutes les 

leur innocence, 344, religions « 112. 

Cdtalogne {<ttaxs de). Expedient Charlatans de plusieurs esp^ccs 



dont on s'avisa pocur y ter- 148 et smv^ 
nuner une querelle d*ett- 



quereUe d*ett- Charles XII. Sa mort, |2i«' 

Siette I 278. ^ Chartreux, Leur silence rigou- 

olicisme, Moins favorable reux, 213. 

d la prbpagadon que le pro- Chat, Pourquoi immoodei su»: 

Tgrniiy^ Ggg 



\»i^l9 Tab 

vant la tradition musulnia- 
nt^ Kzei Muiv, 
Chine. Cause de sa population , . 

Chymie, Scs ravages , 0^66. 

C.\ymUus, Demcures qui leur 
torn propres , 346. 

. ChritUns^ Cultivent les terres 
en Turqaic , ct y sont per- 
secutes par les bachas , 54* 
La plupart d*entre eux ne 
vculent gagner le paradis 
qu'au meilleur marche qu*il 
est possible. De-la rorigme 
des casuist es , 145 et suiv» 
Commencent a se d^faire 
de cet e&pnt dintol^rance, 
1)3. Ne pareissent pas si 
persuades de ieur religion 

?iie les musulmans, 196. 
eur mariage est un mys- 
fere 9 196 tt suiv, 

Ckrisiianisme, Compart avec le 
•iBahom^tisme , 90 et tuh» 
Cette religion est une fille 
4t la relieion juive, 152. 
Kest pas favorable a la po- 
pulation , 194 et smv, 

Cbeistinb, reine de SuMe, 
abdi^e la couronne, 356 

U MUtV, 

CiftAisU. Royaume prcsqu^ 
desert t %84« 

Cinassitnacs. Precautions que 
prennent les eunuques en 
les achctant pour leufs mai- 
tre«, ao6 et suiv^ 

Cochcn^ Pourquoi ifflmonde t 
ii^ivant la tradition musul- 
mane, ^2. 

Colonies, Ne sont point finro* 
rabies i la population , 306 
€t sutv, Celies que les Ro- 
mains envovoient en Sar- 
• daigne y porissoient, ibid, 
Hout jamdia reussi ji Cons- 
ti »r tiK>ple,ni a Ispahan, 307* 

Comidie, Point de vue sous 
lequel ce spectacle est pri- 
senrd k Rica » 74 et suiv, 

fommvu. Qwtnd on doit Tin- 



L'E . • ' 

terrompre de nation ^ flt^^ 
tion , 241. FleuHt k pro* 
portion de la population, 
199. 

Comnuntateun, Peuvent se dia« 
penser d*aVoir du bon sent, 
343 et /ttfv. 

CompUateurs, Sont» de tous 
lesT auteurs « les plus m^rW 
sables : leur occupation, 167 
et suiv, 

Confesseurs, Les heritiers les 
aiment moins qu'ils aiment 
les medecins , 14c. 

Confuseurs du rots. Leur r6Ie 
est difficile a soutenir sous 
un jcune prince, 173. 

Conquiies, Droit qu'elles don* 
nent, 2^ 

Conscimce (liberty de), 219* 

Cottstantiitople* Causes de ss 
depopulation, 291 et suir^ 
Les colonies n*y ont jamai* 
reussi, 307. 

C^ttstitation* Comment re^le 
en France , A son arrivte , 
65. Conversation i ce su;et» 
2^6 tt tuir* 

Coute vertM , 35S*370. 

Corps ( les grands \ s*attachent 
trop aux minuties, 277. 

Cbttf. On ne pent pas y toe 
unc^re impunement, 22 tt 
suirdntts, 

Couraac. Ordre qui se publle 
en Perse, pour empdcher 
qu^aucun homfflene se trou* 
ve surle passage des femmes 

' dequalite, 115 tt suir^ 

Counisans, Leur avidit^, 31^. 
Les pensions q^ls obtien-' 
nent sontonerc^es auxpeu* 
pies : ordoimance plaisante 
k ce sujer, thid^ et star, 

Coutttmes, Celies dc differences 
provinces de France , sont 
tirces , en partie , du droit 
romtf Q « 254. Leur rault>> 
pticif^, ibid, et suiy» 

C\ar. n est despociqu^, II9, 

VcyeX PlERRX Im 



1»IS. MATtiSRBS. 4I<| 



D. 



D tcKiTiLEs. Ont pris » en 
France , la place des loix du 
pays,2j4. 

Dic'uionnairu, Leur portrait, 
191. 

Dilute. Celui de N06 est-il le 
seul qui ait depeuple Tuni- 
vers« 288. 

Depopulation de Viuuvtrs, Set 
causes « 081-3 ii. I. Com- 
bat des principes du moade 
physique* qui occasionne 
u peste , 185 u suir, 11. Re- 
ligion mahomtone » 287 ti 
tuit. I. Polygamie , 189 u 
Mutv, 1, Le grand nombre 
des eunuques , 290 et smr, 
]. Le grand nombre de fillet 
esclaves qui servent dans 
le serrail , ibid. Ill, Beli^on 
cfar^enne , 294 ^ siuvmus^ 
I. Prohibition du divorce* 
294 €i suiw* 2* C^iibat des 

Fr6tres et dts religieuz de 
un et Fautre sexe , 297 u 
luir. IV. Les mines de rA- 
m^rique, toi et suir, V. Les 
opinions des peuples* 302 
tt Muiv, I. La croyance que 
cette vie n*est qu*un pas- 
sage , 303. 2* Le droit d*ai- 
nesse , ihid, VI. Maniire de 
vivre des sauyages, 304. 

1. Leur aversion pour la 
culture de la teite , ibidem^ 

2. Le d^&ut de commerce 
entre les diff6rentes hour- 
gades , ihid» 3. L'avortement 
volontaire desfemroes, 305. 
VIL Les colonies , 306 tt 
4uiv» VllL La dureti du gou- 
vemementy )lt tt suir, 

Dltispoir, f^ile la foiblesse 
a la force « 24^ tt suiv, 

Ptspott, U est moins mattre 
qu*un monarque^ %i9* Dan* 



gers que son autoritd ott<< 
tree lui fait courir, 211. 

Dtspotismt, Est le tombeau de 
rhonneur, 230. Rapproch« 
les princes de la conditioii. 
des sujets , 2^8. St% incon- 
v^enSf 259. n ne pr^pte 
aiuc ffl^ntens qu*une cftte 
k abattre , 262. 

Dtvitu, Leur secret » 148. 

Dictionnaift dt Vaicadimit^ 19} 
tt suir, 

DiEU. Moyens sArs de lui 

. plaire, X12 tttuiv^ Ne peut 
▼ioler les promesses , ni 
changerl'bssence des chases^ 
x86. 11 a des attributt qui pa;* 
roissent incompatibles auz 
yeuz de la raison humaine* 
ihid, a tuiv. Comment il 
privoit les futurs contia* 

Sens, 187 ct tuiv. On ne 
oit point chercher k en 
connoitre la nature , 188 u 
suir. Est essentiellemenc 
juste,2i5.Fausseid^e que 
quelques doctcurs en don- 
nent , 216. n n*jr a poinc 
de succession dans lui« 287* 

Ditux, Pourquoi on les a re* 
pr^sent^ avec une figu^ 
numaine, 151. 

Di'graet. Ne fiiit pefdre « ttf 
Europe, que la faveur da 
prince : en Asie, elle en- 
traine presque toujours la 
perte cfe la vie, 259^1 tuir. 

Dirtttturs. LtUT portrait* 119 
tt suir, 

Diroret, Favorable a la popu- 
lation , 2Q4 tt suiv, Sa pro* 
hibition aonne atteinte i la 
fin du mariage , 295 tt suhfm 

Don Quick ottt, Cest le seul 
bon livre des Espagaol^'^ 

206. 

Ggg X 






410 T > » 

hr^it pihUc, Pins cosm ca 
Europe qc^« A«« , a3S. On 
cs a corrom^ :o*xs let prtfv 
ctpes, i^c^' Ce irie c^esc: 
Connie If \t% pe.p:es dot- 
Tent ' ezerccrentreetiz^39. 



L K 

Dmds. 

nr ^, i$u 




2^1^ Us 



vVIHB^ 



Jc0€eLi§t AS Ti^PM,$» Lear 
ariHtc poor le» benefices, 
149. AcrenMns ec desa^r^ 
sen^ de lear profession , 
154 tf JB/V. Us out ua role 
ion d Jkile a sonrentr dans 
le scmde, i((. Lenr esprit 
de proselitisflie est soinrent 
4uigereiix« If 6. 

EerittfP'tainu , oeancoop in- 
ccfprMe , et liDR pea eclair* 

143* 



qnelles 
rontaboli 



an pays, ec 
i?7- 



EuUtes. Cenx des Rofaams 
cioieac fon ndles a ia pro* 



chetd* 591 €t #j0y. 
£^lf#f . Eiet qne pcodntt son 



qui la llseat, yfi* 
- {Gttu d'y Mcprisettt les 

gens de robe et d'^pee. ec 

en sont m^pnscsv 107. 
M^ogius, Pourijuoi e)les plai* 

sent, m^me aux gens de 
- qualJte, ^fi. 
Sgypu, EUe n*a presqoe pfass 

de peup^es, 1S4. 
JUgyptiais, Ik etoieot founis 

auz lemmes en l*hofinear 

d his « 98. 
Mmvtreur (1*). Se« possessions 

font un des plus puissant 
' ^ats de I'Europe , 257. 
Infant, lis appardennent au 

mari de leur mere , ai^. 
£//< ( les gens d* ) nieprisenc 

les genf de robe » et en sont 

meprises, 107. 
Epigramnus, C'est le genre de 

poesie le plus daagereux , 

352. 
Epitaphe d*un pbUaotrope ou- 
tre , 125. 



Espapu (T) est an dea pins 
gruids dcacs de rEurope, 
2|7. A M orinnaireaienc 
peapUe par naiue, 33 5. On 
€j cs( ool trouri dTenaviMr 
chatsc les Maares, 1 53. Leur 
ciq»nlsioa s'y £^t encore 
tenor conune U premier 

' joar, 307. Cett on royaume 
▼aste et desert , 207. EUe 
if a presqae plus de peuple , 
aSj. Au lieu d'envoyer <fet 
colooses en Amerique , elle 
devfoit avoir recours auz 

' Indiens ponr se repeupler « 

?o8, EUe n'a conserve que 
oipieil de son andenae 
puissance » 349- Sa ^erf e 
contre la France « sous la 
r^encct 3i7» 
Espagttoh, lis mepriscnt toutes 
les nations • et haissent les 
Francois , 103. La gravii^ t 
Forgueil et la paresse son, 
leur caraaere dominant ' 
ibid, et suiv, £0 quoi ils font 
cpnf ister leur prmcipal me- 
rite, 104. Comment ils trai- 
tent Famour, 20f . Leur ja- 
lousie : hordes mticules quV 
m.^c leur devotion, ibiiL lU 
touffrem que leur sfemmes 
laissent voir leur gorge , et 
non pat le bout de leacs 



D E 



s M A r Tfe R E s. 



pieds, 205. Leur politesse 
insultaate * 206. Leur atta« 
chement pourrinquisition, 
ct pour les petites pratiques 
superstideuses » ibid. Us ont 
du boa seQ«) mais 11 i^'en 
^ut p^s chercher d^o* l^urs 
livres, fhid* Leurt 4ecou- 
vertes wis )e Npuyq^u- 
Monde; et leur ignoi^apce 
de leur propre pays« ^id, 
Sont un exeinple capable 
de corriger les princes de 
la fureur des conqiUtes 
}ointaines » 309^ Moyen^ a£- 
freuz aont iU $e sons ser« 

^ vispqurcoQ^^Yerlpsl^Hrsa 

* ibiiil 

^piit. Ccux ^ en Q^t s^ 
communiquent peu % se font 
des ennemis ; et ruinent 



42'« 

leur vieillesse , 26 u suivm 
Comment regardes par Us 
orientauz , 58. Places qu*ils 
tiennent entre les aeux 
sexes, 60. Leur voloiyi 
»dmA efif . If biea de leur 
Siaitre , ibid,, tt luiv, Le^r 
po^ait , SS ^ sMtf,, Leurs 
mariagf s c 1 85 ^172' et jiuiv, 

. Oat .yipins d^utork^ stir 
l^urs imiiitts que les autres 
mari^ 9 174 et iimV. Ne peu« 
vent inspirer aux femmes 
que rinnocence , 208. Leur 

] grand oombre • eu Asie , est 
1U9 dof causes de sa d<6po- 

. ,pi]|latMr29il^ / 

XMm^Hf bioBc ilt premier). 

.• $010% 4o8t il est charge : 

. i dphgeiy qu*il court quind 



il les n^ge , ^ 8. 
souvent leurs al&ires. Com* Eimaquu biaucs. Funis de mort , 

Sares avec les homines mi" . lonqu'on les trouve , dans 
iocres, 389 ti suiv^ On < leierrail* avec les fesunes, 
prei^d . to)iiQurf ceJui du 55. 
€orp9 is\tii on est incmbrci EuMuqtu noir ( le. grand ). Son 



I4|p- 
Esprit humi^in, II. se rivolte 

avec tureur centre les prc- 

ceptes » 86. 
EtaiJ* Chacun estime plus le 

sien que tous les autres 

^tats, 107. 
Etrangtrs. lis apprennent k 
, )}m^ a cooserver leur bien « 

tvlqucs, Ont de^ix fonctions 
QQpois^es y i^ €t suivn iun 
nicres de quelquevuns ^ 2)6 
ff suiv, Leur mlaiiUbiliti , 

257- 
Etauques, Leur devoir dans le 

serraiL 10*15. Leur moindre 

. imperJEectjon <;$t de n*dtre 

^oint I^Qn^m^ , vp* On 

ctemt en quz Y^&t des 



histoire, 161 a sniv, Veut 
. ttbliger lia esclave no^r a 
. aoumrir la mutilation , 103 
et *uiv, Sa mort : ddsordres 
qu*elle occasionne dans le 
serrail « 367 et sui^. 
Europe. Paris est le si^ge de 
son empire, 62. ^uels en 
sons les phis poissans ^tats , 
. 257k. La plupart de ces ^cats 
, soot monarchiques, 258 La 
. sureti de ses princes vient 
. principalement de ce au^ 
. se communiquent, 201 et 
suiyames. Les mecontens n'y 
peuvent exciter que de tres- 
Icgers mouvemens , 262» 
. £ltc a g^mi long-temps sous 
le geuvemement milit^lre « 

937. 



passions « sa<is en eteindre Eunpdens^ Us font tout le comt 

la^ca^^f t 24.^1 •f«<v. Leur merce des'Turcs, 66. Son- 

inalheur recfouble a ia vue aussi punis par rinfamie*, 

d'un hwnipe cou}ours heu- . que les orientaux par la 

reuy, 2s» Leur etas dans perte tfun- mcmbre , 2i0b 



4U .• :i -^ -T MBit' i ^t 



.' •^rf' 



/ 



F. 



^4T. Son portrait, 117 <* - noftre qu^en friqk^iant 

'«!'>* • cents de TEurope ^ ijo tt 

/Ar«i(r.C«st1agraiidedi^it^ suip. Quel est li talent qui 

. lies Francois , 217. leur plait le plus , 160. Qtwt 

Funaus. Malheur de eelles qui par leurs mams que passent 

sont enferm^s dans les ser^ - tontes les graces de la court 

rails, 20 €t suh. Fa^on de et i leur sollicitatton que 

penser des honunes i leur se font lea injustices , 171. 

sujet, II. Momens oiQl leur Importance et difficult^ dii 

empire a le plus de force, rdle d'une jolie femme , 278 

28 €t suh* II est ffloins ais^ u 9uh, Sa plus erande peine 

de les humiJUer que de. les ' n'est pas de se diverdr ; c*est 

. an^ntir » 61. La gtee dans de le paroitre , 379* 

laquelle ellcs rhrent en Ita* ^tmmtsjAums du Vudfour. Font 

lie , jparoit un exc^ de li- Fomement des serrails do 

berte a un mahomdtan , ibid. T Asie , 243 . 

Sont d*une oration infii* YoyttFraHfoiset^Ori^ntaUs^ 

rieure A lliomme , 65 et suir» Pertanes , Roxane. 

Comparaison de eelles de FtrmUrt^indraux. Portrait da 

France avec ceUes de Perse , 1*un d%ntre eux ,119. 

70 tt suir, 87. £st-il plus FHlct de jcU, II y en a beau* 

avantageux de leur 6ter la coup en Europe, i4f. Leur 

liberty que de la leur lais« commerce ne' rempliV pat 

aer? 96 e( #iu>. La loi na- Tobjetdu mariage, 29$. 

turelle les soumec-elle aux Finanets, Ellet sont r^duites 

hommes? 97. n y en a en en systtae dans l*Europe« 

France, dont la vertu seide 3 ^4. 

est un gardien aussi s^v^re « Financiw*. Leur portrait }leiirf 

Sue les eunuques qui nr- richesses, 249. 

ent les orientales, 118 «< Flammel (Nicolas}. Paise 

suiv. EUes voudroient tou- pour avoir trouvd la pierre 

jours qu^on les crdt ieunes, philosopfaale ,111, 

I ) J et suh. Portrait de eelles FamdauMt des emputs, Ont pres* 

2UU sont vertueuses, 142. que tons ignor^ les arts^ 

e )eu n*e$t , chez elles , 266 et #»>• 

qu*un pr^texte dans la jeu* Formt judUiain, EUe fait av* 

nesse : c*est une passion tantde ravages que la forme 

dans un Age plus a vanc^ ,141 de la m^decine « 2^ • 

«f/ttf>. Moyensqu'ellesont, Fouet, Est un des chatiment 

dans lesdittt^rens^g^, pour que Ton inAige aux femmea 

ruiner leurs maris , 144. persanes, 408. 

. Leur pluralite sauve de leur France ( le roi de ) est un grand 

empire, t^/</. Elles sont Tins- magicien , 64. Lespeuplea 

trument aaim^ de la filidtd qui lliabitent sont partag^ 

des hommes , 157 « euiv, en trois ^tats , qui se m^« 

Qa f^e pent les bien cqn* prisent iputueUeifienty 107 



D E s M k^ir^il R £ s. 



0a n^ ilhre Jamais ceux 
qui one vieilli dans les em« 
plois subalternes , iii «« 
suiv. On s'y est mal trouv6 
d*avoir feogue les hugue* 

.t50»» MS- » y raniye ae 

,^ fireouentes r^voiutio|is dins 

la fortune dies suiptsy249* 

.«Cesc un des plus puis&ans 

' ^tats de TEurope, ^57. De- 

- puis quand les rob 7 ont 

'. pris des gardes, 160. La pr^ 

^ senceseulede.sesrois<moe 

. la grac^ auz criauMeli, i^/i. 

.. Le nombre de ses habitans 

n*est rien en comparaison 

. ,deceuxderanctfnneGa)4e« 

263, Sa guerre avec I'Espa- 

. me « sous la r^gence , 3 it. 

^ Revolutions del'autorice de 

set rois, 349I 
frWfoit, Vivaciti de leur di- 
,. anarche ,. oroos^e i ^a gra- 
\> vit^ orientate', 63 e< mr. 
.. Leur -vaxiite est la jource 
,des lichesses de leurs roj^s, 
6^ €i itur. Ne siont pas ip- 
..' ^gnesde Te^time ides Stran- 
gers , iiS. Raisons pour le^' 
queues ils ne parlent pres- 
qne jamais de teurs femmes , 
14X. Sort des, maris jaloux 
parmi Qux : il y en a peu : 
poiurquoi, ihUem* Leur in- 
constance en^ainottr, 142.^ 
' Le badinage est leur carac* 
tm essentiel : tout ce qijUj 
\ est s^rieux leur paroit ri- 
dicule , 160 a suiv. Ont ja 
fureur du bel-espric , 167. 
Doive&t paroltre fbus wx 



4*> 

yeux d'un Espaenol , 207. 
Leurs loix civiles, 22a u 

* Muh. Semblent fairs unique- 
ment pour la sodStS : es- 
c^s de la philantropie de 

. oifeelqi)cs«iios dtatrer euxl 
^(fgitflplie d'un, de .Ces phi- 
lanthropes, 224. La faveur 

' est , lenr grande divinity « 
A27. Leur inconstance en 
&it de modes : plaisanteries 

. i ce sujet , ^f I €t tuivanu*. 
ChangOfit de. mpeurs , sui* 
vant r&ge %i le cacactero 

- de- l^urs fob„> 492* Airoent 
^ieu^.itr^ regardifes comme 

. . Ugislateurs dans les aCEairef 

, • de mode , que dans les af- 
faires, essemielles , 213 <s 
suiv. Ont rei^oncS jl leurs 
prqpres loix , pour e^ adop- 
ter d'etrang^r^s, . 3K4-. Us 
ne sont pas si eff^in^ 
qu*ils.le paroissent, 270. 

; £ificacii« qu'ils' attribuent 
aux .r^dicuie^ qo!Us iettent 
sur ceui qui d^plaisent k 

. la nation , 280 > «< ««fn Eft 

' adoptant les loix romaines, 
ils en ont rej^ttS ce qu'il 

iavoit de plus utile, 329. 
e sy Sterne de.Lav a , pea-i 
dant un temps,. COD Yerst en 
* vices les vertus qui leur 
-. sont nanii^lles , 393 nt sui^^ 
FranfOisis, Ift se piqi^ent pas 
' de Constance en amour , 142 
€t suiK Leurs modes 9 251. 
et suiv, 

Fu&STiiAB, Sondicnoiuiaisr » 
»93» 



I. 



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T rAlB ^ H 



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G«. I J . 



' 1 



J . 



Ijunixupf. DepnSs »ualb4 let 
*( n^is de Francd eii oat fsUy 

C«tltf (tes) Etdient l^eatRjOup 
plus peuplto tfue ne Vest 
sctueilement la rraace .iS^. 
Elles oat et^ ofietnaireinent 
peupMft {)ay riMllie«'3)6. 

Otnts^ N*Ht supeirfafe que^^ar 

-' ses bkhotttis, ^^o. • 

GfiKGisKAii. Plusg!^iiinii!On- 

qii^ant'^*Alex<indt<6 , II J, 

Otnrt Auin<ii/f*R^vo4iltidhs i|a'il 

a cssuyto i 181-31}. R^- 

dvit? a la ifixi^e panic 

lie- CO quHl ^o^ Butre(bis» 

Qiomitn*. Leurijpot^rait, ^| 

■a suiYi Codt'iiftqaeiit ASrte 

tytannie, 34j. 
^/^i/v. Cd <;^e c*est ? <j(Knkr- 

quoi le) peuples du nohrd 
. y sont plus attath6i que 

ceux du intdi , 118 et suiv, 
Chssatiurs, Peuvent se dis« 

pettier -d'avoiir du bbti setis^ 

CoRTZ (ftf baron de). Ftnir- 
quM condainne en Sa^de«' 
311 €i t^ir, 

GouvemtmtMs, Quel ost le pins 
parfeit , 209. Sa douceur 
contr^ue i la propagation 
de Tespice, 311 tt suir. 

Qnmm^iritns, Peuvenc se dis- 
penser d*avoir du bon sens, 

34T* 
Grands. Le respe^ leur 6$t 

acquis : ill a*oi|t ))esoin qu^ 



' de'SetCnire aidkiMef , tbT« 
C^qoi kiftr i'est^ftpt^ Ituc 
xihAre^ 310 H siU¥i 

GtcnUt tetpukrt; Cd ((ue c*^: 
diffi^rence entre cetiz de 

' France et eenx d^ Pe rse, 217. 
Gf^ee, EHe ne condent pas la 
' ^lenti^nibpartiedeceqii^^le 

' avoit atitr^foii dltabttiiis» 
' '^83. ^e fot d'abcfrd gOu- 
• ' veiii^e par des nonarquis , 

• 355. CoAiirieht 4es T6puMi« 
^ei ^V etabKi'ehti 336. 

Gwihris. LeurVeii^on est ifoo 

des pVus anciennes du mon* 

de , ifi^ijy £lle ordbnno 

Its inaria^e^ ent^e f^es et 

' Meurs', 170. ns rehdent nn 

•'ictkltle au soltil, t7i.*Qpel 

• cuftt,' 176. Ont coiaserr^ 
' 'l^cien ' tankage pers^ ; 
- ' c'estleo^hf^ne sitcr^e , w. 
' N^enfeitik'ehtpoiatlenrsfem- 
' nes , 173. Zoroastre eit Idur 
- l^isIaceur,i77.CMmoniet 

de leurs maria^es, 17^. Per- 
s6cutis par tes mam>me« 
tans , pissent -en foule dins 
les Indes , iio. 

^M^«r. Celles qt^i so4it jost^ ; 
celies qui sontlnjustes, X40. 

Gtunit{TO\ dela cote de). Croit 
que ion nom doit toe port6 
dHin p61e i l*kutre,T07. Les 
esclaves que Vtm en tire 
ont dft la d^enpler consi* 
dtablementt 193. 

GuritU Royaume presque d^« 
sert, 184. 

Gust APE. RdvM par les 
Qu^breii X79« 



» 



!D E S M A T I k R E S. ^((tf 



R 



IjAatt, Ctst 4 lui qu*oii 
doit la ^lupart d^ honneiirs 
que Tonrefoit, Si. 

Hali , gendre de Mabomet , 
ptophete des Persans. Etoit 
le plus beau des homines * 
9p. Son ^pie se noAAiott 
Zufagdr, 46. 

HirisiarquiJ, Cest Vtttt <lae 
de ne faire consister la re- 
ligion que dans de petites 
pratiques « 206. 

HircsUs. Coininenc elles osus- 
senc; comment elles se eer« 
miflent , 79. Abolies en Fran- 
ce, If I. 

Hihemois. Chassis deleurpays, 
viennentdisputerenFrance, 

KoHOAASPE (!•). ^6tM par 

les Guibres, 179- . 
HoUandi. La douceur de son 
gouYcmement en «t feit un 
des pays Ics plus peuples 
de riurope, 311. Sa puis- 
sance, 3fO. 

o M i R E. Dispute sue ce 
poete, 91. 

ommts. Leur fa^on de peoser 
»ur le compte des femmes , 
21. Ne sont heure\i:& que 
par la pratique de la vertu : 
histoire a cc sujet, 30-4J. 
Ne savent quand ils doi- 
vent s*affliger ou se r^jouir , 
xoa. Rapportemtoutaleurs 
id^es : taits sirguliers qui 



te pfduvent ^107. Nt jugene 
les choses que par un re« 
tour secret qu*ils font sur 
eux-mtoes ^ 1^0 et suivm 
Leur jalousie prouTe qu*ils 
sont dans la dependance des' 
femmes , i ^ 8. Se croiem un 
objet important dans Tuni* 
vers, 201. Ne voient pas 
tou]K>urs les rapports de la 
justice : quand ils les voient^ 
leurs passions tes emp^chetit 
souvent de s*y livrer , 2t5« 
Leur propre sikret^ exige 
qu*ils prauquent la justice : 
satisfaction qu*ils en reti* 
rent, 216. La &usset6 de 
leurs esp^rances et de leurs 
cratnte)t les rend malheu* 
reux, J78. 

Homnus a konne* fortunes, Leur 
portrait , x 14. Emploi qu*6n 
leur destineroit en Perse, 
s*il T en avoit * ibid, 

JiaHnnesgeiu,9ontait de ceux 
qui meritent ce nom, xiSr" 
X21-127. 

Honnotr, CestHdolei laquello 
les Francois sacrifient tout, 
229 ct Mtiv, 

Huguenots, Ons*cstmaI trouvc« 
en France , de les avoir fa« 
tigues, 153. 

Humanite, Cest une des prin« 
' ctpales vertus de toutds les 
religions |! ii2. 



/ 



Tome IVm 



Hbh 



* ■ ' 



4*6 



Table 



J. I. 



ALOVSts, Singularity de 
celle des Oriencaux, 17. 
Celle des hornines prouve 
combien ils dependent des 
femmes, i^S. 

Jalottx, Leur sort en France : 
il y en a peu dans ce pays: 
pourquoi, 141. 

Jahsinistes design ^s , 6 s etsuir, 

Japhet. Kacoiite , par Tordre 
de Mahomet, ce aui s*esc 
pas^^ dans Tarche ae Noe | 
51 et suiv, 

liyUts. Pourquoi elles plai- 
sent, meme aux gens de 
quality, 351. 

Jdoldtns, I^urquoi ils don- 
noienc & leurs dieux une 
figure humainet 151- 

Jtu, II est tres en usage en 
Europe, 143. Cen'est, chez 
les femmes , qu*un pretexte 
dans leur jeunesse^ c'est une 
passion dans un dge plus 
avanci, ibid, 

JeuM de hasard, Pourquoi de- 
fendus chez les Musulmans « 
144* 

Jtuntue, II y a des femmes 
qui ont Tart de la r^tablir 
sur un visage d^cr^pit , 148* 

Ignorans, Croient se mettre au- 
niveau des savans , en mi- 
prisant les sciences, 392. 

Imans, Chefs des mosquies, 47. 

Jmmdums , co. 

ImmeuhUs, £st-ce le genre de 
biens le plus commode ? 339 

tt suiv, 
Impots, Rendent le vin fort 

cher a Paris, 85. 
Jmprlmme (ouvriers d'). Com« 

pares aux compilateurs, 168 

tt suiv, 

Industrie. Cest le fonds qui rap* 
porte le plus, 271. 



Inquisition, Sa fa^oa de pro* 
ceder, 79. Attachement des 
Espagnols et des Portugais 
pour ce tribunal , zo6. EUe 
fait excuses a tons ceux 
qu'elle envoie a la men , 
iku, 

Intdrit, Cest le plus grand mo^ 
narque de la terre , 170. 

Interpretcs, N'ont feit qu'em-^ 
brouiller Tecriture, 343. 

IntoUrance politique, Malheurs 
qui la suivent : elle est fu- 
neste , mime a la religion 
dominante : par qui intro- 
duite dans le monde , no* 

Invalides ( hdtel des). Cest 10 
lieu le plus respectable de 
' la terre, 118. 

Joueur, Cest un etat en Europef 

Joueuses, Leur portrait, iBidm . 

Joumaux, Flattent la paresse » 
27 f« Devroient parler des 
livres anciens , aussi bien 
0ue des nouveaux , ihid^ 
aont ordinairement tr^s-en- 
nuyeux , pourquoi , ihid, 

Irimette, Royaume presque d^ 
sert', 284. 

Ispahan^ Aussi grand que Paris. 
63. Causes de sa depopula- 
tion , 291 et suiv, Les colo- 
nies n*y ont jamais reussi » 
307. 

Italie, La gine dans laquelle 
les femmes y sont retenues , 
paroit un excis de liberie 
aux orientaux , 61. La peti- 
tcsse de la plupart de ses 
etats rend ses princes les 
martyrs de la souveraineti, 
2^7. Leurs pays sontouverts 
au premier venu , ibid, Mo- 
dv-riie , ne prisente que les 
debris de rancienne, 282. 



Sis -M X T f i R k s; ^J^vf, 

, Fut orjginairemeat peupl6e toujours ez terminus » joi* 

Sar la &ece , 335. N*a plus , N'oat pu se relever de leur 

esattributsdelasouveraU .destnicdon sous Adriea , 

nete , qu*une vaine polid* 307. Pr&tent une grande 

que, 350. vertu aux amulettes et aux 

luzts, Leurs occupations ; talismaas , 3^7. Leur reli- 

' leurs fatigues , x%\ tt tuvw. . gion est la mere du christia- 

Doivent se defier des em- nisme et du mahomecisme \ 

bAches que les aYocats leur elle embrasse le moude en- 

tendent, 184. tier, et tous les temps « 

Jjii/r. L^vent les tributs ea \\xu suiv^ 

Turquie , et y sont perfe- JurisconsuUts, Leur nombre 

cutes par les bachas , ^4. accablant , if 4 a suiv. Us 

Seront men^ au grand trot , ont fort peu de justesse dans 

en enfer, par les Turcs, Tesprit, 155. 

90. Regardent le lapin com- Justice. Sa ddinition , 11 5 . Ello 

me un animal immonde , ' est la m£me pour tous les 

113. 11 y en a par-tout od toes , ihid, LintMt et les 

il y a de Targent , x 5 1* Sont passions la cachent quelouo* 

par-tout usuriers » et opt- Ibis auxhommes, 216. Nous 

nlltrdment attach^ a leur devons I'aimer » indipen- 

religion : pourquoi, ihid. damment de toutes consi-. 

dime dont ils jouissent ac- derations et de toutes con- 

tuellement en Europe, 153* ventions : notre intMt 

Reeardentles Chretiens et rexige,x5M£. Cellequigou- 

les mahomtens comme des verne les nations, coropa- 

Jni£i rebelles , ibid, Leuri r^e i celle qui goi^veme les 

liyressemblencs*^levercon- particuliers, 239. 

' treledogmede la prescience JuMtiee divine. Paroit incoffl* 

sbsolue , iSS. Pourquoi tou- patible avec la prescience* 

|Qurs renaissans « quoique i88« 



L. 



t 



AciDtHOSt, Cette r^publi- Lenitivuffl, %%^, 

que ne composoit qu'une JUx,e-nujesti. Ce que les An- 

fiunille, 296. glois entendentparcemott 

Zaquaii. Leur corps est le s^ 264. 

minaire des grands sei- UhtnL Elle fait naitre Topii- 
gneurs, 250. lence , et contrtbue k la 

£aw. La fausse opulence que population, 311. 

son systtoe procure & la' Lilre-arbitn. Paroit incompa* 
France : boulerersement tible avec la prescience » 
qu*il occasionna dans les 186 tt suiv. 

S>rtunes , 3 $4. Histoire alii- Lionne ( M. le comte de L. )• 
gorique ae son systlme , president des nouvellistes » 
373 a suiv, 332* 

l^slai€wt. R^es qulls an- Litterateurs. Peu de cas qu*ea 
roieat dft suivrCi 317 $t ^uir. ion\ les philosophes , 39 %• 

Hhhz 



4i8 



Table 



Idvourne. ViHe la plus floris- 
sante de I'ltalie, 61. 

Uvrts, Immortalisent la sotcise 
de leurs auteurs , 167.- Ori^ 
ginaux, Rispect qu*on doit 
avoir pour eux , i68. 

Zo/jr. O nt-elie$ leur applicatton 
a tous les cas ,183. Regies 
suivant lesquelles elles au- 
roient dii ^tre faites > 317. 
On doic se determiner dif* 
ficilement i les abroger 9 



Loi9 Romainu. Oat pris ^ efl 
France, la place de cellef 
du pays , 254. 

Louis XIV, 64 tt *uh. Son 
portrait, 94. Sa mort : ^v^ 
nemens qui font suivie , 134, 
Son goiit pour les fenuces 
jusques dans sa Tieillcsse » 

. ^73* 

Lou I s XV. Sod portrait , i7i« 

luMc. Fait la puissance de» 

princes, Hid. 



M. 



JMmcss, Pr6ceptes de leur 
religion utiles a la propaga- 
. tion , toi. 

Voyca uuihrts, 

Mahomet. Comment il prou> 
ve que la chair de pourceau 
est immonde , f i. Signes 
qui ont prcc^d^ et accom- 
pagn^ sa naissance , 99 u 
sui¥. Donne la superiority 
aux hommes s\ir les icm* 
snes, ibid, 

M^ometans, Croient que le 
voyage de la Mecque les 
purine des souillures qu*ils 
contractent parroi les Chxi- 
tiens , 46. En quoi ils fonc 
consbter la SQuillure, 48. 
Leur surpriise, en entrant 
pour la premiire fois dans 
' une villc chr^ienae , 61. 
Pourquoi ils ont en horreur 
la ville de Venise , 8t. Leurs 
princes, malgr^ la defense, 
Ibnt plus d*exc^s de vin que 
les princes chr^iens » 85. 

* Ne connohsent leurs fem<- 
mes , avant de les ^pouser , 
que sur le rapport des fem- 

* mes qui les ont vues dans 
leur enfance , 1^. Leur loi 
leur permet de renvo^cr 
uae temme ^u'ils croient 



&*avoir pas trouvie ▼lere^f 
ibid* it suiv. Paroissent ^us 
persuade de leur reljgioa 
que les Chretiens , 196, Pour- 
quoi il y a des pays dont ilt 
Be veulent pas fatre la con- 
qu^te , X97 tf 4uiv, Vidi9 
qu*Us ont de la vie future 
nuit , ches euz t 4 U pro* 
pagation et i tout etabusse* 
. ment utile , 302. 'Pr^te&e 
une grande vercu auz amu* 
lettes et bux talismaas , 377* 

Mahomii'ume^ Compart an 
christiamsme , 91. Cette re- 
ligion est(^une ^Mt de la 
religion juive , 151. Ne don- 
ne aux femmes aucune ess 
p^rance au - deli de cette 
vie , 175. N'a ^ce ^tablt que 
par la voie de conqum, 
et non par celle de la per- 
suasion, 176. D^favorable 
a la population . 289 et suiv» 

Maine ^le due du ] fait pri- 
sonoier, 310. 

Maitrts dt ^cie/ic^, Laplupafft 
ont le talent d'ensdgner ce 
qu*ils ne savent p^s, 149, 

MauTUsti du roU, 173. 

Maiadii vindri$nne. Danger 
dans lequel elle a tnU 1« 
genre hnmaio » 3^. 



DBS M A 't I fe R E S. 4i^ 



itJiid [les chevaltert it), 

f it^entrempirc Otionuo, 

14- 
MalietUrt, SoQc aanit i pro- 

portioii de leuti richeuei : 
' auui ae n^ieeni-iii tien 
.f|ourii)iriijei^l«itiine, itp 

Cluiabre de jiutice inbUe 

, Gomra eux, ijo. 
JUiuiJemt^. CoiDDien ib coik- 

teni (le peine i fiire i qud- 



^ne, de let avoir 
, If}. Leur expul-> 
d^upli ce pays , 



lJlAH.fcK.iK Set eooenrii 
crayoieni le perdre , en 
l« chatgeant de ridiciilei , 

Mttefa* (ta). Lei Muaulmant 



' 145. Recettet *inguU^es 
-d'uD qie^cia de praviDCCf 
: Ktitnuh: . 

Ki^etri'l d'ttfril, plus UdIc 

que U kupitiorirt d'esprit , 

Mhafhyticiiii '. Objei principal 

de bur science, J46. 
HUiuifi. Poruait de ceux qui 



ont vieilU daOi les emploit 

subalrerne*, lit, 
Miau. Sour, en panic, cauis 

de la dcpopulauoD dc I'Ami- 

tique, 101. 
Minuiirt, La faonne-foi ca en 



)11. Soni tou)Durj la cause 
de la mechauceE^ de Icuri 
metres, «i]. IncertituU* 
de leuT tat, 3n> Leur 
inauvaise foi les deshonoie 
i la face de teui I'etai : 
celle del patlicuUen lea 

. deshooore aevant un pern 
sombre de gem seulemenc , 
391. Lm mauTalt exemplet 

. qu'ilf dooneni, tont leplut 
pand mat qu'ilt puiiient 



ES' 



Hid. 



, produitpticeoiiniilecauita 
nacureUei, }So.. 

niraculum cbymicijn), j8^ 

Moda. Se» cjprices : pljuian- 
teriei a ce lujer, iii, 

ifiadiFBti. Ridicule de la que* 
relle lur let ancicn* cr lea 
moderaes, 9a. 

MQieitit. Scs ayaatage* fur la 
vaniti, j86. 

Moju^ nui il «st materiel , 
' piui MS luiets le croient 
capable de Uire leur ban- 
h-ur, loi. Histoire plai- 
Mnie d'uoe femme de ce 
pays, qui vouloi'se biHler 
sui le corps de son matit 

Mohf, t«uf nombre : leurt 
ywuxi comment ill Ics (jb- 

''Servant , 14^. Leur'tkre de 
pauvreleiempichedj litre , 
146. 

MoisB , 1S8. 

MMtkt. ITentciideat ties 1 



fp 



T A B L S 



'expUquer la morale » )0. 
Molltste. Incoinpacible avec 

les arts , 269. 
Monachisme. u contribue 4 la 

depopulation , 297. Sts abus, 

299 et suiv, 
MonarchU, Ce$t le gouvcrne- 



— (Z.<>iv«i^}. PlusutUetqiML 

' les livjres asciriqudi 344.'' 

Moicovie, Cest le seul ^tat 

Chretien, dont les intef^ts. 

soient mdles avec ceux de 

la Perse, 119. Son itendue^ 



ment dominant en Europe , Moseovites, lis sent tpus e»- 



257. Y a-t-il jamais eu des 
' ^tats vraiment monarchi- 
' ques? 258. Cest la premiere 

espice de gouvemement 

connue , 257 " '«""• 
Mottarques, Pourquoi ceuz 
d'£urope n*ezercent pas leur 
' pouvotr avec autant d*^ten- 

due que les Sultans ,258. 
MonJ€, Causes de sa depopu- 
lation, 2S2-311 it suiv, N*a 
pas i present la dixi^me 



claves', k la reserve de qua- 
tre families, 130. I^^ ok 
ron exile les grands , i^ii,* 
Le vin leur est defehdu » 
ibid, Accueil qu'ils font i 
leurs hdtes , ihid, Les fem- 
mes moseovites aiment i 
£rre battues par leur maris 
lettre i ce sujet, ihid.Vc 
peuveht sorttr de Tempire • 
131. Leurattachetnent pottf 
leur barbe , Hid, 



partiedeshabitansqu*ilcon- Mouvemtm, Sts loix font le 

tenoit autrefois, 284. Voyes syst6me de lanarare rqiielles 

DipofuUuon, A-t-il eu un sont ces loix? 246 %t suh. 

commencement, 287 tfittiV. Mustatra. Cotnment il fiit' 

IMLoNTESQViEV (M, de). Se ^leve i Tempire, 211. 

feint dans la personne d*Us- Musulmans, Voycx HAomi^ 

ek, 1x7. tant^ 

Morale. II ne suffit pas d*en Mystiques. Leurs eztases sont, 

persuader les v^itis-,ilfattt le dilire de |a devotion |^ 

)es Cur^ sentir , 31. ^4^ 

N. 



N 



dTioirs, Leur droit piAUc tabUr les finances « $^4: 
0*est qu*une espice de droit Nord, Loin d*6tre en cut aeo^ 



civil universel , 239 <r suir. 
Comme elles doivcnt Tczer* 
cer entre elles , 240 «< suiv. 

filgns. Pourquoi leurs dieux 
sont noirs, ct leur dial^le 
blanc, 151* 

NcailUs, Ses plaisanteries sur 
les maltotiers , que la cham* 
bre .de justice faisoit re- 
gorger» 250. Cherd^e i r^ 



voyer « comme autrefois , 
des colonies , ses pays sont 
d^peupl^ 1 2^83, L^s peuples* 
y itoient libres : on a pri^ 
pour des rois ce qui n'^toit' 
que des g^crauxcTarm^, 
336. 
NouveUisut. Leur portrnt* 
Deux lettres plaisantes k ce 
sujctt 331 c< *m^ 



B S S M A T I k R E S. 



431 



• ) 



o. 



' . ( 



OjfaUneutAt touioun com- 
paene 4e la Ubeit^, ^n^ 

Or^ Sigae des valeurs : il ae 
doic pas toe trop abondant , 
365 tf tulvn 

ihaitomsfiuUhru, Appr^ci^s i 

• leur juste valeur , iqi. 
Brjuua, £a .<iuot coosistcnt 

leurs talens, 346, 
CruntaUs, Pourquoi tnoins 
' gaits que le^EUrop^enneSy 

ii8. 
OrUnuttut^ Le serraU est le 

• tombeau de leurs desirs: 
tingulante de leur jalousie, 

: XT <c $ni¥, .Comment ils ban- 
nissent le chagrin , 86. Le 
peu de cons^erce qu*il y a 
cnsre euz , est la cause de 
leur graviti , 87 « suivantcsm 



. ,\^ces deletir Education , 89* 
Ke sont pas plus punis , par 
la peitc de quelque meffl« 
bre , que les Kurop^ens le 
sont par Tinfamie 'seule, 

^ no, L*autorit^ butrie de 

' leurs princes ies rapprocbe 
de la condition de leurs su-> 
jetSf 258. Precaution que 
leurs princes sont obliges 
de ptendre , pour mettre 
leur vie en s^ret^ ^ 259. £a 
se rendant invbibles , ils* 
font respecter la royauti, 
et non pas le roi, 261 u 
sttiy, Leurs poesies* leur^ 
romans, 331. 

OsMAN. Comment il fat d^* 

pos^, 2Zi« 
Qsmanlins • IJ* 
Voycz Tuns. 



P. 



PaUis (le), ni. 

iPtfpe.Plus grand fnagicien que 
le roi de France , 65. Son 
autorite; ses richesses , 'fl* 

Taptt, Effet que leur histoire 
produic dans Vesprit des lee- 
tcurs, 348. 

tmrdtUs, Chaqiie religion dif- 
{ht^ sur les joies qu*on doit 
y goftter, 317, 

Paris. Siirge de Tefflplre de 
rEurojpe, 63. Einbarras de 

' ceux qui y arrivent, ibid, 
Contient phisieurs villes ba- 
ties en Fair , ibid, Embarras 
de ses rues , ibid, Diffcrens 
moyens d*y attra.;jer de Tar- 
gent, 148 et suiv, Qiacun 
n'y vit que de son indus« 



trie, X48. Rend les ^cran* 

gers plus precautionn^ 9 

' 149* Tous les ^tats y sont 

confondus. 226. Cest Ja 

* ville la plus voluptueuse, et 
celle oi!l la vie esc la plus 
dure , 269 St suiv, 

PMrisisns, Leur Curiosity ridi- 
cule, 81. 

ParUmsnu Ce que c*est , 214. 

' Matiires qui y sont le plus 
souvent agitces , 212. On 
y prend les voix a la ma- 
jeure, 2x4. Querelle impoN 
tante qu*il decide , 277. Re- 
legue a Poutoite : pour- 
quoi,357. 

Pmysans. Lorsqu lis sont dans 
la fflis^xe » leur population 



4J1 :T A 1 1 t 

est inutile k I'etat , 311 «< ser aux regards iet kom* 



SUl¥, 

PicuU. Celui que lesRomatiu 
laissoicnt a leurs escUves, 
aniinoit les arts et rindus- 

t tints, EuesdoivenrfttreQio- 
de^^es : pourquoi ,210. Letir 
propomon avec les crxines 
Uit la sQreee des princes de 
rEurope : leur ois p ropor* 
. tion met « 4 chaque instant • 
la vie des princes asiatiqaes 

. en danger , 158 tt tuir» 

iiUrUiafu de la Mecque* 45* 

- de saint Jacques en Galice, 
So* 

thns. L^ respect qi;^on lenr 
porte concribue a la popu* 
iadon» 301 €t smv* 

F$rsana, Elles ob^issent et 
commandent en ni6nie tens 

. i leuii eunuqncs, 10. - 
Kloyens qu*elles eztiploient 



mes, 117. A quel Age on 
les enferme dans le serrail ^ 
157. Leurs caractires sons 
toils unifoimes, parce qulls 
sont forces, x6o. Diascfki^ 
sions qui rbptatetntn^m i 
i&i. En quoi consisce hmr^ 
fdlicite, I9ik FoKces de 
d^guiser toute» torn pa9» 
sions, 24} «r jtior. Cesc un 



crime pour elles , que de 
ptfroltre k vkage M€okh» 
vert, 396, Lt foaec eM mn 
des cMtimeot- qu*oa leai^ 
infligc, 408. 
rtnans, II y en a .p«ft ^A 
Toyagent* 9. Leur kne 
contre lesTurcs«i7. Caidient 
avec beaucoup de soin le 
* titredemarid*uneiolie£eni- 
me, 141. Leur auf oritd snr 
leurs ftRunes., 165. Idic de 
. ^ . , 'curs contes, 3j8>36^ 

pour obtenic la prunaut^ Ptfse, On y cuhiye peir kf 
dans le serrail » 12. On ner arts , S3. A quel ige en. 



leur permet pas de privau- 
t^ » rotoe ayec les per- 
sonnes de leur sexe, 15- 
1 16-3 96. Ne voient jamais 
qu'un seul homme en leur 
yie , 19. Sont plus ^troite- 
laentgardtoqueles fQinef 
enrques et indieimes, t^*d. 
Flux et reftuK d*empire et 
4e seumission , dans les ser- 
rails, entrreUcs et les eu- 
imqves, 24 tt smv. Tout 
commerce avec les. cunu- 
ques blaacft leu est interdic » 
y f .Opiniitrete avtclaqoelle 
eiles defendeneleur p«deur 
dans les commcaceoiens de 
leur manage , 69-125-14P. 
Leur fefon de yoyager : en 
tue tous les hoinmes %ui 
approchent leurs vokuics 
de trep pr^, 115 4f wr. 
On les Uisseroitplut6r p^r 



enferme les 'fiftes-'tes^ ^ 
serrail , 157. Perte qu*ils 
out faite , en persicutant 
les Gu^bres, 220. Quels sont 
ceux que Ton y regardcT 
comme grands « 226. (am* 
bassadeuf de ) aiipr^ de 
Louis XIV, 2i3.Ceieyauf 
»e est gouvem^ par deuic 
eu trois femmes, 274. EHe 
n*a phis qii*une tres-petite 
partie des habitans euMIe 
avoit du temps des f>arius 
et des Xtrx^, 284. Feu de 
persennes y travailient M 
la culture des tetres , 293, 
Peurquoi' etle ^toit si peu«* 
pl^auirelbis, 302. Estgou- 
vemee par rastrblogie judi^ 
ciaire , 347. On^ v Uve aift- 
}ottrd*hui les trimits de la 
fa^oa cfont on les a toujo^ra 
lev^, 3 J 3. 



que de les sauver , si, pour Pttiit'>maitrts, Lear occupation 
p^fakCf il £9llQit let. expo* «ux. spectiifiles , 75^ Leur 



D E S M A T i i R E it. '43J 

m it puler tans rira dire : Femptt fimitni. Sontiautiln • 

i]t font jHrler pour eu^ loi. 

leur tibitiire, &c. 114. ■ Portugau.lU mtpriaeat toutea 

FttiMM-Maiiem. Ce n'e*t pu Ici ludoiu , « haiiienc let 

asiM d'un lim de eettena- fTm^^^ , lo]. La gnvM, 

ture CD France , 107. - - f^i^tilct la pai<(M« fodt 

Pkilipfe D'OXLiAHS, regent leiir caractirt , iHt.tt 'iiit. 

de France-. 11 ^t easier le Leur jalouiie : bornei ridl- 

teicamerit de Louis XIV , et cules qu'y niel leur divo- 

celtvele parlement de Pa- tion.aoi-I '- 



feSypnut, Idvre 1^ l«qiiel 

. ilcMMOirriai/elleestoc- 

donn4e tax cveuent , 01. 

Dtiavoiabk ^ la popiua- 

tioo ; poui<[uoi , 389(1 ouv. 



liberty, ]fo. 



'i; A B t E , 



Oft'tTI 



KKA , ' 



-fticA , CMtipigium iteToyi^ 






lC&A[ii». Ftfurqnot la mi)m- 
■ Atntt n'eo S pa* E*k fc yrix 

•Jlo*« tl'' 6™* *=J- M^ri- 

iion, 110. DitKrenies DM- Jdpie, etensomniiifrlkt, 

■itudeiqu'ellKpromeiNnt', n>7> ' 

317, Aou, Leun libir>btu jont 



E 9 M'A T I Ik R E S. 



. eoMuset au*peapl6 , 314 

, 4t mttp. Leiir ambition est 

toujours moins dangereuse 

que la.basiesse d*ame dd 

' Ifloft nunoMTSti )i2. '^d?£t^ 

2f$k Leur catamre 11c «e 
veloppe qy^eatre iM nams 
flekfeirs ndtMssct ou d» 

• leur»iOOo€eiseiifS ^ 272. 
RomMns, Jugemenc . tur oes 

• ipriesdfouyi^g;^, 350. ttdet' 
. Orientaox, j5i. 
itumuMs, lU ob^ssoient i leurs 

femmes « 9^* Une partte 4es 
ptfBples oni^piii drtnut Icur 

' enimre 'MfMftt drigtatres 
dv Tanafifl , '%i^ UeMf ft* 
ligk>« ^toit fiivotflble i'la 
population , 189. Leva et- 
8lavet« fMiplbtoiear T^ctt 
tfon pMipte innonibraUe, 
iais Lm cvittiAds qu'ils re- 
iMaoient en Sartegne y 
pMaoienc , tplk Tout lep 

t ToyaonMa n9 Anurope vOR 
forav^ d^ d^ps darliuf 



^5t 

empire, j^^ et suhdnuf, 

RomeMcitane, Nombre^norme 

de ses habitans, 181. Ony 

punissoit ie c^libat, 198. 

' Oriet ne de «ette r^publiqite: 

- aa lioerte opprim^ par C6- 

*«» 337- 
ROXAMB { fimme iPtTsbek. 

U»bek veme sa sagies^e et 

aa "Tertu , 98: OjHniltret^ 

atec liquelle die r^ste aux 

empressemens deaon mari , 

- peitdant les preaiiers moia 
de son manage » 6j. Con- 

' ser^e tous les extferienrs de 

-* la Vertu , au miiien des d6- 

> • sordres ^tii rigaentdans le. 

serrail » 4oi.'Se9 platntes sue 

- les chltimeny ^e le granv 

- eunilqiie fast subir aaz auttea 
fei*mer<PUsbek, 407 et smrk 
Surprise entre les bras d*Qflr 
jeunehomme, 4x1 er suir^ 

^ S'empoisonne : sa lettre k 
IM>ek^ 4ireS9«(^; 



'J 



• t 



s. 



I 1 * * * 






SjUKOs (roideV Pourqaoi 
un motiai^t d^gyptfe te- 
noned k ion dliance , 141* 

IfMkt&msj Esp^ce de lAoUies: 
idde <iiie les MusulmAnsdnt 
delcur sainteti, 236. 

SaummaUM, Ce peuple barbare 
dcoit dans la seryitude deft 
femmes f 9^« 

Sauragu, Leurs moenrs sopt 

" cMmatreC i la popuIatioii» 

Savons^ Leur ofltAtement pbur 
• leutt opintoos , 386. Mrt- 
^ 'Kour 4e lew condition : |et* 
tre i ae suiet« 388 tt iiin 
Stsfuimnsi^ 80. 

ScUiuis. £i»feq;naiit de sY-s^• 



" I 



■ * 



; tathdr, qd 1*7 attache r^t 
lement, 2$. 

Sciences ocaOia \^ UrttH d^ )• 

. Pitmblef»;fmvintle«g(B9i 

deoon sens, 347 ct suirm 

StvkdVE* Attteur peupropre 

- i consoler les afflig^s « 86. 

Sens^ Les plaisirs qirUs pro- 
curent ne font jplas le vrai 
booheur : histoire i ce isu<* 
Jet , 31. Sont fuges plus codi> 

' vit^m que* la religion de 
la purete ou inipareti6 (Les 

SkmuL Son gouyef h e rilehi 1n» 
teriew' , to , la^ i^ , T4 cr 
#8rr. 56 et mV. 161 ef Jia#* 
243 €t suh. 396. L'amout 
sSr dtonif par^ loi-mteeft 
111 2 



4i6 Tab 

17. Malheuf des femmei qui 

JMiatrenfernieet,i9*f nuV, 
liu fait ^ur \a tanie que 



Si'pn dtm peOMt da p 
EC* qui leuT MME inivi 






'cperifijat ■ 



te, 14* 
S0W. Les Guibm lui reo- 
dent.uD culte. i?i. Qpel, 
177-. nil'hoDoroientprihci- 

SBlemmt dan* la Tilte Minie 

Svtitaira it U TkAtiit, Ce 



. Coautmt diet m 
concractent doni U loi mu- 
■ultnane, 48. 
Sourtrtiiu, DoireuE cberdm 
des lujets, tt BOIL del m- 
Ki,»68. 

SutorAinatioM, Ce s'cft MC 
asiCE de la bate Mntu ) 
U faut la faire praiiqucr, 

Saicii*. Le» loix d'EoNM 
COMre «e cciaie : apologie 
du suicide : rifutadoa d« 
cecte apologia, 199 <i nu- 

Jtu'i^i ( U ) . La douGtui de abn 

Jouvetnemeot en fak un 
M vmjt let plua peuito 
del'Butope, }ii. EUe etl 
V'tnofffs de la libeiie, ijo. 

Sjittait dt Lair. Set eSeti (ii* 
neties , J39 c( fu*. Coin- 
put i I'uirologie judidaU 
re , )47. Sod hutoirc all^ 

Sorique , 37} m laiv. Bou*' 
iTencmtnt qu'il a occa*io» 
ait dan* lea lortunes , daiA 
let &inilk* et dint let ver- 
nu de la nation' fr^coite: 
il I'a dishtiitoris ,, 394 m. 



... ^... 

d AuttfAirt.'Lttii^homimt Ti»taiit»f. Ellet now timtu 

y atiachent UDeB'Videvier- ' jutquei 3aiu la viebi^ 

tu^ i77- .1 aut^rpjMT., ' , 

Tarum. Soot Iqi plus gi^apdt T^rx.EUesel^twquelfuefeit 

. conquerani de la tei.'e ; .As &>unui^ latutouHnco 

leuri coiiquiiei , III. , d 's hammer , a£S, , 

Tanarit (te kaa de). Iniulte TUiaiJi. Voytx, SiiUuJnt. , 

toiu les roil du monde daux Tk^odosb. Son crime ct M. 

■iii. 



D X s Ma 

yM2ig2c Elle s*accorde diffi* 
dlement avec la philoso- 
phie, 167. 

ThdologU (.litres de^. Double'* 
meatinuitelli^bies, 343* 

TisMipmrgMtirCf .383. 

T^Unmce , i$% tt suir. - poU* 
tiqtu* Ses avamges, aao. 

Tmmim ( dues de )• One foit 
4Hiii village maricageuxt la 
ville la ^us florisante de 
nolie » 61. 

TiMbcMnrf. Parlent pout les 
anciens* q}u one pensd pour 
cuz , 3*6 $i suw. 

TfMUdg divM. U temble qii*tls 
soicnt fa Toiz de la nature » 
a4i«. Quels soot ceuat qui 
soot legitimes , ibtd. 

TriMJjUi. Quelle forme iA% 

donneroient 4 lenr 0iett , 

s*ils en avoientun* 151. 

Tftfu/. Sont plus forts ches 

les protestans que chea les 

; catboItqiies,.i99'< '^^ 
Trittm*. Les Onentauxom, 



T 1 k R E S. 437 

CQOtre ceuc maladie , upe 
recette prif^rable alanotre, 

86. 
Troglodytes, Leur hisioire 

Erouve qu*oa ne pent ^tre 
eureux que par la pratique 
dela vertu, 3ii44* 

Juns, Causes de la decadence 
de leur empire, J3 usuivL 
U Y a , chez eux , des fa- 
milies oil Ton n'a jamais ri^ 
83. Serviront d*lnes auz 
Jui£i , pour les mener eik 
enfer , ^ Ne mangent 
point de viande bourne , 
ii4« Le^d^te par les Im* 
p^riauac, 313* 

Tttrquic, Sera conquise avant 
deuxsi^des^ 54. On ▼ l^o 
au]ourd*hui des tributi , 
comme on les a toujours 
leves, 3{}. -d*Europe, Est 
presque deserte , iSj. Ainsi 
que celle (TAsie, ifid* 

Tyem ( le ). Divinit^ det 
Chi|iois> 303* 



v-u. 



V 



Ajmt. Sert mal ceux qui 
enont une dose trop forte » 
386. 

VmUse. Situation singuli^e de 
cette Yille : pourquot elle 
«sr en fcorreur anx Mnslil- 
nans., 83. N*a de ressoiirce 
que dans son (6conomie « 
950. 

yiirvs. Comment certains 
peuples la reprisentent,i 5 1 . 

Viritds morales, Elles depen- 
dent des circonstances « 196 
€t suiv, 

Virtm Sa pratique seule rend 
les hommes neureux : his- 
toire i ce sujet, 31, 44. 
Elle fait sans cesse des efforts 
pour se cacher« 117. 

Fi€ilkss€. EUe juge de tout, 



suivant son tat actuel : 
histoires 4 ce sujet, ijo. 

^«//««.Pourquoiles voyageurs 
cherchent les grandes Tilles, 
62. Depuis quand la gar^e 
n'en est: plus confide aux 
boui^eois, 265* 

Vin, Les impots le rendenc 
fort Cher i Paris , 85. Fu- 
nestes efFets de cette li- 
queur , ihid. Pourquoi dd- 
Kudu chea les Musulmans , 
i44p 

yirginitd, Se vend , en Franco , 
plusieuts fois , 148. U tCy en 
a point de preuves « 190. 

Visapour* II y a , dans ce 
royaume, desfemmes |aunes 
qui servent 4 omer les ser- 
raUs de TAsie , 243. 



458 Table des 

VLRXQVE-itioNOttE , reifle 
• deSu^de, net la couronne 

sur la t^te de son ^poux , 

356. 
Vniyersiti. Querelle ridicule 

qu*elle soutient au sujet de 

la lettrc (J % vn* 
Vomitif^ 583.-Pliispiiissaiitt 

Voyagu, Sont phtt embalr^s- 

' sans pour les fenfmes <(Ue 
pour les hommeSf ii?. 

XJSBEK. Part de la Perse. 
Route qull tient, 9, 16, 

' ^Tr n ' ^*« ^ cjtfon pensc 
i Ispahan de son depart* 
x6 a *uiy. Sa donleur en 
quittam la Perse : son in* 
mii^tude par rapport i ses 

' Rmmes » 17 <' nu''* Motifs 
de son Vdvage , 21. Piroit 
i la Cour (fes sa plus tendre 
jeunesse : sa smcMt^ lui 
attire la jalousie des nunts- 
<res f ihid, S^attachC anx 
sciences*, qnitte la Cour, 
ct voyage pour fuir la pei^ 
stottion . thid. Ordres qu'i| 
doone au premier eunuqnd 
de soft serrail^ 10 a stuv» 
Toutbien ezanund » ii donne 



M ATlik&ES; 

la pr(&f<irence i Zadu iiur 
ses autres fenunes, ia.'Etc 

I'alouz de Nadir, eunuque 
»lanc, surpris avecsafenl^ 
meZachi, 55.CroitRoz«Be 
▼ercueuse , 58. Tourmentd 
pv la jalousie , il reatoia 
un des euauques* avec tout 
les oK>irs qui Taceonpa^ 
enoient , pour auuneUKr 
le nonbre des garwens de 
ses fenunes , 60. Ses inaui6* 
tudet touchant la oonduittf 
d« ses femmes , 106. Nou- 
▼elles accaUantes qu*tl re- 
9CK du sertail , y^\ 400 
<f jwin Ordre» qn*ii cmroie 
fu pfcfldtr cuauoud ,. 997 1 
apres sa mort i Narsis , son, 
succesteur , 59^ Ddaae Ii 
^lace de premier ennM|ue 
a Solifli , et tut remet le soia 
de sa vengeance ^ 403. EctH 
nne lettra voudroTnite a 
ses fenniei, 4'04* Chayina 
yn le d^voreot , 405 «t suit^^ 
Lettres de reproches qu*il 
revolt de %es fienimes , 407 
4t suiv, 
Uturpattun, Leurs succ^ leuT 
dennent lieu de droit, ^64* 



z. 



ZoiK^AStHB. L4Kisiatanr des lenM firrea aacfds i \rH 
Gu^bres on M^s^ : a Cut 2i^#fir« ^e CHadif^^ 






« • 



LE TEMPLE 



D E G N I D E. 



::;;;. Non murmm yestra cohimlMe; 
Bndiia non hedersv oon yincant oscnla condue; 

Frapunt ^un ifuhdamn dt ttrnftrmr GalEeaJ 



T 






j. : 






r » 



V. - 






rf •! » 









I i 



• • • • « 



PREFACE 



DU T R A D U C T E U R. 



vJ N ambassadear de France k la Porte 
ottomane^ connu par son gout pour les 
lettres^ ay ant achet6 plusieurs manuscrits 
grecs?, il les' porta' en France. Queiques-^ 
tins de c^ ' manuscrits m'6tant tombes 
entre les tnaihs, Yy ai trouve Tbuvrage 
doht je donne ici la traduction. 
^ Pea d'auteUrs grecs sont venus jusqu'i 
nous^ soit qu'ils aient peri dans la ruine 
des biblioth^ufes , oil par la negligence 
des femilles qui les poss^doient. 
' Nbus' recouvrons de temps en temps 
ijuelques pieces de ces tr^sors. On a 
trouv6 dies ouvrages jusques dans les torn* 
beaux de leurs auteurs) et^ ce qui est 
h peu pr^s la mdme chose ^ on a trouv6 
celui-ci partni les livres d*un evdque grec* 

On ne sait ni le nom de Tauteur, ni le 
temps auquel il a v^cu. Tout ce qu'on en 
peut dire, c'est qu'il n'est pas ant6rieur k 
Sapho,puisqu^itenparledansson ouvrage« 

Tom IF. Kkk 



442 P R i F A c s 

Quant k ma traduction , elle estfideile. 
Pai era que |es beaut^s qoi n^etoient point 
dans mon auteur , n'etoient point des 
beautes} et j'ai souvent quitte Texpressio.n 
la moins vive , ipour prendre celle qui 
rendoit mieux sa pen$ee. 

Pai ete en<poura^e k cftt^ traductioa 
par le ^cc^ qu'a eu; celte du Tasse* 
Gelui qui i'a faice pe trouvera p^ mauvai; 
q^ue je coure la mdme carri^re que lui. U 
s'y est distingu^ d'tuif ipi^u^e ^ ne nfft. 
craindre de ceux n^wfi^ k .qui M » da{in6 
le p^us d'emula^ciqn,, 

Ce petit i:ogian ^t one esp^ce de tar 
bleau oil Vqn 9 p^nt ftv^c choix Ie$ objet$ 
le& plus 9gr^9}>les« tfi pvbUc y: a trofKv6 
4es id^es ipian^e^,^ un0 cimmp magniiiT 
cence dans lesf desctiptioof 9. et de la/oair 
vete dans les sentim^ns* 

li y a trouv^ un caractere. ori^al, qui 
9.&it demandei; aux critiques quel jenito^ 
Ije modele : ce qui devieot un grand ^loge, 
lorsque i'ouvrage n'est pas oiieprisaJ;^ 
d*ailleurs. 
. Q^elques saiv^ns n'y ont point reconQi} 



cer quMIs; dppeilent Tare* II' n^esi point , 
djsem-]b», sebnrle9.r^les« 'Mats si rem- 
wage^a pbPy^^rous'^rre^ cpse le coettfifie 
teor^a'pasi dit xxyfjo^ Ifs r^leL ^ « 
:^-Un hdjnme ^ ise nD&ie dc cradaird ^ 
M souffmpoint piaueMimem que Ton n'es^ 
time pas soii aucBirr aotam qu'il le £ik j et 
)^ayoue que ces messieurs m'ont mis dans 
une furieuse colore : mais je les prie de 
laisseries jeunes gensjuger d'un livre tpii, 
en quelque langue qu'il ait ete ecrit, a 
certainement ^t6 fait pour eux. Je les prie 
de ne point les troubler dans leurs deci- 
sions. II tiy a que des tStes bien frisees 
£t bien poudr^es qui connoissent tout le 
m^rite du Temple de Gnide. 

A regard du beau sexe ^ k qui je dois 
Je peu de momens heureux que je puis 
compter dans ma vie ^ je souhaite de tout 
mon coeur que cet ouvrage puisse lui 
plaire. Je Tadore encore; et, s'il n'est plus 
I'objet de mes occupations, il Test de mes 
regrets. 

Que si les gens graves desiroient de 

moi quelques ouvrages moins frivoles, je 

Kkki 



444 P R i F A c bI &cm , 

suis en hzi de les satisfaire. 11 y a trente 
am que je travaille ii un iivre de douze 
pages 9 qui doit cootenir tout ce que nous 
savons sur ia ro^taphysique , la politique 
et la morale j et tout ce que de grands 
auteurs ont oubli6 dans les volumes qu 
ont donnds sur ces sciences-1^ 



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L E TEMPLE 



D E G N I D E. 



PREMIER CHANT. 



ViNUS pr^ftre le s^jour de Gnide k celu! 
de Paphos et d'Amathonte. Elle ne descend 
point de TOlympe sans venir parmi les Gni« 
ditos. Elle a tellement accoutum^ ce petiple 
heureux k sa vue , qu'il ne sent plus cette hor- 
reur sacr^e qu'inspire la presence des dieux. 
Quelquefbis elle se couvre d'un nuage^ et on 
la reconnoit ^ Todeur divine qui sort de ses 
cheyeux parfum^s d'ambroisie. ^ ■ 
' La ville est au milieu d'une conn^e sur 
laqiielle les dieux ont vers^ leurs bienfeits k 
j^leines mains : on y jouit d'un printemps ker- 
nel ; la terre, heureusement fertile , y pr^vient 
tous les • souhaits ; les troupeaux y' paissent 
sans nombre ; les vents semblent n*y r^gner 
qite pour r^andre par-tout Tesprit des fleurs ; 
les oi^eatix y chantent sans cesse ; vous diriez 
que les bois sont harmonieux; les ruisseaux 
snurmurent dans les plaines ; une chaleur douce 
fait tout ^ck>rre ; Fair ne s'y respire qu'avec 
la volupte. ' 

* Aupres de la ville, est le palais de V^nus. 
Vulcain Iui-m6me en a bdti les fondemens ; il 
travailla pour * son infidcUe , quand il voulut 



44^ L^ Temple 

lui faire oublier le cruel affiront qu'il lui fit 
devant les dieux« 

II me seroit impossible de donner une id^e 
des charmes de ce palais : il n'y a que .le; 
Graces qui puissent decrire les choses qu'elles 
out faites. L'of , Tacur ^ les rdbis , l«s diamans , 
y brill ent de toutes parts. «.. Mais j*en peins 
les richesses , et non pas les beailtes. 

Les jardtns «ii sent enchant^ i Flore ft 
Pomoae ea oar pris soin ; leurs nympl^s U% 
Cultiveat«,Les fruits y renaiss^ot sous la maia 
qui les cueille; les fleurs suco^^eatauz fiwta* 
Quand V^qus s'y prom&ne tntpucde de ses 
GnidieuMS , vous diriez que i^ dans leurs }eux 
CoJ^tt^s, elles yont d^tniire ces jardios d^ 
Ucieuj^ :, niais, par une vectu secr^, tout sa 
r^are en un instant. 

V^ous aime k voir les danses naiyes des fiUes 
de Gnide* Ses. nymphes se coafoadent. avec 
elles. La d^esse prend part 4 leurs ieuK; ello 
se di^pouille de la majest^; asnse au mUieii 
d'elles^ elle yoit r^goer dans leurs c»u« 1^ 
joie et IHnnocence. 

On d^qouvre de loin une grande prairie » 
toute par^je de T^mail des fleurs. Le berger 
vient les cueillir avec sa bergire ; mais celU 
qu'elle a trouv^e est toujours la plus belle^ et 
si croit que Flore Ta faite expres. 

I^ fleuve C^ph^e arrose cette prairie ^ eC 
y fait mille ditours^ II arrSte les bergirey 
lugitives : il faut qu'elles donnent U tepdoB 
j^aiser qu'elks svoient promis. 



D E G N I D E. 447 

Lofsque les nymphes approchent de ses 
bords , il s'arrite ; et les Acts , qui fiiyoient , 
trouvent des flots qui ne fuient plus. Mais, 
lorsqu'uiie d'elles se baigne , il est plus amou- 
reux encore ; ses eaux toiu^nent autour d'elle; 
quelquefois il se soul^ve pour Tembrassev 
mieux; il Tenl^ve, il iiiit^ il Fentraine. Ses 
cocipagnes timides commencent k pleurer : 
niais il la soutient sur ses flots ; et , charme 
d'un fardeau si cher^ il la prom^ne sur sa 
plaine liquide ; enfin » d^sesper^ de la quitter , . 
il la porte lentement sur le rivage, et console 
sts conpagnes. 

A cdte de la prairie, est un bois de myrtes. 
dbnt les routes font miile detours. Les amans 
y yiennent se conter leurs peines : I'Amour, 
qui les amuse , les conduit par des routes 
toujours plus secretes. 

Non loin de-1^ est unbois antique et sacr6, 
oil le )our n'entre qu'^ peine : des chSnes, 
qui semblent immortels , portent an ciel une . 
t6te qui sc d^robe aux yeux. On y sent uoe 
frayeur religieuse : vous diriez que c'^toit la; 
demeure des dienx, lorsque les hommes n'i- 
tetent pas encore sortis de la terre. 

Quahd on a trouv^ la himi^e du )our, on 
monte une petite coUine f sur laquelle est le 
temple de V^nus : L'univers n'ar rien de plus 
saint ni de plus sacre que ce lieu. 

Ce fut dans ce temple que V^nus vit, pour 
la prenuire fois , Adonis : le poison coula au 
cceur de la d^esse. Quoil di^elle, jViimerois 




^M ^^1 ^^^M ^^ ^^^^^^m_^ .^ ^ ^h 



448 Le Temple 

un mortel ! Hilas ! je sens que je Tadore. Qu*oa 
ne m'adresse plus de voeux : il n*y a plus k 
Gnide d*autre dieu qu*Adonis. 

Ce f ut dans ce lieu qu*elle appelb les Amours ^ 
lorsque t piquee d*un defi temeraire , elle les 
consulta« £Ue ^oit en doute si elle s'exposeroit 
mie aux regards du berger troy en. Elle cacha 
sa ceinture sous ses cheveux; sts nyoiphes la 
parfumerent; elle monta sur son char train6 
par des cygnes » et arriva dans la Phrygie. Le 
berger balanfoit entre Junon et Pallas; il la 
vit 9 et ses regards errirent et moururent : la 
pomme d'or tomba aux pieds de la d^esse : it 
voulutparler 9 et son desordre d^cida. 

Ce fut dans ce temple que la jeune Psych^ 
vlnt avec sa mire , lorsque I'Amour , qui voloit 
autour des lambris dor^, fiit surpris lui-m£oie 
par un de ses regards. II sentit tous tes maux 
qu*il hit souffi-ir. Cest ainsi, dit^-il, que je 
blessel Je ne puis soutenir mon arc m mes 
fliches. II tomba sur le sein de Psyche Ah I 
dst»il f )e commence k sentir que ]e suis le dieu 
des plaisirs. 

Lorsqu*on entre dans ce temple, on sent 
dans le coeur un charme secret qu'il est im* 
possible d'exprimer : Tame est saisie de ces 
ravissemens que les dieux ne sentent eux- 
m6mes que lorsqu'ils sont dans la demfcure 
celeste* 

Tout ce que la nature a de riant est joint 
k tout ce que Tart a pu imaginer de plus noble 
et de plus digne des dieux, 

Une 



D E G N I D E. 449 

Une main ^ sans doute immortelle » I'a par- 
tout OTn& de peintures qui semblent respirer. 
On y voit la naissance de Venus ; le ravisse- 
meht des dieux qui la virent; son embarras 
de se voir toute nue; et cette pudeur^ qui est 
la premiere des graces. 

On y voit les amours de Mars et de la deesse* 
Le peintre a repr^sent^ le Dieu sur son char , 
fier et m8me terrible : la Renomm^e vole au- 
tour de lui ; la Peur et la Mort marchent devant 
ses coursiers couverts d*^cume ; il entr^ dans 
la m3l6e , et une poussi^re ^paisse commence 
k le d6rober. D*un autre cot^^ on le voit couch^. 
languissamment sur un lit de roses ; il sourit 
ii y&nixs : vous ne le reconnoissez qxx^k quelques 
traits divins qui restent ^encore. Les Plaisin 
font des guirlandes dont ils lient les deux 
amans : leurs yeux semblent se confondre; 
ils soupirent ; et ^ attentift Tun k Tautre , ils 
ne regardent pas les Amours qui se joueot 
autour d*eux. 

II y a un appartement sipar6 , oil le peintre. 
a repr^enti les noces de V^nus et de Vulcain : 
toute la cour c61este est assemblee. Le Dieu 
paroit moins sombre f mais aussi pensif qu'i 
Tordinaire. La Deesse regarde d'un air froid 
la )oie commune : elle lui donne n^gligemment 
une main, qui semble se d^rober; elle retire 
de dessus lui des regards qui portent ii peipe p 
et se tourne du cdti des Graces. 

Dans un autre tableau , on voit Junon qui 
fiut la c^r^monie du mariage. V^nus prend U 

Tarn IK. LU 



' ' c 



/ 



450 Le Temple 

coupe , pour jurer k Vulcain une Bdiliti iter* 
nelle : les dieux sourient; et Vulcaiarecoute 
avec plaisin 

De I'autre cdte » on voit le dieu impatient 
qui entraine sa divine ^ouse ; elle &it tant 
de resistance 9 que Ton croiroit que c'est la fiUe 
deC^r^s que Pluton va ravir^ si Toetl qui voit 
V^nus pouvoit jamais se trompen 

Plus loin de-U , on le voit qui i'enUve pour 
I'^mporter sur le lit nuptial. Les dieux 'suivenc 
en fcule. La d^esse se debat , et veat ^chapper 
des bras qui la tiennent. Sa robe fuit ses genoux^ 
la tidile vole : mais Vulcain r^re ct beuu dl« 
sordre t plus attentif k la cacher , qaWdent k 
la ravir. 

£nfin 9 on le voit qui vient de la poser sur 
le lit que THyiiien a pripiiti : it Tenferme dans 
les rideartix ; et il croil Vy teoir pour jamais. 
La tr6upe importune se retire : il est chann^ 
de la voir s'^loigner. Les dresses )ottent entm 
elles^ mais les dieux paroissent lrisies;et la 
tHstesst At Murs a quelle cbose d^ussi sombre 
que la noire jalousie. 

Charmee de la magnitici^ce de soo temple^, 
la d6esse elle-m^me y a voulu ^stablir son culte : 
elle en a r6g\6 les c^^monies > Institue les 
fites ; et elle y est , en tti^me temps , la divinrt^ 
et la pr^tresse. 

Le culte qn*on lui rend presque par tout^> 
la terre , est plutot une profanation ^ qu'unis 
religion. Elle a des temples oh toutes les filles 
de !a ville se prostituent «n son honneur^ eH 



I> K 6 N I D E. 451 

fe font line dot des profits de la ddvotioiib 
£lle en si oil chaque femme marine va , one 
fois en sa vie, se donner k celui qui la choisit, 
let jette daiis le sanctuaire Tai^ent qu'elle a 
refu, U jr en a d'autres oil les courtisanes de 
tous les pays, plus honorees que les matrdnes^ 
vont porter leurs o£Frandes. II y en a , enfin ^ 
oil les homme^ se font eiinuques , et sliahillent 
en femmes , pour servir dans le sanctuaire » 
consacrant k la d^esse, et le sexe qu'ils n*ont 
plus , et celui qu'ils ne peuvent pas avoir. 
* Mais elle a voulu que le peuple de Gnide 
eut un culte plus pur , et lui rendit des hon- 
neurs plus digiles d'ellc. L^, les sacrifices sont 
des soupirst et les ofrandes un coeur tendre; 
Chaque amant adresse ses voeux k sa maiti^sse"^ 
et V&ius les re9oiT pour elle. 
- Par-tout oil se trouve la beaute, on Tadoi^ 
comme Vdnus m&ne : car la beaut^ est aussi 
di^ne qu*elle. 

Leurs cceurs amoureux viennent dans le 
temple ; ils vont embrasser les autels de la 
Jrid^lit^ et de la Constance. 
. Ceux qui sont accabl^s des rigueurs d'une 
eruelle , y viennent soupirer : ils sentent dn 
minuer leurs tourmens ; ils trouvent dans leur 
iCoeur la flatteuse esp^rance. 
. La d^esse » qui a promis de faire le bonheur 
des vrais amans , le mesure tou jours k leurs 
peines. 

La jalousie est une passion qu'on pent avoir, 
«ak qu'on doit taire. On adore en secret le« 

Lllz 



452 Le Temple 

caprices de sa maStresse, comme on ddore les 
€l6:rets des dieux, qui deviennent piusjifstes 
^orsqu*on ose s*en plaindre. 

On met au rang des faveurs divines , le feu i 
les transports de I'amour , et la fureur m&me : 
car , moins on est maitre de son coeur , plus 
il est k la d^esse. 

Ceux qui n'ont point donn£ leur coeiir sont 
des profanes , qui ne peuvent pas entrer dans 
le temple : ils adressent de loin leurs voeux 
k la d^esse, et lui demandent de les d^livrer 
de cette liberty , qui n'est qu'une impuissance 
<le former des desirs. 

La d6esse inspire aux fiUes de la modestie : 
^ette quality charmante donne un nouveau prix 
^ tous- les triors qu'elle cache. 

Mais jamais , dans ces lieux fortunes , elles 
n'ont rougi d'une passion sincere ^ d'un sen- 
timent naif 9 d'un aveutendre. 

Le coeur fixe toujours lui-mSme le moment 
auquel il doit se rendre : mais c'est une pro- 
£ination de se rendre sans aimer. 

L*Amour est attentif k la f^licit^ des Gnu 
diehs : il choisit les traits dont il les blesse. 
Lorsqu*il voit une amante afflig^e, accabl^e 
des rigueurs d'un amant , il prend une fl^che 
tremp^e dans les eaux du fleuve d'oubli. Quand 
il voit d'eux amans qui commencent k s'aimer, 
il tire sans cesse sur eux de nouveaux traits. 
Quand il en voit dont Famour s'affoiblit , il 
le fait soudain renaitre ou mourir : car il 
^pargne toujours les derniers jours d'une pas* 






D E G N I D £• 453 

Sion languissante : on ne passe pofait par les 
d^godits avant de cesser d'aimer ; mais de plus 
grandes douceurs font oublier les moindres. 

L'Amour a ot^ de son carquois leS traits 
cruels dont il blessa Ph^dre et Ariane^ qui, 
in6i^ d*amour et de haine^ servent a montrer 
sa puissance » comme la foudre sert k faire 
connoitre Tempire de Jupiter. 
* A mesure que le dieu donne le plaisir d'aimer , 
V^nus y joint le bonheur de plaire. 

.Les filles entrent chaque jour dans le sanc« 
fuaire, pour faii'^ leur pri^re k V^nus. EUes 
y expriment des sentimens haifs comme le 
coeur qui les &it naitre. Reine d'Amathonte , 
disoit une d'elles y ma flamme pour Thirsis 
est ^teinte ; je ne te demande pas de me 
rendre mon amour; fais settlement quixiphile 



m'aime. 



Une autre disoit tout bas : puissante d^esse, 
donne-moi la force de cacher quelque temps 
mon amour k mon berger ^ pour augmeoter le 
prix de Paveu que je veux lui en faire. 

Ddesse de Cyth^re , disoit une autre f je 
cherche la solitude ; les jeux de mes compagnes 
ne me plaisent plus. Faime peut-£tre. Ah ! si 
I'aime quelqu'un , ce ne pent Stre que Daphnis. 

Dans les jours de fSte^ les filles et les j^nes 
garfons viennent reciter des hymnes en Thon- 
neur de V^nus : sou vent ils chanient sa gloire, 
en chantant leurs amours. 

Un jeune Gnidien , qui tenoit par la main 
sa maitresse^ chantoit ainsi : Amour , lorsque 



-" — 



'»- - - 



454 Le Temple 

tu vis Psyche f tu te blessas sans doute des 
mSmes traits dont tu viens de blesser moa 
coeur : ton bonheur n*^toit pas different du 
mien; car tu sentois mes feuXf et moi^ ]*ai 
f enti ses plaistrs. , 

Pai vu tout ce que je decris. J'ai 6t6 i 
Gnide; j'y ai vu Th^mires et je Tai aisn^e : 
je Tai vue encore, et je I'ai aimee davantage^ 
Je resterai toute ma vie k Guide avec elle ; 
et je serai le plus heureux des mortels. / 

Nous irons dans le temple ; et jamais il n*y 
sera entre un amant si fidele : nous irons dans 
le patais de Venus i et je croirai que c'est le 
palais de Th^mire : )*irai dans \i prairie , et 
]e cueillerai des fleurs , qu^ je mettrai sur sof) 
sein : peut-Stre que )e pourrai la conduire 
dans le bocage^oii tant.de routes vont se 
confondre ; et , quand elle sera ^gar^e..t TAi- 
mour, qui m'iaspire» me defend de r^v^ler 
ces myst^res*^ 



# 



, V- 



D E G N 1 D E. 455 



SECOND CHANT. 



1l y a i Gnide un antre sacr6 qiie les nymphes 
habitenty oh la ddesse rend ses oracles. La 
terre ne mugit point sous les pieds; les che- 
Teux ne se dressent point sur la tSte ; il n'y 
a point de pr£tresses , comme k Delphes , ok 
Apollon agite la Pythie : oiais V^nus elle-mSme 
^coute les mottels ; sans se jouer de leurs espi- 
ranees , ni de leurs craiptes. 

Une coquette de Hie de Crite itoit vemie 
k Gnide : elle marchoit entour^ de tous le$ 
}eunes Gnidiens ; fUt sourioit k Tun , parloit 
k ToreiUe k Fautre, soutenoit son bras sur 
un troisi^me, crioit k deux autres de la suivre« 
Elle etoh belle et par^e arec art ; le son de 
sa voix ^^it imposteur comme ses yeux. 
O ciell tjue d'alarmes ne causa-t-elle point 
aux vraies amantes ! £lle se pr^senta k Toracle, 
aussi fi&re que les dresses : mais soudain nous 
entendimes une voix, qui sortoit du sane- 
tuaire : perfide » comment oses-tu porter tes 
artifices jusques dans les lieux oil je rdgne avec 
la candeur? Je vais te punir d'une maniere 
cnielle ; ]e t'oterai tes charmes ; mais je te 
laisserai le coeur comme il est. Tn appelleras 
tous les hommes que tu verras , ils te fuiront 
comme une ombre plaintive ; et tu mourras 
^ccablee de refiis et de m^pris. 



4^6 Le Temple 

Une courtisane de Nocretis vint ensuitey 
toute brillante des depouilles de ses amans» 
Va,. ditla d^esse, tu te trompes, si tu crois 
faire la gloire de mon empire : ta beauti fait 
voir qu'il y a des plaisirs; mais elle ne les 
donne pas« Ton coeur est comme le fer ; et , 
quand ta verrois mon fils mSme^ tu ne saurois 
Taimer. Va prodiguer tes faveurs aux homines 
Uches qui les demandent et qui s'en degoutent; 
va leur montrer des charmes que Ton voit 
soudain , et que Ton perd pour toujours. Ta 
n*es propre qa^k faire m^priser ma puissance. 

Quelque temps apr^s , vint un homme richef 
qui levoit les tributs du roi de Lydie. Tu me 
demandes , dit la deesse , une chose que je 
ne saurois faire , quoique je sois la deesse de 
Tamour. Tu achetes des beaut^s » pour les 
aimer ; mais tu ne les aimes pas » parce que 
tu les achates. Tes tr^sors ne te seront point 
inutiles ; ils serviroot k te d^gouter de tout 
ce qu*il y a de plus charmant dans la nature. 

Un jeune homme de Doride » nomm6 
Aristee , se presenta ensuite : il avoit vu k 
Gnide la char mante Qmille ; 11 en ^toit ^er« 
dument amoureux : il sentoit tout Texces de 
son amour ; et il venoit demander k Yinus 
qu'il p(it I'aimer davantage. 

Je connois ton coeur 9 lut dit la deesse : ta 
sals aimer. Jf'ai trouv^ CamiUe digne de toi ( 
j'aurois pu la donner au plus grand roi du 
inonde ; mais les rois la m^riteiU moio$ que 
Us ber^ers. 

. h 



D E G N 1 D E. 457 

Je panis ensuite avec Th^mire. La d^esse 
me dit : il n'y a point, dans mon empire, de 
oioi:i[(l qui me soit plus soumis que toi. Mais 
que veux-tu que.je fasse? Je ne saurois te 
rendre plus amoureux, ni Th^mire plus char- 
oiante. Ahl lui dis^je, grande deesse , j'ai tnille 
graces k vous demander : faites que Th^mir^ 
ne pense qu*^ moi ; qu'elle ne voie que 
inol; qti*eUe se reveille en songeant k moi; 
qu'elle craigne de me perdre , quand )e suis 
present*; qu'elle m'espere dan^mon absence; 
que,tou)0urs charm^ de me voir, elleregretttt 
encore tous les momens qu'eUe a pass^ 
sans moi* 



# 



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Tom IFi Mm at 



4f9 L E T E M PrIr;C 



^ — -* - ^" - - 



TROISliMfi CHANT, 



A i*B« Afc— i^^ 



1l y a a Gnide des |ettx SMf^s^ ^^ ^ mmm 
velkm fous le< us : les £tmme$ j vieasHr^ 
4c 4outef parts , dh^ter le |>rit •dc kJ9Bai]i& 
Li^ les bergires joat cp^fo«diie^ mKC las 
jiUcs 4ek rots ; ear k beaatii saik y yadtelaa 
taarquds de i'flnpire^ V^w ^ |a^ida leHa*' 
aadaMb EUedickleaa9fcbalaaoer;idib6akJiiai 
^tte e$L k aarteUe4ieBrauae<^uUl)e ak)^ 
favoris^e. / i . ^ 

H61^ne remporta ce prix plusieurs fois; elle 
triompha lorsque Th6s6e I'eut ravie ; elle triom- 
pha lorsqu'elle eut 6i€ enlevie par le fils de 
Priam i elle triompha enfin ,[ lorsque les dieux 
I'eurent rendue k M^Oi^as , apr^s dix ans d*e5* 
p^rances : ainsi ce piince^ au jugement de 
V^nus m6me , se vit aussi heureux ^oux , que 
Th^sde et Pdris avoient 6t6 heureux amans. 

11 vint trente fiUes de Corinthe , dont lea 
cheveux temboient k grosses boucles sur les 
^paules. n en vint dix de Salamine ^ qui n'avoient 
encore que treize fois le cours du soleil. 11 
en vint quinze de I'isle de Lesbos ; et elles se 
disoient Tune k Tautre : je me sens toute emue; 
il n*y a rien de si charmant que vous : si V^nus 
vous voit des m8mes yeux que moi , elle vous 
couronnera au milieu de toutes les beaut^s de 
I'univerSi^ 



ft E G ■ I D E. 45^ 

B Tint cifiquante femmes de Milet. Rien n*ap« 
prochoit de U blaocfaeur de leur teint, et de 
la r^gularicid de leurs traits : tout faisoit voir^ 
ou prometteit un beau corps ; et les dxeux , 
qui les form^ent , n'auroient rien fait de plus 
digue d'eux» s'ils n'avoient plus chercb^ k leur 
dooner dcs perfections <{ue des graces. 

II viat cettt femmes de Tisle de Chyprer 
Nou$ avcMie , disoient^elles , passe Aotre jeu« 
fiesse dans le tempie de Vemis ; nous lui avons 
coosacri.noti^ virgtait6 et notre pudeur mteie* 
Nous, qe rougtssons point de no& chanaese 
nos mani^res , qud^e&Ms hardies et toujours 
Ubres, doiveot nous donoer de Tavamage sur 
«ne pudeur qui y'darme sans cesse. 

le ns )es £lles dc la superbe LacM^flM3iie; 
Leur robe toit ^uverte par les ^dt&s » depim 
la ceioturey de la OMni^e la plus inunodeetea 
et cependant elles faisoieot lea prudes , et sooi» 
tenoient qu'etles ne violoient la pudeur, que 
par aaoour pour la pureti^. 

Met faomise par tant de naufra^ , ^oui 
aavec coaserver des d^p6ts pr6cieiix« Voue 
^otts calmdtes , lorsque le naTire Argo porta 
la toison d'of sur votre plaine liquide; et« 
lorsque ckiquanfe beautis soot parties de Cok 
Aoa, et se ^ont coofito k vous, vous vout 
^es courb^e sous elles. 
. le vis aussi Of iaoe , seiublable aux dresses. 
Toutes les beautds de Lydie entouroient leur 
reine. Elle avoit envoy^ devant elle cent 
leufies files y €gA ayoient pr^enti k V^ous uoe 

Mmm a 



4^ L :e T £ m p l IE 

offrande de centtalens. Candaule etoit veiiu liii- 
m^mt J plus distingue par son amour que par 
la pourpre royale :: il passoit les jours et les 
nuxts ^ devorer de ses regards les charmes 
d'Oriane : ses yeux erroient sur son beau corps, 
et sts yeux ne se lassoient jamais. Helas 1 
disoit-il, je suis heureux; mais c'est une chose 
qui n*e$t sue que de Venus et de moi : mon 
bonheur seroit plus grand , i'lX donnoit de* 
Tenvie. Belle reine » quittez ces vains ome- 
mens; faites tomber cette toile importune^ 
montrez*vous i Tunivers.; laissez le prix de 
la beaut^ » et demandez des autels. 
* Aupr^s de 1^ ^toient vingt Babylbni^nnes : 
elles avoient des robes de pourpre brodeesi 
4'or; elles croyoient que leur luxe augmentpit 
kur prix. 11 y en avoit qui portoient 9 pour 
preuve de leur beaut6 , lea richesses qu'elle^ 
leur avoit fait acqu^ir. 
' Plus loin y je vis cent femmes d'Egypte, qui* 
avoient les yeux et. les cheveux noirs. Leurs 
maris ^toient aupr^ d'elles , et ils disoiei^t : 
les loix nous soumettent k vous en llipnn.eur. 
d'Isss': mais votre beautea sur t^om un empire 
pkis fort que celui des loix ; nous vous ob^s- 
sons avec le mSme plaisir que Ton ob^it aux 
dieux ; nous sommes les plus heureux esclaves 
de Tunivers. 

. Le devoir vdus repond de notre fid^lit^ ; 
mai^ il n'y a que Tamour qiu, puisse nOus. pjro* 
mettre la votre. • . • 

' Soyez moins sensibles k U gjoire que vous. 



^tequ#rez i Gnide, qu'aux hottimfages que Vous] 
pouvet trouvlsr dans voire maison , aupr^s d'un 
man tranquille , qui, pendaht que vous vous' 
occupez des a&ires du dehors,^ doit attendrej^'^ 
dans \t seih de votre femilte, le coeur que' 
vdus tei rappoirtez. ' ' 

D vint d^ femmes de cette yille pulssante^^ 
qui envoie ses vaisseaux au bout de Tunivers:^ 
les ornemens fatiguoient leur t8te superbe ; 
Ijyixtes le^ parties' du' mohde sembloient avoir 
cdt\tribu£ k leur parure. ' ' . 
*-Dix beaut^s vim^ent dels *lieint o& commence 
le jour : eUes ^toient fiilcs de TAurore; et," 
pour la voir » elles s« levoient tous les jours 
dvant elle. Elies se ptaignoient du Soleil, qui 
felsoit disparoitre leur mere ; elles se plai* 
gnoient de leur mete , qbi ne se montroit k- 
ell^i'que'comme ati re*e des mortds. 
•Je visv- sous une lente , une reine d'uri* 
pefuple 6ts Indes. Elle ^toit entouree de ses 
fiUes » qui d6)a faisoient esp^rer les charmes 
de leur m^re : des eunuques la servoient , et 
RHir*y«tox^i*|ahioieftt lii terre ; car, depdis 
tpx^§ aVoicht ileSpiri I'ialir dfe Guide , ils-avoient' 
§ctiil i^oubler leur affreuse Aelancolie. 
' Les femmes He Cadis, qui sont aux extre* 
iAtii de la tehre, dispuferent aussi le prix. 
Hn^apointde pays 'dans Tunivers, oil une 
belle ne receive 'des hommages ; mais il ny 
a qii^fes'pkt^ gV^hds bomtoages'qui puissent 
Appaiser I'ambitioh d'une belle. ' ' 

Les fiUes de Gmde parurent ensutte. Belles 



\. 



4*» L.E T ^ tf P L f 

saos ornemeost elles avoieiu des grace^^ «! 
lieu de perles et de rubis. On ne voyott 
sur leurs tetes qw les (Mresens de Fiore ; mais 
lis J Violent plus di^es dcs cmbrassemtnf 
dq Z^hyr. Leur robe a'avoit d'autre merito 
que celui de marquer une taille d^raiaoM ^ 
et d'avoir iii fildes de leurs prapres maws* 

Parmi toutes ces beautes, on oe rit poiat^ 
la jeuoe Camiile* £IW avoir dit : |a at ve^K 
point disputes le prix de. la beaut^ ; il flpnf^ 
suffit que mon cher Arist^ me tr<;puve belle^ 

Diane reodoit ces }eMx c^hre^ par $a pri- 
sence. Elie kV ▼^aait point dbpucer le prix)' 
car les dresses ne se comparent point f^u% 
mortelles* Je la vis senle^ eUe ^toit bdUi 
comoie Veons s )e la vis auprtis de V^fttlf « 
eUe n'itoit pkis que Diane« 

II n'y eut )amai6 un si grand spectacle :lf% 
peuples ^toient s6par«s de^ peuples ; k^ ye|ix 
erroient de pays en pays , Jepius le 09i^:hwt( 
lusqu'A raurore ; il senftUoit que Gfiido fi^t tQitt 
Tunivers. 

Les dieux ont partag^ la l^eaut^ eatre leu 
nations , conune Ja natnre Ta partag^ >ncri« 
les dresses. Ui ^ on voyok If be^un^ ^in. 
de Pallas » id » la grandeur et la aia}esti de 
Junon ; plus loin ^ la simplicity de Diane > 1% 
d^licatesse de Thetis » le charme des GracfSj 
et quelquefbis le sourire de V^ntts» 

U sembloit que chaque peuple eftt use aia« 
ni^re paniculiere d'ei^prhner sa pudepr , et qiiv 
totttet ces femmes vouUisfi^ .«c iouu dM 



yettz : les unes d^couvroient la gorge , et ca- 
choient Teufs Spaules : les autres montroienf 
les dpanlesj iflt couvtoientia gorge ; ceUes^ui 
vou^ deroboient le pied » vous payoient par 
d'autres charmes : -et 44 -^a^ougissoit de ce 
^*ici on appelloit biens^ance. 

' I4CSS dteox sont si /obanxi^ de Thimite^ 
qH^ m k xegaiidest pmtis tans samt^ de 
kur envrage. Oe tOfutes iks dosses # ttjn'y a. 
que Vi^ms qui la mom afiac plakir* et ^w 
Im iksm ne tatUeat -point tl^n^pieudetaloMsifi^ 

: <ioaniie .on isniaiqiie ime MOite an mitieiA 
des-fleoTS qui naisscnt idans i'faerbe.f on distin** 
gua TfasoBtt de tant de Aettes. lEltes .o<^nent 
par k rteaips jd?dtre aes pviaks :: eUes Ameal 
lOBoiuea aaantLide! la draiodre; D&Sjqftt'«]kt 
parut , Vinus ne regatda qu!elle« Eik appdia 
lef£c40ciLjyiezla coMDimner, leor diEHelle: 
detautesIksIBfiautiisqae'je^vois^ ckatkaenk 
qHj»^o^s jnssemhk* 



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QUATRlEME , CHANT: 



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E N D A N T que Thdmire ^toit ocoop^e avec 
seis compagnesaacuteei de 'la d^es9e,.)'emrai: 
dans vin bais solitaire ^fy trouvai U temtre 
Aristae. Nous' nous ^tions <vus le ^ jour qiie> 
nous av)on$'^^ cbnsulter I'orade -: r'en fiit^ 
assez pour lious engager k nous entretenlr : 
car Villus met dans le coeur , en la presence 
d*uii habitant de Gnide , le charme secret que. 
trouveivt deux<amis^ lotsqu'apr^sune lodgue; 
absence its sentent dans! lebrs bras le ^doas' 
0bfet de leurs . inquietudes. i ' 

: Ravis Pun de I'autre ^ nous sentimes que 
nbtre cosur s^ donnoit ; il seitibloit que la* 
tendre Amix\6 ^toit descendue. du ciel , pour 
se placer au milieu de nous. Nous nous ra« 
contdmes millc choses de notre vie. Voici^ 
ft-peupr^s , ce que je lui dis : 

Je suis ne k Sybaris y.oh mon p^re Antiloque 
^toit prdtre de Venus. On ne met point, dans 
cette ville , de difference entre les volupt^s et 
les besoins ; on bannit tous les arts qui pour- 
roienc troubler un sommeil tranquille ; on 
donne des prix » aux depens du public , k 
ceu3( qui peuvent d^couvrir des volupt^s nou« 
velles ; les citoyens ne se souviennent que des 
bouffons qui les ont dirertis , et ont perda 



i 



!D E G Nf I D e; 46 f 

la tn^moire des tnagistrats qui les ont gou-« 
vernes. 

On y abuse de la fertility du terroir , qui y 
produit une abondance ^ternelle ; et les faveurs 
des dieux sur Sybaris ne servent qu*a encou- 
rager le luxe et la moUesse. 

Les hommes sont si efFemines , leur parure 
est si semblable k celle des femmes ; ils com< 
posent si bien leur teint ; ils se frisent avec 
tant d'art; ils emploient tant de temps ^ se 
corriger k leur miroir , qu'il semble qu'il n'y 
ait qu'un sexe dans toute la ville. 
' Les femmes se livrent au lieu de se rendre : 
chaque jour voit finir les desirs et les espe- 
ranees de chaque jour : on ne sait ce que c'est 
que d'aimer et d'etre aime ; on n'est occupe 
que de ce qu'on appelle si faussement jouir. 
' Les faveurs n*y ont que leur realite propre ; 
et toutes ces circonstances qui les accompa«< 
gnent si bien , tous ces riens qui sont d'un 
si grand prix, ces engagemens qui paroissient 
toujours plus grands , ces petites choses qui 
valent tant , tout ce qui prepare un beureux 
moment , tant de conqueies au lieu d'une , 
tant de jouissances avant la derniere; tout cela 
est inconnu k Sybaris. 

• Encore si elles avoient la moindre modes* 
tie , cette foible image de la vertu pourroit 
plaire : mais non , les yeux sont accoutumes 
k tout voir , et les oreilles k tout entendre. 

Bien loin que la multiplicite des plaisirs 
donne aux Sybarites plus de delicatesse 9 ils 

Tome IF. Nnn 



46S Le Temple 

ne peuvent plus distinguer un sentiment d*aveC 
un sentiment. 

lis pja^sent leur vie dans une ]oie purement 
exterieure : ils quittent un plaisir qui leur 
depl^it , pour UA plaisir qui leur d^plaira en- 
core ; tout ce qu'ils imaginent e^t un nouyeai^ 
su)et de dugout. 

Leur ame , incapable de sentir les plaisirs » 
semble n'avoir de delicatesse que pour les 
peines : un citoyen fut fatigue 9 toute une 
nuit 9 d'une rose qui s'etoit repliee dans son lit« 

La moUesse a'telleoient affoibli leurs corps « 
qa'ils ne sauroient remuer ies moindres &r- 
deaux; ils peuvent k peine se soutenir sur 
leurs pieds ; les voiturcfs les plus douces les 
&nt evaoouir; lorsqu'ils sont dans les festins^ 
restotnac leur manque h tons les instans, 

lis passent leur vie sur des sieges renverses i 
sur lesquels ils sont obliges de se reposer tout 
le jour f sans s'etre fatigues : ils sont brisks ^ 
quand ils vont Languir ailleurs. 

Incapables de porter le poids des armes, 
timides devant leurs concitoyens , laches de- 
yant les etrangers , ils sont des esclaves tout 
prets pour le premier maitre. 

Dhs que je sus penser , j'eus du degout pour 
la malheureuse Syl^aris. J'aime la vertu; et 
j'ai toujours craiot les dieux immortels. Non ^ 
disois-je, je ne respirerai pas plus long* 
temps cet air empoisonni : tous ces esclaves 
de la mollesse sont faits pour vivre dans leur 
patrie 9 et moi pour la quitter. 



D E G N I D E. ^467 

J'allai , pour la derniere fois y au temple ; 
iety m'approchant des autels oti mon pere avoit 
tant de fois sacrifi^ : Grande Deesse 9 dis-je 
k haute voix , j'abandonne ton temple, et non 
pas ton culte : en quelque lieu de la terr^ 
que je sois , je ferai fumer pour toi de Ten- 
cens ; mais il sera plus pur que celui qu'on 
t'offre k Sybaris. 

Je partis, et I'arrivai en Cr^te. Cette ile 
est toute pleine de monumens de la fureur 
de TAmour. On y voit le taureau d'airain , 
ouvrage de Dedale , pour tromper ou pout 
satisfaire les ^garemens de Pasiphae ; le laby- 
rinthe, dont l*Amour seul sut ^luder Tartifice; 
le tombeau de Phedre , qui ^tonna le Soleil ^ 
comme avoit fait sa m^re ; et le temple 
d'Ariane , qui , d^sol^e dans les deserts , aban^ 
donnee par un ingrat , ne se repentoit pa$. 
encore de I'avoir suivi. 

On y TOit le palais dlfdomem^ey dont le 
retour ne fut pas plus heareux que celui de$ 
Butres capitaines grecs : car ceu^ qui ^chap- 
perent aux- dangers (Fun i]iment colore trou- 
vferejit leur maison plus funeste eiioore. V6t\\i& 
irrit^e leur fit embrasser des epouses perfides ; 
et ils moururent de la main qu'ils croyoient 
ia plus chere, 

Je qtiittai cette ile , si odiease k tine deesse 
•qui devoit iaire. quelque jour la felicit^ de ma 
Vie. 

Je me rembafquai ; et la tempSte me jetta 
\ Lesbos, C^est encore une ile peu cherie de 

Nnn 2 



468 Le. Temple 

Venus : elle a ore la pudeur du visage des 
femmes , la foiblesse de leur corps , et la 
timidite de leur ame. Grande Venus y laisse 
bruler les femmes de Lesbos d'un feu legitime ; 
^pargne ^ la nature humaine tant d'horreurs. 

Mitylene est la capitale de Lesbos; c'est 
la patrie de la tendre Sapho. Immortelle comme 
les Muses, cette iille infortunee brule d'ua 
feu qu'elle ne peut eteindre. Odieuse k elle- 
mcme , trouvant sqs ennuis dans ses charmes, 
elle hait son sexe , et le cherche toujours. 
Comment 9 dit-elle ^ une flamme si vaine peut- 
elle etre si cruelle ? Amour , tu es cent fois 
plus redoutable quand tu te joues , que quand 
tu t'irrites. 

Enfin je quittai Lesbos ; et le sort me fit 
trouver une ile plus profane encore ; c'etoit 
celle de Lemnos, V^nus n'y a point de temple : 
]amais les Lemniens ne lui adressdrent de 
.vceux. Nous rejettons, disent-ils, un culte 
qui amoUit les coeurs. La d^esse les en a sou- 
vent punis : mais , sans expier leur crime , 
ils en portent la peine : toujours plus impies 
k mesure qu'ils sont plus affligds. 

Je me remis en mer , cherchant toujours 
quelque terre ch^rie des dieux ; les vents me 
porterent k Delos. Je restai quelque mois dans 
cette ile sacr^e. Mais , soit que les dieux nous 
pr^viennent quelquefois sur ce qui nous ar- 
rive ; soit que notre ame retienne de la divi« 
nit6 J dont elle est ^man^e , quelque foible 
connoissance de Taveair; je sentis que moxi 



D E G N I D E. / 4(^9 

tlestin , que mon bonheur meme m'appelloient 
4ans un* autre pays. 

. Une nuit que j'etois dans cet ^tat tranquille 
ph Tame, plus k elle-mSme, semble etre 
d^Iivr^e de la chaine qui la tient assujettie ; 
il m'apparut , je ne sus pas d'abord si c'etoit 
une mortelle , ou une d^esse. Un charme se- 
cret 6toit r^pandu sur toute sa personne : ellc 
n'etoit point belle comme Venus, mats elle 
€toit ravissante comme elle : tous ses traits 
n'etoient point reguliers , mais ils enchantoient 
tous ensemble : vous n'y trouviez point ce 
qu'on admire , mais ce qui pique : ses cheveux 
tomboient n^gligemment sur ses epaules, mais 
cette negligence etoit heureuse : sa faille etoit 
charmante ; elle avoit cet air que la nature 
donne seule • et dont elle cache le secret aux 
, peintres m8me. Elle vit mon ^tonnement ; elle 
en sourit. Dieux ! quel souris ! Je suis 9 me 
dit - elle d'une voix qui pen^troit le coeur , la 
seconde des Graces : Venus, qui m'envoie, 
veut te rendre heureux ; mais il faut que tu 
ailles Tadorer dans son iemple de Guide. Elle 
fuit ; mes bras la suivirent : mon songe s'en- 
vola avec elle ; et il ne me resta qu'un doux 
regret de ne la plus voir , mele du plaisir de 
I'avoir viie. 

Je quittai done Tile de D^los : j'arrivai k 
Guide. Je puis dire que d'abord je respirai 
Tamour. Je sentis , je ne puis pas bien exprimer 
ce que je sentis. Je n'aimois pas encore , mais 
je cherchois k aimer : mon cceur s'^chauffoit 



470 Le Temple 

comme dans k presence de quelque Beant^ 
divine. Tavan^ai ; et je vis , de loin , de jeunes 
filles qui jouoient dans la prairie : je fus d*a- 
bord entraine rers elles. Insense que je suis ! 
disois*je : j^ai, sans aimer , tous les egaremens 
de Tamour : mon coeur vole deja vers des 
objets inconnus ; et ces ol^eis lui donnent de 
rinquiemde. Tapprochai : je vis la charmante 
Themire* Sans dome que nons etions faits Tun 
poin* Tautre. Je ne regardai qu'elle ; et je croia 
que je serois mort de douleur , si elle n^avoit 
touni^ sur moi quelques regards. Grande Ve- 
nus 9 in'6criai*-je , puisque voos devez me 
rendre heurcnt , faites que ce soit avec cette 
bergire : je renonce k tooted les autm Beau- 
tis ; elle seule pent renrpKr vas promesses et 
torn les venue que jt feral jamais^ • 



# 



a> E. G ti J i>>E^ 4Ti 



CINQUIfeME CHANT, 



w a u . 1 



J 



^ parlois encore W jeuqe Aristae df vxei 
tendr^f amours ; Us lui firent soupirer leg sij^ns ; 
)e soulag^ai son co^ur 9 ^n le pmnf de mt le$ 
raiCOIitfr. Vo^ci ^e qu'il me dit : j.e fi'oubUerai 
rien ; car je suis inspire par Je mSme dieu qp\ 
le faisoit parlor- 
Dans tout ce r^cit , vous ne trouverez rieii 
^e de tr^s-simple : xnes aventures ne spnt 
que les sentimens d'un coeur tendre , qu^ mes 
plaisirsy que mes peines; et, comme mon 
9mour pour Camille fait le bonlieur ^ il faitj 
gussi toute lliistoire de ma vie. 

Camille e$t fiUe d'un des princip^ux habl<r 
tans de Gnide ; elle est belle ; lelle a une phy- 
sionomie qui va se peindre dans tous les coeiu-s ; 
les femmes qui font des souhaits , demandent 
wx dieux les graces de Camille ; les hommes 
qui la voient veulent la voir toujours ^ pu 
craignent de la voir encore. 

Elle a une taille charmante, un air nob^e; 
fliais modeste , d^s yeux vifs et tout prets k 
etre tendres y des traits faits expres I'un pour 
I'autre , des charmes inyisiblement assprtis pour 
)a tyrannie des cceurs. 

Camille ne chjerche point k se parer ; mais 
elle est mieux paree que les autres femoi^s^ 



47» Le Temple 

Etle a un esprit que la nature refuse presque 
toujours aux Belles. Elle se prete egalement 
au sjfrieux et k renjouement. Si rous voviez^ 
elle pensera sensement ; si vous voulez , elle 
badinera comme Us Graced. 

Plus on a d'esprit , plus on en trouve -ft 
Camille. Elle a qiielque chose de si naif^ 
qu*il semble qu-elle ne parle que le langage 
du coeur. Tout ce qu*elle dit , tout ce qu'elle 
fait , a les charmes de la simplicite ; vous 
trouvez toujours une-bergere naive. Des graces 
si l^geresy si fines, si delicates, se font re^ 
marquer , mats se font encore mieux sentir. 
- Avec tout cela ; CamHle m'aime : elle esf 
ravie quand elle me voit ; elle est fSch^e quand 
}e la quitte ; et , comme si je pouvois vivre 
sans elle 9 elle me fait promettre de revenir.- 
Je lui dis toujours qu^ je I'atme , elle me croit^ 
je lui dis que )e I'adore , elle le sait ; mais 
elle est ravie, comme si elle ne le savoit pas.* 
Quand je lui dis qu'elle fait la f^licit6 de ma 
vie , elle me dit que je fais le bonheur de la 
sienne. Enfin , elle m'aime tant , qu'ellc me 
feroit presque croire que je suis digne de son 
amour. 

II y avoit un mois que je voyois Camille ; 
sans oser lui dire que je IVimois, et sans oser 
presque me le dire k moi-m6ine : plus je la 
trouvois aimable, moins j*esperois d'etre celui 
qui la rendroit sensible. Camille , tes charmes 
me ' touchoient ; mais ils me disoient que je 
ne te meritois pas^ 

Je 



D E G N I D £•' 475 

Je cherchois par - tout k t*oublier ; je vbu- 
lois effacer de mon coeur ton adorable image. 
Que )e suis heureux ! je n'ai pu y r^ussir ; 
cette image y est restee , et elle y vivra tou- 

jours. 

Je dis k Camille : j'aimois le bruit du monde,' 
et je cherche la solitude ; j'avois des vues 
d'^mbition , et je ne desire plus que ta pre- 
sence ; je voulois errer sous des climats re- 
cules , et mon coeur n'est plus citoyen que des 
lieux oil tu respires : tout ce qui n'est point toi 
s*est evanoui de devant mes yeux. 

Quand Camille m'a parle de sa tendresse , 
elle a encore quelque chose k me dire ; elle 
croit avoir oublie ce qu'elle m'a ]ure mille. 
fois. Je suis si charmei de Tentendre , que je . 
feins quelquefois de ne la pas croire , pour 
qu'elle toucfae encore mon coeur : bientot r^gne 
entre nous ce doux silence , qui est le plus tendre 
langage des amans. . 

Quand j'ai et^ absent de Camille , je veux 
lui rendre. compte de ce que j'ai pu voir ou' 
entendre. De quoi m'entretiens-tu , me dit-elle } 
parle-moi de nos amours : ou si tu n'as rien 
pens6 , si tu n'as rien k me dire , cruel ^ laisse- 
moi parler. 

Quelquefois elle me dit en m'embrassant : 
tu es triste. U est vrai , lui dis-je : mais la tris« 
tesse des amans est delicieuse ; je sens coulet; 
mes larmes , et je ne sais pourquoi , car tu 
m'ajmes ; je n'ai point de sujet de me plaindrej. 
et je me plains': ne me retire point de la 

Tome /^ Ooo 



474 Le Temple 

langueiir oil je suis ; laisse-moi soupirer en 
mfime temps mes peines et mes plaisirs. 
• Dans les transports de I'amour , mon ame 
est trop agitee ; elle est entrain^e vers son bon- 
heur sans en jcair : au lieu qu*& present je 
goiite ma tristesse meme. N'essuie. ppint mes 
larmes : qu'impone que je pleure, puisque je 
suis heureux ? 

Quelquefois Camille me dit : Aime-moL 
Oui, je t'aime. Mais comment m'aimes-tu? 
Helas ! lui dis-je ^ je t'aime comme je tVimois : 
car je ne puis comparer I'amour que j*ai pour 
toi , qu*^ celui que ]*ai eu pour toi*mSme. 

Tentends louer Camille par tous* ceux qui 
la connoissent : ces louanges me touchent 
comme si elles m'etoient personnelles ; et j'en 
suis plus flatte qu*elle-mSme. 

Quand il y a quelqu'un avec nous^ elle 
parle avec tant d*esprit, que je suis enchant^ 
de ses moindres paroles ; mais j'aimerois en- 
core mieux qu'elle ne dit rien. 

Quand elle fait des amities h quelqu'un ; 
)e voudrois 8tre celui k qui elle fait des ami-* 
ties 9 quand, tout-&-coup, je fais reflexion que 
)e ne serois point aim^ d*elle. 

Prends garde , Camille , aux impostures des 
amans. Us te diront qu'ils t*aiment, et ils diront 
vrai : ils te diront qu'ils t'aiment autant que 
moi ; mais je jure par le&dieux, que je t*aime 
da vantage. 

Quand je I'appergois de loin , mon esprit 
s'^gare : elle approche , etmoncoeur s*agite: 



D* E G N I D E; 475 

j'arnve aupres d*elle » et il semble qiie mon 
ame veut me quitter , que cette ame est k 
Camille, etqu'elle va ranimen 

Quelquefois je veux lui d6rober une faveur ; 
elle me la .refuse , et dans un instant ellem'en 
accorde une autre. Ce n*est point un artifice : 
combattue par sa pudeur et son amour ^ elle 
voudroitme tout refuser^ el|e voudroit pouyoir 
me tout accorder. 

Elle me dit : ne vous s^ffit-il pas que je 
vous aime ? que pouvez-vo^s desirer apr^s 
mon coeur ? Je desire ^ lui dis-)e , que tu fasses 
pdur moi une faute que TamoU^ fait faire^ et 
que le grand amour justifie. 

Camille, si je cesse un jour de Maimer ^ 
puisse la Parque se tromp ^ r , et prendre ce 
your pour le dernier de mes jours ! Puiss^-t-elle 
eSsicer le reste d'une vie que je trouverpis de- 
plorable, quand je me souviendrois des plaisirs 
que j'ai eus en aimant ! . i 

Aristee souplra , et se tut ; et je vi$ bieit 
qu*il ne cessa de parler de Camille que pour 
penser ^ elle^ 



m 






Ooo % 



47<J Le Temple 



SIXlfeME CHANT. 



XE N D A N T que nous parlions de nos amours ; 
nous nous 6gar3mes ; et^ apres avoir err6 long- 
temps , nous entrlmes dans une grande prairie : 
nous fumes conduits , par un chemin de fleurs ^ 
ail pied d*un rocher affreux. Nous vimes un autre 
obscur ; nous y entrSmes , croyant que c*6toit la 
demeure de quelque mortel. O dieux ! qui auroit 
pens6 que ce lieu auroit iti si funeste ! A peine y 
eus-je mis le pied , que tout mon corps fr^mir ^ 
mes cheveux se dress^rent sur la tSte.Une main 
invisible m'entrainoit dans ce fatal s^jour : k 
mesure que mon coeur s*agftoit » il cherchoit k 
s*agiter encore. Ami^ m'ecriai-je^ entrons plus 
avant , dussions - nous voir augmenter nos 
peines. Tavance dans ce lieu , oil jamais le 
soleil n'entra , et que les vents n*agiterent ja- 
mais. J'y vis la lalousie ; son aspect ^toit plus 
sombre que. terrible : la Pdleur /la Tristesse ; 
le Silence Tentouroient , et les Ennuis voloient 
autour d'elle. Elle souffla sur nous , elle nous 
mit la main sur le coMr , elle nous frappa sur 
la t£te ; et nous ne vimes , nous n'imagindmes 
plus que des monstres. Entrez plus avant , 
nous dit-elle 9 malheureux mortels ; allez trou- 
ver une d^esse plus puissante que moi. Nous 
yimes une afTreuse divinity ^ ^ la lueur des 



D E G N I D E. 477 

langues enflammees des serpens qui siffloJent 
sur sa tSte; c'etbit la Fureur. EUe detacha 
un de ses serpens , et le jetta sur moi : 
je voulus le prendre ; deja, sans que jeTeusse 
senti, il s'etoit gliss6:dans mon coeur. Je restai 
un moment comme stupide ; mais , dfe que 
le poison $e fut r^pandu dans mes veines , je 
crus etre au milieu des enfers : nK>n ame fut 
embrasee ; et , dans sa violence , tout mon 
corps la cpntenoit k peine : j'etois si agit^, 
qu*il me sembloit que je tournois sous le fouet 
4es Furies. Nous nous abandonnSihes k nos 
transports ; nous fimes cent fois le tour de 
cet antre ^pouvantable : nous allions de la 
Jalou^e k la Fureur , et de la Fureur a la Ja^ 
lousie : nous criions , ThAmire ! nous criions^ 
Camille ! Si Th^mire ou Camille ^toient ve- 
nues , nous les aurions dechirees de nos propres 

mains. 

Enfin , nous trouvSmes la lumi^re du jour; 
elle nous parut importune ^ et nous regrettames 
presque I'antre affreux que nous avions quitte. 
Nous tombames de lassitude ; et ce repos mSme 
nous parut insupportable. Nos yeux nous re- 
fuserent des larmes , et notre coeur ne put plus 
former de soupirs. 

Je fus pourtant un moment tranquille : le 
sommeil commengoit k verser sur moi ses 
doux pavots. O dieux ! ce sommeil mSme 
devint cruel. J'y voyois des images plus terribles 
pour moi que les pSles ombres : je me reveillois 
k chaque instant , sur une infidelity de Th^* 



47? Le Temple 

mire; je la voyois.,.. Non, je n'ose encore 
ledire ; et ce que j'imaginois seulement pendant 
la veille,)eletrouvoisr6el dans les horreurs 
de cet affreux sommeil. 

n faudra done, dis-)e en nie levant, que 
]e fuie egalement les tdnebres et la lumi^re! 
Th^mire , la cruelle Themire , m*agite comme 
les furies. Qui Tetlt cru, que mon bonheur 
seroit de roublier pour jamais ! 

Un accfes de fureur me reprit : ami , m*^ 
criai-)e , l^ve-toi. Allons exterminer les trou- 
peaux qui paissent dans cette prairie : pour- 
suivons ces bergers dont les amours sont si 
paisibles. Mais non : je vois de loin un temple; 
c'est peut-6tre celui de Tamour : allons le de« 
truire , allons briser sa statue / et Ixii rendre 
nos fureurs redoutables. Nous courumes ; et 
il sembloit que Tardeur de commettre un crime 
nous donndt des forces nouvelles : nous tra- 
versftmes les bois , les pr^s , les gu6rets ; nous 
ne fumes pas arr^tes un instant : une coUine 
s'elevoit en vain, nous y montdmes; nous 
entrdmes dans le temple : il ^toit consacre k 
Bacchus. Que la puissance des dieux est grande I 
Hotre fureur fut aussi-t6t calm^e. Nous nous 
regard&mes, et nous vimes avec surprise le 
desordre oii nous ^tions. 

Grand Dieu , m*ecriai-je , je te rends moins 
graces d'avoir dppaise ma fureur , que de 
lA'avoir ^pargn6 un grand crime. Et m*appro« 
chant de la pfStresse ; nous sommes aimes du 
picu c^ue vous servez , il vient cle calmer U$ 



D E G N I D E. 479 

tfansports dont nous ^tions agites; k peine 
spmmes - nous entires dans ce lieu , que 
nous avons sent! sa faveur pr^sente; nous 
youlons lui faire un sacrifice. Daignez rofFrir 
pour nous 9 divine pretresse. J'allai chercher 
une victime^ et je Tapportai k ses pieds. 

. Pendant que la prStresse se preparoit k 
donner le coup mortel, Aristee pronon^a ces 
paroles : divin Bacchus 9 tu aimes k voir la 
)oie sur le visage des hommes; nos plaisirs 
sont un culte pour toi; et tu ne veux ^re 
adore que par les mortels les plus heureux. 

Quelquefois tu 6gares doucement notre 
raison : mais 9 quand quelque divinit^ cruelle 
nous Ta ot^e » il n'y a que toi qui puisses 
nous la rendre. 

. La noire jalousie tient Tamour sous son 
csclavage ; mais tu lui otes Tempire qu^elle 
prend sur nos coeurs ; et tu la fais rentrer dans 
sa demeure affi-euse. i, 

Apr^s que le sacrifice fut fait 9 tout le 
peuple s'assembia autour de nous; et je ra« 
contai k la prStresse comment nous avions ^t^ 
towment^ dans la demeure de la Jalousie. Et, 
tout-^-coup 9 nous entendimes un grand bruit^ 
et un melange confits de voix et d'instnimens 
de musique. Nous sordm^s du temple , et nous 
vimes arriver une troupe de bacchantes , qui 
frappoient la terre de leurs thyrses , criant k 
haute voix , Evho6, Le vieux Sil^ne suivoit, 
mont^ sur son dne : sa tSte sembloit chercher 
la terre; et, si-tdt qu*on abandonnoit son 



T* 



480 Le Temple 

corps , il se balan^oit comme par mesare. La 
troupe avoit le visage barbouill^ de lie. Pan 
paroissoit ensiiite avec Sa flute , et les Satyres 
entouroient leur roi. La joie regnoit avec le 
desordre; une folie aimable meloit ensemble 
les jeux, les railleries , les danses, les chansons.' 
Enfln y je vis Bacchus : il etoit sur son char 
traine par des tigres , tel que le Gange le vit 
au bout de Tunivers , portant par-tout la joie 
et la victoire. 

A ses cot^s ^toit la belle Ariane. Princesse^ 
vous vous plaigniez encore de Tinfidelit^ de 
Th^s^e , lorsque le dieu prit votre couronne , 
et la pla^a dans le ciel. II essuya vos larmes.* 
Si vous n'aviez pas cesse de pleurer , vous 
auriez rendu un dieu plus malheureux que 
vous , qui n'^tiez qu'une oiortelle. II vous dit : 
aimez-moi. Th^see fuit; ne vous souvener' 
plus de son amour, oubliez jusqu'i sa perfidie* 
J^ vous rends immortelle 9 pour vous aimer 

toujours. 

Je vis Bacchus descendre de son char; je* 
vis descendre Ariane; elle entra dans le temple. 
Aimable Dieu, s'ecria-t-elle , restons dans ces 
lieux, et soupirons-y nos amours. Faisons' 
jouir c? doux climat d'une joie eternelle. Cest 
aupres de ces lieux que la reine des coeurs' 
a pos6 son empire; que le dieu de la joie 
rfegne auprb d'elle , et augmente le bonheur 
de ces peuples deja si fortunes. 

Pour moi , grand Dieu , je sens d6]k que 
je t'aime dayantage. Quoil tu pourrois quelque 

jour 



jour me paroitre encore plus aimable ! II nY 
9f que tes immortels qui puissent aimer k Texces ^ 
et sHmer toujours davantage ; it n'y a qu*eux 
qui* obtienhent pfus qu'ils n'esperent^ et qui 
sont plus born^s quand ils desirent , que quand 
lis jouissent. 

*' Tu seras ici mes dterhelles amours. Dans 
fe ciel , on h'est occup6 que de sa gloire ; ce'' 
h*est que sur la terre et dans les lieUx cham- 
pfitres, que Ton sait aimer. Et, pendant que 
cette troupe se livrera k une joie insensee^ 
majoie, mes soupirs et mes larmes m6me^ 
te rediront sans cesse mfes amours. 
' Le dieu sourit k Ariane ; il la mena dans 
le sanctua:ire. La joie s'empara de nos cdeurs: 
lious' sentifhes une Amotion divine. Saisis ies- 
^garemens de Sil^ne, et des transports des 
bacchantes , nous primes un thyrse ,^ et nous 
nous m81^es^ dans les danses et dans les 
Concerts. 



m 



Tom IK Ppp 



4$% Ir t. Tempi^E 



SEPTIfi ME CHANT. 



IN ous quittlmes les lieux consacr^ k Bao^ 
chus; oiais bient6t nous cxiuoMS sentir que 
oos. mauz n'avoient 6t£ que suspendus. E est 
yrai que nous n'avions point cette fureur «i 
nous avoit agit& ; mais la sombre tristesse, 
ivoit saisi notte ame » et nous etioiis d^ vot^ 
de soupfons et (nnqiu^tudes« 
, II nous sewiioii ooe les cnieUes dresses ne 
nous avoient ag^& ^ que po v nou^ fidre 
pressentif dies* mafhfwrp aiiiq^^ fW nous ^cions^ 
destines* 

Quelquefbis nous, r^ettion^ le temple de 
^aecEus ; Bieitt6t nous ^tions Mtrmmii vess- 
c'elui de Guide : nous voulions voir ThiniM 
et Camille , ces objets puissans de notre amour 
et de notre jalousie. 

,Mais nous n*avions aucune de ces douceurs 
que Ton a coutume de s^tir lorsque, sur le 
point de re voir ce qu'bn aime. Tame est d^ji 
ra vie , et semble go&ter d'avance tout le bon* 
heur qu'elle se promet. 

Peut-Stre^ dit Aristae, que ]e trouverai le 
berger Lycas avec Camille ; que sais-je s'il ne 
lui parle pas dans ce moment ? O dieux ! Tin- 
fidelie prend plaisir h I'entendre ! 

On disoit i'autre jour ^ repris-je 9 que Tbyrsis ^ 



D E Or K I D E. 4S) 

qui a taht atm4 Th^mire^ devott arriver k 
Gnide ; il Ta aim^e , saos doute qu'tl Taime 
«ii€ore : fl fimdra <{u« jt dispute un coeur que 
}e croyois tout k mou 

* Uautre jour , Lycas chantoit ma Camille : 
que j^^tois iosens^ I j'etais ravi de Teficendre 
louer. 

' Je me souviens que Thyrsis porta k ma 
TUflfiire 4es fleurs nouvetles : malheureux 
que |e suis ! elle les a mises sur <son sein ! 
Cest un present de Thyrsis ^ disoit*elle. Ah 1 
j^awpifi dCk les arracher | et les fouler i 
flies pieds. 

II fi*y a pas loiig*temps que j^allois , avee 
Caaiille > ia^re k Y^us un sacrifice de deu^c 
tourteiseUes ; dies isCMitipphrtM , et s'cihfo* 
l&rent dans les airs. 

favois ^crit sur des arbres moniiofli nree 
eelui deTh6mire ; jfViV^ ^crit ines amoun : je 
les lisoiset relisofs sans cesse: un matin, je les 
treuvai effac^. 

Camille 9 ne d^sespire point un malhettreux 
qui ^aime : Tamour qu*onirrite peut avoir tous 
les eflfets de la haine. 

Le premier Gnidien qui regardera ma Th^« 
mire, je le poursutrrai jusques dans le temple^ 
et je le punirai , lftt«il aux pieds de V^nus. 

Cependant nous arrivdmes pr^s de I'antre 
sacr6 oti la d^esse rend sets oracles. Le peuple 
itoit comme les flots de la mer agit6e : ceux-ci 
▼enotent d^cntendre ^ les autres alloient cher* 
cher leur r6p0Bse. 

Ppp 1 



484 Le Temple 

Nous entrdmes dans la foule ; je perdis 
rheureux Aristee : dejik il avoit embrasse. sa 
Camille ; et moi je cherchois edcore . ma 
Themire. 

Je la troiivai enfin. Je sentis ma ialousie 
redoubler k sa vue, je sentis renaitre mes 
premieres fureurs. Mais elle me regarda ; et je 
devins tranquiUe. Cest ainsi<{tie.les dieux ren- 
yoient les Furies ^ lorsqu'elles sOrtent des enfers* 

O dieux 1 me dit*elle , que tu. m'as coui6 
de larmes ! Trois fois le soleil a parcouru sa 
carri^re ; j^ craignois de t'avoir perdu pour 
jamais : cette parole me fait trembler. J'ai it6 
GonsuUer Toracle^ Je-a'ai^ point jdemande si 
tu m'aimois; helas ! je ne youlpis que savoit 
si tu vivpis encore. Venus vientdemerepopdre 
que tu m*aimes toujours. .. ' * . 

. Excuse , lui dis- je , un infortun^ qui t'auroit 
haie , si son ame en 6to\t capable. Les dieux ^ 
^ans les mains desquels je suis, peuvoQt me 
faire perdre la raison : ces dieux^ Themire i^ 
ne peuyent pas mooter monaoiour* 

La- cr^elle jalousie m'a agiEe^ comme ^^psi 
le Tartare on tourmente les ombres crimanelles. 
Ten tire cetavantage, que je sens mieux le 
bonheur qu'il y a d*fitre am^ de toi , apr^ 
TafFr^use situation oil m'a mis la crainte |de, 

te perdre. - ) 

Viens done avec moi^ viens dan$ ce bqis. 
solitaire : il faut qtfi force d'aimer j*expie les 
crimes que j'ai faits. Cest un grand crini^^ 
Themire > de te croire infid^le» . 



D E G N I D E 485 

Jamais les bois de TElysee, que les dieux 
ont faits expr^s pour la tranquillite des ombres 
qu'ils ch^rissent; jamais les forSts de Dodone, 
qui parlent aux humains de leur felicite future ; 
ni les jardins des Hesperides, dontles arbres 
se courbent sous le poids de Tor qui compose 
leurs fruits, ne furent plus charmans que ce 
bocage enchant^ par la presence de Th^mire. 

Je me souviens qu'un satyre, qui suivoit 
une nymphe qui fuyoit tout eplor^e , nous 
vit , et s'arrdta. Heureux amans ! s'^cria-t-il , 
vos yeux savent s*entendre et se repondre ; 
vos soupirs sonc pay^s par des soupirs ! Mais 
moi , )e passe, ma vie sur les traces d'une 
bergire farouche; malheureux pendant que je 
la poursuis 9 plus malheureux encore lorsque 
|e I'ai atteuite. 

• IJne jeune nymphe , seule dans ce bois , 
nous apper^ut et soupira. Non , dit-elle , ce 
^'est que pour augmenter mes tourmens , 
que le cruel Amour me fait voir un amant 
si tendre. 

: Nous trouvdmes Apollon assis aupres d'une 
fontaine. U avoit suivi Diane 9 qu*un daim 
timide avoit men^e dans ces bois. Je le reconnus 
k s^s blonds cheveux 9 et ^ la troupe immor- 
telle qui itoix autour de lui. II accordoit sa 
'lyre ; elle attire les rochers ; les arbres la mi- 
vent, les lions restent immobiles, Mais nous 
entrdmes plus avant dans les forSts , appell^s 
en vain par cette divine harmonie. 

Oil croycz-vous que je trouvai TAmour ? 



I 



%6 Le Temple^ &c: 

Je le trouvai sur les levres de Themire; je le 
trouvai eosuite sur son sein ^il s'^toit sanvi k 
ses pieds : je Vy trouvai encore : U se cacba 
sous ses genoux ; je le suivis ; ct je Taiirois 
cot^ours suivi) si Thi^mire tout eu pleurSf 
Hi^oiire kritee oe m^eut arr^. li etoit k sa 
derniere retraite : elle est si charaaoCt 9 ^^d 
ne sauroit la qmtcer. Cesi aiosi qu'uae tcadre 
£iuvette 9 que U crainte et ramour reoennent 
sur ses petUs 9 reste immobile sous la tnim 
avide qui s'approche 9 et ne peut conaentir k 
les abandonner. 

Malfaeureux que je suk ! Th^oiire icouia 
mts plaimes » et elle o'en fiit point a^iidrie; 
^lle entendit mes prices » et elle deviot plus 
s6¥ire« Enfin je fus tem^raire ; eUe s^iudisoa : 
je tremblai; elle me parut &ch6c : }e pleural ^ 
elie me rebuta : je tombai ; et je Sf mis que 
me$ spupirs ^Uoient Stre mes demiers soupirs » 
;i Themire o'aroit mis la main sur moa cetur^ 
let n'x eut rappeil^ la rie. 

Non , dit-elle t je ne suis pas si cruelle que 
toi i car je n^ai jamais voulu te faire mourir , 
et tu veux m*entr«iner dans la nuit du tom- 
beau. 

Ouvre ces yeux q^ourans , si tu ne veiix que 
les miens se ferment pour jamais* 

Elle m'embrassa : je ref us ma grace* hMas ! 
sans e$p^rance de devenir coupable* 

Fin du TtmpU dt GniM* 



1 



C£PHISE ET L'AMOUR. 



Comme cette piice m^aparu itre du mime 
auteury j'ai cm devoir la traduirc et la 
mettre ici. 



t 



C£PHISE 



CfiPHISE ET UAMOUR. 



V N jour que j'errois dans les bols d'Idalie 

avec la jeune Cephise , je trouvai I'Amour qui 

dormoit cachd sur des fleurs , et couvert par 

quelques brancheis de myrte qui cedoient dou- 

tement auxh aleines des Zephyrs. Les Jeux et 

les Ris , qui le siuvent tbujours > ^toient all^s 

folitrer loin de tui : il ^toit seul. Tavois 

rAmour en mon pouvoir ; son arc et son 

iarquoa^ ^toient ' k ses cot^s ; et , si I'avois 

voulu, j'aurois vol^ les armes de TAmour. 

^^phise prit Tare du plus grand des dieux : 

elle y mit un trait,' sans que je'm'en apper- 

(usse y et le langa contre moi. Je lui dis en 

^ouriant : Prends-en un second ; fais-moi une 

autre blessure ; celle -• ci est trop douce. Elle 

voulut ajuster un autre trait ; il lui tomba sur 

le pied ; et elle cria doucement : C^toit le trait 

ie plus pesant qui fut dans le carquois de 

TAmoui'! Elle le reprit , le fit voler; il^ me 

^appa , }e me baissai : Ah ! Cephise , tu veux 

done me ' faire mourir ? Elle s*approcha de 

FAmour. II dort profond^ment , dit-elle ; il s*est 

^atigu^ ^lancer ses traits. II faut cueilKrdes 

fleurs, pour lui Ker les pieds et les mains. Ah! 

fe n*y puis consentir ; car il noxis a tou)our$ 

favorises. Je vais done , dit-elle , prendre ses 

af mes , et lui tirer une fl^che de toute ma 

force. Mais il se r^veillera , lui dis-je. Eh bien ! 

qii'il se reveille ; que po tirra-t»il faire que nous 

Tom ly. Qqq 



490 C ^ P H I S E 

blesser davantage ? Non , non ; laissons - le 
dormir ; nous resterons aupc^s de lui ; et nous 
en serons plus enflammes. 

Cephise prit alors des feuilles de myrte et 
de roses. Je veux, dit eltei en couvrirrAmour,. 
Les Jeux et les Ris lechercheront, etne pour- 
ront plus le trouver, Etle les jetta sur lui i et 
elle rioit de voir le petit dieu presque ease veil. 
Mais k quoi m'amusai-^e , dit-elle ? II faut lui 
couper les ailes > afin qvi'il a^y ait plus sur la 
terre d'bommes volages ; car ce dieu va de 
coeur en coeur , et porte par'4outVihconstance^ 
Elle prit ses ciseaux , s'assit ; et tenant d^ne. 
main le bout des ailes dories de TAmour, je 
sentis mon coaur frappe de crainte. ArrStOj^ 
Cephise. Ellq ne m*entendit pas. EUe coupa le 
sommet des ailes de rAmour^laissa^$ ciseaux^ 
(ts^enfuit. 

Lorsqu^il se fut r^velll^ » il voulut voler ; et 
il sentit un potds qull ne connoissoit pas. U 
vit sur Tes fleurs le bout de ses ailes ; il se 
mit ^ {>teurer. Jupiter ^ quiTapperfut du haul 
de rOtympe 9 lui e^voya un ouage qui le porta 
dans le palais de Geicfe ^ et le pojsa sur le s^ia 
de V^us. Ma mhre » dit-il > je battois de nies 
ailes sur votre sein ; on nie les a couples : 
que vais-je devenir ? Mon fils » dit la belle Cy^ 
priS) ne pleurez point; restez sur mon sein^ 
ne bQugez pas i la chaleur va les faire renaitre* 
Ne vby ^zr vous pas qu*elles sool plus, grandes } 
Embrassez-moi : eUes croissent : vous les aurez 
biejotot comme vous les aviez ; j'en vois ^)k , 



E T l' A M O U R. 49 1 

le sommet qui se dore : dans un moment.... 
C'est assez » mon fils. Out , dit-il , je vais me 
hasarder. U s*envola ; il se reposa aupr^s de 
Venus 9 et revint d'abord sur son sein. II reprit 
Tessor ; il alia se reposer un peu plus loin , et 
revint encore sur le sein de Venus. II Tern- 
brassa ; elle lui sourit : il Tembrassa encore ^ 
et badina avec elle ; et enfin il s'^leva dans les 
airs , d'oii iV regne sur toute la nature. 

L'Amour , pour se venger de Cephise , I'a 
rendue la plus volage de toutes les Belles. II 
la fait briiler chaque jour d'une nouvelle flam- 
me. Elle m*a aim^ ; elle a aim^ Daphnis ; et 
elle aime aujoiurdliui Cleon. Cruel Amour ^ 
c*est moi que vous punissez ! Je veux bien 
porter la peine de son crime ; mais n*auriez< 
vous point d*autres tourmens k me faire souf- 
frir? 



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t ; l> OR TRAIT 

De madame Id duchesse D £ Mirepojx* 

La beauti que je ^hante ignore ses appas* 
Mpitels qui la voyez, dites-lui qu'elle est belief 
Naive , simple, naturelle , 
Et tiunide sans enibaitas. 
Telle est la Jacinte nouvelle; 
Sa t^e ne s'ileve pas ^ 
Sur les fleurs qui soilt antour d'elle : 
Sans se montrer , sans se cacher » 
Elle se pbac dans fai prairie; ' • 
EUe y pourroit finir sa vie. 
Si rowl ne venoit Ty cberchcr: : 

MiREPOix regut en^Mutage 
Lacandeur«la<doi!iceuryla^paiz|: ^ > :.i 

Et ce sent , entre mille attraits , 
Ceuz dont elle veut faire usage. 

Pour aittor la douceur de ses traits i 
Le fier didsun n*osa jamais 

, : .Sefid^eivojtf.s^sonvjsagei , .j., 
'• Son esprit a cettechaleur 
' Du'soleilmiicommcneeinahre; , ■ : ' ' 

'UHyiiiQopeutpar)^riaesQn.(<mr; i : 
UAmour poto'oit le itticonftokre* 

: ..." .4 . - . . .1. -« ••. . . ..••#. 



494 A D I S V ic 



A D I E U X ; A • G fi N£$ (*) , 

Ea ml sepi cent i^u^rhaiu 

A Di £ u » G&ies ditcstat>lo» 
Adteu , s6jQur de Plums, 
S le Ciel m*est favorable « 
Je ne vous reverrai pluf • 

r 

Adieu , bourgeois, et nobtoisCy 
Qui n!a pour toutes yemif 

Qu*une inunle ricbesse^ . 
Je ne yous reveijid pluik 

Adieu , $ppdiiwi pa|£i; 
Oil Tennui, par prifi&renee^ 
A choisi sa r ^a i d c n oc ; 
Je vous <pite[pi#uc 



t 



(¥) Cette pi^ce avott M donate ptrM.de Montesquieff 
a un de ses amis , i conditioa de ne la point (aire voir , disant 
que c*ecoit une plaisasmrie ^Srice dtdt « mimtat dlmuDttw i 
(d'autant qu*il ne s*^toit jamais piqu^ ^tttt poUm. 1 la fit , 
tone embarque pour partir de G^nes, o^ il disoit s*tee 
beaucoup ennuy^ , parcfc qull ti*y^YOit form^ aucone liauon , 
ni crouvi aucim de ces emp m a riiew: qo'« hri warn tenp^ 
par-tout ailleurs en. 4cdif. II finit que.ks GtaoU ae soienc 
bien civilisds de^uu,'et aient beaiicoup chang<S de m^hode 
dans I'accueil 4u*fl^ lout a«l Strangers*, o« bicA I'ennui fit 
que Tauteur voi^iK se dtvenir par ceae petite aatjre, qui 
ne sauroit ^tre prise pour une cbose s^ri^usei ni cooune ua 
iugement de ce voyageur Mairi, 



A G £ M s 495 



lA le ma^trat quereUe 
£c yeut chasser les amans; 
Et se plaint que sa chandelle 
Brule depuis trop long-temps; 

Le yieux noble , quel dilice t 
V<nt son page k demi nud , 
Et jouit d*une avarice 
Qui lui fait montrer le cul, 

Vous entendrez d*un jocrisse 
Qui ne dort ni nuit , ni jour, 
Qu*il a gagni la jaunisse 
P^ Yexcis de son amour; 

Maus un vent plus fiiyorable 
A mes voeuz vient se priter* 
U n*est rien de companble 
Au plaisir de vous quitter* 



Fm du fUttrUm volumes 



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